{"id":883,"date":"2018-02-13T15:07:30","date_gmt":"2018-02-13T14:07:30","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=883"},"modified":"2018-02-13T15:07:30","modified_gmt":"2018-02-13T14:07:30","slug":"3-bernard-peloille-les-representations-sociales-de-la-nation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=883","title":{"rendered":"3. Bernard Peloille. Les repr\u00e9sentations sociales de la nation"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">[Repr\u00e9sentations de la nation et classes sociales]\u00a0 <strong>**<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019int\u00e9r\u00eat des travaux que Bernard Peloille a consacr\u00e9 \u00e0 la nation et aux repr\u00e9sentations sociales de la nation\u00a0(1), tient en ce que, n\u2019isolant pas la nation de tout substrat \u00e9conomique et social, il prend en compte les relations entre formation, persistance et devenir de la nation, et, les classes, qui, aux diff\u00e9rentes \u00e9poques historiques peuvent la \u00ab\u00a0prendre en charge\u00a0\u00bb. Ses analyses des repr\u00e9sentations communes et \u00e9labor\u00e9es de la nation \u00e9clairent les d\u00e9bats actuels, dont les termes trop souvent reproduisent ceux de controverses anciennes, qui r\u00e9fractent les conflits de puissances et de classes hier et aujourd\u2019hui en \u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, sans jamais \u00e9luder la question de la relation entre le concept et ce qu\u2019il conceptualise (la nation moderne), l\u2019auteur se propose de d\u00e9gager les lin\u00e9aments du concept de nation. S\u2019inspirant de la m\u00e9thode mise en \u0153uvre par Marx, qui, dans sa critique de l\u2019\u00e9conomie politique prenait pleinement en compte les th\u00e9orisations de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, il analyse les grandes conceptualisations de la nation, et d\u00e9gage deux configurations nodales\u00a0: repr\u00e9sentations \u201ccommunautaires-identitaires\u201d et repr\u00e9sentations \u201csocio-politiques\u201d ou \u201cpolitiques\u201d. Il \u00e9tablit ce qu\u2019il peut y avoir de commun entre les deux configurations, qui l\u2019une et l\u2019autre, entretiennent selon des modalit\u00e9s diff\u00e9rentes, une relation avec un m\u00eame objet. Ne se contentant pas d\u2019opposer \u201cnation identitaire\u201d et \u201cnation politique\u201d, expression d\u2019une prise de parti id\u00e9ologique d\u2019un courant contre un autre, il s\u2019attache \u00e0 mettre au jour\u00a0 les d\u00e9terminations de la forme politique de la nation en prenant appui sur les formulations qui lui paraissent les plus pertinentes, celles de Necker et de Marx notamment, qui n\u2019occultent pas la question des rapports sociaux de production et d\u2019\u00e9change.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On s\u2019int\u00e9ressera ici aux repr\u00e9sentations de la nation, dans le registre savant comme dans le registre commun, renvoyant le lecteur \u00e0 la th\u00e8se de l\u2019auteur pour tout ce qui concerne sa th\u00e9orisation socio-\u00e9conomique de la nation (voir <em>Annexe<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Repr\u00e9sentations sociales de la nation dans le registre savant<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De quoi parle-t-on quand on parle de nation\u00a0? Il faut, nous dit l\u2019auteur, \u00eatre attentif \u00e0 un usage peu circonspect de la notion, les termes nation, et \u00ab\u00a0nation politique\u00a0\u00bb \u00e9tant souvent utilis\u00e9s sans que l\u2019on se pr\u00e9occupe suffisamment de ce qu\u2019ils signifient, sans qu\u2019on s\u2019interroge sur les d\u00e9terminations du caract\u00e8re politique de la nation au sens moderne du terme. Beaucoup d\u2019auteurs contemporains estiment en effet suffisant de constater l\u2019association empirique de nation et r\u00e9publique, dans le cas fran\u00e7ais, pour forger une d\u00e9finition \u00e0 ambition th\u00e9orique. Il convient encore de se d\u00e9fier des usages troubles, m\u00e9susages ou assimilations abusives entre concepts, pour ne pas dissoudre celui de nation, lui \u00f4tant toute valeur de compr\u00e9hension. La nation n\u2019est pas la soci\u00e9t\u00e9, ni l\u2019\u00c9tat, ni la r\u00e9publique, elle n\u2019est pas non plus la patrie, hier terre des p\u00e8res, espace appropri\u00e9 par un groupe d\u2019hommes, aujourd\u2019hui se repr\u00e9sentant majoritairement sous l\u2019angle de la \u201cd\u00e9fense\u201d contre l\u2019agression ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le registre savant, la nation s\u2019est trouv\u00e9e et se trouve pos\u00e9e en fonction de crit\u00e8res h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes\u00a0: naissance, sol, g\u00e8ne, race, langue, culture, volont\u00e9, habitude, pauvres, riches, ouvriers, bourgeois, ensemble, tous, groupement (sol, g\u00e8ne, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et de l\u2019autre, ouvriers, riches par exemple, n\u2019appartenant pas au m\u00eame registre). Bernard Peloille \u00e9tablit que les diff\u00e9rentes conceptions de la nation ne rec\u00e8lent pas indiff\u00e9remment tel ou tel crit\u00e8re, mais tendent \u00e0 s\u2019organiser sur des ensembles de crit\u00e8res coh\u00e9rents, d\u2019ordre diff\u00e9rent, dont il s\u2019agit de d\u00e9gager les configurations typiques. (2) Trois principales configurations sont distingu\u00e9es\u00a0: les conceptions \u201ccommunautaires\u201d de la nation, les conceptions \u201csubjectives sociales\u201d, les conceptions \u201csocio-politiques\u201d, selon qu\u2019elles prennent ou non en compte les dimensions sociales et historiques du fait nation, et posent en cons\u00e9quence un mode de reproduction \u00e0 l\u2019identique ou de transformation contradictoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les conceptions \u201ccommunautaires\u201d ou \u201cidentitaires\u201d de la nation <\/strong>(3)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les conceptions communautaires (4) ou identitaires, s\u2019articulent autour de crit\u00e8res \u201cde nature\u201d\u00a0: <em>race<\/em>, <em>sol<\/em>, <em>g\u00e8ne<\/em>, <em>langue<\/em> et <em>culture<\/em> (tenues pour des signes, expressions, \u00e9manations de la race ou de l\u2019ethnie). L\u2019ordonnancement de ces conceptions autour de tels crit\u00e8res induit nombre d\u2019implications qui ne sont pas toujours mises en \u00e9vidence par les sp\u00e9cialistes, parmi ceux qui signalent l\u2019opposition entre conceptions \u201cethniques\u201d et \u201cpolitiques\u201d de la nation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au sein de telles th\u00e9orisations, la nation se pr\u00e9sente comme un