4. L’analyse de la  trame logique

Dégager la trame logique d’un texte est utile pour l’analyse, mais aussi pour élaborer et vérifier la construction de ses propres textes. Il s’agit de se centrer sur l’argumentaire du point de vue du raisonnement mis en œuvre.

On peut distinguer dans un raisonnement plusieurs phases. Très schématiquement, on peut considérer : une phase d’induction (qui va du particulier au général), et une phase de déduction (qui va du général au particulier). On limite souvent le raisonnement à la phase de déduction (notamment les syllogismes). Celle-ci, qui suppose un travail purement déductif n’est pas finalement la plus difficile, il suffit d’appliquer des règles. On se centrera ici sur la phase déductive. Le travail d’induction, les méthodes à mettre en œuvre, sont plus complexes il ne suffit pas d’appliquer des règles formelles simples.

Quelques points à considérer s’agissant de la phase déductive.

On prend le syllogisme le plus simple, celui qui va des principes posés aux conséquences, sur la base d’une nécessité purement logique :

— Tous les hommes sont mortels (prémisse)

— Or, Socrate est un homme (prémisse)

— Donc Socrate est mortel (conclusion)

Du point de vue de la logique, la conclusion (qui va du général au particulier) est parfaite.

Si j’avais écrit à la place :

— Tous les hommes sont immortels

— Or Socrate est un homme

— Donc Socrate est immortel.

Du point de vue de la logique déductive, il n’y a rien à dire. Pourtant la conclusion n’est pas juste, parce que les prémisses sont fausses.

On peut prendre aussi un exemple où les prémisses sont acceptables, mais le raisonnement (la déduction) erroné :

— Tous les philosophes sont mortels

— Or je suis mortel

— Donc je suis philosophe

Dans l’analyse d’un texte, il faut impérativement rechercher les prémisses, que celles-ci soient indiquées explicitement ou non (présupposés logiques) :

— Les maladies infectieuses sont contagieuses

— La diphtérie est une maladie contagieuse

— Donc la diphtérie est contagieuse

On voit ici que le raisonnement est juste, mais on voit qu’il faut d’abord poser la question des prémisses :

Qu’est-ce qu’une maladie infectieuse, contagieuse ? Toutes les maladies infectieuses sont-elles contagieuses. Ce qu’est-la diphtérie, etc.

Autre exemple :

— Tous les philosophes sont désintéressés

— Or je suis philosophe

— Donc je suis désintéressé.

Formellement l’enchaînement est juste, mais on peut s’interroger sur la validité du point de départ.

Cela montre l’importance de s’intéresser au point de départ du raisonnement, ce que la logique purement déductive ne peut donner. C’est toute la question du processus de la connaissance, de la méthode, qui ne sera pas ici abordé. On va juste ici préciser quelques points touchant à la déduction.

En général, dans les textes, on ne trouve pas le syllogisme exposé sous la forme complète : 1/ Point de départ [affirmation d’ordre général] ; 2/ Or [appartenance d’un particulier à cet ordre général] ; 3/ Donc [conclusion].

On trouve des formules plus synthétiques, du type :

Comme tous les hommes, Socrate est mortel (les prémisses sont sous-entendues).

De sorte qu’il peut être utile de décomposer les propositions (phrases) en unités élémentaires, pour mieux saisir la totalité de leur contenu.

Exemple :

Je dis que la théorie de X est purement idéale, elle néglige les conditions effectives et les problèmes du monde.

Il y a plusieurs unités de sens :

— Je dis que (*)

— La théorie de X néglige les conditions effectives

— La théorie de X néglige les problèmes du monde

— Le monde comporte des problème

— Le monde comprend des conditions effectives

etc.

(*) « Je dis que » est une assertion, pas une démonstration, qu’on retrouve souvent chez certains “spécialistes” sous la formule purement assertive « nous savons maintenant que ».

Autre proposition :

L’industrie et le commerce, rouages de l’économie, contribuent à la prospérité d’un pays.

— L’industrie et le commerce sont des rouages de l’économie

— L’industrie et le commerce contribuent à la prospérité d’un pays

— Pour la prospérité d’un pays, il faut des rouages économiques

etc.

La décomposition d’une proposition peut aussi poser des questions au texte et faciliter sa compréhension :

Voir la phrase bien connue de Rousseau :

L’homme est né libre, et partout il est dans les fers.

Ne pas la lire trop vite. Décomposer d’abord.

— L’homme est né libre

— Partout il est dans les fers

Puis relier :

— L’homme, né libre, est partout dans les fers

La phrase reconstruite annonce le problème central que veut poser Rousseau, elle éclaire sa problématique. : « Comment ce changement s’est-il fait ? Je l’ignore. Qu’est-ce qui peut le rendre légitime ? Je crois pouvoir répondre à cette question. » C’est là précisément l’objet du Contrat social.

Présupposés et implications

Il y a deux sortes de présupposés : logiques et idéologiques.

On parle de présupposé quand on n’indique pas explicitement un élément de sens, ce qui est contenu dans une proposition, mais peut être sous-entendu.

Présupposés logiques :

— Tous les enfants de Pierre sont endormis (Pierre a des enfants. Pierre a plus d’un enfant)

— Ma vieille voiture est à vendre (présupposé : ma voiture est vieille).

— Nous devons lutter contre l’ennemi intérieur (on présuppose qu’il y a état de guerre contre un ennemi).

Présupposés idéologiques :

— L’exemple précédent entre pour partie dans les présupposés idéologiques.

— Les intérêts particuliers concourent d’eux-mêmes au bien commun (il y a présupposition d’une harmonie pré-établie dans la société qui fait que les intérêts particuliers s’accordent spontanément).

 Implications

Il s’agit d’une relation logique entre choses, événements, bien que cette relation ne soit pas explicitement formulée.

Formes simples

— Grand implique petit

— Père implique enfant

 

Autres implications

— Au contraire de Paul, Jacques est chauve (proposition impliquée : Paul n’est pas chauve.)

— Certains hommes tirent toute leur richesse du produit net du travail d’autres hommes (proposition impliquée : d’autres hommes ne tirent pas toute la richesse contenue dans le produit de leur travail).

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5. Schéma récapitulatif

Ce schéma ne s’applique qu’à un travail approfondi (plutôt sur des textes difficiles), on peut cependant s’inspirer de la procédure pour aborder avec plus de rigueur des textes (livres, articles) et pour faire la critique de nos propres écrits.

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