{"id":909,"date":"2018-05-02T10:46:27","date_gmt":"2018-05-02T08:46:27","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=909"},"modified":"2018-05-02T10:46:27","modified_gmt":"2018-05-02T08:46:27","slug":"i-dissolution-et-contournement-de-la-notion-fascisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=909","title":{"rendered":"I. Dissolution et contournement de la notion fascisme"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Des visions oppos\u00e9es de ph\u00e9nom\u00e8nes historiques communs se sont toujours affirm\u00e9es. Pour ce qui a trait au fascisme toutefois, une seule vision tend \u00e0 envahir le champ des repr\u00e9sentations autoris\u00e9es. Un \u201cnouveau sens commun\u201d a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 et s\u2019est diffus\u00e9 dans l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, refoulant les points de vue contraires. Les instances gouvernementales, les programmes d\u2019enseignement, les diverses organisations politiques, les medias, ont contribu\u00e9 \u00e0 forger ce nouveau \u201csens commun\u201d. Autre monde, autres mots, le <em>Zeitgeist <\/em>(l\u2019esprit du temps) a chang\u00e9 souligne Bruno Groppo (2). De nouveaux \u00ab\u00a0usages publics de l\u2019histoire\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0politique de la m\u00e9moire\u00a0\u00bb, imposent de nouvelles lectures du pass\u00e9. On se doit de rebaptiser les ph\u00e9nom\u00e8nes historiques ou modifier le sens des mots, on construit de nouveaux \u201cparadigmes\u201d et on les vulgarise. Sur cette base on s\u2019efforce de remodeler les \u201cm\u00e9moires\u201d, ou plut\u00f4t les repr\u00e9sentations communes de processus historiques et politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La dissolution du sens de la notion dans le registre commun<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019une d\u00e9cennie \u00e0 l\u2019autre, on constate \u00e0 cet \u00e9gard dans le vocabulaire commun une dissolution du sens de la notion de fascisme. Si l\u2019on se reporte aux enqu\u00eates conduites ces derni\u00e8res ann\u00e9es dans le cadre du <em>Centre de Sociologie historique<\/em>, on observe, pour la plupart des locuteurs, une difficult\u00e9 \u00e0 cerner la signification du mot, difficult\u00e9 qui semble s\u2019\u00eatre accrue au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies (3). Lorsqu\u2019un effort de d\u00e9finition est requis, des termes peu sp\u00e9cifi\u00e9s sont associ\u00e9s \u00e0 la notion (<em>racisme<\/em>, <em>nationalisme<\/em>, <em>dictature<\/em>, <em>dictateur<\/em>, <em>tyrannie<\/em>, <em>totalitarisme<\/em>), la mention de quelques noms (<em>Hitler<\/em>, <em>Mussolini<\/em>, mais aussi <em>Le Pen<\/em> ou <em>Staline<\/em>) tient souvent lieu de caract\u00e9risation. \u00e0 l\u2019encontre des r\u00e9f\u00e9rences le plus souvent admises, dans les dictionnaires notamment, on remarque cependant que le nazisme et le cas allemand sont plus souvent cit\u00e9s que le fascisme italien. Il en \u00e9tait de m\u00eame lors d\u2019une pr\u00e9c\u00e9dente investigation. Toutefois, \u00e0 l\u2019exception de quelques locuteurs parmi les plus \u00e2g\u00e9s, l\u2019\u00e9vocation de ces \u201ccas\u201d n\u2019est plus mise en relation avec un ensemble de traits sp\u00e9cifiques, aptes \u00e0 caract\u00e9riser les ph\u00e9nom\u00e8nes historiques auxquels ils renvoient. Abolissant les d\u00e9terminations sociales et politiques, une mise en relation de <em>fascisme <\/em>avec <em>totalitarisme <\/em>(ou avec <em>communisme<\/em>, <em>Staline<\/em>), est aujourd\u2019hui propos\u00e9e de fa\u00e7on significative, elle \u00e9tait peu fr\u00e9quente vingt ans auparavant. On note aussi l\u2019expression, alors rare, de r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 <em>l\u2019Holocauste<\/em>, \u00e0 la <em>Shoah<\/em>. Il semble qu\u2019il ne s\u2019agisse l\u00e0 que de mots qui isolent un trait du nazisme, pour partie d\u00e9contextualis\u00e9, sans v\u00e9ritable effort de caract\u00e9risation. D\u2019autres \u00e9l\u00e9ments, les plus fr\u00e9quemment mentionn\u00e9s, <em>nationalisme<\/em>, <em>racisme<\/em>, <em>dictature<\/em>, ne permettent pas de cerner ce qui d\u00e9finit de fa\u00e7on sp\u00e9cifique le fascisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur cette base, on ne peut d\u00e9gager de pr\u00e9-conceptualisation coh\u00e9rente de la configuration fasciste, comme il avait \u00e9t\u00e9 possible de le faire il y a deux ou trois d\u00e9cennies. L\u2019accent port\u00e9 