{"id":880,"date":"2018-02-13T14:53:20","date_gmt":"2018-02-13T13:53:20","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=880"},"modified":"2018-02-13T14:53:20","modified_gmt":"2018-02-13T13:53:20","slug":"2-cite-citoyen","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=880","title":{"rendered":"2. Cit\u00e9, citoyen"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Comme l\u2019indiquait d\u00e9j\u00e0 au XIXe si\u00e8cle le <em>Dictionnaire de la politique<\/em> de Maurice Block (1), le terme <em>Cit\u00e9<\/em>, dans le langage courant, peut \u00eatre pris comme synonyme de ville, voire de \u201cquartier\u201d. Si l\u2019on restitue certaines r\u00e9sonances historiques de la notion, le terme a pu d\u00e9signer des zones d\u2019habitat ou de transit (cit\u00e9 dortoir, cit\u00e9 d\u2019urgence), cat\u00e9gories de <em>lieux<\/em> o\u00f9 fait d\u00e9faut l\u2019\u00e9l\u00e9ment de lien politique qui caract\u00e9risait les Cit\u00e9s antiques. La g\u00e9n\u00e9alogie de telles acceptions peut sans doute \u00eatre rapport\u00e9e \u00e0 l\u2019expression de <em>cit\u00e9 ouvri\u00e8re<\/em>, forg\u00e9e sous le second Empire, qui visait tout \u00e0 la fois \u00e0 moraliser et mettre \u00e0 l\u2019\u00e9cart de la grande Cit\u00e9 politique, les populations turbulentes, les regroupant au mieux selon un principe de type \u201ccommunautaire\u201d. Ainsi la cit\u00e9 Napol\u00e9on III \u00e0 Lille ou le Familist\u00e8re de Guise, dont on pouvait, selon Jules Simon, rapporter le type \u00e0 la forme caserne ou couvent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un glissement de sens inverse, consiste \u00e0 superposer les notions de Cit\u00e9 et \u201ccitoyennet\u00e9\u201d antiques et celles de Cit\u00e9 politique moderne, devenue au XIXe si\u00e8cle plus ou moins \u00e9quivalente de R\u00e9publique, \u00c9tat, au sens de l\u2019ensemble du corps politique d\u2019un pays, et qui impliquent \u00e0 terme un acc\u00e8s \u00e9galitaire au statut de citoyen. <em>Citoyen<\/em> devenant lui-m\u00eame l\u2019\u00e9l\u00e9ment constituant de la <em>R\u00e9publique<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Permanences et \u00e9volution du sens du mot Cit\u00e9 et du droit de cit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019acception antique, la Cit\u00e9 peut d\u00e9signer une communaut\u00e9 de nature politique, un groupement d\u2019hommes s\u2019organisant selon leurs propres lois, voire se soumettant aux m\u00eames coutumes et traditions. La Cit\u00e9, unit\u00e9 politique, est l\u2019ensemble des citoyens et des institutions qu\u2019ils se sont donn\u00e9es, alors que la ville se d\u00e9finit surtout par l\u2019assemblage des habitations, \u00e9difices, voies de communication, etc. Bien que souvent ville et Cit\u00e9 puissent concerner une m\u00eame population, la Cit\u00e9 politique (en tant que concept abstrait) peut exister sans ville proprement dite, regroupement de quelques bourgs, elle peut aussi inclure un ensemble de territoires (villes et campagnes). Sous Tib\u00e8re, il y avait soixante-quatre cit\u00e9s dans les Gaules, et lors de l\u2019invasion des Francs on d\u00e9nombrait cent cinquante villes municipales nomm\u00e9es cit\u00e9s. Au sein de l\u2019Empire d\u2019Occident, apr\u00e8s Th\u00e9odose, l\u2019organisation politique comportait des divisions en pr\u00e9fectures, dioc\u00e8ses, provinces, et enfin Cit\u00e9s avec leurs arrondissements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les <em>citoyens<\/em> \u00e9taient ceux qui jouissaient du \u201cdroit de cit\u00e9\u201d, ce qui supposait au pr\u00e9alable qu\u2019existe une Cit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire une structuration d\u2019ordre politique, non une simple agr\u00e9gation d\u2019hommes. Le droit de cit\u00e9 \u00e9tait le droit d\u2019exercer des pr\u00e9rogatives reconnues par la constitution, que les citoyens tiennent ce droit par leur naissance, par naturalisation ou toute autre condition reconnue par les lois en vigueur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on reste dans une g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, qui ne tient pas compte des \u00e9volutions dans le temps et des cas particuliers, le statut de citoyen n\u2019\u00e9tait pas conf\u00e9r\u00e9 dans l\u2019Antiquit\u00e9 \u00e0 tous les habitants, ceux-ci se divisant en deux groupes principaux, les esclaves et les hommes libres qui seuls pouvaient pr\u00e9tendre au titre de citoyen. Chez les Grecs, le droit de cit\u00e9 pouvait conf\u00e9rer le droit de poss\u00e9der la terre, contracter un mariage l\u00e9gitime, participer au culte public, compara\u00eetre en justice. Les attributions politiques \u00e9taient variables selon les r\u00e9gimes et les \u00e9poques. A Sparte, il fallait pour jouir pleinement des droits politiques appartenir \u00e0 l\u2019aristocratie des \u00c9gaux, poss\u00e9der une fortune suffisante et payer une quote-part des repas publics. Les \u00e9trangers n\u2019\u00e9taient pas citoyens, mais les ilotes pouvaient le devenir, s\u2019ils avaient rendu des services \u00e0 la Cit\u00e9. A Ath\u00e8nes, il fallait par la naissance, \u00eatre issu de citoyens et inscrit dans un <em>d\u00e8me<\/em>. Les esclaves, les \u00e9trangers et les serfs de la gl\u00e8be \u00e9taient exclus. Certains \u00e9trangers pouvaient obtenir un droit de cit\u00e9 (limit\u00e9 souvent aux droits civils), par d\u00e9cret ou vote du peuple, par convention avec d\u2019autres \u00c9tats (notamment ceux qui exer\u00e7aient un m\u00e9tier ou rendaient d\u2019\u00e9minents services \u00e0 la collectivit\u00e9). Les citoyens pouvaient \u00eatre priv\u00e9s d\u2019une partie ou de la totalit\u00e9 de leurs droits, par d\u00e9cret.