{"id":913,"date":"2018-05-02T10:49:11","date_gmt":"2018-05-02T08:49:11","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=913"},"modified":"2018-05-02T10:49:11","modified_gmt":"2018-05-02T08:49:11","slug":"ii-le-fascisme-comme-categorie-historique-ou-le-pourquoi-du-fascisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=913","title":{"rendered":"II. Le fascisme comme cat\u00e9gorie historique (ou le pourquoi ? du fascisme)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Pour conf\u00e9rer le statut de cat\u00e9gorie \u00e0 l\u2019objet fascisme, deux d\u00e9marches peuvent \u00eatre mises en \u0153uvre. Ou bien l\u2019on part de l\u2019Id\u00e9e que l\u2019on se fait du ph\u00e9nom\u00e8ne, et l\u2019on \u201cconstruit\u201d son objet sur cette base, en s\u00e9lectionnant un certain nombre de crit\u00e8res qui permettent de le faire rentrer dans sa d\u00e9finition pr\u00e9-pos\u00e9e, c\u2019est la m\u00e9thode CQFD. On bien on effectue un v\u00e9ritable travail d\u2019abstraction, \u00e0 partir du ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9el qu\u2019on se propose d\u2019analyser dans son ext\u00e9riorit\u00e9, en s\u2019effor\u00e7ant d\u2019en \u201cextraire\u201d les d\u00e9terminations, de reconna\u00eetre le principe qui ordonne ses diverses manifestations, le point de d\u00e9part du mouvement de l\u2019objet, ce qui le provoque, l\u2019entra\u00eene, le \u201cn\u0153ud du probl\u00e8me\u201d, comme le recommandait d\u00e9j\u00e0 Aristote (22).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour cerner ce qui se trouve au point de d\u00e9part du mouvement de l\u2019objet, on s\u2019interroge alors sur le pourquoi du fascisme, sur le \u201cprobl\u00e8me\u201d auquel il pr\u00e9tend apporter \u201csolution\u201d, quelles fins sont poursuivies en cons\u00e9quence, quels moyens doivent mettre mis en \u0153uvre pour les atteindre\u00a0? <em>Le<\/em> <em>pourquoi<\/em> se subdivise, selon que l\u2019on s\u2019interroge sur le conflit (social, politique) qu\u2019il pr\u00e9tend r\u00e9gler, ce <em>pourquoi<\/em> impliquant un <em>comment<\/em>. On peut en ce sens s\u2019efforcer de d\u00e9finir le fascisme en tant que cat\u00e9gorie politique, sachant bien que toute cat\u00e9gorie politique est en m\u00eame temps cat\u00e9gorie historique, et qu\u2019on doit se demander au pr\u00e9alable pourquoi le fascisme \u00e0 tel moment de l\u2019histoire, quel est enjeu central, le \u201cn\u0153ud du probl\u00e8me\u201d qui se noue \u00e0 ce moment\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cat\u00e9gorie historique, on signifie ainsi qu\u2019on ne peut rendre compte du ph\u00e9nom\u00e8ne sans saisir les raisons de son d\u00e9veloppement dans une conjoncture plut\u00f4t qu\u2019une autre, qu\u2019on ne peut le rapporter \u00e0 un principe intemporel (le mal inh\u00e9rent \u00e0 la nature humaine, la malignit\u00e9 d\u2019un homme, le surgissement de la violence, de la volont\u00e9 de puissance, l\u2019irrationnel qui est en chacun de nous, ou \u00e0 l\u2019inverse les pr\u00e9tentions abusives de la raison humaine). Travailler \u00e0 poser le fascisme en tant que cat\u00e9gorie historique signifie en corollaire qu\u2019on ne peut, par une recherche de type g\u00e9n\u00e9alogique, le consid\u00e9rer comme simple \u201cprolongement\u201d de tendances pr\u00e9-existantes. M\u00eame si une telle g\u00e9n\u00e9alogie pouvait \u00eatre retrac\u00e9e, le ph\u00e9nom\u00e8ne historique qui a pris le nom de fascisme (ou de nazisme), ne peut actualiser de telles \u201ctendances\u201d n\u2019importe quand, il s\u2019affirme en fonction d\u2019une conjonction sp\u00e9cifique de facteurs. On soutient aussi que le probl\u00e8me ne peut \u00eatre \u00e9clair\u00e9 par le seul \u00ab\u00a0v\u00e9cu\u00a0\u00bb, ou la \u00ab\u00a0m\u00e9moire\u00a0\u00bb des individus ou des \u201cpeuples\u201d. Outre la question de la construction et reconstruction sociale et politique des \u00ab\u00a0m\u00e9moires\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0v\u00e9cus\u00a0\u00bb, ceux-ci proc\u00e8dent d\u2019une confusion entre le sujet et l\u2019objet de la connaissance, ne permettant pas de saisir le processus objectif dans son ensemble, et dans son ind\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des repr\u00e9sentations qui en sont faites. Si l\u2019on doit accorder toute leur place aux donn\u00e9es subjectives, la place qui leur revient dans l\u2019ordre de l\u2019investigation, il est indispensable\u00a0 d\u2019\u00e9tablir dans un premier temps, le ph\u00e9nom\u00e8ne fasciste hors du fusionnement de repr\u00e9sentations et d\u2019\u00e9motions qu\u2019il tend justement \u00e0 imposer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fascisme une fois situ\u00e9 dans son contexte, il importe de d\u00e9gager la configuration sociopolitique qui correspond au probl\u00e8me historiquement pos\u00e9, les diff\u00e9rents traits qui caract\u00e9risent cette configuration ne pouvant d\u00e8s lors \u00eatre limit\u00e9s \u00e0 une \u201cid\u00e9ologie\u201d ou une \u201cculture\u201d, d\u00e9finies par un seul principe structural interne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00e0<\/em><em> la recherche d\u2019un point nodal \u00e0 l\u2019intersection de deux ordres de contradictions<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux cat\u00e9gorisations, historiques et politiques, se croisent autour d\u2019un point nodal, l\u2019enjeu de la vis\u00e9e comme des pratiques fascistes. En d\u00e9pit des habillages dont ils peuvent rev\u00eatir leurs discours, ces enjeux et vis\u00e9es peuvent se trouver \u00e9nonc\u00e9s par les fascistes eux-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fascisme, on l\u2019a dit, n\u2019appara\u00eet et ne s\u2019impose pas n\u2019importe quand dans l\u2019histoire. Il y eut dans le pass\u00e9 des r\u00e9gimes autoritaires, de la violence, de l\u2019oppression. On ne peut pour autant dire qu\u2019il s\u2019agissait de fascisme au sens historique du terme. Le fascisme se manifeste au c\u0153ur d\u2019un n\u0153ud sp\u00e9cifique de contradictions relevant de l\u2019univers capitaliste moderne. En premi\u00e8re approximation, on peut retenir l\u2019id\u00e9e qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un <em>processus de r\u00e9gression historique s\u2019inscrivant dans les conditions de la soci\u00e9t\u00e9 moderne<\/em>, affectant plus sp\u00e9cialement les modes de structuration politique. Ce premier fil conducteur autorise d\u00e9j\u00e0 \u00e0 distinguer entre fascisme et monarchies despotiques ou dictatures antiques par exemple, qui n\u2019ont pas n\u00e9cessairement ce caract\u00e8re de r\u00e9gression, ni bien s\u00fbr de n\u00e9gation des formes politiques modernes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, sur la base d\u2019un premier survol historique, on avancera que les processus de fascisation et le fascisme, en tant que cat\u00e9gorie historique, se positionnent <em>dans des situations concr\u00e8tes d\u00e9termin\u00e9es, \u00e0 l\u2019intersection de deux ordres de contradictions socio-historiques\u00a0: contradictions de classes, contradictions entre puis\u00adsances<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ce sens, les processus de fascisation impliquent une certaine \u201cdisposition des forces de classes\u201d qui s\u2019oppose \u00e0 la disposition de classes propre aux phases historiques \u00e9mancipatrices.Par l\u00e0, il ne s\u2019agit pas de dire, sans saisir quels en sont les enjeux, que le fascisme serait une politique de \u201cla petite bourgeoisie\u201d, ou m\u00eame du \u201ccapital financier\u201d (23), car les mobilisations fascistes, en raison de ces enjeux, tendent pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 faire \u00e9clater les modes de regroupement en classe au profit de modes de regroupement de type \u00ab\u00a0ethnicistes\u201d ou \u201ccommunautaristes\u201d (pour partie fantasm\u00e9s), qui se veulent leur n\u00e9gation active. La r\u00e9gression des formes politiques se pr\u00e9sente ainsi sous forme d\u2019une d\u00e9composition ou destruction des formes politiques (r\u00e9publicaines, d\u00e9mocratiques) et des organisations politiques de classe. Ce processus s\u2019effectue \u201cen douceur\u201d, par la s\u00e9duction, la flatterie identitaire, et sous forme violente par la terreur (physique et id\u00e9ologique).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les formes prises par la lutte des classes lors des p\u00e9riodes de crise et \u00e9branlement du capitalisme <\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques rappels historiques sont utiles pour situer le fascisme, comprendre qu\u2019il se d\u00e9veloppe dans une conjoncture particuli\u00e8re, en relation avec des contradictions sociales \u201cstructurelles\u201d propres \u00e0 toute une \u00e9poque. On examinera en premier lieu la question des classes, en second lieu celle de la rivalit\u00e9 entre puissances du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame lors des p\u00e9riodes o\u00f9 elle ne se manifeste pas de fa\u00e7on visible, une contradiction sociale centrale caract\u00e9rise les conflits qui tendent \u00e0 se d\u00e9velopper apr\u00e8s la R\u00e9volution fran\u00e7aise, celle qui oppose la bourgeoisie et les classes prol\u00e9tariennes modernes. Ceci est vrai pour toute l\u2019\u00e9poque historique. Il s\u2019agit bien entendu d\u2019une tendance, qui n\u2019exclut pas le retour \u00e0 des luttes de type ancien, ou leur perp\u00e9tuation dans de nombreuses r\u00e9gions du monde. Ces luttes tendent pourtant \u00e0 \u00eatre infl\u00e9chies par le caract\u00e8re central de cette contradiction. Au plan des institutions et des modes de groupement, des effets en d\u00e9coulent, ils se manifestent comme conflit entre formes politiques modernes et les formes r\u00e9actionnelles qu\u2019elles suscitent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, ce conflit va se d\u00e9velopper sous des formes particuli\u00e8res, en fonction du d\u00e9ploiement des contradictions propres au mode de production capitaliste, plus sp\u00e9cialement lors de ses grandes crises. En fonction aussi du jeu que se m\u00e8nent alors avec plus d\u2019acuit\u00e9 les grandes puissances, en rivalit\u00e9 pour le partage et le repartage des march\u00e9s et zones d\u2019influence dans le monde. Le conflit entre formes politiques modernes et es formes r\u00e9actionnelles