sur une \u201cm\u00e9moire\u201d, plus ou moins reconstruite, semble avoir contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9vacuer un certain nombre de savoirs d\u2019ordre historique ou politique, aboutissant \u00e0 brouiller les repr\u00e9sentations communes du fascisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le contraste entre les deux s\u00e9ries de donn\u00e9es, ne tient pas aux associations propos\u00e9es au niveau du vocabulaire, mais aux capacit\u00e9s qu\u2019ont les locuteurs de \u201cconcevoir\u201d ce qu\u2019est le fascisme en tant que cat\u00e9gorie politique et historique. En effet, lors de la pr\u00e9c\u00e9dente investigation, le fascisme se trouvait pos\u00e9 par une majorit\u00e9 de locuteurs, en tant que <strong><em>cat\u00e9gorie politique<\/em><\/strong> et <strong><em>cat\u00e9gorie historique<\/em><\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0En tant que cat\u00e9gorie politique, l\u2019accent \u00e9tait port\u00e9 sur les notions de <em>forme d\u2019\u00e9tat<\/em>, <em>syst\u00e8me<\/em>, <em>r\u00e9gime politique<\/em>, <em>doctrine<\/em>, notions assorties de traits propres, en opposition \u00e0 d\u2019autres configurations (telles la <em>r\u00e9publique<\/em>, la <em>d\u00e9mocratie<\/em>), en relation avec un mode d\u00e9termin\u00e9 d\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9. Des traits peu manifestes ou absents des d\u00e9finitions savantes se trouvaient mis en \u00e9vidence\u00a0: partie minoritaire s\u2019imposant au tout, violence n\u00e9gatrice \u00e0 l\u2019\u00e9gard des institutions politiques modernes (dont les organisations de classe), suppression de la libert\u00e9 d\u2019expression politique (dont celle du communisme).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 En tant que cat\u00e9gorie historique, le fascisme se trouvait clairement situ\u00e9 au sein de contextes socio-politiques d\u00e9termin\u00e9s. Des traits peu manifestes se trouvaient ici aussi d\u00e9gag\u00e9s\u00a0: caract\u00e8re r\u00e9actionnel r\u00e9gressif en relation avec un \u00e9tat de crise, d\u2019exacerbation des contradictions sociales et des rivalit\u00e9s \u00e9conomiques, retour \u00e0 la barbarie, \u00e0 \u201cl\u2019\u00e9tat de nature\u201d, avec pr\u00e9valence de la lutte de tous contre tous, vis\u00e9es dominatrices et expansionnistes, \u00e9tat de guerre entre les nations, nihilisme destructeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Embarras, \u00e9vitement, dans le registre savant<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 plusieurs lexiques de sp\u00e9cialit\u00e9 (philosophie, droit, sociologie), publi\u00e9s entre 1980 et 2010, on constate que la notion de fascisme peut \u00eatre simplement \u00e9cart\u00e9e. Sur les dix-neuf vocabulaires ou dictionnaires consult\u00e9s, seulement cinq ont une entr\u00e9e <em>fascisme<\/em>, alors qu\u2019il en existe treize pour la notion <em>totalitarisme<\/em>. Pour la p\u00e9riode r\u00e9cente, l\u2019\u00e9vitement se manifeste aussi dans la discipline historique. Un indice en fut fournie dans la bibliographie recommand\u00e9e pour le CAPES et l\u2019Agr\u00e9gation d\u2019histoire 2003-2005\u00a0: \u00ab\u00a0Les Soci\u00e9t\u00e9s, la guerre, et la paix 1911-1946\u00a0\u00bb. La partie intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Approches compar\u00e9es des dictatures et du totalitarisme\u00a0\u00bb, ne fait pas appara\u00eetre le mot fascisme dans ses intitul\u00e9s. Bien qu\u2019on puisse observer au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, un \u201cretour\u201d de la notion dans les titres de plusieurs publications, pour l\u2019essentiel \u00e9manant d\u2019auteurs \u00e9trangers (4), \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9clipse du concept de fascisme\u00a0\u00bb est patente, ainsi que l\u2019ont soulign\u00e9 Bruno Groppo et Enzo Traverso. Ce dernier observait\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9mergence d\u2019une conscience histo\u00adrique fond\u00e9e sur la m\u00e9moire de la <em>Shoah<\/em>\u00a0\u00bb, sa singularit\u00e9 a contribu\u00e9 \u00e0 cette \u00e9clipse dans l\u2019historiographie ouest-allemande, le nazisme se trouvant d\u00e8s lors exclu de la famille des fascismes (5), autorisant une \u201cd\u00e9-fascisation\u201d r\u00e9troactive du nazisme. Le racisme, l\u2019an\u00e9antissement des juifs, ne sont pas ignor\u00e9s, ils sont certes jug\u00e9s inacceptables, mais les autres traits de la configuration fasciste nazie (dont la destruction des organisations politiques et des opposants, la politique d\u2019agression ext\u00e9rieure conduisant \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement de populations), sont m\u00e9connus, ou par contre coup se pr\u00e9sentent comme acceptables, voire l\u00e9gitimes (6).