I. Conscience et connaissance. Notions pour comprendre.

Notions pour comprendre : Conscience et connaissance. Processus de la connaissance. Sujet et objet de la connaissance. Objectivité, subjectivité, subjectivisme. Conscience et conscience de soi. Conscience de classe.

Comprendre ce qu’est la conscience de classe suppose bien sûr que l’on sache déjà ce qu’est une classe on l’a vu dans un précédent cours), mais on doit aussi comprendre plus généralement ce que c’est que la conscience.

On peut adopter une définition générale : la conscience est une science de soi-même, un savoir, une connaissance de soi, et par extension une connaissance de la réalité extérieure. Par définition, la conscience n’est pas ainsi quelque chose qui se développe “inconsciemment”, un instinct, un réflexe, ou l’émanation en nous de notre condition économique, ou d’une « existence » communautaire, distincte et supérieure aux individus.

En ce sens, la conscience de classe ne vient pas directement (ou immédiatement) de la position occupée au sein des rapports sociaux de production, ou de l’expérience immédiate des luttes, elle est la connaissance qu’a une classe d’elle-même (notion pas simple à comprendre), ou, la connaissance que les individus de cette classe peuvent en avoir.

D’où les questions suivantes ? Comment se forme la conscience, donc aussi la conscience de classe ? Comment se forment les connaissances qui sont nécessaires à la formation de la conscience ? Comment poser le rapport entre la réalité des choses et la pensée de ces choses ? La connaissance se développe-t-elle spontanément ou y a-t-il besoin de sujets actifs pour produire les connaissances ? Comment poser le rapport entre le sujet de la connaissance, et l’objet auquel il se rapporte ? Entre la classe en tant qu’objet de la connaissance et la classe en tant que sujet de la connaissance ?

 

Connaître : le processus de la Connaissance

Connaître, c’est avoir présent à l’esprit, dans la pensée, une certaine chose, une certaine réalité. Cette réalité, cette chose, dans sa réalité objective, est extérieure à notre pensée. On peut avoir présent à l’esprit notre propre réalité objective. Dans ce cas, pour qu’il y ait véritablement connaissance de soi, il faut se voir comme de l’extérieur, face à soi. [Ainsi, on ne peut voir clairement son visage sans le poser face à soi : sur un plan d’eau, un miroir, qui en donnent un reflet (une représentation), plus ou moins précis].

Donc toujours distinguer deux plans de nature différente :

La chose, la réalité   / La pensée de cette chose, cette réalité.

Le sujet qui connaît ou cherche à connaître / La chose, la réalité à connaître par un sujet

Il faut qu’il y ait une chose pour qu’on puisse se la représenter. On ne peut se représenter le rien. Mais il faut aussi un sujet actif pour connaître cette chose.

Ce sont seulement les êtres humains, qui peuvent produire des représentations ou des connaissances des choses extérieures (ou de soi-même comme objet). Une table, une chaise ne peuvent se former de représentations du monde ou une conscience d’elles-mêmes. La plupart des animaux peuvent avoir des représentations des choses du monde, mais ils ne peuvent pas vraiment les poser devant eux, face à eux-mêmes (par le langage, un dessin, un schéma mental, un écrit, …)

Donc, la connaissance résulte d’un acte conscient d’un sujet humain pour se représenter dans l’esprit une chose de la réalité, un objet. Le sujet de la connaissance, celui qui veut connaître, ne se confond pas avec ce qu’il cherche à connaître. L’objet à connaître ne va pas jaillir spontanément en tant que connaissance dans son esprit. Il faut pour connaître une attitude active des sujets pour se re-présenter dans la pensée l’objet à connaître dans sa “nature” propre, ses caractères, ses propriétés.

Il y a la chose à connaître d’un côté, de l’autre une représentation — plus ou moins fidèle — de cette chose dans la pensée. Un peu comme un reflet dans l’eau. Le reflet dans l’eau et la chose qui y est reflétée ne se confondent pas.

Si l’on veut se connaître soi-même, il faut être capable de se poser soi-même comme objet, en extériorité. Ce qui a une incidence pour comprendre ce qu’est la conscience de classe, et comment elle peut se former. La conscience de classe ne découle pas directement de la position de classe ni de la lutte. D’autres facteurs sont nécessaires.