pr\u00e9-donn\u00e9, r\u00e9alit\u00e9 \u201chomog\u00e8ne\u201d qui se pose au-dessus des r\u00e9alit\u00e9s historiques et sociales et ne peut admettre ce qui lui est \u00e9tranger, ce qui est ext\u00e9rieur, h\u00e9t\u00e9rodoxe (h\u00e9t\u00e9rodoxie raciale, religieuse, politique). La communaut\u00e9 a un caract\u00e8re d\u2019immutabilit\u00e9, quelles que puissent \u00eatre ses modifications internes. Elle suppose la \u00ab\u00a0solidarit\u00e9\u00a0\u00bb, l\u2019interd\u00e9pendance organique de ses membres, dans des places pr\u00e9-\u00e9tablies. \u00ab\u00a0Toute culture a pour but de produire un type fixe, d\u00e9finitif, immuable qui, sorti de la p\u00e9riode d\u2019\u00e9volution existe r\u00e9ellement et ne puisse \u00eatre autrement qu\u2019il est\u00a0\u00bb, indique Fichte. Et l\u2019id\u00e9ologue corporatiste Charles Brun, admirateur de Proudhon, indique en 1942\u00a0: \u00ab\u00a0Vue profonde [&#8230;] que cette acceptation d\u2019un d\u00e9terminisme, celui de la race et du sol. L\u2019erreur est de tol\u00e9rer que la personne t\u00e2che [&#8230;] \u00e0 se d\u00e9velopper contrairement aux n\u00e9cessit\u00e9s que lui impose son origine, veuille s\u2019affranchir du groupe h\u00e9r\u00e9ditaire naturel \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au sein d\u2019une telle conception, les hommes ne peuvent \u00eatre sujets de leur histoire, l\u2019entit\u00e9 communautaire leur impose des relations organiques et les fige en pseudo-\u00eatres, tenant tout de leur communaut\u00e9 d\u2019identit\u00e9. La nation n\u2019est pas une formation historique en rapport avec la soci\u00e9t\u00e9, un produit de l\u2019histoire et de l\u2019art humain (r\u00e9put\u00e9 \u201cartifice\u201d), elle est \u00ab\u00a0communaut\u00e9 de destin \u00bb, jouet de son propre destin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les conceptions communautaires de la nation impliquent un certain nombre d\u2019oppositions\u00a0: opposition \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 con\u00e7ue en tant qu\u2019\u00e9tat social (construit), au peuple abstrait ou peuple institu\u00e9 capable d\u2019exercer une souverainet\u00e9 effective, aux classes, \u00e0 l\u2019individu agissant et pensant en propre, et par cons\u00e9quent opposition \u00e0 la politique, en tant que forme d\u2019expression et de cadre des rapports sociaux. La logique d\u2019une telle conception interdit toute transformation des rapports sociaux g\u00e9n\u00e9raux, comme toute mise au jour d\u2019un int\u00e9r\u00eat commun historique et sa prise en charge par une classe d\u00e9termin\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9 (autre que celle qui r\u00e8gne et doit r\u00e9gner).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a bien pourtant, au sein de ces conceptions communautaires ou identitaires, manifestation du besoin de surmonter les contradictions sociales effectives, mais c\u2019est au prix de leur n\u00e9gation, seule voie de sauvegarde de l\u2019ordre social existant. La collaboration de classes, pr\u00e9-suppos\u00e9e dans la \u00ab\u00a0communaut\u00e9 de destin\u00a0\u00bb, implique pour le peuple un dessaisissement de la politique. La sauvegarde de l\u2019ordre par la restauration d\u2019une \u00ab\u00a0vie organique\u00a0\u00bb obligatoire, implique en outre (contre l\u2019organisation politique moderne et l\u2019organisation de classe), la division de la communaut\u00e9 en \u00ab\u00a0groupes m\u00e9diocres \u00bb, expression utilis\u00e9e par Proudhon (professions, \u201c\u00e9tats\u201d, localit\u00e9s&#8230;). Contre l\u2019instinct du peuple, qui toujours selon Proudhon, penche pour la \u00ab\u00a0centralisation et la r\u00e9publique indivisible\u00a0\u00bb, se prescrit le f\u00e9d\u00e9ralisme et son corollaire, le supranational, mettant fin au \u00ab\u00a0r\u00e8gne de la place publique\u00a0\u00bb, au d\u00e9bat politique, \u00e0 la repr\u00e9sentation de classe. Dans cet ordre f\u00e9d\u00e9ral (et non plus national) en effet, \u00ab\u00a0l\u2019agitation politique ne peut aboutir qu\u2019\u00e0 un renouvellement de personnel jamais \u00e0 un changement de r\u00e9gime\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut dire de ces conceptions communautaires qu\u2019elles sont \u00ab\u00a0subjectivistes\u00a0\u00bb (ou solipsistes), parce qu\u2019elles con\u00e7oivent le monde \u00e0 partir de la propre subjectivit\u00e9 de leurs \u00e9metteurs, m\u00eame lorsqu\u2019elles font appel \u00e0 la \u201cmat\u00e9rialit\u00e9\u201d de la nature organique, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que par l\u00e0 elles abolissent l\u2019objet social dans un \u201cnaturel\u201d qui n\u2019est pas ce qui constitue la mat\u00e9rialit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 (pas plus d\u2019ailleurs qu\u2019il n\u2019est le \u201cnaturel de la nature\u201d).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les conceptions subjectives-sociales de la nation <\/strong>(5)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre cat\u00e9gorie de repr\u00e9sentations \u201csubjectives\u201d de la nation, non \u201ccommunautaires\u201d ou \u201cidentitaires\u201d, pose la nation comme fait d\u00e9pendant essentiellement des sujets humains. Peu soucieuses des conditions objectives, de telles conceptions sont souvent suffisamment r\u00e9alistes pour ne pas les nier totalement. La nation s\u2019y pr\u00e9sente en des crit\u00e8res sociaux, propres aux hommes en tant que sujets actifs de la soci\u00e9t\u00e9. Pour Renan, <em>volont\u00e9<\/em>, <em>consentement<\/em>, <em>\u00e2me<\/em> (au sens de forme), <em>peuple<\/em>, <em>souverainet\u00e9<\/em>, <em>citoyens<\/em>. Pour Quinet, <em>paysans<\/em>, <em>ouvriers<\/em>, <em>petits-bourgeois<\/em>, <em>peuple<\/em>, <em>int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux<\/em>, <em>fortune publique<\/em>, <em>d\u00e9mocratie<\/em> <em>nouvelle<\/em>, <em>r\u00e9publique<\/em>. Renan, apr\u00e8s avoir lui-m\u00eame \u00e9voqu\u00e9 des \u00ab\u00a0groupes naturels\u00a0\u00bb, refuse ensuite clairement les crit\u00e8res de \u201cnaturalit\u00e9\u201d, et ridiculise la substitution d\u2019une \u00ab objectivit\u00e9 naturaliste \u00bb \u00e0 l\u2019histoire sociale humaine. Et selon Quinet, l\u2019ordre de la nation ne rel\u00e8ve pas de la transcendance, c\u2019est un produit d\u2019\u00eatres sociaux r\u00e9els, une reconnaissance des bases objectives du fait nation pouvant \u00e0 l\u2019occasion \u00eatre propos\u00e9e, Quinet ne lie-t-il pas le d\u00e9veloppement de la nation \u00e0 l\u2019industrie et au refoulement de l\u2019ordre aristocratique au profit de l\u2019ordre r\u00e9publicain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qu\u2019il