qu\u2019elles suscitent, se manifeste d\u00e8s la premi\u00e8re grande vague de \u201cmondialisation\u201d du r\u00e9gime capitaliste qui pr\u00e9c\u00e8de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Une telle \u201cmondialisation\u201d ne signifie pas que tous les pays deviennent capitalistes, mais que la logique marchande capitaliste, et les contradictions qu\u2019elle porte, se r\u00e9pandent dans l\u2019ensemble du globe, conf\u00e9rant un caract\u00e8re sp\u00e9cifique aux autres contradictions sociales et politiques (celles qui sont propres aux structures f\u00e9odales, tribales, recycl\u00e9es ou non dans la modernit\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les principales puissances peuvent conclure des alliances mouvantes avec diverses classes li\u00e9es \u00e0 des modes de production anciens, classes organis\u00e9es selon le mode f\u00e9odal, cl\u00e9rical ou chefferies tribales. Dans le cadre de leur rivalit\u00e9, chacune de ces puissances peut tour \u00e0 tour soutenir telle ou telle politique, voire \u201cencourager\u201d de pr\u00e9tendus mouvements de lib\u00e9ration, non pour lib\u00e9rer les peuples, mais pour tenter d\u2019utiliser leur force contre un rival install\u00e9. Cette pratique courante \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et au XXe si\u00e8cle, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 miraculeusement abolie. M\u00eame si les pays coloniaux ou semi-coloniaux, se sont formellement \u00e9mancip\u00e9s et si plusieurs d\u2019entre eux, en raison de rentes de situation (notamment p\u00e9trole) ont pu d\u00e9ployer un jeu propre dans le champ d\u2019action du capital.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cours du XIXe si\u00e8cle, les entreprises coloniales\u00a0 avaient permis d\u2019exporter \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des m\u00e9tropoles capitalistes une part de leurs contradictions sociales. Une paix sociale relative s\u2019\u00e9tait en outre trouv\u00e9e favoris\u00e9e, du moins momentan\u00e9ment, par l\u2019essor de la productivit\u00e9, la r\u00e9alisation de surprofits et l\u2019exploitation des colonies, une ouverture de march\u00e9s, permettant dans certaines limites d\u2019am\u00e9liorer la condition des cat\u00e9gories populaires des m\u00e9tropoles (parfois de corrompre leurs organisations). Il s\u2019agissait aussi de viser \u00e0 regrouper les diff\u00e9rents peuples en une sorte \u201cd\u2019union sacr\u00e9e\u201d derri\u00e8re chacun des \u201ccamps\u201d imp\u00e9rialistes, pour affronter dans de bonnes conditions les puissances rivales. Dans ce cadre, chaque puissance pouvait aller jusqu\u2019\u00e0 soutenir les luttes populaires des puissances adverses (pour les affaiblir dans leurs m\u00e9tropoles ou leurs zones d\u2019influence).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme aujourd\u2019hui, plusieurs puissances \u00e9taient en rivalit\u00e9, ce qui n\u2019excluait pas les alliances, temporaires ou durables. \u00e0 l\u2019\u00e9poque, on consid\u00e9rait l\u2019Angleterre comme l\u2019imp\u00e9rialisme h\u00e9g\u00e9monique, ce qui stimulait l\u2019ardeur des puissances concurrentes dans la poursuite de leurs ambitions mondiales\u00a0: l\u2019Allemagne, la France, l\u2019Italie, les \u00c9tats-Unis, le Japon. Toutes pr\u00e9tendaient, soit maintenir leur contr\u00f4le sur leurs zones respectives, soit repartager le monde \u00e0 leur profit en d\u00e9logeant les puissances en place. Ceci pour des raisons \u00e9conomiques imm\u00e9diates (mati\u00e8res premi\u00e8res, sources \u00e9nerg\u00e9tiques), pour s\u2019approprier des march\u00e9s, mais aussi pour des raisons strat\u00e9giques, le contr\u00f4le des zones pour la r\u00e9alisation des vis\u00e9es \u00e9conomiques, et parce que tout ce qui affaiblit les adversaires peut se r\u00e9v\u00e9ler profitable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le champ des contradictions du r\u00e9gime capitaliste, d\u00e9j\u00e0 inconciliable\u00a0 dans un seul pays, ne faisait que s\u2019\u00e9largir \u00e0 l\u2019\u00e9chelon du monde, annon\u00e7ant les in\u00e9vitables conflagrations des guerres mondiales. Vers la fin du XIXe si\u00e8cle, le partage du monde \u00e9tant pour l\u2019essentiel achev\u00e9, il ne restait plus pour les puissances qui s\u2019estimaient \u201cl\u00e9s\u00e9es\u201d que la solution du repartage. L\u2019Angleterre et la France, avaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque les meilleures parts (la Belgique, l\u2019Espagne, le Portugal contr\u00f4laient toutefois des portions non n\u00e9gligeables du globe, la Russie \u00e9tant un cas \u00e0 part, car sa \u201ccolonisation\u201d continentale \u00e9tait encore de type ancien, la Turquie \u00e9tait aussi \u00e0 consid\u00e9rer sous cet angle). L\u2019Italie, l\u2019Allemagne, le Japon, qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9velopp\u00e9s rapidement, s\u2019estimaient l\u00e9s\u00e9s par le <em>statu quo<\/em>, ils avaient besoin de d\u00e9bouch\u00e9s, de mati\u00e8res premi\u00e8res, des ressources \u00e9nerg\u00e9tiques, etc. C\u2019\u00e9taient donc eux qui avaient le plus int\u00e9r\u00eat \u00e0 un repartage du monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avant