 

Théorie de la connaissance

Le processus de la connaissance implique un rapport entre les sujets de la connaissance et les objets à connaître, notions qu’on verra par la suite. Les théories de la connaissance concernent la façon de poser ce rapport. On distingue trois façons de le poser.

— Pour la Théorie matérialiste : les choses à connaître ont une existence indépendante de la connaissance que l’on peut en avoir. Leur représentation dans la pensée est sur un plan distinct par rapport à leur réalité objective. La connaissance ne « monte » pas des objets dans la pensée des sujets (sauf pour le matérialisme primitif). Elle ne tombe pas non plus du ciel.

L’objet est premier, la pensée de l’objet seconde. Il s’agit toujours de penser quelque chose. Et cette pensée nécessite le rôle actif d’un sujet. Pour penser les classes, il faut qu’elles aient une existence, mais il faut aussi qu’on travaille à connaître ce qu’elles sont.

— Pour la Théorie idéaliste, les idées viendraient en premier et s’incarneraient plus ou moins dans des choses de la réalité, qui seraient ainsi simplement dérivées des idées. L’ordre de détermination s’est inversé. Pour l’idéalisme cependant, la distinction entre le plan des idées et celui des choses est maintenu. Mais ici ce sont les qui sont considérées comme premières et les choses dérivées. Pour l’idéalisme absolu, l’idée de classes serait à la base de la constitution des classes.
— Il y a aussi les théories que l’on pourrait nommer confusionnistes. La distinction claire entre le plan des choses et celui de la pensée des choses n’est pas établie.
— Soit on imagine que la pensée n’est qu’une émanation des choses dans notre pensée (tendance qu’on pourrait appeler “animiste”), les choses pensent en nous. A telle position dans la production (manœuvre, ouvrier qualifié ou professionnel) correspondrait telle conscience (le sociologue Alain Touraine dans les années 70).
— Soit on imagine que les choses de la réalité sont contenues dans notre pensée (tendance que l’on pourrait nommer “solipsiste”). Les choses existent parce que je les pense. Si j’oublie de les penser, elles n’existent plus. Présenté ainsi, cela a l’air stupide, mais nombre de conceptions (notamment en politique) pensent ainsi la réalité.

Par exemple, pour le sujet qui nous occupe, soit la conscience de classe pourrait venir automatiquement à l’esprit du seul fait qu’on “appartient” à cette classe (tendance communautariste animiste), soit, inversement, il n’y aurait des classes que s’il y a conscience ou représentation de classe (tendance solipsiste).

 

Objet (de la connaissance)

On a vu que le processus de la connaissance pose un rapport entre un sujet qui vise à connaître et l’objet à connaître.

Le mot objet peut être compris dans plusieurs sens.

Soit c’est une “chose”, une réalité telle qu’elle est en elle-même, qui a une existence indépendante des points de vue, des désirs, des opinions ou des idées que l’on s’en fait.

Soit c’est cette chose telle qu’elle est représentée dans la pensée (1). Pour l’instant on ne retiendra pas ce second sens.

Dans les deux cas, l’objet est distinct du sujet, comme s’il était posé devant lui.

— La racine Ob signifie devant. Quant à la terminaison jet, elle vient de jeter (ou jeter loin). Donc l’objet c’est la chose qui se trouve “jetée” devant nous ou face à nous. Ce qui est devant nous, ce que l’on a en vue (ce qui est en vis-à-vis du sujet). Donc l’objet n’est pas en nous, il ne se confond pas avec le sujet.
— L’objet de la connaissance, c’est aussi le résultat du processus de connaître. Ce qui est pensé ou représenté par un (ou des) sujet(s). C’est tout ce qui existe pour la connaissance, tout ce que l’on connaît ou qu’on vise à connaître.
— L’objet, ce qui est présenté, peut être re-présenté (dans l’esprit, dans la conscience d’un Sujet — individuel ou “collectif”).