y a de commun entre ces conceptions \u201csubjectives\u201d et les conceptions \u201ccommunautaires\u201d, tient \u00e0 la pr\u00e9occupation \u00e0 l\u2019\u00e9gard des contradictions sociales et \u00e0 la volont\u00e9 de les surmonter. Mais les r\u00e9ponses diff\u00e8rent. Si Renan veut conserver l\u2019ordre existant, ce n\u2019est pas par une r\u00e9activation de formes d\u00e9pass\u00e9es de groupement. Il pr\u00e9conise un compromis social, fruit d\u2019une \u201cautonomisation\u201d formelle de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9, projet \u201caristocratique\u201d qui ne nie pas la souverainet\u00e9 nationale, pour peu qu\u2019elle ne rel\u00e8ve plus de la comp\u00e9tence des classes qui s\u2019affrontent. Plus r\u00e9aliste, respectueux de la \u00ab force des choses \u00bb, et plus fermement oppos\u00e9 aux formes \u201coriginelles\u201d des groupements humains, Quinet admet la prise en charge de la nation, sa repr\u00e9sentation, par les classes qui peuvent, \u00e0 chaque \u00e9poque, assurer le bien public. L\u2019unit\u00e9 de la nation se fait autour du bien commun, par la subordination des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s. La nation n\u2019est pas li\u00e9e \u00e0 la seule classe bourgeoise, et celle-ci se met \u00ab\u00a0hors la nation \u00bb et \u00ab\u00a0meurt\u00a0\u00bb socialement d\u00e8s lors qu\u2019elle n\u2019assure plus le d\u00e9veloppement du bien public. L\u2019unit\u00e9 envisag\u00e9e suppose ici une lutte entre classes, des alliances concr\u00e8tes propres \u00e0 conf\u00e9rer aux classes respectueuses du bien public, une l\u00e9gitimit\u00e9 dans la prise en charge de la nation (ouvriers, paysans, petits-bourgeois qui \u00ab\u00a0forment le gros de la nation\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Auguste Blanqui d\u00e9veloppe lui aussi une conception \u201csubjective-sociale\u201d de la nation, radicalement \u00e9pur\u00e9e. Les questions pos\u00e9es par le r\u00e9gime social sont au centre de ses pr\u00e9occupations, mais la solution qu\u2019il propose ne r\u00e9side ni dans la r\u00e9gression vers des formes de groupement primaire, ni dans un compromis s\u2019accommodant du r\u00e9gime en place. La nation n\u2019est pas seulement une enveloppe des classes, elle est encore \u00ab\u00a0constitutivement \u00bb \u00e9difi\u00e9e sur la lutte de classes et par elle. \u00ab\u00a0Il y a guerre \u00e0 mort entre les classes qui composent la nation\u00a0\u00bb. Pas d\u2019unit\u00e9 donc, ni de communaut\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eat, mais antagonisme. L\u2019int\u00e9r\u00eat commun, le bien public, l\u2019unit\u00e9, sont, comme chez Robespierre, tout entiers du c\u00f4t\u00e9 des classes laborieuses. \u00ab\u00a0La soci\u00e9t\u00e9 c\u2019est le capital, la nation c\u2019est le travail \u00bb. A cette nation ne peut correspondre qu\u2019une r\u00e9publique sociale, un ordre d\u00e9barrass\u00e9 de l\u2019exploitation du travailleur.\u00a0(6)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019opposition entre la conception de la nation communaut\u00e9 pr\u00e9 donn\u00e9e et celle de la nation sociale, formation historique, faite par les hommes, est li\u00e9e \u00e0 la question de la reconnaissance ou non des classes et de la lutte de classes, opposition entre l\u2019unit\u00e9, comme homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 oblig\u00e9e, et la contradiction sociale comme principe de la nation. Les conceptions sociales de la nation, en ne voyant pas en celle-ci un donn\u00e9 de nature (en fait un \u201cre-construit\u201d), mais un produit de l\u2019activit\u00e9 sociale, li\u00e9e aux rapports sociaux, lui reconnaissent un caract\u00e8re politique, au moins potentiel. Par l\u00e0, elles touchent aux conceptions mat\u00e9rialistes de la nation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les conceptions mat\u00e9rialistes et socio-politiques de la nation<\/strong>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour \u00e9viter tout quiproquo dans l\u2019examen de la conception mat\u00e9rialiste, Bernard Peloille rappelle que mat\u00e9rialisme n\u2019est pas \u201cnaturalisme\u201d ou \u201cg\u00e9nologie\u201d, le sol, la race, le g\u00e8ne, pour ce qui touche au social, \u00e9tant des \u00e9l\u00e9ments d\u2019une mat\u00e9rialit\u00e9 indue. Il en est de m\u00eame pour les crit\u00e8res de langue, de culture, dont Renan relevait bien qu\u2019on les sollicitait parce qu\u2019ils semblaient signes de race, de nature, d\u2019inn\u00e9it\u00e9. Lorsqu\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 un objet social, la mat\u00e9rialit\u00e9 est form\u00e9e par les conditions objectives et subjectives de la vie sociale, et leurs rapports. La nation, m\u00eame au sens kantien, ne peut \u00eatre tenue pour \u201cId\u00e9e\u201d (ou \u00ab\u00a0nation politique\u00a0\u00bb) sans que l\u2019on s\u2019interroge sur ses soubassements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La conception marxiste de la nation s\u2019inscrit dans le cadre d\u2019une conception mat\u00e9rialiste, elle n\u2019est pas sans ant\u00e9c\u00e9dents. On en trouve les lin\u00e9aments dans les id\u00e9es d\u00e9velopp\u00e9es par Necker, dans son ouvrage de 1775, <em>Sur la l\u00e9gislation et le commerce du grain<\/em>, o\u00f9 s\u2019expose en filigrane une conception mat\u00e9rialiste \u201cen situation\u201d, formul\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque m\u00eame du passage en France, d\u2019un r\u00e9gime social et politique, \u00e0 un autre et de la formation du \u201cmarch\u00e9 int\u00e9rieur\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues, le marxisme livre aussi les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une th\u00e9orisation de la nation, au travers d\u2019indications br\u00e8ves, mais \u00e9clairantes de Marx, d\u2019observations formul\u00e9es par L\u00e9nine, et, d\u00e9veloppant de telles indications, dans les textes que Staline a consacr\u00e9 au probl\u00e8me de la nation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La p\u00e9rennit\u00e9 du fait nation dans le capitalisme d\u00e9velopp\u00e9 et dans le socialisme est au c\u0153ur des remarques \u00e9nonc\u00e9es par Marx dans le <em>Manifeste communiste<\/em>. Sans confondre ces remarques avec les observations faites sur <em>patrie<\/em>, notion distincte (\u00ab\u00a0les prol\u00e9taires n\u2019ont pas de patrie\u00a0\u00bb), on peut en premier lieu observer que si Marx indique que le d\u00e9veloppement du capitalisme suppose un \u00ab\u00a0march\u00e9 mondial\u00a0\u00bb, qu\u2019il abaisse \u00ab\u00a0les d\u00e9marcations nationales\u00a0\u00bb, il