Formation de la conscience de classe. Position du problème

Ce cours regroupe les contributions d’ateliers et sessions d’étude organisés par la Société Populaire d’Education. Pour l’introduire, deux points seront abordés. L’un concerne le thème de ce cours, l’autre se réfère davantage au contexte historique au sein duquel il s’inscrit. On commencera par ce dernier point : le contexte et ses possibles répercussions “subjectives”, sur les sujets que nous sommes, mais aussi, peut-être, sur la raison d’être de ces cours, ateliers et sessions.

Lorsque, au cours du dernier siècle, le cycle des sessions a commencé et s’est développé, nous étions encore, du moins en France, dans une période de relative quiétude historique. L’objectif tourné vers une formation au long cours, vers l’échange, la coopération, aidant à s’orienter dans la pensée et dans l’action, pouvait sembler se suffire à lui-même.

Il n’en est plus de même. L’état de chaos, les contradictions destructrices qui se propagent dans l’ensemble du monde se sont aggravées, notamment depuis l’entrée dans une nouvelle crise générale du capitalisme. A propos de cette situation, le pape, plagiant Lénine, n’a-t-il pas parlé de « guerre mondiale par morceaux »  et de guerre « pour les ressources, les territoires, la soumission des peuples » ? On ne saisit pas bien encore les relations entre les différents épisodes des combats, mais on pressent qu’un changement de phase historique est en cours. Plus spécialement depuis l’année 2015, d’importants ricochets de cet état du monde (attentats) ont affecté et affectent la France, mettant en pleine lumière ses failles internes.

Ce qui a des incidences sur le moral des troupes, les « subjectivités » individuelles, y compris les nôtres, qu’on en soit plus ou moins conscient. Se livrer à l’étude dans ce contexte peut sembler dérisoire. En outre, les thèmes de sessions et de cours centrés sur les classes peuvent se présenter en décalage au regard de la situation historique et des luttes en cours, qui sont loin de se présenter sous l’angle de la lutte de classes, et d’une possible reprise de l’initiative historique des classes populaires.

Comme lors de tout phénomène qui nous menace très directement, deux attitudes, souvent ambivalentes, sont possibles :

— une fuite devant la réalité ou un certain repli, voire un désengagement, parce que l’on se sent impuissant, incapable de maîtriser à son niveau le cours des choses, avec le seul recours des idées.
— ou le besoin de riposter, en s’occupant en priorité des dangers les plus immédiats, le besoin d’agir si peu que ce soit sur les événements, quitte à mettre au second plan la lutte à long terme, qui pour l’heure semble inefficace.
Ces attitudes peuvent se manifester parmi nous comme au sein des classes populaires, d’ailleurs au sein des classes non populaires aussi.

Le travail accompli dans les ateliers et sessions ne peut pas jouer directement dans le sens d’une maîtrise immédiate du cours des choses. Mais il peut servir à donner des outils, des connaissances, qui aident à la compréhension du mouvement d’ensemble, et donc guident l’action concrète, limitent les phénomènes de repli, soutiennent ceux qui cherchent des moyens d’agir sur le cours immédiat des événements. Mieux comprendre ce que c’est que la conscience, de soi et du monde, et leurs conditions de formation, mais aussi les phénomènes de « fausse conscience », permet aussi de guider l’activité pratique.

Lors d’un précédent cours (et session), la question des classes avait été abordée principalement sous l’angle de leur base “objective”, c’est-à-dire de la place qu’elles occupent au sein des rapports sociaux de production et d’échange, rapports relativement stables pour toute ne époque historique. Il était plus ou moins convenu qu’on devait par la suite se centrer sur les aspects “subjectifs” relatifs aux sujets), beaucoup plus mobiles et qu’il faudra distinguer sans doute de la conscience de classe proprement dite

Les termes d’objectif, de subjectif, de subjectivité, de sujet, d’objet, de conscience et conscience de classe, méritent à cet égard d’être définis, et sur la base de ces définitions, un certain nombre de questions peuvent être posées.

— De quoi parle-t-on quand on parle de conscience, de conscience de classe, de “subjectif”, de “subjectivités” ?
— Quel rapport établir entre conscience et conscience de classe. Comment se forme la conscience et la conscience de classe ?
— Doit-on parler à propos des sujets individuels de “subjectivité” ou de conscience ? Peut-on parler de subjectivités « collectives », peut-on les identifier à la conscience de classe ?
— Quand on parle de conscience de classe, de quoi s’agit-il exactement ? Cette conscience (propre des sujets) est-elle nécessairement liée à la base “objective” que ces sujets occupent au sein des rapports sociaux ? Quel rapport établir entre les consciences individuelles et la « conscience de classe », entre les “subjectivités”, ou les “consciences” des différentes classes ?
— Pourquoi dans certaines conjonctures, historiques, la conscience de classe semble-t-elle développée, pourquoi dans d’autres, semble-t-elle dépérir ? Dans la formation de la conscience de classe quelle place accorder aux conceptions individuelles et aux conceptions générales du monde, aux théories ? Quels sont les facteurs de déconstitution de la conscience de classe et des sujets historiques et politiques ?

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