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Esquiver le probl\u00e8me dans le registre savant, est de pratique ancienne. Pour l\u2019essentiel entre les deux guerres, indique Pierre Ay\u00e7oberry, \u00ab\u00a0Clio [la discipline historique] est rest\u00e9e muette\u00a0\u00bb, aucune analyse v\u00e9ritablement coh\u00e9rente du fascisme n\u2019ayant \u00e9t\u00e9 produite dans les diverses disciplines des sciences humaines et sociales (7). Les d\u00e9finitions, les prises de position sont d\u2019abord venues des fascistes eux-m\u00eames et de leurs opposants politiques, socialistes et communistes (8). \u00e0 cet \u00e9gard Robert Paxton rappelait que l\u2019ennemi commun des \u00e9lites lib\u00e9rales et conservatrices n\u2019\u00e9tait pas le fascisme, mais le communisme, en cons\u00e9quence il convenait de ne pas trop s\u2019appesantir sur les processus de fascisation en cours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le nazisme, peu de caract\u00e9risations ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es avant 1933, alors que le mouvement national-socialiste existait depuis une d\u00e9cennie et se d\u00e9veloppait vigoureusement. On pourrait dresser un b\u00eatisier de tous ceux qui ne percevaient alors aucun danger, \u00ab\u00a0ces timidit\u00e9s et aveuglements aboutissant \u00e0 l\u2019accord de Munich\u00a0\u00bb, \u00e9crit encore Pierre Ay\u00e7oberry. Ainsi en 1932, Rivaud, historien de la philosophie, estime dans <em>les Crises allemandes<\/em>, que le nazisme \u00ab\u00a0a heureusement bris\u00e9 ce qu\u2019il y avait de pire dans le pass\u00e9 allemand, qu\u2019il d\u00e9veloppe un humanisme aristocratique\u00a0\u00bb. Rivaud fonde son jugement sur son aversion \u00e0 l\u2019\u00e9gard du socialisme et du communisme, et sur une critique du \u00ab\u00a0capitalisme \u00e9go\u00efste\u00a0\u00bb que le nazisme rendrait plus \u201csocial\u201d (9). La d\u00e9n\u00e9gation du danger existe aussi \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 gauche et \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche, au sein m\u00eame du mouvement anti-fasciste. Nicole Racine signale ainsi qu\u2019\u00e0 partir de 1935, au sein du CVIA (Comit\u00e9 de Vigilance antifasciste), la lutte contre le \u00ab\u00a0totalitarisme sovi\u00e9tique\u00a0\u00bb l\u2019emportait sur l\u2019antifascisme et l\u2019antinazisme, jusqu\u2019\u00e0 proposer, au nom de la pr\u00e9servation de la paix, un appui aux revendications territoriales du Reich, et l\u2019ouverture de n\u00e9gociations dans ce but (10).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir le fascisme en tant que cat\u00e9gorie historique et politique ne para\u00eet pas s\u2019\u00eatre d\u00e9velopp\u00e9e dans la p\u00e9riode contemporaine. On pourrait m\u00eame penser qu\u2019il y a eu recul. Le mot fascisme demeure pour beaucoup le \u00ab\u00a0plus vague des mots politiques\u00a0\u00bb comme l\u2019a signal\u00e9 Stanley G. Payne (11). Et selon Emilio Gentile, qui en propose une d\u00e9finition en termes de \u201cculture\u201d, \u00ab\u00a0le fascisme peut sembler un objet myst\u00e9rieux se d\u00e9robant \u00e0 tout essai de d\u00e9finition historique claire et rationnelle\u00a0\u00bb (12).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi ceux qui s\u2019\u00e9taient efforc\u00e9s de d\u00e9gager les traits des configurations fascistes, lors de l\u2019entre deux guerres et de l\u2019apr\u00e8s-guerre, un v\u00e9ritable d\u00e9bat avait pourtant contribu\u00e9 \u00e0 \u00e9clairer les enjeux des combats alors men\u00e9s. En d\u00e9pit des faiblesses, des errements in\u00e9vitables, les questions pos\u00e9es se r\u00e9v\u00e9laient f\u00e9condes. Le fascisme est-il un legs de la R\u00e9volution fran\u00e7aise et du jacobinisme, ou s\u2019affirme-t-il contre les institutions politiques de cette r\u00e9volution\u00a0? Est-il r\u00e9volutionnaire ou contre-r\u00e9volutionnaire\u00a0? Peut-on parler d\u2019une \u201ctroisi\u00e8me voie\u201d entre capitalisme et socialisme, ou, de voie non d\u00e9mocratique du capitalisme\u00a0? Le fascisme propose-t-il une sacralisation de la politique et de l\u2019histoire ou \u00e0 l\u2019inverse leur d\u00e9ni\u00a0\u00bb. Enfin la question id\u00e9ologique doit-elle \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme centrale, monolithique, ou au contraire ne constitue-t-elle qu\u2019une instrumentation, un bricolage rh\u00e9torique, masquant pour les besoins de la cause, une r\u00e9alit\u00e9 conflictuelle et anarchique\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces points de vue contradictoires s\u2019affrontent encore, plus sp\u00e9cialement chez les historiens, parmi ceux qui ne consid\u00e8rent pas le fascisme sous le seul angle de \u201cl\u2019id\u00e9ologie\u201d ou de la \u201cculture\u201d. Un autre questionnement s\u2019est fait jour. Le fascisme appartient-il d\u00e9finitivement ou non au pass\u00e9, s\u2019agit-il d\u2019une parenth\u00e8se, d\u2019un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne, ou d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne dont on peut d\u00e9gager les d\u00e9terminations et les formes, permettant d\u2019en imaginer ou non de possibles \u201cr\u00e9activations\u201c\u00a0? Faute d\u2019une cat\u00e9gorisation historique et politique coh\u00e9rente, il semble qu\u2019une position majoritaire se soit affirm\u00e9e\u00a0: le fascisme comme le communisme ont conclu leur cycle historique, ils appartiendraient d\u00e9sormais au pass\u00e9. Quelques irr\u00e9ductibles, tel Robert Paxton, se demandent au contraire s\u2019il n\u2019existe pas des \u00ab\u00a0pr\u00e9misses de fascisme dans le monde actuel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le contournement de la cat\u00e9gorie de fascisme et la notion de totalitarisme<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fascisme a \u00e9t\u00e9 appr\u00e9hend\u00e9 en fonction de diff\u00e9rentes approches. Une premi\u00e8re approche a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e, on l\u2019a rappel\u00e9, par les combattants de l\u2019anti-fascisme, socialistes et communistes qui en \u00e9taient les cibles privil\u00e9gi\u00e9es (13). Une premi\u00e8re approche a travaill\u00e9 \u00e0 d\u00e9gager les caract\u00e8res du fascisme italien, puis des autres fascismes. On peut contester ces premi\u00e8res th\u00e9orisations, plus sp\u00e9cialement celle qui pr\u00e9sentait comme \u00ab\u00a0fr\u00e8res jumeaux\u00a0\u00bb <em>fascisme <\/em>et <em>social-fascisme<\/em>, encore faut-il reconna\u00eetre que, contrairement au concept englobant de totalitarisme, les deux formes de m\u00eame \u201corigine\u201d pr\u00e9sum\u00e9e (crise des formes bourgeoises de domination) \u00e9taient distingu\u00e9es au niveau du vocabulaire (14). En d\u00e9pit des limites ou m\u00e9prises de ces caract\u00e9risations forg\u00e9es dans le feu de l\u2019action, la plupart visaient \u00e0 mettre au jour un principe explicatif, des d\u00e9terminations du ph\u00e9nom\u00e8ne, des causes, des enjeux\u00a0: conjoncture historique, \u00e9tat des forces de classes et leurs formes de lutte, d\u00e9terminations et enjeux que les th\u00e9oriciens fascistes r\u00e9v\u00e9laient souvent eux-m\u00eames.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Surtout propos\u00e9e par des litt\u00e9rateurs, philosophes, politistes, historiens, moins engag\u00e9s dans la lutte imm\u00e9diate, une deuxi\u00e8me orientation, a r\u00e9serv\u00e9 surtout au cas italien, le terme de fascisme (son \u201cjumeau\u201d allemand ne constituant pas avant 1933 un objet d\u2019\u00e9tude). Par la suite, au sein de ce courant, une tendance \u00e0 rapprocher nazisme et communisme, devait pr\u00e9valoir. \u00e0 l\u2019intersection des deux courants, des mod\u00e9lisations descriptives ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es, centr\u00e9es sur l\u2019un ou l\u2019autre des fascismes les plus marquants (Italie, Allemagne), ou sur un \u201ctotalitarisme\u201d pouvant les rapprocher tous deux du communisme sovi\u00e9tique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le concept de <em>totalitarisme<\/em> n\u2019avait connu qu\u2019une diffusion restreinte avant la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, du fait du r\u00f4le jou\u00e9 par les communistes dans le combat anti-fasciste, alors associ\u00e9 \u00e0 la lutte contre le nazisme. Que l\u2019on use ou non du mot, le proc\u00e8s en identification du nazisme et du communisme (ou bolchevisme) n\u2019\u00e9tait cependant pas absent, dans les milieux lib\u00e9raux et conservateurs principalement. En 1933, Jacques Bainville dans l\u2019<em>Histoire de deux peuples continu\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 Hitler<\/em>, rapproche le fascisme italien, le bolchevisme et le national-socialisme qui tous trois se constituent autour d\u2019un parti unique. En 1934, <em>le Temps<\/em> s\u2019oppose \u00e0 toutes \u00ab\u00a0les dictatures de la r\u00e9volution\u00a0\u00bb (15).Dans son <em>M\u00e9morial de la guerre blanche<\/em>, Georges Duhamel pose en 1938, que \u00ab\u00a0nazisme et communisme se ressemblent comme des fr\u00e8res\u00a0\u00bb. Le concept de totalitarisme trouve un plus large \u00e9cho au moment du Pacte germano-sovi\u00e9tique (16).