{"id":976,"date":"2018-11-05T09:32:23","date_gmt":"2018-11-05T08:32:23","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=976"},"modified":"2018-11-05T09:32:23","modified_gmt":"2018-11-05T08:32:23","slug":"identite-nationale","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=976","title":{"rendered":"Identit\u00e9 nationale"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><em>[Contribution du CAPES]<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\u00ab\u00a0<em>On invoque l\u2019identit\u00e9 quand il ne reste plus rien\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Philippe S\u00e9guin<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019enjeu effectif du d\u00e9bat sur \u00ab\u2009l\u2019identit\u00e9 nationale\u00bb, \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale en 2010, n\u2019a eu que peu d\u2019\u00e9cho dans la nation, la majorit\u00e9 des commentaires, plus sp\u00e9cialement \u00e0 gauche et dans une grande partie de la presse, ayant port\u00e9 moins sur son contenu que sur le caract\u00e8re inopportun, voire nocif, d\u2019un tel d\u00e9bat, en en alt\u00e9rant la signification historique et politique. Certes, par sa formulation, le d\u00e9bat avait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 dans des termes inad\u00e9quats, cr\u00e9ant un porte-\u00e0-faux entre son objet, <em>la nation<\/em>, et son intitul\u00e9, <em>l\u2019identit\u00e9 nationale<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce porte-\u00e0-faux a \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 profit par tous ceux qui, pour des raisons diverses, voulaient \u00e9viter de mettre en discussion cet objet comme les enjeux qu\u2019il recouvre\u00a0: \u00e0 savoir la \u201cchose\u201d nation elle-m\u00eame, sa p\u00e9rennit\u00e9 ou sa d\u00e9sh\u00e9rence. Dans son ensemble, la presse, comme l\u2019opposition, n\u2019ont pas voulu rendre compte de cet objet central tel qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 par ses principaux initiateurs (Besson, Sarkozy, Fillon) et tel qu\u2019on peut l\u2019\u00e9tablir en consultant les textes dans leur int\u00e9gralit\u00e9. Si l\u2019on prend la peine de s\u2019y reporter, on constate que c\u2019est bien la question du devenir de la formation nationale qui se trouvait au c\u0153ur des discours d\u2019une partie de la majorit\u00e9 de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A cet \u00e9gard, sans pour autant se situer sur le \u201cm\u00eame bord\u201d que les promoteurs de la discussion, on peut d\u00e9plorer qu\u2019ils n\u2019aient pas formul\u00e9 en clair ce qu\u2019ils consid\u00e9raient comme un enjeu crucial, ce qui leur aurait sans doute permis de recueillir, contre leurs d\u00e9tracteurs, un plus large soutien populaire. On d\u00e9plore plus encore que les dits d\u00e9tracteurs n\u2019aient pas produit d\u2019argumentaire coh\u00e9rent se rapportant \u00e0 cet enjeu. Il en est r\u00e9sult\u00e9 un effet de brouillage suppl\u00e9mentaire, redoublant celui provenant de la distorsion entre l\u2019objet effectif du d\u00e9bat et son intitul\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Analyser de fa\u00e7on ordonn\u00e9e les termes de la discussion se r\u00e9v\u00e8le d\u00e8s lors malais\u00e9. Toutefois, refusant de tenir pour nul et non avenu cet enjeu, on se propose d\u2019en <em>r\u00e9tablir<\/em>, avant toute critique, les tenants et les aboutissants.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>I\u00a0\u2014 Rapporter le d\u00e9bat sur l\u2019identit\u00e9 nationale \u00e0 son objet\u00a0: la nation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant d\u2019aborder le fond du d\u00e9bat, on se propose de poser quel peut \u00eatre le bon usage (logique) de la cat\u00e9gorie d\u2019identit\u00e9 (1), usage qui conduit \u00e0 r\u00e9futer la valeur d\u2019emploi \u201cidentitariste\u201d de la notion, et qui permet de ramener \u00e0 l\u2019objet effectif du d\u00e9bat\u00a0: la nation et sa p\u00e9rennit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La notion d\u2019identit\u00e9 se rapporte toujours \u00e0 un \u201c\u00eatre\u201d [\u201cnaturel\u201d ou \u201cde construction\u201d) <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans sa signification logique, le terme d\u2019identit\u00e9 peut recouvrir plusieurs acceptions, qui toutes posent une <em>relation<\/em> d\u2019un \u00eatre avec lui-m\u00eame (2). L\u2019identit\u00e9 est une notion se rapportant \u00e0 <em>l\u2019existence<\/em> d\u2019un \u00eatre et \u00e0 sa persistance en tant qu\u2019\u00eatre. Tant qu\u2019un \u00eatre d\u00e9termin\u00e9 existe, il est identique \u00e0 lui-m\u00eame, quels que soient les changements qui l\u2019affectent (3). On peut chercher \u00e0 voir ce que cela implique au sujet de l\u2019entit\u00e9 nation, la r\u00e9alit\u00e9 de son existence, son devenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019identit\u00e9 se rapporte \u00e0 un \u00eatre d\u00e9termin\u00e9, distinct d\u2019un autre<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les dictionnaires courants qui se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie du mot identit\u00e9 donnent\u00a0: <em>idem<\/em>, \u00ab\u00a0le m\u00eame\u00a0\u00bb. Certains pr\u00e9cisent\u00a0: le m\u00eame <em>que<\/em>, ou \u00ab\u00a0le m\u00eame que lui-m\u00eame\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne faut pas s\u2019arr\u00eater au caract\u00e8re tautologique de cette formulation, mais voir plut\u00f4t que l\u2019identit\u00e9 pose un rapport 1\/ avec une entit\u00e9 <em>d\u00e9termin\u00e9e<\/em>, 2\/ <em>distincte<\/em> d\u2019une autre. Il est aussi pr\u00e9cis\u00e9 dans certains dictionnaires que \u00ab\u00a0le m\u00eame\u00a0\u00bb se rapporte n\u00e9cessairement \u00e0 <em>une<\/em> chose, <em>un<\/em> individu (\u00ab\u00a0le m\u00eame <em>que\u00a0\u00bb<\/em>), m\u00eame s\u2019il s\u2019agit en l\u2019occurrence de dire que l\u2019individu Dupont est identique \u00e0 l\u2019individu Dupont, ou que la nation France est identique \u00e0 elle-m\u00eame. \u00e0 strictement parler, l\u2019identit\u00e9 finit par se formuler ainsi\u00a0: a <em>est<\/em> a, Victor Hugo <em>est<\/em> Victor Hugo, la nation France <em>est<\/em> la nation France. On peut penser que cela ne nous avance gu\u00e8re, \u00e0 ceci pr\u00e8s que l\u2019on a us\u00e9, entre <em>a<\/em> et <em>a<\/em>, ou France et France, du verbe \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb. Ce qui est <em>est<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tant que terme logique, l\u2019identit\u00e9 qui affirme la relation d\u2019un \u00eatre avec lui-m\u00eame tout au long de son existence, pose toujours un rapport avec un sujet existant, une chose, un \u00eatre, peu importe. En usant de la cat\u00e9gorie d\u2019identit\u00e9 <em>on postule aussi l\u2019existence de cette chose,<\/em> de cette entit\u00e9. On pose aussi qu\u2019elle a une existence propre, que cette entit\u00e9 (de nature ou de construction) n\u2019est pas une autre\u00a0: Albertine n\u2019est pas Albert (sauf chez Proust), le chien Toby n\u2019est pas le chien Toty, Charles de Gaulle, malgr\u00e9 tous ses m\u00e9rites, n\u2019est pas la France, la nation France n\u2019est pas une nation quelconque.