On distingue toujours les deux plans : l’existence en soi (en elle-même) d’une chose et la représentation de cette chose dans la pensée, (la chose pour nous). Cela peut être une chose que l’on peut “voir” directement face à nous (une table, une maison, une montagne, par exemple). Mais cela peut être aussi une chose que l’on ne voit pas directement : des rapports sociaux, un être collectif (le capitalisme, la nation, le prolétariat, la bourgeoisie). Dans ce cas la représentation ne se forme pas spontanément, elle est un essai de (re)construction en idée de choses qui ne sont pas accessibles directement à la vue, ou aux sens.

En général quand on parle d’objet, il s’agit de l’existence d’une réalité, d’une chose ayant une certaine subsistance en elle-même.

Dans tous les cas, pour un matérialiste, un objet se rapporte nécessairement à une réalité (en soi) indépendante de notre pensée. On pense toujours une chose, un objet.

Toutefois, des choses peuvent exister sans qu’il y ait de sujets pour les penser, sans qu’on en ait une représentation claire dans l’esprit. Ainsi, les classes sociales peuvent exister sans qu’on en ait une représentation, une connaissance.

On peut rapprocher ces notions, de sujet (de la connaissance) et objet (de cette connaissance) des notions de chose en elle-même (en soi), et de chose pour nous, dans notre pensée. La chose en soi, comme objet, a une réalité, indépendante de la conscience que l’on peut en avoir. La chose pour nous (pour le sujet) est une certaine représentation, connaissance, de cette chose. Le pour soi ne concerne que les êtres conscients. C’est la connaissance que l’être conscient a de lui-même, par opposition à l’existence en soi de cet être. La notion de pour soi (pour nous, dans la pensée) ne peut bien évidemment s’appliquer qu’à des êtres (des sujets) capables de pensée.

On voit que ce n’est pas simple à penser pour une classe sociale. Comment une classe, en tant que sujet collectif, peut-elle se penser elle-même ?

L’objectivité

Qu’est-ce que l’objectivité. L’objectivité c’est ce qui est tourné vers l’objet, vers la connaissance d’un objet. Etre objectif c’est donc aussi maintenir la distinction entre les deux plans de la réalité : les objets à connaître d’une part, et, d’autre part, les opinions, les représentations que les sujets peuvent avoir à propos de ces objets. On ne confond pas l’objet à connaître et le sujet qui en a une connaissance, ou qui projette ses propres opinions ou désirs subjectifs sur cet objet.

Etre objectif, pour un sujet consiste à essayer de penser de la façon la plus adéquate possible un objet de la réalité, tel qu’il est “en lui-même” (c’est-à-dire dans sa nature propre, ses propriétés), dans son indépendance. En sachant qu’on n’est jamais dans l’objet lui-même, qu’on essaie seulement de le re-présenter en idée dans ses traits essentiels, le mieux possible.

 

Sujet (de la connaissance)

La notion de Sujet est un peu plus difficile à appréhender.

Le mot sujet a plusieurs sens. On retiendra surtout ceux qui concernent la théorie de la connaissance.

De façon générale, le sujet est l’agent (actif) d’une action ou d’une pensée, d’une représentation. Il n’y a pas d’action, de connaissance, de pratique, sans sujet. Les sujets sont des supports stables, existant par eux-mêmes, dotés d’une unité interne. Ils sont ce qui sous-tend une action, une représentation. Au sens plein (si l’on excepte Dieu), les sujets relèvent toujours du règne humain. Ce sont des êtres qui peuvent avoir conscience du monde et d’eux-mêmes

Donc, les sujets sont les êtres qui produisent des actes et des pensées, des êtres capables de se représenter le monde et eux-mêmes. Cela suppose une unité interne des sujets, il faut qu’ils soient des individus. L’individu est un être indivisible, l’unité d’un tout.

Il existe deux types d’êtres unitaires, les sujets naturels, chacun de nous, et les sujets collectifs (un Etat, une classe, un Parti). L’unité du sujet (individuel ou collectif) est une condition de l’unité de l’action et de la pensée. C’est particulièrement ardu pour les sujets collectifs, mais cela peut affecter aussi les individus ordinaires.