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la plupart des commentateurs cependant, les deux ph\u00e9nom\u00e8nes ne sont pas vraiment identifiables, on signale les diff\u00e9rences li\u00e9es aux finalit\u00e9s des substrats \u00e9conomiques, ou celles touchant au traitement des \u201cminorit\u00e9s ethniques\u201d (17). Apr\u00e8s la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, ces distinctions essentielles tendent \u00e0 ne plus \u00eatre prises en compte. La notion de totalitarisme commence \u00e0 s\u2019imposer avec le d\u00e9but de la guerre froide, refoulant progressivement celle de fascisme. Elle peut se trouver reprise par des courants de gauche, jusqu\u2019alors \u201callergiques\u201d. Au cours des ann\u00e9es 1949-1956, les publications portant sur le totalitarisme connaissent une nouvelle floraison. Se fondant sur les pr\u00e9pos\u00e9s m\u00eame qu\u2019on vise \u00e0 \u00e9tablir, des d\u00e9finitions <em>ad hoc<\/em> sont produites, afin d\u2019\u00e9tablir l\u2019identit\u00e9 ou les \u00ab\u00a0parent\u00e9s\u00a0\u00bb entre formes id\u00e9ologiques et\/ou politiques relevant de r\u00e9gimes sociaux oppos\u00e9s. En France, le \u00ab\u00a0paradigme totalitaire\u00a0\u00bb se diffuse avec un d\u00e9calage dans le temps dans les ann\u00e9es 70, la validit\u00e9 de ses pr\u00e9suppos\u00e9s y \u00e9tant plus durablement mise en question. Le mouvement de Mai 68 semble avoir d\u00e9bouch\u00e9 sur une r\u00e9\u00e9valuation positive de la \u201cd\u00e9mocratie lib\u00e9rale\u201d en m\u00eame temps que sur une d\u00e9l\u00e9gitimation radicale du communisme. On doit noter que d\u00e9sormais, y compris pour des militants de gauche, r\u00e9publicains, on fl\u00e9trit plus volontiers son adversaire, f\u00fbt-il de m\u00eame couleur, en usant du terme <em>totalitaire<\/em>, plut\u00f4t que celui de <em>fasciste <\/em>(totalitaire valant en g\u00e9n\u00e9ral pour d\u00e9signer le communisme sovi\u00e9tique ou le stalinisme, avec pour variante, comme dans les ann\u00e9es 30, l\u2019assimilation du bolchevisme et du nazisme, au moyen du vocable \u201crouge-brun\u201d).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme l\u2019indiquait Philippe Raynaud dans le <em>Dictionnaire de droit constitutionnel<\/em>, le \u00ab\u00a0concept de totalitarisme a servi \u00e0 d\u00e9l\u00e9gitimer les r\u00e9gimes communistes aupr\u00e8s des intellectuels\u00a0\u00bb. S\u2019ajoutant aux \u00e9tudes de sovi\u00e9tologie, la comparaison entre communisme et nazisme devint au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, selon Bruno Groppo, \u00ab\u00a0une pr\u00e9occupation centrale de la recherche historique\u00a0\u00bb, le communisme \u00e9tant souvent pris pour cible principale, son apparentement au nazisme n\u2019\u00e9tant utilis\u00e9 que pour souligner l\u2019atrocit\u00e9 suppos\u00e9e de son r\u00e9gime. Apr\u00e8s la chute du Mur de Berlin, \u00ab\u00a0le consensus antitotalitaire lib\u00e9ral\u00a0\u00bb qui a port\u00e9 sur les fonds baptismaux le \u00ab\u00a0paradigme anticommuniste\u00a0\u00bb a fait place nette, atteignant m\u00eame l\u2019antifascisme dont la l\u00e9gitimit\u00e9 se trouve contest\u00e9e (18). La parution en France de l\u2019ouvrage de Fran\u00e7ois Furet, <em>le Pass\u00e9 d\u2019une illusion<\/em> (1995) et du <em>Livre noir du communisme<\/em> (1997) ont constitu\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard un tournant, ce \u00ab\u00a0nouveau mal absolu\u00a0\u00bb, se substituant au nazisme dont le caract\u00e8re destructeur se trouve relativis\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019\u00e9laboration de la notion <em>totalitarisme<\/em>, l\u2019id\u00e9ologie, la culture, l\u2019imaginaire politique, les formes, avaient \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9es (19), au d\u00e9triment des fondements \u00e9conomiques des r\u00e9gimes sociaux en cause et des enjeux historiques. Ce mode d\u2019\u00e9laboration s\u2019est transf\u00e9r\u00e9 dans plusieurs travaux r\u00e9cents qui ont fait retour sur la notion de fascisme, la plupart de ces conceptualisations