n\u2019\u00e9nonce pas qu\u2019il supprime la r\u00e9alit\u00e9 du fait nation. Une th\u00e8se importante de Marx est \u00e0 m\u00e9diter, en prenant garde \u00e0 son exacte formulation\u00a0: \u00ab\u00a0Comme le prol\u00e9tariat de chaque pays doit en premier lieu conqu\u00e9rir le pouvoir politique, s\u2019\u00e9riger en classe dirigeante de la nation, devenir lui-m\u00eame la nation, il est encore par l\u00e0 national, quoique nullement au sens bourgeois du mot\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pierre Vilar, rappelle l\u2019auteur, a mis en valeur le sens de cette formulation\u00a0: \u00ab\u00a0a\/\u00a0La nation existe\u00a0; b\/\u00a0c\u2019est un fait politique\u00a0; c\/\u00a0toute classe dominante s\u2019\u00e9rige en classe nationale\u00a0; d\/\u00a0toute classe nationale s\u2019identifie avec la nation ; e\/\u00a0la bourgeoisie l\u2019a fait, le prol\u00e9tariat a vocation pour le faire\u00a0; f\/\u00a0le fait national, suivant la classe qui l\u2019assume, peut changer de sens.\u00a0\u00bb En l\u2019occurrence, \u00e0 l\u2019instauration du r\u00e9gime social du prol\u00e9tariat correspond un avenir de la nation, non sa caducit\u00e9. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une simple survivance que devrait assumer un prol\u00e9tariat r\u00e9aliste, mais de sa propre r\u00e9alisation en tant que force sociale historique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Staline, qui propose une d\u00e9finition g\u00e9n\u00e9rale de la nation (7), recoupe les observations de Marx. Il faut d\u2019abord observer que les crit\u00e8res de d\u00e9finition qu\u2019il propose sont express\u00e9ment oppos\u00e9s tant aux groupements accidentels et solidarit\u00e9s dispers\u00e9es qu\u2019aux crit\u00e8res communautaristes, organiques, identitaires, sol, race, tribu, ethnie, langue et culture (consid\u00e9r\u00e9es isol\u00e9ment ou en tant qu\u2019\u00e9manations d\u2019un pr\u00e9-donn\u00e9 communautaire et non formations historiques). \u00ab\u00a0La nation est une communaut\u00e9 stable, <em>historiquement<\/em> constitu\u00e9e, de langue, de territoire, de vie \u00e9conomique et de <em>formation<\/em> psychique, qui se traduit par la communaut\u00e9 de culture\u00a0\u00bb. [C\u2019est nous qui soulignons]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Communaut\u00e9 a ici le sens de groupement, formation historique de ce qui est commun, non de ce qui est pr\u00e9-donn\u00e9. Les crit\u00e8res, solidaires, se rapportent aux \u00e9l\u00e9ments nodaux\u00a0: \u00ab\u00a0stables\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0historiquement constitu\u00e9s \u00bb, crit\u00e8res eux-m\u00eames historiquement constitu\u00e9s et stables \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019une histoire humaine. Pas d\u2019\u00e9ternit\u00e9, de r\u00e9alit\u00e9 communautaire m\u00e9ta-humaine, la nation est un produit humain dans le temps et dans l\u2019espace, ensemble d\u2019infrastructures et de certaines superstructures. La nation est une \u00ab cat\u00e9gorie historique\u00a0\u00bb, et \u00ab\u00a0d\u2019une \u00e9poque d\u00e9termin\u00e9e, de l\u2019\u00e9poque du capitalisme ascendant\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au prix d\u2019une certaine \u201cparesse\u201d de pens\u00e9e, on peut inf\u00e9rer de cette derni\u00e8re proposition, une liaison exclusive de la nation au capitalisme dans sa phase d\u2019ascension. La formule pourtant indique simplement que la nation se pose \u00e0 une \u00e9poque historique donn\u00e9e comme proc\u00e8s de configuration typique de groupement. \u00ab\u00a0Le processus de liquidation du f\u00e9odalisme et de d\u00e9veloppement du capitalisme est en m\u00eame temps le processus de constitution <em>des<\/em> <em>hommes<\/em> en nation\u00a0\u00bb. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment la formation de la nation est li\u00e9e \u00e0 celle du march\u00e9 int\u00e9rieur. Si la nation ne donne mati\u00e8re \u00e0 cat\u00e9gorie historique que dans l\u2019\u00e9poque consid\u00e9r\u00e9e, qu\u2019elle ne devient ad\u00e9quate \u00e0 son concept, pour user d\u2019une formule h\u00e9g\u00e9lienne, qu\u2019avec le passage du f\u00e9odalisme au capitalisme, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 partir de ce passage, on ne peut en conclure qu\u2019elle est limit\u00e9e au d\u00e9veloppement du r\u00e9gime sous lequel elle appara\u00eet comme telle. La vie des choses ne tient pas tout enti\u00e8re dans leur moment de \u201cformation\u201d. C\u2019est en ce sens que L\u00e9nine, qui lie nation et r\u00e9gime capitaliste en formation, pose, dans <em>la Maladie infantile du communisme<\/em>, la survivance du fait nation \u00ab longtemps apr\u00e8s la victoire du socialisme \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Repr\u00e9sentations sociales de la nation dans le registre commun<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les travaux de Bernard Peloille portent aussi sur les \u201crepr\u00e9sentations communes\u201d contemporaines de la nation. Ses analyses notionnelles, en termes de sch\u00e8mes et de s\u00e9quences, sont extr\u00eamement fines et nous ne pouvons donner ici qu\u2019un aper\u00e7u de leur richesse. Un premier point m\u00e9rite d\u2019\u00eatre signal\u00e9. Contrairement \u00e0 certains usages savants, les champs notionnels des repr\u00e9sentations communes de <em>nation<\/em>, <em>patrie<\/em>, <em>\u00c9tat<\/em> ne se superposent pas, les locuteurs \u201cordinaires\u201d ne confondent ni les notions ni leurs r\u00e9f\u00e9rents. Et si les champs notionnels propres aux diverses cat\u00e9gories (ouvriers, employ\u00e9s, agriculteurs, cadres, etc.) sont distincts, chacun op\u00e8re sur un mode propre la distinction commune entre nation, patrie, \u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les sch\u00e8mes principaux associ\u00e9s aux trois notions (in\u00e9galement r\u00e9partis selon les cat\u00e9gories de locuteurs), sont les suivants\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Nation\u00a0<\/em>: groupement, politique, \u00e9conomie, structure sociale, histoire, espace, identit\u00e9, id\u00e9alit\u00e9 (subjectivit\u00e9), artificiel, d\u00e9passement, nullit\u00e9, rejet, groupements non nationaux (universalit\u00e9 abstraite, groupe relatif et al\u00e9atoire, groupe naturel), groupement d\u00e9lib\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Patrie\u00a0<\/em>: pol\u00e9mologie (se battre, d\u00e9fense militaire, danger, guerre), pass\u00e9, pays, territoire, fronti\u00e8re, terre, propri\u00e9t\u00e9, politique, histoire, structure