Pour les sujets individuels l’unité au moins physique, est donnée par leur être naturel (c’est Jean ou Chantal, untel ou trucmuche). Les sujets “collectifs” ne relèvent pas de cette unité naturelle, ils ne sont pas non plus une simple addition d’individus (d’êtres relevant d’une unité naturelle). L’unité des sujets “collectifs” (les classes sociales, les Etats), est toujours “construite”, c’est-à-dire dotée d’un principe d’organisation (ce qui suppose, notamment pour le « sujet collectif » classe sociale, la réunion de certains facteurs et certaines conditions).

Ce que l’on peut dire rapidement, c’est que les sujets collectifs, politiques ou historiques, ne peuvent se constituer en fonction d’une même “origine”, couleur de peau, caractéristique naturelle (blancs / noirs, hommes / femmes), etc. Ils sont nécessairement des êtres dont l’unité a été construite (organisée) en fonction de finalités et de règles communes. (2) Ce qui relance la question de la construction de la classe en sujet unitaire, Classe, capable comme tel de développer une conscience Une.

Subjectif, subjectivité

Les mots subjectif et subjectivité ont aussi plusieurs sens. Au sens large, est subjectif ce qui appartient ou dépend d’un sujet.

En ce sens, le subjectif ne peut appartenir qu’à des sujets, en tant qu’êtres capables de pensée, de se représenter eux-mêmes ou les choses du monde. Il n’y a pas de subjectivité pour la nature, les choses du monde physique.

Les mots subjectif, et subjectivité, peuvent recouvrir plusieurs sens :

— On peut les appliquer à ce qui ne concerne ou ne dépend que d’un seul sujet individuel (naturel), en fonction de ses particularités, sa sensibilité propre, ses désirs propres (et non de ce qui convient à tous les individus, ce qui est universel). On parle alors plutôt de subjectivisme. En ce sens, subjectif peut aussi désigner ce qui est irréel, chimérique, dépendant de l’imagination d’un seul.
— Le subjectif peut au contraire désigner ce qui appartient à un Sujet humain abstrait, à la pensée humaine en général, à ce qui est universalisable, par exemple la science de la nature ou les maximes morales. Dans de tels cas, on est proche soit de la notion de connaissance, soit celle de conscience morale.

Aujourd’hui les significations du mot subjectif, comme connaissance universelle dépendant d’une activité consciente tendent à s’effacer. On parle plutôt de “subjectivités” de groupes (définis par un genre, une culture spécifique), subjectivités fondées sur des particularités (dont l’origine), sur des “sensibilités” propres, non universalisables, non soumises à une conscience critique.

 

Conscience, conscience de classe

On a dit qu’un sens premier de la conscience, c’est la science ou connaissance de ce que l’on est. Ce qui n’est pas évident pour un sujet collectif, tel que la classe. Comment une classe sociale peut-elle se penser elle-même ?

Pour les individus naturels, on peut distinguer deux “niveaux” de conscience : la conscience immédiate et la conscience réfléchie, qui se rapportent nécessairement à des sujets capables de conscience.

La conscience immédiate est l’intuition plus ou moins claire qu’un sujet a de son existence, de ses actes, de ce qui se passe en lui, sans qu’il en existe une représentation claire, extériorisable (devant soi). La distinction claire entre sujet et objet n’est pas nettement établie. On n’est pas encore vraiment dans le domaine de la connaissance. (3)

La conscience réfléchie peut être plus ou moins identifiée à la connaissance, ou du moins un effort vers la connaissance. La conscience réfléchie est l’acte de poser dans la pensée, devant soi, les choses, des réalités indépendamment de nos désirs, nos points de vue, subjectifs. Il y a distinction claire, entre le sujet qui connaît et l’objet à connaître (cela s’applique aussi pour la conscience de soi-même). Il faut qu’il y ait une re-présentation mentale distincte de l’objet à connaître. Le mot de réflexion indique bien ce processus : d’un côté la chose, de l’autre sa réflexion (comme dans un plan d’eau, un miroir). Bien sûr, tant qu’on n’objective pas cette pensée, vraiment devant soi, par écrit par exemple, le risque de confusion entre sujet et objet est plus grand. Pour qu’il y ait conscience de classe, on comprend qu’il faut qu’une représentation générale, une théorie, de ce qu’est cette classe, ses rapports avec d’autres, la finalité qu’elle poursuit, se présente comme objet, devant, face à l’ensemble de la société. C’est ce que signifie la phrase de Lénine : « Pas de mouvement révolutionnaire sans théorie révolutionnaire ».