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Ainsi, la relation d\u2019identit\u00e9 ne peut se rapporter qu\u2019\u00e0 ce qui a une existence<\/em> (de chose, d\u2019\u00eatre), et celle-ci ne peut se manifester que si cette chose \u00ab\u00a0existe\u00a0\u00bb effectivement dans la r\u00e9alit\u00e9 et pas seulement en id\u00e9e. S\u2019il y a existence d\u2019un \u00eatre, il est n\u00e9cessairement identique \u00e0 lui-m\u00eame, <em>tant qu\u2019il existe<\/em>, et quels que puissent \u00eatre les changements qui l\u2019affectent. S\u2019il n\u2019y a plus d\u2019\u00eatre, d\u2019existence effective d\u2019un \u00eatre, on ne peut plus poser la question de son identit\u00e9, si ce n\u2019est au pass\u00e9. Quand on parle \u00ab\u00a0d\u2019identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb, il faut ainsi se demander quelle est la \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb, l\u2019entit\u00e9 dont on pr\u00e9tend poser l\u2019identit\u00e9. La pens\u00e9e de \u00ab\u00a0l\u2019identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb ne produit pas son objet, si celui-ci n\u2019a pas, ou plus, d\u2019existence. Et ce qui a une existence ne peut \u00eatre simple attribut d\u2019un \u00eatre, un qualificatif, mais cet \u00eatre lui-m\u00eame. <em>L\u2019entit\u00e9 dont on pr\u00e9tend attester l\u2019identit\u00e9, en lui attribuant le caract\u00e8re \u00ab\u00a0national\u00a0\u00bb, est la nation elle-m\u00eame<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les questions \u00e0 se poser sont alors celles-ci\u00a0: cette nation existe-t-elle et pers\u00e9v\u00e8re-t-elle dans son \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0\u00bb, conforme \u00e0 elle-m\u00eame, dans sa configuration essentielle, quelles conditions n\u00e9cessaires et suffisantes lui permettent de se maintenir comme telle, quel type de changements peuvent mettre fin \u00e0 son existence d\u2019entit\u00e9 historiquement form\u00e9e\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L\u2019identit\u00e9 porte donc sur une chose, sur sa configuration essentielle, et non sur ce qui sert \u00e0 la d\u00e9signer.<\/em> On peut continuer \u00e0 user du mot r\u00e9publique alors que \u00ab\u00a0l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb de la r\u00e9publique, ce qui faisait sa nature essentielle \u2013 la chose publique \u2013 n\u2019existe plus. \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas r\u00e9publique s\u2019il n\u2019y a plus rien de public\u00a0\u00bb disait Jean Bodin. De la m\u00eame fa\u00e7on, tout ce qui se nomme nation n\u2019est pas <em>ipso facto<\/em> une nation (4). Ce n\u2019est qu\u2019en s\u2019interrogeant sur la chose nation en elle-m\u00eame, et une nation d\u00e9termin\u00e9e, dans sa r\u00e9alit\u00e9 historique et dans sa sp\u00e9cificit\u00e9, qu\u2019on peut d\u00e9gager la nature propre de \u00ab\u00a0l\u2019identit\u00e9\u00a0\u00bb d\u2019une nation, qui n\u2019est rien d\u2019autre que \u201cl\u2019\u00eatre par construction\u201d de cette nation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La souverainet\u00e9, et non l\u2019identit\u00e9 soutient l\u2019unit\u00e9 et la p\u00e9rennit\u00e9 d\u2019une nation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il convient ici de consid\u00e9rer que le terme <em>identit\u00e9<\/em>, toujours pris dans son sens logique (posant la relation d\u2019un \u00eatre avec lui-m\u00eame), peut \u00eatre appliqu\u00e9 soit \u00e0 des <em>\u00eatres par nature<\/em>, par exemple un individu humain, ou \u00e0 des <em>\u00eatres par construction<\/em>, tels une machine, une cit\u00e9, une nation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Appliqu\u00e9e \u00e0 un individu humain, \u00ab\u00a0\u00eatre par nature\u00a0\u00bb, la substitution de la notion d\u2019identit\u00e9 (l\u2019identit\u00e9 de Gustave), \u00e0 l\u2019\u00eatre lui-m\u00eame (Gustave), n\u2019ajoute rien \u00e0 la nature de cet \u00eatre, et cette substitution n\u2019a pas d\u2019incidence majeure touchant \u00e0 la mani\u00e8re de l\u2019appr\u00e9hender. Si toutefois on inverse les termes, faisant de l\u2019identit\u00e9 le v\u00e9ritable sujet (l\u2019identit\u00e9 \u201cgustav\u00e9enne\u201d, ou encore la \u201cgustavit\u00e9\u201d), et de l\u2019\u00eatre auquel elle s\u2019applique, un pr\u00e9dicat, qui d\u00e9ciderait \u00e0 la place de Gustave de ce qu\u2019il est, on peut craindre que \u201cl\u2019identit\u00e9\u201d ne se pose plus que comme un principe ineffable qui pr\u00e9existerait \u00e0 l\u2019individu lui-m\u00eame et d\u00e9terminerait \u00e0 sa place son \u201cdestin\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors que l\u2019on pr\u00e9tend accoler le terme d\u2019identit\u00e9, non plus \u00e0 des individus naturels, mais \u00e0 des \u201c\u00eatres par construction\u201d, des groupements humains (un peuple, une nation), le risque est plus grand de postuler une \u201cidentit\u00e9\u201d s\u2019affirmant comme une \u201csubstance\u201d (\u201cnaturelle\u201d, \u201cinn\u00e9e\u00a0\u00bb), pr\u00e9d\u00e9terminant l\u2019\u00eatre de ce groupement et son mouvement. Le risque est plus grand encore lorsque l\u2019on substitue \u00e0 la formulation \u00ab\u00a0identit\u00e9 de la nation\u00a0\u00bb, qui d\u00e9j\u00e0 pose probl\u00e8me, la formulation \u00ab\u00a0identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le monde historique concret, ce n\u2019est pas \u201cl\u2019identit\u00e9\u201d d\u2019un peuple ou d\u2019une nation (ou la pens\u00e9e de son \u201cidentit\u00e9\u201d) qui fait ce peuple, cette nation, et son mouvement, c\u2019est \u00e0 l\u2019inverse, l\u2019existence effective historique d\u2019une chose (d\u2019une construction humaine appel\u00e9e <em>peuple<\/em>, <em>nation<\/em>), qui permet de poser la question de leur identit\u00e9. Il s\u2019agit ainsi de s\u2019interroger\u00a0: peut-on poser, ou peut-on encore poser, l\u2019existence de ce peuple, cette nation, en tant que peuple, nation, d\u00e9termin\u00e9s (non quelconques), et dans leurs caract\u00e8res propres. En sachant que l\u2019unit\u00e9, ou plut\u00f4t l\u2019unification d\u2019un <em>\u00eatre par construction<\/em>, ne ressort pas d\u2019une donn\u00e9e originelle (vie organique, sang, germe, \u201cculture\u201d substantialis\u00e9e), mais d\u2019un principe propre de construction (historique et politique dans le cas de la nation), capable de le produire et le maintenir dans son individualit\u00e9 propre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019identit\u00e9 se rapporte \u00e0 un \u00eatre individu\u00e9 (donc un, unitaire, unifi\u00e9).