d\u2019en arriver \u00e0 la guerre pour ce repartage, il y e\u00fbt des n\u00e9gociations, des pressions pour que celui-ci s\u2019op\u00e8re \u201cpacifiquement\u201d, par les discussions, les intimidations, les \u201ccoups fourr\u00e9s\u201d (notamment ententes de l\u2019Allemagne avec l\u2019Angleterre pour que la redistribution s\u2019op\u00e8re au d\u00e9triment de la France). Dans le cadre de cette lutte, les puissances tentaient de retourner \u00e0 leur profit les m\u00e9contentements des populations dans les pays coloniaux. Notons aussi que ces pays n\u2019avaient pas encore les moyens r\u00e9els d\u2019une unification politique pour faire aboutir leurs luttes d\u2019\u00e9mancipation. Sans oublier des jeux de masques. Ainsi l\u2019Allemagne de Guillaume II, se pr\u00e9sentait comme champion de la paix, s\u2019effor\u00e7ant de pr\u00e9senter ses rivaux comme les seuls \u201cbellicistes\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, deux \u201ccamps\u201d capitalistes s\u2019affrontent ainsi, la rivalit\u00e9 n\u2019ayant pu \u00eatre apur\u00e9e par les compromis et autres marchandages (ceux-ci continuant cependant \u00e0 s\u2019exercer entre ennemis au cours m\u00eame de la guerre). D\u2019un c\u00f4t\u00e9 il y avait l\u2019Entente\u00a0: France, Angleterre, Russie (au d\u00e9part), de l\u2019autre Allemagne, l\u2019Empire austro-hongrois (l\u2019Italie passera d\u2019un camp \u00e0 l\u2019autre au cours de la guerre). Les \u00c9tats-Unis interviendront pour leur part tardivement du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Entente, et la Russie sortira de la bataille par la r\u00e9volution sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La r\u00e9volution sovi\u00e9tique et l\u2019inflexion des formes de la rivalit\u00e9 imp\u00e9rialiste<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les m\u00e9tropoles, les divers profits tir\u00e9s de l\u2019exploitation et des rentes de situation imp\u00e9rialistes avaient permis d\u2019att\u00e9nuer les antagonismes de classes, ce n\u2019\u00e9tait pas vraiment le cas en Russie, en retard \u00e9conomiquement et pour partie semi-colonie. En 1917, en pleine guerre, la r\u00e9volution sovi\u00e9tique ouvre une \u00e8re nouvelle. Que l\u2019on soit favorable ou adversaire de cette r\u00e9volution, il faut admettre qu\u2019elle modifia fondamentalement les donn\u00e9es de la politique mondiale. D\u00e9sormais, si les rivalit\u00e9s persistaient entre puissances du monde capitaliste, elles devaient affronter avec un semblant d\u2019unit\u00e9, l\u2019autre monde\u00a0: socialiste, qui n\u2019\u00e9tait plus r\u00e9gl\u00e9 par la m\u00eame logique dans sa base \u00e9conomique. Le monde se trouvait partag\u00e9 en deux camps, mais cette fois-ci, pas du \u201cm\u00eame bord\u201d. Et ces deux camps, du point de vue de la puissance, \u00e9taient aussi deux camps du point de vue des classes sociales\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 le monde du travail et du prol\u00e9tariat, un mode de production vraiment \u201csocial\u201d, de l\u2019autre celui du capital et de la bourgeoisie (et de ses alli\u00e9s les classes f\u00e9odales de diverses r\u00e9gions du monde).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec la R\u00e9volution fran\u00e7aise, et les r\u00e9volutions du premier XIXe si\u00e8cle, qui avaient fini de mettre \u00e0 bas les structures de l\u2019Ancien R\u00e9gime, les forces de la noblesse avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9l\u00e9gitim\u00e9es, donnant les conditions d\u2019une unification du peuple. Cela avait eu des r\u00e9percussions \u00e9normes au plan social et politique, dans toute l\u2019Europe et au-del\u00e0. Avec la r\u00e9volution sovi\u00e9tique, un bouleversement se trouve r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 un \u00e9chelon encore plus large, pour l\u2019essentiel cette fois-ci au niveau des rapports sociaux primaires (mode de production et d\u2019\u00e9change) (24). Le capitalisme doit affronter ce qui repr\u00e9sente pour lui un v\u00e9ritable cataclysme, une part importante de son champ d\u2019exploitation et d\u2019expansion, de ses d\u00e9bouch\u00e9s, lui sont enlev\u00e9s. Une catastrophe pour le processus de mondialisation capitaliste, dont la courbe de croissance d\u00e9cline, et ne pourra reprendre un rythme ascendant qu\u2019apr\u00e8s l\u2019affaiblissement du camp sovi\u00e9tique, puis son effondrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9tablissement dans une large portion du monde, d\u2019un pouvoir se fondant sur les int\u00e9r\u00eats des classes populaires, conf\u00e9rait une orientation g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 leurs luttes, aussi bien pour les travailleurs des m\u00e9tropoles, que pour les peuples des colonies et semi-colonies (rendant possible le processus de d\u00e9colonisation). Lorsque le camp du socialisme sera \u00e9branl\u00e9, puis d\u00e9fait, des cons\u00e9quences mondiales en d\u00e9couleront, tant pour les perspectives dress\u00e9es pour la classe ouvri\u00e8re, que pour celles des peuples de la p\u00e9riph\u00e9rie, qui redeviennent la proie de leurs propres classes r\u00e9actionnaires, comme du jeu des puissances en rivalit\u00e9 (celles-ci peuvent de nouveau travailler en toute tranquillit\u00e9 \u00e0 instrumenter les luttes \u201cspontan\u00e9es\u201d en vue d\u2019affaiblir leurs concurrents).