d\u00e9construisent les rep\u00e8res relevant de sa cat\u00e9gorisation historique. Parall\u00e8lement \u00e0 la r\u00e9activation des recherches sur le totalitarisme, les d\u00e9finitions du fascisme, se sont ainsi focalis\u00e9es sur ses dimensions id\u00e9ologiques et culturelles. Ainsi selon George L. Mosse, le fascisme se pr\u00e9sente avant tout un \u00ab\u00a0mouvement culturel\u00a0\u00bb (20), les facteurs \u00e9conomiques et sociaux devant se trouver rel\u00e9gu\u00e9s au second plan. Les mod\u00e8les d\u2019explication marxistes jug\u00e9s vulgairement \u00ab\u00a0\u00e9conomistes ou historicistes\u00a0\u00bb sont d\u00e9savou\u00e9s, sans v\u00e9ritable r\u00e9futation, la cat\u00e9gorie m\u00eame de cause se trouve rejet\u00e9e (21), au profit, de la \u00ab\u00a0recherche du sens\u00a0\u00bb, en fonction d\u2019approches de type herm\u00e9neutique. En se d\u00e9tournant ainsi des d\u00e9terminations, des \u201ccauses\u201d ou enjeux du probl\u00e8me, toute tentative de mobilisation antifasciste, ne risque-t-elle pas de se borner \u00e0 une joute dans le seul registre des id\u00e9es, o\u00f9 le bon droit n\u2019est pas s\u00fbr de pouvoir l\u2019emporter\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>NOTES<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(2) Bruno Groppo, \u00ab\u00a0Histoire, m\u00e9moire, identit\u00e9\u00a0\u00bb, in <em>Historiens et usages publics du pass\u00e9<\/em>, Mat\u00e9riaux pour l\u2019histoire de notre temps, n\u00b0 68, BDIC, 2002<br \/>\n(3) Voir \u00ab\u00a0Repr\u00e9sentations communes du fascisme\u00a0\u00bb, <em>Cahiers pour l\u2019analyse concr\u00e8te<\/em>, n\u00b057-58.<br \/>\n(4)\u2002Citons, outre Robert O. Paxton, pour des ouvrages publi\u00e9s en France\u00a0: Philippe Burrin, <em>Fascisme, nazisme, autoritarisme<\/em>, Points Histoire, 2000\u00a0; Collectif Mauvais temps, <em>Fascismes, un si\u00e8cle mis en ab\u00eeme<\/em>, Syllepse, 2000\u00a0; Renzo de Felice, <em>Br\u00e8ve histoire du fascisme<\/em>, Audibert, 2002\u00a0; Emilio Gentile, <em>Qu\u2019est-ce que le fascisme\u00a0?<\/em> Folio Histoire, 2004\u00a0; George L.\u202fMosse, <em>La r\u00e9volution fasciste. Vers une th\u00e9orie g\u00e9n\u00e9rale du fascisme<\/em>, Seuil (1999), 2003\u00a0; Pascal Ory, <em>Du fascisme<\/em>, Perrin, 2003.<br \/>\n(5)\u2002Enzo Traverso, \u00ab\u00a0Les dilemmes des historiens allemands. La disparition du fascisme\u00a0\u00bb, in <em>Le pass\u00e9, modes d\u2019emploi<\/em>. <em>Histoire, m\u00e9moire, politique<\/em>, La fabrique, 2005.<br \/>\n(6)\u2002S\u2019il s\u2019av\u00e8re possible de faire silence sur ces traits n\u00e9gateurs, la \u00ab\u00a0solution finale\u00a0\u00bb, sp\u00e9cificit\u00e9 de la forme allemande du fascisme, ne peut se trouver effac\u00e9e, le fascisme nazi se trouve d\u00e8s lors d\u00e9fini au regard de ce racisme exterminateur (Shoah, Holocauste), pos\u00e9 hors de tout enjeu ou principe causal. Les efforts de caract\u00e9risation de la forme fasciste g\u00e9n\u00e9rique n\u2019ont plus lieu d\u2019\u00eatre, on cherche seulement \u00e0 retrouver la composante racialiste dans les autres manifestations du fascisme, notamment dans le cas italien.<br \/>\n(7) Pierre Ay\u00e7oberry, <em>la Question nazie 1922-1975<\/em>, Points Histoire, 1979.<br \/>\n(8) Les courants antifascistes ont \u00e9t\u00e9 ainsi \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 chercher \u00e0 d\u00e9finir le fascisme, en relation avec des enjeux historiques et politiques. Voir \u00e0 ce propos Serge Wolikov, \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ments pour une histoire de l\u2019antifascisme\u00a0\u00bb, Universit\u00e9 de Bourgogne, 1995\u00a0; Thierry Hohl, \u00ab\u00a0L\u2019antifasciste, un questionnement historiographique\u00a0?\u00a0\u00bb, Universit\u00e9 de Bourgogne\u00a0; Bruno Groppo \u00ab\u00a0Antifascismes et identit\u00e9s politiques\u00a0\u00bb, Territoires contemporains, Jacques Droz, <em>Histoire de l\u2019antifascisme 1923-1939<\/em>, La D\u00e9couverte, 1985.<br \/>\n(9)\u2002Par la suite, Rivaud critiquera cependant les camps de concentration, tout en notant que les \u00ab\u00a0clameurs d\u2019Isra\u00ebl dominent les plaintes des autres victimes\u00a0\u00bb.<br \/>\n(10)\u2002Nicole Racine, \u00ab\u00a0Intellectuels pacifistes et antifascistes devant les menaces de guerre (1933-1939)\u00a0\u00bb, in <em>Les soci\u00e9t\u00e9s, la guerre, la paix de 1911 \u00e0 1946<\/em>, \u00e9d. du Temps, 2003. En 1938, des tenants de ce courant affirment encore qu\u2019il n\u2019existe pas de danger imminent, et qu\u2019il ne faut pas faire le jeu des bellicistes, l\u2019Allemagne ne d\u00e9sirant que la paix pour peu que ses revendications soient satisfaites Voir aussi les publications ant\u00e9rieures de Nicole Racine.