<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par d\u00e9finition, il ne peut pas y avoir plusieurs sujets, ou supports, auxquels puissent s\u2019appliquer un principe d\u2019identit\u00e9. Poser qu\u2019une chose, un \u00eatre est identique \u00e0 lui-m\u00eame, signifie que cette chose, cet \u00eatre, se pr\u00e9sente comme <em>un<\/em> et <em>indivisible<\/em>, faute de quoi il ne pourrait \u00eatre le m\u00eame que lui-m\u00eame. Pour qu\u2019on puisse parler de l\u2019existence d\u2019un \u00eatre, il faut ainsi qu\u2019il soit <em>Un<\/em> \u00eatre, nouvelle tautologie, qui ne manque pas non plus de sens (5). Ce \u00e0 quoi on peut r\u00e9f\u00e9rer une identit\u00e9 (\u00eatre \u00ab\u00a0par nature\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0par construction\u00a0\u00bb) est n\u00e9cessairement individu\u00e9 (<em>Un<\/em>). Faut-il insister sur le fait que l\u2019unit\u00e9 ne se confond pas avec l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 ou l\u2019absence de contradictions. Postuler un rapport d\u2019identit\u00e9, c\u2019est postuler que l\u2019\u00eatre auquel on le r\u00e9f\u00e8re existe en tant qu\u2019<em>unit\u00e9<\/em>, ceci dans <em>l\u2019indivisibilit\u00e9<\/em> de son mouvement. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le probl\u00e8me qui \u00e9tait en jeu dans le d\u00e9bat<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toute la question est ici de savoir ce qui fait l\u2019unit\u00e9 d\u2019un <em>\u00eatre par construction<\/em>, tel qu\u2019une nation, ce qui peut la caract\u00e9riser tout au long de son existence, tant qu\u2019elle existe en tant que nation, et se maintient une et la m\u00eame, dans l\u2019indivisibilit\u00e9 de son mouvement, en d\u00e9pit des changements qui l\u2019affectent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Sur quoi se fonde l\u2019unit\u00e9 d\u2019un \u00eatre \u00ab\u00a0par construction\u00a0\u00bb et ce qui peut la d\u00e9constituer<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a pos\u00e9 que les \u00ab\u00a0\u00eatres\u00a0\u00bb \u00e0 propos desquels on peut rapporter la qualit\u00e9 unitaire (<em>Un<\/em>) sont soit des \u00eatres\u00a0 \u00ab\u00a0par nature\u00a0\u00bb (un ch\u00eane, un \u00eatre humain), soit des \u00eatres \u00ab\u00a0par construction\u00a0\u00bb (par exemple, dans le domaine des r\u00e9alit\u00e9s politiques, l\u2019\u00c9tat, la R\u00e9publique). La nation n\u2019est pas un \u00eatre \u201cnaturel\u201d, comme tendent \u00e0 le poser les conceptions \u201cidentitaristes\u201d, c\u2019est un \u00eatre par construction, qui se d\u00e9finit comme tout \u00eatre de ce type en fonction d\u2019un principe d\u2019unit\u00e9 ou d\u2019unification construit, capable de maintenir dans sa continuit\u00e9 son existence, en d\u00e9pit de changements qualitatifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les \u00eatre naturels, il est relativement facile de d\u00e9terminer le principe unitaire, en tant qu\u2019il est li\u00e9 \u00e0 la continuit\u00e9 indivisible de leur existence physique. Le ch\u00eane adulte est qualitativement diff\u00e9rent du germe port\u00e9 par un gland, mais identique dans sa nature et ses propri\u00e9t\u00e9s essentielles tant qu\u2019il subsiste dans son existence particuli\u00e8re. Pour les \u00eatres \u00ab\u00a0par construction\u00a0\u00bb, les principes d\u2019individuation, d\u2019unit\u00e9 ou d\u2019unification, mais aussi de persistance dans leur existence, sont plus difficiles \u00e0 attester. En quoi consiste cet essentiel \u201cqui fait\u201d cet \u00eatre historique sp\u00e9cifique qu\u2019est une nation, et cette nation l\u00e0\u00a0? Quelle configuration, principes de construction, en font, ou en ont fait, un \u00eatre capable de porter en lui la cause de sa continuit\u00e9, en d\u00e9pit des changements qui l\u2019affectent\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais aussi, quand et pourquoi ce \u00ab\u00a0\u00eatre\u00a0par construction\u00a0\u00bb peut-il cesser d\u2019exister en tant que tel, dans son unit\u00e9 et l\u2019indivisibilit\u00e9 de son mouvement\u00a0? Quelles conditions peuvent conduire \u00e0 ce que la question de son identit\u00e9 ne puisse m\u00eame plus \u00eatre pos\u00e9e, sauf pour m\u00e9moire. Ne serait-ce pas pr\u00e9cis\u00e9ment lorsque les conditions de sa construction comme unit\u00e9 (ce qui l\u2019a construit comme <em>Un<\/em>), sont progressivement ou brutalement annihil\u00e9es. Ce qui ne renseigne gu\u00e8re sur lesdites conditions. On peut seulement poser que, s\u2019agissant d\u2019un \u00ab\u00a0\u00eatre par construction\u00a0\u00bb, la coh\u00e9sion ne peut r\u00e9sulter d\u2019un mouvement involontaire, en tant que soumis lui-m\u00eame \u00e0 d\u2019autres mouvements et ambitions ext\u00e9rieures, involontaires ou non. Le maintien de la coh\u00e9sion ressort n\u00e9cessairement de l\u2019ordre politique, non d\u2019une impulsion \u201cnaturelle\u201d. Le maintien du <em>principe de souverainet\u00e9<\/em>, qui fait d\u2019une nation <em>un \u201c\u00eatre\u201d <\/em>est un des facteurs essentiels des conditions du maintien de son unit\u00e9. On en revient \u00e0 la formule de Loyseau\u00a0: \u00ab\u00a0La souverainet\u00e9 est ce qui donne l\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019Etat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si certains changements n\u2019affectent pas l\u2019existence d\u2019un \u00eatre par construction, il en est d\u2019autres, imperceptibles ou ostensibles, qui tendent \u00e0 l\u2019\u00e9branler ou le d\u00e9truire, en d\u00e9constituant sa configuration propre, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019annihiler, lors m\u00eame que l\u2019on continue d\u2019user du mot qui servait \u00e0 le d\u00e9signer. Ce qui peut concerner une nation, lorsque sa configuration historique et politique propre est \u00e9branl\u00e9e, par des facteurs intrins\u00e8ques ou extrins\u00e8ques. Telles \u00e9taient les questions que ce d\u00e9bat incitait \u00e0 poser.