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L\u2019entre-deux-guerres\u00a0: le fascisme pour la survie du capitalisme et le combat pour le repartage du monde<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du point de vue historique, c\u2019est lors de l\u2019entre-deux-guerres (1918-1939), lorsque le monde se trouve divis\u00e9 en deux r\u00e9gimes sociaux oppos\u00e9s, capitalisme et socialisme, que le fascisme s\u2019instaure dans des m\u00e9tropoles capitalistes. Au cours de la p\u00e9riode 1918-1939, les contradictions du capitalisme se sont en effet aggrav\u00e9es en Europe, du fait de l\u2019entr\u00e9e du r\u00e9gime dans une crise g\u00e9n\u00e9rale, tenant \u00e0 son mouvement interne, et qui, en raison de l\u2019existence d\u2019un r\u00e9gime social adverse, ne peut plus trouver \u00e0 s\u2019externaliser. Les classes r\u00e9gnantes craignent que les classes exploit\u00e9es et domin\u00e9es suivent l\u2019exemple sovi\u00e9tique, celui-ci se pr\u00e9sentant, alors, comme devenir tangible, base d\u2019appui pour les luttes \u00e9mancipatrices des peuples des diff\u00e9rents pays. Pour la survie du r\u00e9gime en crise, il devient vital de r\u00e9duire l\u2019expression politique de cette ambition populaire, par la r\u00e9pression ou la s\u00e9duction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fascisme et communisme se pr\u00e9sentent en effet comme deux voies oppos\u00e9es pour surmonter les contradictions exacerb\u00e9es du capitalisme en crise. Dans les deux cas, comme l\u2019indique Robert Paxton, il s\u2019agit de lever une hypoth\u00e8que sociale, mais tandis que le fascisme maintient, sous des formes sp\u00e9cifiques, les conditions g\u00e9n\u00e9rales du r\u00e9gime capitaliste existant, ne pouvant r\u00e9unir les conditions d\u2019une r\u00e9solution effective de ses contradictions, le communisme veut s\u2019attacher \u00e0 leur fondement m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme on l\u2019a pr\u00e9c\u00e9demment indiqu\u00e9, des id\u00e9ologues lib\u00e9raux et conservateurs ont pr\u00e9tendu assimiler communisme et fascisme, en se centrant sur quelques crit\u00e8res formels, \u00ab\u00a0parti unique\u00a0\u00bb, refus du pluralisme, imposition d\u2019un syst\u00e8me d\u2019id\u00e9es, contrainte politique. Ils ont \u00e9lud\u00e9 la question du fondement \u00e9conomique et par cons\u00e9quent ne se sont pas interrog\u00e9s sur les classes, ou fractions de classes, qui ont pu b\u00e9n\u00e9ficier ou p\u00e2tir de l\u2019un ou l\u2019autre de ces r\u00e9gimes, ni sur l\u2019orientation des groupes sociaux et politiques sur lesquels la contrainte fut exerc\u00e9e. Il y a quelques ann\u00e9es encore, la grande majorit\u00e9 des citoyens \u201cordinaires\u201d, se d\u00e9marquant de ces conceptions \u201csavantes\u201d, refusaient d\u2019assimiler communisme et fascisme, arguant du fait que le fascisme s\u2019\u00e9tait form\u00e9 en opposition au communisme comme \u00e0 la d\u00e9mocratie r\u00e9publicaine. Aujourd\u2019hui encore, l\u2019assimilation entre fascisme et communisme est loin d\u2019\u00eatre partag\u00e9e par les locuteurs populaires que nous avons interrog\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Hier comme aujourd\u2019hui, il leur est cependant difficile de percevoir que le fascisme \u00e9tait aussi li\u00e9 \u00e0 l\u2019aggravation des contradictions du capitalisme et des rivalit\u00e9s entre puissances, du fait de la crise g\u00e9n\u00e9rale qui affectait l\u2019ensemble du r\u00e9gime, de la restriction de son champ d\u2019expansion mondial. Si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse aux documents de l\u2019\u00e9poque, ces facteurs de rivalit\u00e9 ne peuvent \u00eatre pass\u00e9s sous silence. Dans un climat de tension exacerb\u00e9e, les puissances qui, apr\u00e8s 1918, estimaient n\u2019avoir pas obtenu un partage conforme \u00e0 leurs v\u0153ux, s\u2019efforc\u00e8rent de le repartager une nouvelle fois \u00e0 leur profit, d\u2019abord au moyen de pressions, intimidations, marchandages habituels, puis lorsque cela se r\u00e9v\u00e9la inop\u00e9rant, par la guerre. Les puissances vaincues ou qui s\u2019estimaient l\u00e9s\u00e9es par la r\u00e9partition des zones d\u2019influence (Allemagne, Italie, Japon), se sont alors trouv\u00e9es en situation de conduire les men\u00e9es les plus agressives, lors m\u00eame que ces vis\u00e9es se pr\u00e9sentaient dans la propagande comme anim\u00e9es par une volont\u00e9 de paix. Ce sont aussi dans ces pays que le fascisme s\u2019est pleinement d\u00e9ploy\u00e9, asservissant le peuple, d\u00e9truisant ses organisations (afin d\u2019avoir les coud\u00e9es franches pour leur combat contre le camp adverse). Les puissances qui avaient gagn\u00e9 la guerre, ou d\u00e9tenaient la meilleure place dans le contr\u00f4le des zones d\u2019influence, n\u2019\u00e9taient pas pour autant moralement \u201cmeilleures\u201d. Simplement, elles ne se trouvaient pas dans la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre en \u0153uvre une politique de dissolution totale de la d\u00e9mocratie parlementaire, d\u2019imposition de formes de combat terroristes. Cette diff\u00e9rence, qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec la morale, importe cependant aux peuples, car dans le cas du fascisme leur capacit\u00e9 de lutte ind\u00e9pendante se trouve an\u00e9antie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au plan politique, le processus de fascisation t\u00e9moigne ainsi d\u2019une faiblesse historique des classes qui d\u00e9tiennent les leviers \u00e9conomiques et politiques, qui ne parviennent plus \u00e0 maintenir d\u00e9mocratiquement leurs alliances avec les classes populaires. Il r\u00e9v\u00e8le aussi la faiblesse ou l\u2019insuffisance de la force organis\u00e9e et de la conscience du peuple, qui n\u2019est pas parvenu \u00e0 r\u00e9sister victorieusement aux entreprises conjointes de l\u2019intimidation et de la s\u00e9duction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le fascisme caract\u00e9ris\u00e9 par lui-m\u00eame (25)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a pos\u00e9 que le \u201cn\u0153ud du probl\u00e8me\u201d qui sous-tend le d\u00e9veloppement du ph\u00e9nom\u00e8ne fasciste, se situe \u00e0 l\u2019intersection de deux ordres de contradiction (entre classes, entre puissances). Bien que se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 un cadre th\u00e9orique, marxiste en l\u2019occurrence (lui-m\u00eame redevable de courants de pens\u00e9e ant\u00e9rieurs), il ne s\u2019agit pas pour autant de reconstruire la r\u00e9alit\u00e9 en fonction de pr\u00e9suppos\u00e9s th\u00e9oriques. Si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse aux \u201cgrands\u201d fascismes historiques, cette conjonction est attest\u00e9e, l\u2019une ou l\u2019autre de ces contradictions se pr\u00e9sentant selon les cas comme dominante. S\u2019agissant des conflits entre classes sociales, les deux fascismes s\u2019opposent de fa\u00e7on ouverte \u00e0 un mode de r\u00e9solution de type socialiste (communiste). S\u2019agissant de la place que chaque puissance pr\u00e9tend maintenir ou conqu\u00e9rir dans l\u2019ar\u00e8ne mondiale, l\u2019enjeu n\u2019est pas plus dissimul\u00e9, la tonalit\u00e9 peut se r\u00e9v\u00e9ler offensive ou pour partie d\u00e9fensive, centr\u00e9e sur des vis\u00e9es d\u2019ordre \u201cnational\u201d ou ouvertement \u201cimp\u00e9riales\u201d. Concernant d\u2019autres pays,\u00a0 o\u00f9 cette conjonction se pr\u00e9sente sous une forme ou une autre, des analogies de situation peuvent ou non \u00eatre mises en \u00e9vidence. Dans chaque cas il importe de d\u00e9gager la configuration au sein de laquelle le probl\u00e8me se trouve pos\u00e9, sans n\u00e9gliger le fait que des \u201cr\u00e9ponses\u201d diff\u00e9rentes peuvent en effet \u00eatre apport\u00e9es, en fonction des conditions sociales et politiques, correspondant \u00e0 chaque formation historique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au travers des \u00e9crits de leurs id\u00e9ologues, on se bornera ici \u00e0 pr\u00e9senter bri\u00e8vement les lignes forces des deux fascismes les plus marquants, afin de mettre en \u00e9vidence quels sont les enjeux estim\u00e9s vitaux par leurs protagonistes. Ces points seront d\u00e9velopp\u00e9s dans les chapitres suivants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Italie<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une phrase de l\u2019id\u00e9ologue du fascisme italien, Giovanni Gentile, illustre assez bien le probl\u00e8me auquel le fascisme italien pr\u00e9tend apporter une solution. Il pose que le lib\u00e9ralisme politique a accumul\u00e9 une \u00ab\u00a0infinit\u00e9 de n\u0153uds gordiens\u00a0\u00bb, qu\u2019il s\u2019agit de trancher, non de s\u2019acharner \u00e0 d\u00e9nouer. Il d\u00e9signe ainsi quel est selon lui <em>le pourquoi<\/em> du fascisme et la m\u00e9thode pour \u201cr\u00e9soudre\u201d les antagonismes que le capitalisme porte en lui, non plus par la d\u00e9lib\u00e9ration, le compromis, mais par le couperet.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mussolini fournit pour sa part quelques pr\u00e9cisions touchant aux probl\u00e8mes auxquels il convient de trouver ce type de solution. Ils sont de deux ordres. Les premiers ressortent des contradictions dramatiques du capitalisme qui se sont manifest\u00e9es apr\u00e8s la guerre et la r\u00e9volution sovi\u00e9tique. Le capitalisme selon lui est entr\u00e9 dans une \u00ab\u00a0phase de d\u00e9cadence\u00a0\u00bb, qui aggrave les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats, la lutte des classes. Les rigidit\u00e9s politiques, inh\u00e9rentes \u00e0 la d\u00e9mocratie parlementaire, ne permettent plus d\u2019y faire face, de \u00ab\u00a0mettre au pas l\u2019anarchie socialiste et communiste\u00a0\u00bb. Les seconds sont \u00e0 mettre en relation avec les injustices dont l\u2019Italie a \u00e9t\u00e9 victime dans le repartage des zones d\u2019influence \u00e0 l\u2019issue de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. La puissance italienne s\u2019est trouv\u00e9e affaiblie, la s\u00e9lection des meilleurs entrav\u00e9e par ces m\u00eames rigidit\u00e9s, politiques et bureaucratiques, de l\u2019\u00e9tat parlementaire. On doit les briser pour rendre \u00e0 l\u2019Italie son \u00ab\u00a0\u00e9lan vital\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0libre jeu\u00a0\u00bb de ses forces. Affaiblie, la puissance europ\u00e9enne doit elle aussi reconqu\u00e9rir sa place dans le monde, en se d\u00e9barrassant de ce qui s\u2019oppose \u00e0 cette reconqu\u00eate, les \u00ab\u00a0luttes de classes\u00a0\u00bb, les perspectives socialistes et communistes qui se sont senti pousser des ailes avec la r\u00e9volution sovi\u00e9tique. Ici encore, on ne cherche pas \u00e0 d\u00e9nouer, mais \u00e0 trancher.