Les contenus de la conscience relèvent de la conscience réfléchie. Pour un individu ou un sujet collectif (le contenu de la « conscience de classe » par exemple), c’est l’ensemble des connaissances que cet individu ou cet ensemble (classe), se représente, a dans la tête. Cet ensemble de contenus est plus ou moins unitaire, cohérent, plus ou moins en adéquation avec l’objet, la réalité du monde (ou de soi-même).

Pour comprendre ce qu’est la conscience de soi et la distinction entre ce que l’on est comme simple existence, et, conscience de ce que l’on est : conscience de soi, on peut faire l’exercice suivant : on se pose la question Qui suis-je ? On perçoit que pour y répondre, il ne suffit pas de se « sentir exister », un effort mental de représentation de soi est requis. On perçoit aussi qu’il est nécessaire pour cela de faire appel à des notions et représentations d’ordre général (mots, catégories), qui relèvent de processus généraux de connaissance. Le passage à la phase écrite, devant soi, rend le processus de connaissance de soi plus cohérent.

Pareil pour la « conscience de soi » d’une classe. Mais comme il s’agit d’un sujet collectif, il faut trouver des moyens termes pour que ce sujet puisse vraiment se constituer, se présenter comme unité. Il faut, notamment, que des représentations générales, une théorie, etc. ait été forgée. D’autres facteurs sont nécessaires, on le verra.

Rousseau signale cette nécessité d’une vue générale et d’une orientation d’ensemble pour que le peuple puisse agir comme sujet unitaire.

« De lui même, le peuple veut le bien, mais il ne le voit pas toujours ».

Cette vue générale, qui doit dépasser les limites des vues particulières dans le temps et l’espace, doit être rendue visible à tous..

« Il faut […] faire voir les objets tels qu’ils sont […] montrer [à la volonté générale] le bon chemin qu’elle cherche […] rapprocher à ses yeux les lieux et les temps. »

Marx va dans le même sens quand il indique : « Nous ne disons pas au monde : abandonne tes luttes, ce ne sont que des sottises », nous devons seulement lui « montrer pourquoi il lutte véritablement », et il doit en acquérir une « conscience » générale, au-delà des aspects particuliers et conjoncturels du mouvement spontané.

NOTES
(1) La seconde acception du mot objet peut être posée dans le domaine de la science. Un objet de science est un objet de connaissance tel qu’il se présente dans la pensée, et non directement en lui-même. Pour l’instant, on laisse de côté cette acception, qui peut conduire à une conception idéaliste de la réalité.
(2) Il y a d’autres sens du mot Sujet.
— Dans la théorie de la connaissance, on peut parler d’un sujet de la connaissance, comme être générique abstrait, afin de le distinguer clairement de l’objet de la connaissance. Le sujet est alors considéré comme exposant l’activité générale de la connaissance humaine, indépendamment des particularités « subjectives » de sujets individuels.
— Le sujet de la connaissance peut aussi servir à désigner l’unité des représentations concernant un objet (par exemple l’unité des représentations portant sur le cosmos – ou, pour nous – sur le capitalisme, sur les classes).
— On peut encore parler d’un sujet de droit, individuel ou collectif (par exemple une association, une entreprise), qui ne se définit pas sur la base de particularités, physiques, sensibles, originelles ou naturelles, mais sur la notion de responsabilité juridique (agent responsable).Le sujet de droit résulte d’une “construction” en fonction de règles, but, mode d’organisation, communs.
(3) Les représentations consciemment réfléchies, et qu’on a pu projeter devant soi (notamment par travail de construction écrite, ou au cours de processus de questionnement, de délibération) sont les plus consistantes, même si leur contenu peut évoluer, qu’elles sont auto-criticables. Les représentations mentales qui se forment par automatismes ou simple “absorption” non réfléchie, non critique, de contenus diffusés (“routines de pensée”), sont tout à la fois les moins cohérentes et les plus difficiles à faire évoluer (Claparède).

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