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>II\u00a0\u2014La formulation \u00ab\u00a0identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb a fauss\u00e9 le contenu effectif du d\u00e9bat<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rappelons que si l\u2019on rapporte le terme identit\u00e9 \u00e0 sa signification logique (relation d\u2019un \u00eatre avec lui-m\u00eame), on pose l\u2019existence ou la non existence d\u2019une nation particuli\u00e8re. On ne peut en effet parler de \u00ab\u00a0l\u2019identit\u00e9\u00a0\u00bb d\u2019une chose, que si cette chose (la nation) existe, ou persiste, en tant qu\u2019entit\u00e9 concr\u00e8te, une et indivisible. M\u00eame malencontreusement exprim\u00e9 par le biais de l\u2019expression \u00ab\u00a0identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb, l\u2019enjeu du d\u00e9bat pouvait en ce sens concerner la question de l\u2019existence et du maintien de la nation dans sa r\u00e9alit\u00e9 historique concr\u00e8te.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour l\u2019essentiel, ce n\u2019est pas la conception \u201cidentitariste\u201d qui s\u2019est trouv\u00e9e d\u00e9fendue par les initiateurs du d\u00e9bat, et qu\u2019une partie de l\u2019opposition imputait \u00e0 tort au gouvernement d\u2019alors. Bien qu\u2019une partie de ces initiateurs aient parfois mobilis\u00e9 la th\u00e9matique \u201cculturelle\u201d, il n\u2019en r\u00e9sultait pas une \u201csubstantialisation\u201d de la notion d\u2019identit\u00e9 nationale. Les formulations utilis\u00e9es servaient le plus souvent \u00e0 caract\u00e9riser les traits d\u2019une <em>formation historique sp\u00e9cifique<\/em> [construite] dans ses dimensions sociales et politiques propres. cela rend d\u2019autant plus n\u00e9cessaire de s\u2019interroger sur les motifs de l\u2019adoption de la formulation bancale d\u2019identit\u00e9 nationale, de la situer dans son contexte, et sur cette base d\u2019en proposer une critique raisonn\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D\u00e9fendre \u00ab\u00a0l\u2019identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb ou la \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 nationale\u00a0\u00bb\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La notion \u00ab\u00a0identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb ne va pas de soi. Elle n\u2019est couramment utilis\u00e9e dans le cadre fran\u00e7ais que depuis deux ou trois d\u00e9cennies. Anne-Marie Thiesse (6) signalait que pour ce qui touche aux titres d\u2019ouvrages, le mot n\u2019apparaissait en France qu\u2019en 1978 (dans un livre sur Pablo Neruda). Des ann\u00e9es 2000 \u00e0 2010, on aurait en revanche recens\u00e9, selon Thomas Wieder, trente titres d\u2019ouvrages ayant dans leur intitul\u00e9 l\u2019expression \u00ab\u00a0identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Portant sur un \u00e9quivoque, la formulation \u00ab\u00a0identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb, incitait ainsi \u00e0 faire de \u201cl\u2019identit\u00e9\u201d un sujet par lui-m\u00eame, ou encore un germe, une \u201csubstance\u201d, qui, mus par un flux immanent, seraient au principe du mouvement de la nation. Alors que c\u2019est bien la nation, en tant que formation historique et politique, qui est le v\u00e9ritable sujet, sous la condition que, comme tout sujet, elle puisse exister et persister comme une et indivisible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a quelques d\u00e9cennies encore, le probl\u00e8me de fond pos\u00e9 par le d\u00e9bat aurait \u00e9t\u00e9 introduit au moyen d\u2019autres mots\u00a0: \u00ab\u00a0ind\u00e9pendance nationale\u00a0\u00bb, tel que de Gaulle en usait, \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 nationale\u00a0\u00bb, tel que Philippe S\u00e9guin l\u2019\u00e9non\u00e7ait dans la conjoncture de Maastricht. Car en effet, seule la souverainet\u00e9 permet de soutenir \u201cl\u2019identit\u00e9\u201d, ou plut\u00f4t l\u2019\u00eatre, la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une nation, en tant qu\u2019entit\u00e9 construite et non imaginaire substance pr\u00e9-donn\u00e9e. En sachant aussi que la souverainet\u00e9 de la nation soutient la possibilit\u00e9 de la souverainet\u00e9 du peuple. La souverainet\u00e9 de la nation, la souverainet\u00e9 du peuple, ne sont pas seulement des cat\u00e9gories de pens\u00e9e, comme peut l\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0l\u2019identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb. Les mots se r\u00e9f\u00e8rent ici \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s historiques et politiques, humainement construites, ce qui a fait de la nation ou du peuple, des entit\u00e9s, ce qui a rendu possible leur unification et ce qui peut la maintenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le choix malheureux de l\u2019expression \u00ab\u00a0identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb, plut\u00f4t que celle de \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 nationale\u00a0\u00bb, atteste qu\u2019en mati\u00e8re de vocabulaire, la pens\u00e9e n\u2019\u00e9tait et n\u2019est plus tout \u00e0 fait \u201csouveraine\u201d. Ce choix signale qu\u2019on ne peut plus poser le devenir de la nation sur la base de sa souverainet\u00e9, que ce devenir est d\u00e9j\u00e0 en cons\u00e9quence pour partie compromis, que l\u2019on se trouve contraint d\u2019user de mots se posant pour partie en ext\u00e9riorit\u00e9 au regard de ce qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la formation historique de la nation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On doit cependant remarquer qu\u2019\u00c9ric Besson, Fran\u00e7ois Fillon et Nicolas Sarkozy ont mentionn\u00e9, au moins une fois, par la bande, les mots de souverainet\u00e9 de la nation, ou d\u2019\u00c9tat souverain.