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les fins poursuivies par le fascisme italien d\u00e9coulent de ce double pourquoi. Pour retrouver sa vigueur et la place qui lui revient dans le monde, contre la d\u00e9cadence, les contradictions d\u2019int\u00e9r\u00eats qui l\u2019affaiblissent, il faut pour l\u2019Italie faire sortir le capitalisme de sa phase de d\u00e9cadence, le fortifier par des rem\u00e8des \u201cvirils\u201d, en opposition \u00e0 tout mode de r\u00e9solution de type communiste (au plan de l\u2019\u00e9conomie), et d\u00e9mocratique (au plan politique). Afin de r\u00e9parer \u00ab\u00a0les grandes injustices\u00a0\u00bb, afin que l\u2019Italie puisse faire fructifier sa mise au sein de l\u2019Europe, il faut travailler \u00e0 ce que celle-ci \u00ab\u00a0reprenne la barre\u00a0\u00bb, redevienne\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0le continent dirigeant de la civilisation universelle\u00a0\u00bb, par l\u2019\u00e9laboration d\u2019une\u00a0\u00ab\u00a0unit\u00e9 nouvelle\u00a0\u00bb. A terme cela implique en son sein m\u00eame de se pr\u00e9parer \u00e0 la guerre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les moyens \u00e0 mettre en \u0153uvre pour donner \u201csolution\u201d au probl\u00e8me s\u2019ordonnent ainsi autour d\u2019un double \u201ccontre\u201d, contre les ennemis int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs, on doit annihiler leur capacit\u00e9 d\u2019opposition (\u00ab\u00a0nettoyage interne\u00a0\u00bb, et agression pour \u00ab\u00a0l\u2019expansion externe\u00a0\u00bb, selon les formulations de Paxton). Les moyens d\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0nettoyage interne\u00a0\u00bb pour briser les entraves accumul\u00e9es, sont d\u2019ordre politique\u00a0: forger une organisation de combat contre la d\u00e9mocratie parlementaire, et la lutte des classes populaires pour leurs int\u00e9r\u00eats. Les fondements du r\u00e9gime \u00e9conomique ne sont pas vraiment menac\u00e9s, bien que soit esquiss\u00e9e une \u00ab\u00a0troisi\u00e8me voie\u00a0\u00bb entre capitalisme et socialisme, les rapports \u00e9conomiques fondamentaux qui r\u00e8glent la production et les \u00e9changes, \u00ab\u00a0l\u2019initiative priv\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e9tant explicitement maintenus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En tant que regroupement de combat, le fascisme n\u2019admet pas d\u2019autre expression politique que la sienne, il rejette celles que favo\u00adrisent la \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie du nombre\u00a0\u00bb et les partis traditionnels. On doit leur substituer, \u00e0 titre de compensation, un principe fantasmagorique d\u2019unit\u00e9 (corporation organique, communion culturelle), cens\u00e9 \u00e0 m\u00eame de surmonter les divisions sociales et politiques internes, et concentrer l\u2019\u00e9nergie \u00e0 l\u2019encontre de tout ennemi. L\u2019id\u00e9e prenant forme, des institutions corporatives devront remplacer les organisations de classes. Cette suppression des formes d\u00e9mocratiques et des organisations de d\u00e9fense des travailleurs, s\u2019accompagne d\u2019une d\u00e9magogie s\u00e9ductrice\u00a0: on pr\u00e9sente les nouvelles institutions comme devant favoriser l\u2019expression \u00ab\u00a0autonome\u00a0\u00bb des producteurs, la prise en compte de \u00ab\u00a0l\u2019homme concret\u00a0\u00bb, et autres flatteries autogestionnaires. La flatterie identitaire n\u2019est pas n\u00e9glig\u00e9e (exaltation par Gentile de la communaut\u00e9 de culture, et de \u201cm\u00e9moire\u201d se substituant tant \u00e0 l\u2019individuation qu\u2019aux regroupements sur la base d\u2019int\u00e9r\u00eats sociaux).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Allemagne<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on interroge de la m\u00eame fa\u00e7on les raisons d\u2019\u00eatre du nazisme, tels que son promoteur le plus embl\u00e9matique les a transcrits, on note l\u2019existence de points communs, une logique du \u201ccontre\u201d devant donner la \u201csolution\u201d des probl\u00e8mes pos\u00e9s. Cette logique s\u2019expose avec un degr\u00e9 de radicalit\u00e9 jamais atteint dans le cas italien. En fonction d\u2019une rh\u00e9torique communautariste totalement assum\u00e9e, la \u201csolution\u201d du probl\u00e8me consiste \u00e0 <em>condenser en un seul ennemi<\/em> tous les ennemis int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs de la \u201ccommunaut\u00e9 du peuple\u201d allemand, pour les d\u00e9signer \u00e0 la