sociale, identit\u00e9, id\u00e9alit\u00e9, artifice, n\u00e9gativit\u00e9, rejet, cosmopolitisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c9tat<\/em> : politique (pouvoir, gouvernement, r\u00e9publique, \u00e9lection), appareil (structure, administration), g\u00e9rer, diriger, classes, groupement, argent, redistribution, coercition (force), centralisation, ext\u00e9riorit\u00e9, abstraction-id\u00e9e, d\u00e9pass\u00e9, n\u00e9gativit\u00e9, rejet, cosmopolitisme, pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sans nier les structures particuli\u00e8res, li\u00e9es \u00e0 chaque objet (<em>nation<\/em>, <em>patrie<\/em>, <em>\u00c9tat<\/em>), les repr\u00e9sentations des objets particuliers s\u2019int\u00e8grent dans des structures globales de repr\u00e9sentation, qui peuvent se r\u00e9v\u00e9ler diff\u00e9rentes selon les cat\u00e9gories de locuteurs (voir <em>supra<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui a trait aux repr\u00e9sentations communes de la nation, un ensemble de sch\u00e8mes rep\u00e9rables se divise en trois groupes, in\u00e9galement repr\u00e9sent\u00e9s\u00a0: sch\u00e8me groupement\u00a0; sch\u00e8me socio-politique\u00a0; sch\u00e8me identitaire-culturel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le sch\u00e8me \u201cgroupement\u201d constitue un \u00e9l\u00e9ment commun, g\u00e9n\u00e9ral, quantitativement dominant. Il constitue en soi une structure de pens\u00e9e de la nation. Les s\u00e9quences groupements ont en g\u00e9n\u00e9ral un sens autosuffisant. Ce sch\u00e8me est peu diff\u00e9renciateur, il a un sens principalement passif, ses s\u00e9quences ne prennent des r\u00f4les actifs (base, cadre, substrat) qu\u2019\u00e0 la sollicitation d\u2019autres sch\u00e8mes. Les deux autres groupes, en g\u00e9n\u00e9ral exclusifs l\u2019un de l\u2019autre, peuvent \u00eatre qualifi\u00e9s au moyen de leurs contenus dominants\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0<em>groupe socio-politique<\/em> (sch\u00e8mes politique, \u00e9conomie, structure sociale, histoire, espace), groupant les trois-quarts des expressions recueillies.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0<em>groupe identitaire-culturel<\/em> (sch\u00e8mes identit\u00e9, id\u00e9alit\u00e9, artificiel, d\u00e9passement, nullit\u00e9, rejet), expos\u00e9 dans un quart des expressions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La nation\u00a0: Identit\u00e9 et conservation \/ Contradiction et transformation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La diff\u00e9rence entre ces deux groupes de repr\u00e9sentations n\u2019est pas simplement quantitative, il s\u2019agit d\u2019ensembles qualitativement distincts qui n\u2019op\u00e8rent pas de fa\u00e7on identique dans leur relation r\u00e9ciproque et n\u2019entretiennent pas le m\u00eame rapport avec la structure groupement (8). La nation est ainsi pens\u00e9e sur deux modes, mais ce n\u2019est pas la nation qui induit la diff\u00e9renciation de ses repr\u00e9sentations, les repr\u00e9sentations <em>d\u2019\u00c9tat<\/em> et de <em>patrie<\/em>, clairement distingu\u00e9es de celles de <em>nation<\/em>, donnant \u00e0 voir une division analogue des structures de pens\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les modes de pens\u00e9e correspondant \u00e0 chaque groupe structurel diff\u00e8rent dans leur principe et sont d\u2019une in\u00e9gale puissance r\u00e9flexive et heuristique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Les pens\u00e9es relevant d\u2019une structure de type \u201csocio-politique\u201d tendent \u00e0 penser l\u2019unit\u00e9 et la contradiction, l\u2019unit\u00e9 et l\u2019identit\u00e9 des contraires, principes de transformation (double \u00e9nonc\u00e9 du type\u00a0: unit\u00e9 dans la nation de classes antagoniques et refoulement de la domination bourgeoise au profit des \u201cclasses populaires\u201d).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Les pens\u00e9es structur\u00e9es selon le principe \u201cidentitaire-culturel\u201d tendent \u00e0 proc\u00e9der sur un mode binaire. Dans ce mode manich\u00e9en, le d\u00e9passement de la nation r\u00e9sulterait de sa simple suppression, non du d\u00e9veloppement de ses contradictions internes. Une simple n\u00e9gation y fait l\u2019\u0153uvre d\u2019une double n\u00e9gation ou d\u2019un double changement de forme et de position.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux groupes de sch\u00e8mes forment des structures antith\u00e9tiques. Ces structures r\u00e9pliquent, parfois au moyen du m\u00eame vocabulaire, les conceptions savantes. Les unes et les autres gravitent autour de pivots communs\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 culture et id\u00e9alit\u00e9, signes de communaut\u00e9 organique, de l\u2019autre mouvement du r\u00e9gime social et\u00a0 contradictions de classes, facteurs essentiels de la vie du groupement social nation. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, les \u00eatres sont en \u201c\u00e9tats\u201d, de l\u2019autre ils se r\u00e9alisent. Il y a opposition entre l\u2019\u00eatre \u201cappartenant\u201d \u00e0 une \u201cidentit\u00e9\u201d, et l\u2019\u00eatre actif, fondateur et transformateur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le \u201cculturel-identitaire\u201d s\u2019accompagne d\u2019une double dissolution de la nation en groupes primaires ou \u201cm\u00e9diocres\u201d et en formation supranationale, pr\u00e9cipit\u00e9 des visions proudhoniennes et corporatistes, synth\u00e8se d\u2019un supranational \u00e9th\u00e9r\u00e9 et de l\u2019Europe. L\u2019\u00e9pure organique g\u00e9n\u00e9tique, dans la fa\u00e7on \u201cgermanique\u201d, suscite toutefois peu d\u2019\u00e9cho, comme si l\u2019organique, sous la structure identitaire actuelle, ne pouvait se donner qu\u2019en des formes sociales et politiques sur le mode \u201cfran\u00e7ais\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les conceptions formalis\u00e9es des deux si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents et les repr\u00e9sentations actuelles se configurent sur un mod\u00e8le contradictoire \u2014social, politique, et, identitaire, culturel, organique\u00a0\u2014 mod\u00e8le r\u00e9sistant \u00e0 la dur\u00e9e, \u00e0 la diversit\u00e9 des types formels de conception. La persistance des structures de conception de la nation s\u2019observe dans les sch\u00e8mes nodaux mais aussi avec les n\u00e9buleuses constitu\u00e9es par les pens\u00e9es concr\u00e8tes, dont la formation ob\u00e9it \u00e0 une mani\u00e8re de loi de la r\u00e9dint\u00e9gration (9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9manence n\u2019explique pas toutefois la p\u00e9rennit\u00e9 des types de conception de la nation, leur bipolarit\u00e9, leurs