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c9ric Besson\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0[Une partie du peuple a affirm\u00e9] son attachement au cadre national et sa crainte de certains abandons de <em>souverainet\u00e9\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Nicolas Sarkozy\u00a0<\/em>:<em> \u00ab\u00a0<\/em>La R\u00e9publique est au c\u0153ur de notre identit\u00e9 nationale. [\u2026] La R\u00e9publique, c\u2019est la <em>souverainet\u00e9 de la Nation<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Fran\u00e7ois Fillon\u00a0:<\/em> [Richelieu et Napol\u00e9on] partagent une m\u00eame conviction\u00a0: les fronti\u00e8res doivent \u00eatre d\u00e9fendues, les factions int\u00e9rieures abattues, et l\u2019<em>\u00c9tat souverain<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019adoption par le gouvernement d\u2019alors de la formulation \u00ab\u00a0identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb ne suffisait pas, \u00e0 elle seule, \u00e0 lui imputer une volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de rel\u00e9gation du principe de souverainet\u00e9. Nombre d\u2019intervenants de l\u2019opposition, furent au contraire parmi les premiers \u00e0 rel\u00e9guer ce principe aux oubliettes, Ils ont d\u2019ailleurs rarement port\u00e9 la critique sur ce terrain. Compte tenu de penchants \u201ceurop\u00e9istes\u201c, plusieurs semblaient redouter que le d\u00e9bat public puisse faire ressurgir la question de la souverainet\u00e9, et que le peuple n\u2019en vienne \u00e0 s\u2019interroger sur les atteintes qui ont \u00e9t\u00e9 port\u00e9es dans le cadre de leur politique europ\u00e9enne au principe souverain,.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut en revanche subodorer qu\u2019en d\u00e9pit de l\u2019escamotage du mot souverainet\u00e9, par le gouvernement Sarkozy-Fillon, celui-ci ait voulu resservir sur la table de fa\u00e7on d\u00e9riv\u00e9e ce non-dit que l\u2019\u00e9dification d\u2019une \u201cEurope\u201d pr\u00e9sum\u00e9e unie leur interdisait de poser ouvertement. Que la question de la nation fut ainsi pos\u00e9e presque de fa\u00e7on \u201chonteuse\u201d, sans pouvoir en formuler ouvertement, ou de fa\u00e7on \u201cpolitiquement correcte\u201d, tous les termes. Par l\u00e0, les initiateurs du d\u00e9bat se sont situ\u00e9s sur un terrain min\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Deux usages de la notion \u00ab\u00a0d\u2019identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a pu percevoir que selon les intervenants, le sens attribu\u00e9 aux mots <em>identit\u00e9<\/em>, <em>nationale<\/em> ou <em>nation<\/em>, \u00e9tait diff\u00e9rent, en fonction des conceptions que les uns et les autres pouvaient se faire de l\u2019identit\u00e9, mais aussi de la nation. Selon les cas, le terme <em>identit\u00e9<\/em> pouvait \u00eatre rapport\u00e9 \u00e0 <em>national<\/em>, <em>nation<\/em>, \u00e0 <em>nation France<\/em> ou \u00e0 <em>Fran\u00e7ais<\/em> (la distinction \u00e9tant dans ce cas mal \u00e9tablie entre ce qui \u201cidentifierait\u201d un individu par ses traits propres, ou au regard d\u2019une \u00ab\u201corigine\u201d que le nierait en tant qu\u2019individu). La difficult\u00e9 majeure dans l\u2019usage de l\u2019expression \u00ab\u2009identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb provenait en outre de ce qu\u2019elle est form\u00e9e de deux termes, <em>identit\u00e9<\/em> et <em>nationale<\/em>, relevant de registres diff\u00e9rents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prenons le mot <em>identit\u00e9<\/em>. Deux usages oppos\u00e9s peuvent en \u00eatre faits. L\u2019usage conforme \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie pose l\u2019identit\u00e9 en tant que relation d\u2019ordre logique qu\u2019un individu (une entit\u00e9 quelconque) entretient avec lui-m\u00eame, pour autant que cet individu, cette entit\u00e9, existe. Par extension, le terme identit\u00e9 en est venu \u00e0 d\u00e9signer ce qui caract\u00e9riserait en propre cet \u00eatre, finissant par se poser en sujet \u00e0 la place du sujet, ce qui a ouvert la voie \u00e0 un autre usage, abusif, tendant \u00e0 faire de la relation d\u2019un \u00eatre avec lui-m\u00eame une substance, qui existerait par elle-m\u00eame. C\u2019est l\u2019usage que l\u2019on a nomm\u00e9 \u201cidentitariste\u201d\u00a0: on fait de l\u2019identit\u00e9 un \u00eatre, un sujet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le qualificatif <em>nationale<\/em> pour sa part, n\u2019a de signification que si on le r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une entit\u00e9 du monde historique concret, la cat\u00e9gorie de <em>nation<\/em>, pas seulement l\u2019id\u00e9e, le concept de nation, mais la chose, la r\u00e9alit\u00e9 du fait nation. En sachant bien que si l\u2019on rapporte le terme identit\u00e9 (toujours dans son sens logique) \u00e0 une nation, on n\u2019ajoute rien \u00e0 ce qu\u2019est cette nation, ses caract\u00e8res propres. En substituant la notion d\u2019identit\u00e9 nationale au sujet auquel elle se rapporte, la nation, on tend \u00e0 confondre le mot avec la chose dans sa r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, au sens strict, on l\u2019a d\u00e9j\u00e0 indiqu\u00e9, le terme identit\u00e9 se borne \u00e0 poser l\u2019existence d\u2019un \u00eatre individu\u00e9, en comprenant bien que le terme lui-m\u00eame ne <em>se confond pas avec cet \u00eatre<\/em>, tel qu\u2019il existe dans le monde r\u00e9el. On pose la relation (a) = (a), la nation (a) est [identique] \u00e0 la nation (a) dans sa r\u00e9alit\u00e9 et sa d\u00e9finition propre. Mais cela n\u2019\u00e9claire pas ce qu\u2019est (a), sur ce qu\u2019est la nation (a), dans ses d\u00e9finitions propres d\u2019objet sp\u00e9cifique de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019identit\u00e9 d\u2019un d\u00e9nomm\u00e9 Victor est\u00a0: homme de genre masculin, n\u00e9 \u00e0 telle date, en tel lieu, ces caract\u00e8res n\u2019en demeurent pas moins ceux de l\u2019individu Victor. La relation d\u2019identit\u00e9 permet seulement de subodorer que Victor est, tant qu\u2019il existe, et qu\u2019il est bien Victor, qu\u2019il n\u2019est pas un autre. Reste \u00e0 savoir qui est Victor, ce qui le d\u00e9finit en propre. L\u2019identit\u00e9 en effet n\u2019ajoute rien aux caract\u00e9risations de ce qu\u2019il est. Tout adolescent ne d\u00e9couvre-t-il pas un jour que se demander \u00ab\u00a0quelle est mon identit\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00e0 la place de \u00ab\u00a0qui suis-je\u00a0?