<br \/>\n(11)\u2002Voir <em>A History of fascism 1914-1945<\/em>, UCL Press, 1995.<br \/>\n(12) Emilio Gentile, <em>opus cit\u00e9<\/em>. L\u2019auteur se propose de rem\u00e9dier \u00e0 cette carence en \u00e9laborant une conceptualisation qui ne semble pas \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00e9clairer les \u201cpourquoi\u201d historiques du fascisme\u00a0: \u00ab\u00a0Le fascisme est un ph\u00e9nom\u00e8ne politique moderne, nationaliste et r\u00e9volutionnaire, antilib\u00e9ral et anti-marxiste, organis\u00e9 en parti milice (partito-milizia), avec une conception totalitaire de la politique et de l\u2019\u00e9tat, avec une id\u00e9ologie activiste et antith\u00e9orique, avec des fondements mythiques, virilistes et antih\u00e9donistes, sacralis\u00e9e comme une religion la\u00efque, qui affirme le primat absolu de la nation, entendue comme une communaut\u00e9 organique ethniquement homog\u00e8ne, hi\u00e9rarchiquement organis\u00e9e en un \u00e9tat corporatiste, avec une vocation belliqueuse \u00e0 la politique de grandeur, de puissance et de conqu\u00eate, visant \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un ordre nouveau et d\u2019une civilisation nouvelle.\u00a0\u00bb<br \/>\n(13).\u2002Voir Pierre Ay\u00e7oberry, et les contributions cit\u00e9es dans la note 8.<br \/>\n(14) Sans identifier mode fasciste et mode d\u00e9mocratique de r\u00e9gulation politique de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, Gramsci signale qu\u2019ils peuvent cependant r\u00e9pondre aux m\u00eames enjeux\u00a0: \u00ab\u00a0En quel sens peut-on affirmer que fascisme et d\u00e9mocratie sont les deux faces d\u2019une m\u00eame r\u00e9alit\u00e9, les deux formes <em>diff\u00e9rentes <\/em>d\u2019une m\u00eame action, l\u2019action que m\u00e8ne la classe bourgeoise pour arr\u00eater la classe prol\u00e9tarienne dans sa marche\u00a0? [&#8230;] Il y a eu ces derni\u00e8res ann\u00e9es une parfaite division du travail entre le fascisme et la d\u00e9mocratie. Il est apparu \u00e9vident apr\u00e8s la guerre qu\u2019<em>il \u00e9tait impossible pour la bourgeoisie italienne de continuer \u00e0 s\u2019appuyer sur le r\u00e9gime d\u00e9mocratique<\/em>. [&#8230;] Quel service le fascisme a-t-il rendu \u00e0 la classe bourgeoise et \u00e0 la \u201cd\u00e9mocratie\u201d\u00a0? il s\u2019est propos\u00e9 de d\u00e9truire jusqu\u2019\u00e0 ce minimum auquel elle se r\u00e9duisait\u00a0: la possibilit\u00e9 concr\u00e8te de cr\u00e9er \u00e0 la base un lien organisationnel entre les travailleurs et d\u2019\u00e9tendre graduellement ce lien jusqu\u2019\u00e0 embrasser les grandes masses en mouvement. Il s\u2019est propos\u00e9 d\u2019an\u00e9antir les r\u00e9sultats d\u00e9j\u00e0 acquis dans ce domaine.\u00a0\u00bb C\u2019est nous qui soulignons.<br \/>\n(15)\u2002R\u00e9futant la th\u00e8se de \u201cl\u2019identit\u00e9 r\u00e9volutionnaire\u201d entre communisme et fascisme, Robert Paxton, ne s\u2019inscrit pas dans ce courant. Il rappelle notamment que le fascisme, contrairement au communisme, n\u2019a pas eu \u00e0 effectuer une vraie prise de pouvoir r\u00e9volutionnaire (si l\u2019on excepte les parades de th\u00e9\u00e2tre), les forces conservatrices le lui ont laiss\u00e9. M\u00eame id\u00e9e chez George M. Mosse qui signale l\u2019absence de v\u00e9ritable guerre civile lors des prises de pouvoir fascistes, ou chez Philippe Burrin qui parle\u00a0 d\u2019alliance informelle avec les forces conservatrices.<br \/>\n(16)\u2002Sur l\u2019histoire des notions <em>totalitaire<\/em>, <em>totalitarisme<\/em>, voir Bernard Bruneteau, <em>les Totalitarismes<\/em>, Armand Colin, 1999, et, \u00ab\u00a0Le totalitarisme\u00a0: un concept en d\u00e9bats\u00a0\u00bb, Conf\u00e9rence, nov. 1999, www.ac.rouen.fr<br \/>\n(17)\u2002Idem, <em>ibid<\/em>.<br \/>\n(18) Dans <em>le Pass\u00e9 d\u2019une illusion<\/em>, Fran\u00e7ois Furet ne voit dans l\u2019antifascisme qu\u2019une \u201c\u00e9motion\u201d articul\u00e9e sur une \u201cn\u00e9gativit\u00e9 absolue\u201d, qui permet d\u2019unir d\u00e9mocrates et communistes, occultant le \u201cvrai visage\u201d des communistes.