unit\u00e9s. Il ne s\u2019agit pas de la captieuse id\u00e9e des \u00ab prisons de longue dur\u00e9e\u00a0\u00bb, ou, si prison il y a, c\u2019est celle du monde objectif, non celle des \u201cmentalit\u00e9s\u201d. La raison du mod\u00e8le de structuration d\u00e9pend du monde, non des id\u00e9es, la persistance des mod\u00e8les repr\u00e9sentatifs n\u2019est que la cons\u00e9quence de celle des objets repr\u00e9sent\u00e9s. Dans les deux types de repr\u00e9sentations actuelles de la nation (comme dans celles de patrie et \u00c9tat) reste pr\u00e9sente la question de la repr\u00e9sentation et de la prise en charge de la nation, de leurs moyens et de leurs formes sociales et politiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Les conceptions \u201corganiques\u201d, la nation proprement subjective, hors sol et en chacun, la culture et la langue comme signes de l\u2019\u00eatre organique et d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 communautaire, rec\u00e8lent les oppositions \u00e0 la nation historiquement d\u00e9termin\u00e9e, construction sociale, n\u00e9cessairement empreinte de social et de politique. Au sein de ces conceptions se fait jour l\u2019opposition \u00e0 la r\u00e9publique, la d\u00e9mocratie politique, antichambres de l\u2019\u00e9mancipation de la \u201cpl\u00e8be\u201d, terrains de tous les exc\u00e8s dont la nation historique est une forme. Alors \u00e9vidage de cette nation, r\u00e9pulsion de la politique, contention de la r\u00e9publique, les vieilles formes supra et infra nationales d\u2019emp\u00eachement et de dissolution de la nation sont de nouveau jet\u00e9es dans l\u2019antinomie irr\u00e9ductible entre oppression et \u00e9mancipation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Les repr\u00e9sentations socio-politiques \u00e0 l\u2019inverse ne valorisent pas le communautaire et le g\u00e9n\u00e9tique, l\u2019immaturit\u00e9 du sujet social. Ni la langue, ni l\u2019id\u00e9e n\u2019y sont signes d\u2019\u00eatre en soi et de consensus organique, d\u2019unit\u00e9 d\u00e9pourvue de contradictions. Les diff\u00e9rences comme forme de l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 organique n\u2019y ont pas leur place, ce qui pr\u00e9vaut ce sont les diff\u00e9renciations sociales, les contradictions de classes. Dans ces conceptions, les formes politiques \u0153uvrent en une double contradiction\u00a0: celle de leur existence, celle de leur n\u00e9gation, question de l\u2019existence m\u00eame de la nation, contradiction d\u2019int\u00e9r\u00eats, de classes, dominants et plus grand nombre, au fondement de l\u2019existence de la nation. Les questions sociales de la prise en charge et de l\u2019incarnation de la nation sont pos\u00e9es comme r\u00e9alisation du sujet r\u00e9el subordonn\u00e9, le peuple, en sujet dominant, sujet national en quelque sorte, r\u00e9alisation de la nation dans les formes ad\u00e9quates de la direction par le peuple de la chose publique, r\u00e9alisation de celle-ci en sa r\u00e9alit\u00e9. L\u00e0 encore, dans ces \u00e9chos des conceptions de Necker, Blanqui, Marx, Quinet, le sujet est pr\u00e9sent, son exercice politique et social d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 est reconnu, en consid\u00e9ration de sa r\u00e9alisation en nation, non en raison de l\u2019appel renanien au sujet, impliquant une r\u00e9alisation de la nation ordre social dans le sujet. Le refoulement renanien de l\u2019exercice d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 du sujet c\u00e8de \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre dans le cadre de la nation. Cette force des choses n\u2019exclut pas la possibilit\u00e9 d\u2019advenir, en n\u00e9cessit\u00e9 de sa r\u00e9alisation jusqu\u2019au bout, comme r\u00e9alisation de classe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Diff\u00e9renciation des configurations repr\u00e9sentatives et division sociale<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019opposition entre deux types de repr\u00e9sentations de la nation, recoupe pour l\u2019essentiel une division sociale. On observe en effet, sans qu\u2019existe une muraille de Chine entre cat\u00e9gories, que la repr\u00e9sentation essentiellement communautaire appara\u00eet exclusivement dans les groupes cadre, professeur, \u00e9tudiant, non chez les employ\u00e9s, ouvriers, petits commer\u00e7ants, petits agriculteurs, qui proposent des repr\u00e9sentations sociales et politiques de la nation. Les deux ensembles sont non seulement homog\u00e8nes, mais aussi \u201cr\u00e9sistants\u201d, ils se retrouvent dans les repr\u00e9sentations de l\u2019\u00c9tat, la patrie, l\u2019Europe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La conception communautaire, identitaire, de la nation, est retour \u00e0 des \u00e9tats ant\u00e9rieurs \u00e0 la forme nation moderne, par rapport \u00e0 l\u2019accession des hommes \u00e0 la qualit\u00e9 de sujets, ou disposant tout au moins de conditions permettant leur institution en sujets capables de ma\u00eetriser leur devenir propre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans De l\u2019Allemagne, Heine observait que l\u2019attrait pour les \u00ab\u00a0tombeaux du pass\u00e9\u00a0\u00bb se faisait jour lors des p\u00e9riodes de fin d\u2019une \u00e9poque, de passage d\u2019un monde \u00e0 un autre, par cons\u00e9quent \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9, quels que puissent \u00eatre les soubresauts de la conjoncture, le progr\u00e8s historique est \u00e0 l\u2019ordre du jour. Il n\u2019est pas alors surprenant que les classes recevant peu de bienfaits du r\u00e9gime existant ne pensent pas la nation en termes de communaut\u00e9 de destin, identit\u00e9 au-dessus des contradictions de classes. Tandis que celles qui retirent de ce r\u00e9gime quelque avantage, ou escomptent des bribes, sont davantage port\u00e9es \u00e0 halluciner un ordre identitaire, capable de refouler les antagonismes sociaux, que cet ordre soit national, transnational, supra-national ou imp\u00e9rial.