\u00a0\u00bb, ne fait gu\u00e8re avancer le probl\u00e8me. De la m\u00eame fa\u00e7on, parler de \u00ab\u00a0l\u2019identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb de la France revient \u00e0 parler de cette nation, et n\u2019y ajoute rien d\u2019autre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>III \u2014 La version \u201cidentitariste\u201d<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le cadre de la formation historique fran\u00e7aise, le glissement du sens logique d\u2019identit\u00e9 \u00e0 son acception \u201cidentitariste\u201d (substantialisation de la notion) est relativement r\u00e9cent, (de m\u00eame que son large emploi appliqu\u00e9, non plus \u00e0 des \u201c\u00eatres par nature\u201dmais \u00e0 des \u201c<em>\u00eatres par construction<\/em>\u201d. Ce glissement identitaire a pu se r\u00e9v\u00e9ler plus pr\u00e9gnant d\u2019autres formations historiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La tendance \u00e0 \u201csubstantialiser\u201d les \u201cidentit\u00e9s\u201d ou \u201ccultures\u201d, qui seraient propres \u00e0 tel ou tel peuple, se trouve depuis longtemps inscrite au c\u0153ur des conceptions \u201ccommunautaristes\u201d des groupements humains, telles qu\u2019elles se sont forg\u00e9es et r\u00e9pandues. La formulation \u00ab\u00a0identit\u00e9 nationale\u00a0\u00bb pouvait dans ce cadre \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un avatar de la notion de \u201cculture(s)\u201d, non universalisables, se substituant au mot culture (au singulier), tel qu\u2019il pr\u00e9valait encore en France il y a quelques d\u00e9cennies, la culture y \u00e9tant alors pens\u00e9e comme \u00e9tant par essence universelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le mot \u201ccultures\u201d, ou autres termes apparent\u00e9s\u00a0: \u201cesprit des peuples\u201d, \u201clangue idiomatique\u201d propre \u00e0 une nation, sont ici en r\u00e9sonance avec les courants de pens\u00e9e tels que Herder, Hamman ou les anti-Lumi\u00e8res, les ont th\u00e9oris\u00e9s. Quoique non dominants, de tels courants n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 absents dans la formation historique fran\u00e7aise, mais ils avaient jusqu\u2019alors \u00e9t\u00e9 le plus souvent refoul\u00e9s par les conceptions universalistes. Ils ont accompagn\u00e9 les id\u00e9ologies d\u2019auto enfermement communautaire qui affirmaient, contre l\u2019id\u00e9e m\u00eame d\u2019humanit\u00e9 ou de genre humain, un d\u00e9terminisme \u201cculturel\u201d ou une pr\u00e9destination m\u00e9taphysique propre \u00e0 chaque \u201cnation\u201d, \u201cpeuple\u201d, ou <em>Volk<\/em>. Ces courants d\u2019id\u00e9es pouvaient opposer au latin universaliste les sp\u00e9cificit\u00e9s idiomatiques de langues nationales pr\u00e9sum\u00e9es pr\u00e9form\u00e9es de toute \u00e9ternit\u00e9. \u00e0 d\u00e9faut de l\u2019histoire construite, la \u201cculture\u201d y jouait le r\u00f4le de facteur explicatif de l\u2019histoire humaine, avec son \u00ab\u00a0kit identitaire\u00a0\u00bb centr\u00e9 sur la race, l\u2019ethnie, \u201cl\u2019\u00e2me\u201d, ou le \u201cg\u00e9nie\u201d propre d\u2019un peuple. La composante raciale pouvait en apparence se trouver exclue, comme chez Paul de Lagarde qui fondait la \u201cgermanit\u00e9\u201d sur \u201cl\u2019\u00e2me\u201d. \u00e0 noter aussi que la th\u00e9matique de la \u201cm\u00e9moire collective\u201d d\u2019un peuple, concept proprement inconcevable, n\u2019est pas en totalit\u00e9 ext\u00e9rieure \u00e0 ce courant de pens\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De telles visions du monde, import\u00e9es ou non, se sont largement diffus\u00e9es depuis quelques d\u00e9cennies. L\u2019utilisation du mot identit\u00e9, \u00e0 propos de groupements humains, et non plus seulement \u00e0 propos d\u2019individus, s\u2019est ainsi r\u00e9pandue aux \u00c9tats-Unis \u00e0 partir ann\u00e9es 1960. La notion d\u2019identit\u00e9 fut appliqu\u00e9e \u00e0 des groupes communautaris\u00e9s (noirs, femmes), que l\u2019on pr\u00e9sumait r\u00e9unis par un principe commun substantialis\u00e9 [que l\u2019on pourrait nommer <em>n\u00e9gritude<\/em>, <em>f\u00e9minitude<\/em>], en relation avec les notions de \u00ab\u00a0stigmate\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0fiert\u00e9\u00a0\u00bb (<em>pride<\/em>), cens\u00e9s s\u2019exprimer dans un registre collectif identitaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019abord limit\u00e9e aux groupes \u201cethniques\u201d ou \u201cethnicis\u00e9s\u201d, \u201cl\u2019identit\u00e9\u201d ainsi substantialis\u00e9e, s\u2019est aussi impos\u00e9e en France dans certains milieux intellectuels, au tournant des ann\u00e9es soixante-dix. Elle fut par la suite appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019ensemble des groupes humains, jusqu\u2019\u00e0 se trouver mise en relation avec les formations nationales (Voir la revue <em>Identit\u00e9<\/em> \u2014 \u00ab\u00a0revue d\u2019\u00e9tudes nationales\u00a0\u00bb\u00a0\u2014 qui para\u00eet \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80, qui extrapole la notion d\u2019identit\u00e9 des individus \u00e0 des groupements humains form\u00e9s en nations). Cette extrapolation du terme hors de son emploi r\u00e9gulier, fut aussi, notamment, d\u00e9velopp\u00e9e dans le cadre du s\u00e9minaire de Claude L\u00e9vi-Strauss, alors dirig\u00e9 par Jean-Marie Benoist. En r\u00e9sonance avec ce courant, Fernand Braudel devait produire en <em>1986<\/em> son grand ouvrage <em>l\u2019Identit\u00e9 de la France<\/em>, de formulation toutefois moins \u00e9quivoque (7). \u00e0 propos de l\u2019intitul\u00e9 de son livre, auquel il a \u00e9t\u00e9 fr\u00e9quemment fait r\u00e9f\u00e9rence dans le d\u00e9bat \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e, il indiquait cependant\u2009: \u00ab\u2009le mot m\u2019a s\u00e9duit, mais n\u2019a cess\u00e9, des ann\u00e9es durant de me tourmenter\u2009\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019extension de l\u2019usage de la notion d\u2019identit\u00e9 \u00e0 des peuples, des nations (<em>\u00eatres par construction<\/em>) a conduit \u00e0 modifier leur principe de d\u00e9finition. Du concept d\u2019identit\u00e9, principe pour la pens\u00e9e, on est pass\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un principe effectivement agissant au sein des groupements humains. Appliqu\u00e9 aux peuples et nations modernes, cet usage du mot a conduit \u00e0 poser leur mouvement comme pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9 par un \u201cesprit\u201d immanent, ext\u00e9rieur et sup\u00e9rieur \u00e0 leur formation historique. On pourrait d\u00e9nommer de telles identit\u00e9s pr\u00e9-donn\u00e9es agissantes\u00a0: <em>germanit\u00e9<\/em>, ou <em>germanitude<\/em>, et par contagion <em>francit\u00e9<\/em>, <em>francitude<\/em>. Cette conception \u201cidentitariste\u201d a permis l\u2019assujettissement de groupements humains \u00e0 des \u201ccommunaut\u00e9s\u201d imaginaires \u201cd\u2019appartenance\u201d, se d\u00e9ployant sur de pr\u00e9sum\u00e9es \u201corigines\u201d, \u201ccultures\u201d ou \u201cg\u00e9nies\u201d originaires. Dans ce cadre, les individus eux-m\u00eames ne peuvent avoir d\u2019identit\u00e9 propre, ils ne peuvent exister que comme \u00e9manations de \u201cl\u2019identit\u00e9\u201d de la \u00ab\u00a0communaut\u00e9 de destin\u00a0\u00bb, \u00e0 laquelle ils sont cens\u00e9s \u201cappartenir\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La th\u00e9matique \u201cidentitariste\u201d et ses enjeux historico-politiques<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne faudrait pas imaginer que le d\u00e9bat entre les diff\u00e9rentes conceptions du monde, au regard des notions d\u2019identit\u00e9, de culture, de peuple, de nation, vaille seulement dans le ciel des id\u00e9es. Ce d\u00e9bat recouvre des enjeux tr\u00e8s concrets, qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le pass\u00e9 et le sont encore aujourd\u2019hui, en relation avec des conflits internes ou des confrontations entre puissances.