<br \/>\n(19) Karl Friedrich a voulu mod\u00e9liser le totalitarisme en retenant six crit\u00e8res (d\u2019ordre id\u00e9ologique, \u201cm\u00e9diatique\u201d, policier, militaire, \u00e9conomique, \u201ctechnologique\u201d). En d\u00e9pit de la mention du champ de l\u2019\u00e9conomie, de tels crit\u00e8res restent centr\u00e9s sur des \u201cformes\u201d et n\u2019\u00e9clairent pas sur les contenus sociaux, politiques, et m\u00eame \u201cid\u00e9ologiques\u201d.Voir K. Friedrich, Z. Brzezinski, <em>Dictatorship and Autocraty<\/em>, CHUP, 1965.<br \/>\n(20).\u2002Les d\u00e9finitions centr\u00e9es sur l\u2019id\u00e9ologie ou la culture paraissent privil\u00e9gi\u00e9es depuis quelques d\u00e9cennies. Roger Griffin, <em>The ideology of fascism<\/em>, 1991\u00a0: \u00ab\u00a0Le fascisme est un genre d\u2019id\u00e9ologie politique dont le noyau mythique, dans ses diverses permutations, est une forme paling\u00e9n\u00e9sique d\u2019ultranationalisme populiste\u00a0\u00bb. Roger Eatwell, <em>Toward a new model of generic fascism<\/em>, 1992\u00a0: \u00ab\u00a0Le fascisme est une id\u00e9ologie qui a cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9terminer une renaissance sociale sur la base d\u2019une troisi\u00e8me voie radicale de type holiste et national, m\u00eame si en pratique il a tendu \u00e0 souligner le style, sp\u00e9cialement l\u2019action et le chef charismatique, plus que les programmes d\u00e9taill\u00e9s, et s\u2019est lanc\u00e9 dans la diabolisation manich\u00e9enne de ses ennemis\u00a0\u00bb. S.\u202fG. Payne, <em>opus cit\u00e9\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0[Le fascisme] est une forme d\u2019ultranationalisme r\u00e9volutionnaire pour la renaissance nationale, qui repose sur une philosophie fondamentalement vitaliste, et structur\u00e9e sur un \u00e9litisme extr\u00eame, sur la mobilisation des masses et sur le <em>F\u00fchrerprinzip<\/em>. Il a une attitude positive \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la violence comme fin et comme moyen et a tendance \u00e0 donner un caract\u00e8re normatif \u00e0 la guerre et\/ou aux vertus militaires\u00a0\u00bb. George L. Mosse, <em>la R\u00e9volution fasciste<\/em>, 1999\u00a0: \u00ab\u00a0Le fascisme fut partout une \u201cattitude face \u00e0 la vie\u201d fond\u00e9e sur une mystique nationale qui pouvait changer d\u2019une nation \u00e0 l\u2019autre. Il s\u2019agissait \u00e9galement d\u2019une r\u00e9volution qui s\u2019effor\u00e7ait de trouver une \u201ctroisi\u00e8me voie\u201d entre le marxisme et le capitalisme, mais qui mettait davantage l\u2019accent sur l\u2019id\u00e9ologie que sur le changement \u00e9conomique, sur la \u201cr\u00e9volution de l\u2019esprit\u201d pour reprendre les mots de Mussolini, ou sur la \u201cr\u00e9volution allemande\u201d de Hitler [&#8230;]\u00a0\u00bb<br \/>\n(21) Hannah Arendt\u2002n\u2019indiquait-elle pas d\u00e9j\u00e0 dans sa th\u00e9orisation du totalitarisme que \u00ab\u00a0la cat\u00e9gorie causale est trompeuse, ext\u00e9rieure aux sciences historiques\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9volution de cet auteur est int\u00e9ressante \u00e0 suivre, de 1942, o\u00f9 elle attribue \u00e0 l\u2019URSS le m\u00e9rite d\u2019avoir \u00ab\u00a0tout simplement liquid\u00e9 l\u2019antis\u00e9mitisme\u00a0\u00bb, dans le cadre d\u2019une \u00ab\u00a0solution juste et tr\u00e8s moderne de la question nationale\u00a0\u00bb, jusqu\u2019\u00e0 parvenir \u00e0 condamner en bloc, non seulement la r\u00e9volution d\u2019Octobre, mais aussi la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Voir \u00e0 ce propos Domenico Losurdo, <em>le R\u00e9visionnisme en histoire<\/em>, 1996, \u00e9dition fran\u00e7aise, Albin Michel, 2006. D. Losurdo \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une \u00e9volution qui \u00e9claire avec une \u00e9vidence particuli\u00e8re la mutation radicale de l\u2019esprit du temps, lors du passage de la grande coalition antifasciste \u00e0 l\u2019\u00e9clatement de la guerre froide et \u00e0 l\u2019\u00e9laboration cons\u00e9cutive d\u2019une id\u00e9ologie \u201coccidentale\u201d \u00e0 la hauteur de la nouvelle situation\u00a0\u00bb.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des visions oppos\u00e9es de ph\u00e9nom\u00e8nes historiques communs se sont toujours affirm\u00e9es. Pour ce qui a trait au fascisme toutefois, une seule vision tend \u00e0 envahir le champ des repr\u00e9sentations autoris\u00e9es. Un \u201cnouveau sens commun\u201d a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 et s\u2019est diffus\u00e9 dans l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, refoulant les points de vue contraires. 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