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Annexe<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut proposer ici quelques indications touchant au fondement de la nation dite \u201cpolitique\u201d, souvent aujourd\u2019hui per\u00e7ue comme simple Id\u00e9e, sans que l\u2019on s\u2019int\u00e9resse au soubassement de la formation de la nation, \u00e0 la question des classes, que Bernard Peloille pose dans sa Th\u00e8se. Le simple constat du caract\u00e8re \u201cpolitique\u201d de la nation, indique-t-il, ne suffit ni \u00e0 \u00e9clairer le concept, ni \u00e0 saisir les fondements de son possible rapport au progr\u00e8s de la soci\u00e9t\u00e9 (ou du moins au maintien de son caract\u00e8re \u201ccivilis\u00e9\u201d). Pour n\u2019\u00eatre pas que simple choix d\u2019opinion, l\u2019analyse ne peut ignorer la d\u00e9termination objective de la formation historique de la nation, celle de son noyau rationnel, \u201cle march\u00e9\u201d, et ce n\u2019est pas en opposant l\u2019\u00e9conomique \u00e0 la communaut\u00e9 politique qu\u2019on parvient \u00e0 \u00e9clairer la consistance tant de l\u2019Id\u00e9e que du fait nation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le march\u00e9 est l\u2019axe objectif de la formation du fait nation. Les \u00e9changes entre producteurs marchands constituent la forme rationnelle \u00e9l\u00e9mentaire de la nation marchande\u00a0; les \u00e9changes entre capitalistes et prol\u00e9taires sont au principe de la nation march\u00e9\u00a0; la seconde provient de la premi\u00e8re et la subsume. Cet \u00e9change constitue la destruction la plus radicale des formes communautaires, il est l\u2019initiateur objectif de l\u2019individuation, de l\u2019objectivation et de la repr\u00e9sentation abstraite du rapport imm\u00e9diat, il supporte le principe de la mobilit\u00e9, celui de l\u2019indiff\u00e9renciation ou \u00e9quivalence des \u00eatres au regard de la soci\u00e9t\u00e9, de leur interchangeabilit\u00e9, de leur \u00e9galit\u00e9, de leur l\u00e9gitimit\u00e9 et de leur capacit\u00e9 souveraine. En cela les groupements humains peuvent devenir nation, nation politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La soci\u00e9t\u00e9 capitaliste fournit \u00e0 la politique les conditions de sa puissanciation et de son extension, et fait de la conscience n\u00e9cessaire, tout \u00e0 la fois un pr\u00e9alable et un r\u00e9sultat de la vie politique. Dans ce m\u00eame mouvement toutefois le r\u00e9gime marchand capitaliste entrave aussi l\u2019accession \u00e0 la vie politique consciente, en opacifiant les rapports r\u00e9els (notamment, effacement des m\u00e9diations \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la r\u00e9ification marchande simple), en reconstituant des formes potentiellement communautaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si toute nation march\u00e9 rec\u00e8le objectivement la raison de son caract\u00e8re politique et que la politique est sa forme d\u00e9velopp\u00e9e d\u2019existence, on ne peut dire que toutes les nations constitu\u00e9es prennent \u00e9galement une forme politique. Certaines demeurent coul\u00e9es dans des formes communautaires, formes d\u2019inach\u00e8vement ou hybrides. En la mati\u00e8re possibilit\u00e9 et r\u00e9alisation diff\u00e8rent. Comme toute chose, la nation ne d\u00e9veloppe pleinement sa forme politique que dans certaines conditions internes et externes. A cet \u00e9gard la conjoncture de l\u2019Ancien R\u00e9gime et de la R\u00e9volution en France se pr\u00e9sente tout \u00e0 la fois comme exemplaire et exceptionnelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La question de la relation entre nation politique et progr\u00e8s historique est \u00e0 consid\u00e9rer aussi sur la base des d\u00e9terminations objectives. Consid\u00e9rant la nation march\u00e9 (elle m\u00eame progr\u00e8s historique au regard de la nation marchande et plus encore des mondes communautaires), il faut envisager le march\u00e9 non seulement comme g\u00e9n\u00e9ralisation des \u00e9changes entre producteurs marchands et capitalistes, mais surtout, avec Marx lui-m\u00eame, comprendre le plein d\u00e9veloppement du march\u00e9, comme reposant sur l\u2019\u00e9change sp\u00e9cial entre propri\u00e9taire des moyens de production et vendeur de force de travail. La nation march\u00e9 repose sur cette contradiction, cadre historiquement constitu\u00e9 et d\u00e9limit\u00e9, non de \u201cl\u2019\u00e9conomie\u201d en g\u00e9n\u00e9ral, non des seuls \u00e9changes entre capitalistes, mais de l\u2019existence d\u2019une contradiction globale sociale, politique, id\u00e9ologique. Le d\u00e9passement social de la contradiction concr\u00e8te qui unit capitaliste et travailleur, existant dans des formes donn\u00e9es par l\u2019histoire, dont la nation, est la condition n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9alisation concomitante de la nation. Et cette r\u00e9alisation n\u2019est possible que si la nation s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e en sa forme politique. Telles sont les raisons de la th\u00e8se du Manifeste communiste. Toute l\u2019existence de la nation implique le prol\u00e9tariat, parce qu\u2019\u00e0 l\u2019origine la nation march\u00e9 suppose celui-ci. Et l\u2019ach\u00e8vement de la nation suppose la r\u00e9alisation des int\u00e9r\u00eats sociaux historiques du prol\u00e9tariat, pour toute la soci\u00e9t\u00e9. Si les choses ne se passent pas ainsi dans l\u2019ordre de l\u2019histoire conjoncture, cela montre seulement que la r\u00e9gression et l\u2019imposition de formes ante-nationales ne sont pas choses impossibles au sein du processus historique d\u2019ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>NOTES<\/strong><br \/>\n(1) Bernard Peloille, <em>Les repr\u00e9sentations sociales de la nation en France. \u00c9tude de la forme politique de la nation<\/em>, Th\u00e8se pour le Doctorat (d\u2019\u00c9tat) \u00e8s Lettres et Sciences humaines, Universit\u00e9 de Paris VII, Paris, 1989\u00a0; <em>De la Nation et de sa prise en charge, et de sa d\u00e9prise. D\u2019une r\u00e9volution l\u2019autre<\/em>, Inclinaison, 2016. Voir aussi \u00ab\u00a0Retour \u00e0 une sociologie de la nation fran\u00e7aise\u00a0<em>\u00bb, Cahiers internationaux de sociologie<\/em>, vol.\u00a0LXXV, 1983\u00a0; \u00ab\u00a0Vocabulaire des notions nation, \u00c9tat, patrie\u00a0\u00bb, <em>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/em>, vol.\u00a033, n\u00b0\u00a01, 1983\u00a0;\u00a0\u00ab\u00a0Nation politique et progr\u00e8s historique\u00a0\u00bb, <em>Les nouveaux espaces politiques<\/em>, L\u2019Harmattan, 1995.<br \/>\n(2) Les repr\u00e9sentations de la nation ont toutefois un m\u00eame objet, ou tout au moins un objet r\u00e9f\u00e9rent commun, et, nonobstant leurs diff\u00e9rences ou oppositions, elles peuvent trouver un point d\u2019intersection (id\u00e9e de groupement).<br \/>\n(3) Pour support de l\u2019analyse, sont requis des auteurs tels que Proudhon, Otto Bauer, les id\u00e9ologues corporatistes fran\u00e7ais.