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019interne, des \u201cidentitaristes\u201d fran\u00e7ais conservateurs pouvaient imaginer une France \u00e9ternelle o\u00f9 rien jamais ne serait susceptible de changer, tandis que de nouveaux \u201cidentitaristes\u201d, notamment \u00ab\u00a0\u00e0 g\u00f4che\u00a0\u00bb, ne sont pour leur part nullement oppos\u00e9s \u00e0 la disparition de la formation nationale. \u00e0 l\u2019externe, le th\u00e8me \u201cidentitariste\u201d s\u2019est aussi trouv\u00e9 au c\u0153ur de revendications territoriales et de combats pour le partage de sph\u00e8res d\u2019influence (que l\u2019on pense \u00e0 l\u2019annexion des Sud\u00e8tes ou au d\u00e9mant\u00e8lement de la Yougoslavie). Il a pu et peut encore \u00eatre mobilis\u00e9 pour travailler \u00e0 dissoudre des cadres nationaux souverains (voir Catalogne) ou la forme r\u00e9publicaine une et indivisible de la nation fran\u00e7aise. Tout ceci peut aller de pair avec des reconstitutions imaginaires (telle \u201cl\u2019identit\u00e9 europ\u00e9enne\u201d).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut illustrer l\u2019un de ces enjeux dans le cadre de la rivalit\u00e9 entre les puissances allemande et fran\u00e7aise, au tournant du XIXe et du XXe si\u00e8cles, \u00e0 propos de la question de l\u2019Alsace. Dans le cadre d\u2019une conception identitariste, ou <em>v\u00f6lkish<\/em> (ethno-culturelle), l\u2019id\u00e9e \u00ab\u00a0d\u2019allemanit\u00e9\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0germanit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>Teutschheit<\/em>) (8), valait pour l\u00e9gitimer l\u2019annexion de l\u2019Alsace, dans la mesure o\u00f9 cette annexion \u00e9tait cens\u00e9e se fonder sur une \u201cidentit\u00e9\u201d germanique originaire (langue, \u201cculture\u201d), non d\u00e9termin\u00e9e par les facteurs politico-historiques de formation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est en relation plus ou moins directe avec ce conflit, que Meinecke mettait en question en 1911 la cat\u00e9gorie historique de nation, lorsqu\u2019il pr\u00e9tendait \u00e9tablir une distinction entre \u00ab\u00a0\u00c9tat-nation\u00a0\u00bb (<em>Staatnation<\/em>), politiquement construit, de type fran\u00e7ais (9), et ce qu\u2019il nommait \u00ab\u00a0nation culturelle\u00a0\u00bb (<em>Kulturnation<\/em>), fond\u00e9e sur un sentiment \u00ab\u00a0d\u2019appartenance\u00a0\u00bb linguistique et culturelle, et sur un pr\u00e9suppos\u00e9 d\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9. Et c\u2019est dans le m\u00eame sens que le \u201cgrand sociologue\u201d Max Weber, identifiait des \u00ab\u00a0esp\u00e8ces nationales\u00a0\u00bb, ou \u00ab\u00a0formes particuli\u00e8res d\u2019humanit\u00e9 que nous trouvons dans notre \u00eatre propre\u00a0\u00bb. Ces \u00ab\u00a0esp\u00e8ces nationales\u00a0\u00bb, surtout celles de type sup\u00e9rieur, devaient selon lui mener un combat pour leur existence (<em>Kampf uns dasein<\/em>), contre d\u2019autres \u201cesp\u00e8ces nationales\u201d. (10).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019opposition entre \u00ab\u00a0nations culturelles\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0nations \u00c9tats\u00a0\u00bb, telle que la formule notamment Meinecke, venait \u00e0 l\u2019appui des argumentaires concernant l\u2019appartenance suppos\u00e9e de l\u2019Alsace \u00e0 une puissance ou \u00e0 une autre. Les deux puissances France et Allemagne pouvaient revendiquer, chacune au nom d\u2019arguments diff\u00e9rents, la l\u00e9gitimit\u00e9 de leurs droits sur ce territoire et cette population. Mais c\u2019est au nom d\u2019une conception \u201cculturelle\u201d ou \u201cidentitariste\u201d de la nation que la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019annexion de l\u2019Alsace par l\u2019Allemagne fut pos\u00e9e, sous l\u2019angle d\u2019une \u00ab\u00a0restitution\u00a0\u00bb fond\u00e9e sur l\u2019argument de \u00ab\u00a0l\u2019appartenance\u00a0\u00bb \u00e0 une m\u00eame culture, langue ou principe [ethno-culturel] de \u201cnationalit\u00e9\u201d. \u00ab\u00a0<em>Nous voulons prendre tout ce qui est notre\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9tait-il en ce sens \u00e9nonc\u00e9. En outre, pour affirmer la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019annexion, l\u2019Empire allemand pr\u00e9tendait faire de cette conception \u201cculturelle\u201d un principe de droit international, non fond\u00e9 sur un crit\u00e8re politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La conception d\u00e9fendue par la France reposait sur une autre id\u00e9e de la nation et du droit international, d\u2019ordre historique et politique. Le d\u00e9bat entre Mommsen et Fustel de Coulanges est illustratif \u00e0 cet \u00e9gard. Fustel de Coulanges posait que ce n\u2019est \u00ab\u00a0<em>ni la race, ni la langue qui fait la nationalit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb, celle-ci ne saurait reposer que sur un principe de droit public\u00a0: le \u00ab\u00a0<em>droit d\u2019une population \u00e0 \u00eatre gouvern\u00e9e par les institutions qu\u2019elle accepte librement\u00a0\u00bb<\/em>. \u00ab\u00a0<em>Les peuples ne sont presque jamais constitu\u00e9s d\u2019apr\u00e8s leur origine primitive\u00a0\u00bb<\/em>, indiquait-il. En cons\u00e9quence, en la mati\u00e8re, on ne devait pas \u00ab\u00a0<em>invoquer l\u2019ethnologie ni la philologie\u00a0\u00bb<\/em>. Ce sont des \u00ab\u00a0<em>convenances g\u00e9ographiques, des int\u00e9r\u00eats politiques ou commerciaux <\/em>[qui]<em> ont group\u00e9 les populations et fond\u00e9 les \u00c9tats\u00a0<\/em>\u00bb. \u00ab\u00a0<em>Chaque nation s\u2019est ainsi peu \u00e0 peu form\u00e9e, chaque patrie s\u2019est dessin\u00e9e sans qu\u2019on se soit pr\u00e9occup\u00e9 de ces raisons ethnographiques que vous voudriez <\/em>[Mommsen]<em> mettre \u00e0 la mode\u00a0<\/em>\u00bb. (11)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Fustel de Coulanges, \u00ab\u00a0<em>ce qui a rendu l\u2019Alsace fran\u00e7aise, ce n\u2019est pas Louis XIV, c\u2019est notre r\u00e9volution de 1789\u00a0\u00bb.