vindicte, \u00e0 fin d\u2019annihilation. Le d\u00e9mant\u00e8lement des organisations socialistes, communistes, d\u00e9mocratiques, n\u2019en constitue qu\u2019un des moyens. L\u2019exaltation compensatrice prend ici la figure d\u2019une \u00ab\u00a0unit\u00e9 hallucin\u00e9e\u00a0\u00bb de la race, l\u2019enjeu en est la reconqu\u00eate de la puissance du Reich, la \u201cm\u00e9thode\u201d envisag\u00e9e extr\u00eame, fuite en avant dans une violence n\u00e9gatrice. C\u2019est avec \u00ab\u00a0la hache et le glaive\u00a0\u00bb qu\u2019il convient de r\u00e9gler le probl\u00e8me, nou\u00e9 apr\u00e8s la d\u00e9faite, le temps n\u2019est pas aux bavardages de la r\u00e9publique parlementaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Hitler, la Premi\u00e8re Guerre mondiale \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00ab\u00a0la lutte du peuple allemand pour son existence dans l\u2019ar\u00e8ne mondiale\u00a0\u00bb, mais 1918 a scell\u00e9 \u00ab\u00a0la perte de [cette] puissance mondiale\u00a0\u00bb. Elle doit \u00eatre reconquise. Les formes d\u00e9mocratiques, la R\u00e9publique nouvellement institu\u00e9e, ne peuvent accomplir cette t\u00e2che, elles ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 leur incapacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me. Les principaux obstacles \u00e0 la reconqu\u00eate de la puissance allemande, sont, bien entendu, les puissances rivales, le \u00ab\u00a0capital international\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0juif\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0anglo-saxon\u00a0\u00bb, mais aussi \u00ab\u00a0l\u2019embrigadement des ouvriers\u00a0\u00bb dans les organisations communistes, les principes d\u00e9mocratiques \u00e9galitaires issus de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, qui favorisent une expression politique ind\u00e9pendante des classes populaires, d\u00e9truisant l\u2019unit\u00e9 de la \u201ccommunaut\u00e9 d\u2019esprit et de sang\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s ses premi\u00e8res expressions, telles qu\u2019elles se donnent \u00e0 voir dans <em>Mein Kampf<\/em>, le mouvement nazi s\u2019assigne pour objectif de r\u00e9unir les moyens de d\u00e9fendre l\u2019\u00e9conomie allemande, contre le capital non national, de recouvrer la puissance mondiale du Reich, assurer son espace vital. L\u2019imposition de formes politiques de combat ici encore est requise, c\u2019est une n\u00e9cessit\u00e9 pour pr\u00e9parer la guerre, concentrer les forces dans ce but, sans craindre la moindre \u201ctrahison\u201d interne. La d\u00e9mocratie du nombre et son expression parlementaire, l\u2019organisation populaire sur une base de classe, le marxisme, le communisme, tout ce qui affaiblit l\u2019unit\u00e9 de la \u00ab\u00a0communaut\u00e9 du peuple allemand\u00a0\u00bb doit \u00eatre bris\u00e9. Il en est de m\u00eame pour la conscience individuelle et de classe. Comme Hitler le stipule, il s\u2019agit de \u00ab\u00a0donner une base spirituelle \u00e0 la pers\u00e9cution\u00a0\u00bb. Dans cette configuration, la figure de l\u2019autre absolu \u00e0 an\u00e9antir, est le juif (figurant tous les ennemis comme l\u2019indique Hitler lui-m\u00eame), celui qui s\u2019est introduit dans le corps de la communaut\u00e9 allemande pour l\u2019affaiblir, porteur de tout ce que le national socialisme ex\u00e8cre, l\u2019\u00e9galitarisme, le marxisme, le lib\u00e9ralisme \u201cmanchest\u00e9rien\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">NOTE<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(25) Nous renvoyons\u2002pour ce paragraphe et pour la partie \u00ab\u00a0Le fascisme\u00a0: cat\u00e9gorie politique, ou comment le reconna\u00eetre\u00a0\u00bb, aux chapitres de la th\u00e8se de H\u00e9l\u00e8ne Desbrousses, \u00ab\u00a0Fascisme corporatiste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Fascisme g\u00e9nocratique\u00a0\u00bb, <em>Repr\u00e9sentations savantes et communes des formes de l\u2019Etat, <\/em>Th\u00e8se d\u2019Etat, IEP Paris 1983.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour conf\u00e9rer le statut de cat\u00e9gorie \u00e0 l\u2019objet fascisme, deux d\u00e9marches peuvent \u00eatre mises en \u0153uvre. Ou bien l\u2019on part de l\u2019Id\u00e9e que l\u2019on se fait du ph\u00e9nom\u00e8ne, et l\u2019on \u201cconstruit\u201d son objet sur cette base, en s\u00e9lectionnant un certain nombre de crit\u00e8res qui permettent de le faire rentrer dans sa d\u00e9finition pr\u00e9-pos\u00e9e, c\u2019est la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[126],"class_list":["post-913","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cours","tag-fascisme"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/913","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=913"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/913\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":914,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/913\/revisions\/914"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=913"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=913"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=913"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}