<br \/>\nLa conception de Blanqui int\u00e8gre aussi l\u2019histoire concr\u00e8te et la tactique. Reconnaissant le r\u00f4le des classes bourgeoises dans la formation des nations, car concevant la nation en tant que cat\u00e9gorie historique, il pose qu\u2019\u00e0 la mi-temps du XIXe\u00a0si\u00e8cle, cette formation n\u2019est plus une question concr\u00e8te pour la France, celle-ci \u00e9tant \u00ab\u00a0bien loin en avant du reste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb. Par cons\u00e9quent la nation en France n\u2019est plus une question de la r\u00e9volution bourgeoise, mais de la r\u00e9volution socialiste, comme forme n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9volution socialiste. Au cours de la guerre de 1870, il peut, sans incoh\u00e9rence, appeler \u00e0 la formation d\u2019un \u00ab front uni\u00a0\u00bb contre l\u2019invasion, comme pi\u00e8ce dans une r\u00e9volution sociale qu\u2019il ne perd pas de vue.<br \/>\n(4) Ainsi pour Proudhon, \u00ab\u00a0[la nation] fait partie des classements de l\u2019humanit\u00e9 en groupes et sous-groupes selon leurs races, leurs langues, leurs m\u0153urs et leurs climats\u00a0\u00bb. Pour Otto Bauer, la nation est \u00ab\u00a0communaut\u00e9 de nature\u00a0\u00bb, les \u00ab g\u00e8nes \u00bb forment son puissant substrat, auquel s\u2019ajoutent le \u00ab\u00a0plasma germinatif \u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9\u00a0\u00bb, la s\u00e9lection naturelle.<br \/>\n(5) Parmi les auteurs consid\u00e9r\u00e9s, Renan, Edgar Quinet, Auguste Blanqui.<br \/>\n(6) La conception de Blanqui int\u00e8gre aussi l\u2019histoire concr\u00e8te et la tactique. Reconnaissant le r\u00f4le des classes bourgeoises dans la formation des nations, car concevant la nation en tant que cat\u00e9gorie historique, il pose qu\u2019\u00e0 la mi-temps du XIXe\u00a0si\u00e8cle, cette formation n\u2019est plus une question concr\u00e8te pour la France, celle-ci \u00e9tant \u00ab\u00a0bien loin en avant du reste de l\u2019Europe\u00a0\u00bb. Par cons\u00e9quent la nation en France n\u2019est plus une question de la r\u00e9volution bourgeoise, mais de la r\u00e9volution socialiste, comme forme n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9volution socialiste. Au cours de la guerre de 1870, il peut, sans incoh\u00e9rence, appeler \u00e0 la formation d\u2019un \u00ab front uni\u00a0\u00bb contre l\u2019invasion, comme pi\u00e8ce dans une r\u00e9volution sociale qu\u2019il ne perd pas de vue.<br \/>\n(7) Voir <em>Le marxisme et la question nationale<\/em>.<br \/>\n(8) La structure socio-politique existe ind\u00e9pendamment de l\u2019ensemble identitaire-culturel. En revanche, les sch\u00e8mes du groupe identitaire-culturel posent leur existence dans une relation aux sch\u00e8mes socio-politiques, v\u00e9hiculant dans plus de la moiti\u00e9 des cas une n\u00e9gation de ces sch\u00e8mes. Ces n\u00e9gations portent sur les sch\u00e8mes groupement, politique, \u00e9conomie, structure sociale, histoire, espace. Pour sa part, la structure socio-politique n\u2019est pas, en elle-m\u00eame, porteuse de valeur n\u00e9gative, ses valeurs n\u00e9gatives apparaissent au regard de la structure identitaire-culturelle.<br \/>\nAinsi, les deux structures ne s\u2019unissent pas en association simple. La structure identitaire-culturelle mod\u00e8le les \u00e9l\u00e9ments de la structure socio-politique en une forme diff\u00e9rente de leur forme propre, m\u00e9tamorphose n\u2019exposant pas quelque chose des sch\u00e8mes socio-politiques, mais l\u2019existence propre de la structure identitaire-culturelle. Lorsqu\u2019ils sont en relation avec la structure identitaire-culturelle, les sch\u00e8mes socio-politiques se pr\u00e9sentent comme forme de n\u00e9gation de la politique, d\u00e9pourvue de poids propre, transformant le contenu de la structure socio-politique. (En effet, si dans les sch\u00e8mes politiques il y a importante int\u00e9gration des cat\u00e9gories r\u00e9publique et plus encore R\u00e9volution fran\u00e7aise participant au sch\u00e8me histoire, dans la relation entre structure identitaire-culturelle et sch\u00e8mes politique et histoire, r\u00e9publique ne repr\u00e9sente qu\u2019un cinqui\u00e8me du sch\u00e8me politique non n\u00e9gatif, et la cat\u00e9gorie R\u00e9volution fran\u00e7aise ne compte que pour un cinqui\u00e8me des sch\u00e8mes histoire positifs).<br \/>\nUn trait constitutif du contenu propre des formes identitaires-culturelles appara\u00eet. Deux tiers des sch\u00e8mes \u201cautres groupements\u201d ou \u201cgroupements non nationaux\u201d (cosmos, terre, biotope, ethnie, famille) s\u2019agr\u00e8gent aux ensembles identitaires-culturels, ensembles se pr\u00e9sentant tendanciellement comme structure sp\u00e9ciale d\u2019expression des sch\u00e8mes d\u2019opposition non nationaux \u00e0 la nation.<br \/>\n(9) Ainsi, les id\u00e9es de pr\u00e9valence du peuple, d\u2019\u00e9mancipation du peuple, de groupement tout \u00e0 la fois unitaire et contradictoire, les id\u00e9es de r\u00e9publique, de r\u00e9gime (du nombre) pour le bien commun, peuvent \u00eatre inscrits dans une lign\u00e9e qui ne prolonge, ni n\u2019introduit les id\u00e9es de culture, de caract\u00e8re id\u00e9el de la nation, de groupe primaire, de race ou de langue, de formes infra ou supra nationales. De la m\u00eame fa\u00e7on, tout se passe comme si identit\u00e9, culture, id\u00e9alit\u00e9 ou Europe \u00e9taient les maillons d\u2019une cha\u00eene n\u00e9cessaire, o\u00f9 les points d\u2019une constellation venant plus ou moins au jour par la sollicitation de l\u2019un quelconque de ses \u00e9l\u00e9ments. Dans l\u2019ensemble [culture, n\u00e9gation du territoire, mythologie, artificiel, consensus, n\u00e9gation de politique, Europe], appeler une id\u00e9e c\u2019est faire surgir la cha\u00eene enti\u00e8re.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Repr\u00e9sentations de la nation et classes sociales]\u00a0 ** L\u2019int\u00e9r\u00eat des travaux que Bernard Peloille a consacr\u00e9 \u00e0 la nation et aux repr\u00e9sentations sociales de la nation\u00a0(1), tient en ce que, n\u2019isolant pas la nation de tout substrat \u00e9conomique et social, il prend en compte les relations entre formation, persistance et devenir de la nation, et, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[98,56,270],"class_list":["post-883","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cours","tag-classes","tag-nation","tag-representation"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/883","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=883"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/883\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":884,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/883\/revisions\/884"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=883"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=883"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=883"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}