<\/em> (11)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">*****<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1) Voir St\u00e9phane Ferret, <em>L\u2019identit\u00e9<\/em>, Corpus, Flammarion, 1998.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(2) On peut distinguer\u00a0: a\/ L\u2019identit\u00e9 dite num\u00e9rique, qui se rapporte \u00e0 un <em>individu<\/em>, un \u00eatre, en tant qu\u2019il demeure identique \u00e0 lui-<em>m\u00eame<\/em>, en d\u00e9pit des changements qui l\u2019affectent. L\u2019identit\u00e9 num\u00e9rique peut aussi se rapporter \u00e0 ce qui est une seule et m\u00eame <em>chose<\/em> (dans la r\u00e9alit\u00e9), en d\u00e9pit de d\u00e9nominations diff\u00e9rentes (le lac L\u00e9man et le lac de Gen\u00e8ve). b\/ L\u2019identit\u00e9 dite qualitative, ou caract\u00e8re de choses ou d\u2019\u00eatres qui pr\u00e9senteraient les m\u00eames <em>qualit\u00e9s<\/em>. Plut\u00f4t que d\u2019une relation d\u2019identit\u00e9 au sens strict, il s\u2019agit d\u2019une <em>relation de similitude<\/em>. c\/ Ce que l\u2019on pourrait nommer des <em>identit\u00e9s g\u00e9n\u00e9riques<\/em> (de genre), au sens de d\u00e9finitions, crit\u00e8res pouvant s\u2019appliquer \u00e0 un genre d\u00e9termin\u00e9\u00a0 [identit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique qualitative <em>abstraite<\/em>], c\u2019est-\u00e0-dire ensemble des traits qualitatifs qui caract\u00e9risent par exemple le genre arbre ou le genre chien, en faisant abstraction des caract\u00e8res particuliers des individus.Par rapport au sujet qui nous occupe, l\u2019identit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique ne d\u00e9signe pas l\u2019identit\u00e9 propre de la nation fran\u00e7aise, mais ce qui permet de la ranger dans le <em>genre nation<\/em> [les crit\u00e8res de ce \u201cgenre\u201d restant \u00e0 d\u00e9finir]. Le terme d\u2019identit\u00e9 devrait \u00eatre ici remplac\u00e9 par celui de <em>concept g\u00e9n\u00e9rique<\/em>\u00a0: traits essentiels qui caract\u00e9risent un genre donn\u00e9, ce qu\u2019il y a de commun entre des sp\u00e9cimens diff\u00e9renci\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(3) \u00ab\u00a0L\u2019identit\u00e9 est la relation que chaque individu (chose, unit\u00e9) entretient avec lui-m\u00eame tout au long de son existence\u00a0\u00bb. St\u00e9phane Ferret, <em>opus cit\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(4) Il faudrait pr\u00e9ciser que toute nation appartient au \u201cgenre nation\u201d, genre qui se d\u00e9finit par un certain nombre de crit\u00e8res, dont il convient de v\u00e9rifier l\u2019effectivit\u00e9 pour toutes les entit\u00e9s que l\u2019on a coutume de d\u00e9nommer \u201cnations\u201d, ceci \u00e0 diff\u00e9rents moments de leur histoire. A cet \u00e9gard, le d\u00e9bat sur les crit\u00e8res sur est loin d\u2019\u00eatre clos (Voir Partie II).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(5) \u00ab\u00a0Ce qui n\u2019est pas <strong><em>Un<\/em><\/strong> n\u2019est pas v\u00e9ritablement un <strong><em>Etre<\/em>\u00a0<\/strong>\u00bb. Leibniz, <em>Lettre \u00e0 Arnault<\/em>, 30 avril 1687.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(6) Anne-Marie Thiesse, <em>La cr\u00e9ation des identit\u00e9s nationales en Europe XVIIIe-XIXe si\u00e8cles<\/em>, Seuil 1999.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(7) Le titre choisi par Braudel pose une relation de l\u2019identit\u00e9 avec une entit\u00e9, la nation France, et non une relation avec le pr\u00e9dicat \u201cnationale\u201d, qui ne permet pas de distinguer entre nation et nationaux).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(8) Wieland posait que la notion de \u00ab\u00a0germanit\u00e9\u201d (<em>Teuschkeit<\/em>), qui n\u2019avait de sens selon lui au d\u00e9part que par rapport \u00e0 l\u2019ennemi (Fran\u00e7ais), ne pouvait suffire \u00e0 poser un principe interne d\u2019unit\u00e9 pour l\u2019Allemagne. Voir \u00ab\u00a0Du patriotisme allemand\u00a0\u00bb, in <em>Philosophie et politique en Allemagne (XVIIe-XXe si\u00e8cles)<\/em>. Les <em>Cahiers de Fontenay<\/em>, n\u00b0 58-59, ENS Saint-Cloud, juin 1990.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(9) Il faudrait sans doute traduire <em>Staatnation<\/em> par \u201cnation-Etat\u201d plut\u00f4t que par \u201cEtat-nation\u201d, pour restituer le sens effectifs de la notion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(10) Voir Thomas Lindenmann, \u00ab\u00a0Le nationalisme <em>v\u00f6lkisch<\/em> [i.e. ethno-culturel] et darwinien, in <em>Les doctrines drawiniennes et la guerre de 14<\/em>, Hautes \u00e9tudes militaires, s.d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(11) A rapprocher de la conception de Renan, s\u2019ins\u00e9rant dans le m\u00eame contexte historique, position qui fut souvent invoqu\u00e9e dans le d\u00e9bat, mais r\u00e9duite \u00e0 la formulation \u00ab\u00a0volont\u00e9 d\u2019une population de vivre ensemble\u00a0\u00bb, au m\u00e9pris des facteurs historiques et objectifs que Renan prenait en compte. Voir Bernard Peloille, \u00ab\u00a0Un mod\u00e8le subjectif rationnel de la nation\u00a0\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de Science politique<\/em>, vol. 37, octobre 1987.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Contribution du CAPES] \u00ab\u00a0On invoque l\u2019identit\u00e9 quand il ne reste plus rien\u00a0\u00bb Philippe S\u00e9guin L\u2019enjeu effectif du d\u00e9bat sur \u00ab\u2009l\u2019identit\u00e9 nationale\u00bb, \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale en 2010, n\u2019a eu que peu d\u2019\u00e9cho dans la nation, la majorit\u00e9 des commentaires, plus sp\u00e9cialement \u00e0 gauche et dans une grande partie de la presse, ayant port\u00e9 moins sur son [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[115],"tags":[376,377],"class_list":["post-976","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-notions","tag-identite","tag-identite-nationale"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/976","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=976"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/976\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":982,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/976\/revisions\/982"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=976"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=976"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=976"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}