Formation et dépérissement du concept de classe sociale

Dans l’étude savante de la société, la notion de classe sociale n’occupe plus aujourd’hui le devant de la scène, comme elle pouvait encore le faire il y a quelques décennies. Des thématiques en termes de races, ethnies, cultures, minorités, genres, et autres “diversités”, encore discrètes il y a une trentaine d’années, tiennent désormais une place centrale dans le débat. Et lors même que le mot de classe se trouve encore sollicité, on constate que les définitions qui en sont données ne sont plus référées à la base économique de la société, aux rapports sociaux fondamentaux qui la constituent, bref qu’on ne parle plus vraiment de classes sociales.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, ont été formulées des définitions modernes des classes sociales, en termes de place occupées au sein des rapports de production et d’échange. Par la suite toutefois, plus spécialement dans le champ des sciences sociales et politiques, on tend à ne plus prendre en compte les rapports de la base économique sur laquelle se constituent les classes sociales. Les théorisations proposées au XIXe siècle, celles de Sismondi, des socialistes français non utopiques et de Marx, se présentent à cet égard comme autant d’exceptions notables.

On observe en outre dans la littérature spécialisée  des fluctuations conjoncturelles dans l’usage du mot classe, celui-ci se trouvant tour à tour privilégié ou occulté. Pour le XXe siècle, on peut noter qu’avant la Première Guerre mondiale, puis dans la période de l’entre deux guerres, et jusque dans les années 70, l’usage du terme classe se présente avec une fréquence notable dans les intitulés d’ouvrages ou d’articles portant sur la structuration d’ensemble de la société. Depuis les années 80 du dernier siècle au contraire, un espace en creux s’est fait jour. On peut aussi observer qu’au cours du XXe siècle finissant, l’emploi du terme classe se trouve soumis à des vicissitudes. Si l’on recense les intitulés d’articles publiés dans de grandes revues de sociologie ou de science politique, on remarque que les notions de classe et de classe ouvrière tour à tour s’enflent et s’effacent. A ces termes très fréquemment mentionnés après Mai 1968, succéderont des mots liés à des conditions sociales particulières (O.S., travailleurs immigrés, pauvres…). Dans les décennies suivantes, les références à ces conditions sociales particulières semblent elles-même se dérober, au profit de catégories d’analyse centrées sur des modes de regroupement posés en extériorité au regard des rapports sociaux fondamentaux des sociétés modernes : on parle plus volontiers de fa­milles, d’ethnies, de régions, d’espaces, de cultures, de genres, etc.

En vue cavalière, on portera attention dans un premier exposé à cette évolution d’ensemble : de la formation de la notion de classe sociale dans la durée historique aux divers modes de “déconstruction” de cette notion. Dans les exposés suivants (certains étant d’un abord un peu difficile), on examinera plus systématiquement les théorisations classiques qui ont été élaborées au cours de la période de formation théorique de la notion).

(NB. Les exposés ayant été mis en forme par différents contributeurs, quelques répétitions, pas forcément inutiles, peuvent être observées).

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