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Romains conf\u00e9reront une grande importance au \u201cdroit de cit\u00e9\u201d, \u00e0 la qualit\u00e9 de citoyen. Les pr\u00e9rogatives du citoyen comprenaient des droits politiques (vote aux comices, droit d\u2019\u00eatre appel\u00e9 \u00e0 la magistrature), certains privil\u00e8ges, \u00eatre exempt\u00e9 de peines d\u00e9shonorantes, droit d\u2019en appeler au peuple en cas de peine capitale. Ces pr\u00e9rogatives portaient aussi sur les droits civils (mariage, droit d\u2019intenter des actions en justice, droit de propri\u00e9t\u00e9, d\u2019h\u00e9ritage, de libert\u00e9 personnelle, de servir dans les l\u00e9gions&#8230;), capacit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale dans tous ses actes de la vie civile, qui prenaient souvent le caract\u00e8re d\u2019actes publics (le testament et l\u2019adoption par exemple s\u2019instituant par l\u2019intervention du peuple rassembl\u00e9 et au moyen de lois). Les droits de citoyen s\u2019acqu\u00e9raient par la naissance (\u00eatre n\u00e9 de citoyens), par concession du droit de cit\u00e9, ou affranchissement. Le droit de cit\u00e9 se perdait par certaines condamnations mais aussi lorsqu\u2019on \u00e9tait admis comme citoyen dans une cit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re. A l\u2019origine, seuls les patriciens pouvaient \u00eatre citoyens, les pl\u00e9b\u00e9iens ne b\u00e9n\u00e9ficiant que peu \u00e0 peu des diverses pr\u00e9rogatives citoyennes. Dans les premiers temps il n\u2019y avait pas non plus de citoyens en dehors de Rome, la citoyennet\u00e9 fut ensuite accord\u00e9e pour services rendus \u00e0 la r\u00e9publique, et apr\u00e8s une lutte sociale d\u2019envergure, le droit de cit\u00e9 fut appliqu\u00e9 \u00e0 toute l\u2019Italie, puis \u00e0 la Gaule. A mesure que l\u2019Empire gagnait en extension, des droits diff\u00e9rents furent conf\u00e9r\u00e9s aux diff\u00e9rents peuples sous domination imp\u00e9riale (lois et privil\u00e8ges vari\u00e9s), mais avec l\u2019extension des principes romains de civilisation mat\u00e9rielle et juridique, le\u00a0 droit de cit\u00e9 fut peu \u00e0 peu \u00e9tendu \u00e0 tous les sujets de l\u2019Empire, bien qu\u2019une partie des pr\u00e9rogatives li\u00e9es \u00e0 ce droit (notamment inviolabilit\u00e9) aient alors d\u00e9p\u00e9ri.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Conditions d\u2019existence du citoyen<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019existence d\u2019une Cit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un groupement d\u2019hommes r\u00e9unis par un lien politique, est indispensable pour qu&rsquo;on puisse parler de citoyen (et de \u00ab\u00a0citoyennet\u00e9\u00a0\u00bb). Au sens moderne, et en partie aussi au sens ancien moyennant une modification d\u2019\u00e9chelle, le citoyen est en effet celui qui est membre actif d\u2019une Cit\u00e9, jouit de tous les droits politiques et participe \u00e0 la puissance souveraine. En tant que citoyen, il se prononce sur tout ce qui touche au bien commun de la Cit\u00e9, \u00e0 la chose publique, aux affaires g\u00e9n\u00e9rales, et non priv\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019essence souveraine et \u00e9galitaire du mot <em>citoyen<\/em> est propre \u00e0 la conception moderne. Toujours pour rester dans la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, les citoyens modernes sont membres \u00e0 part \u00e9gale du Souverain, dans une r\u00e9publique souveraine. Au sens moderne, il n\u2019y avait pas ainsi de v\u00e9ritables citoyens \u00e0 Gand, non souveraine, ni \u00e0 Venise dans la mesure o\u00f9 la souverainet\u00e9 \u00e9tait le privil\u00e8ge des patriciens. En France, dans les anciennes cit\u00e9s ou les bourgs f\u00e9odaux, m\u00eame affranchis, le caract\u00e8re d\u2019ind\u00e9pendance et de pleine souverainet\u00e9 manquait. Quant \u00e0 la qualit\u00e9 de citoyen, elle fut longtemps ind\u00e9pendante de celle de Fran\u00e7ais, la pl\u00e9nitude des droits civiques et politiques \u00e9tant exerc\u00e9e par un nombre restreint, tandis qu\u2019un certain nombre de droits civils \u00e9taient communs \u00e0 tous les Fran\u00e7ais. Dans les villes bourgeoises, les droits se limitaient au droit de bourgeoisie et aux bourgeois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A noter qu\u2019en Allemagne, dans le vocabulaire, la cit\u00e9 ne pouvait pas toujours \u00eatre clairement distingu\u00e9e de la ville (<em>Stadt<\/em>), ni le droit de cit\u00e9 du droit de bourgeoisie (<em>B\u00fcrgerrecht<\/em>), le citoyen se confondant avec le bourgeois ou le bourgeois d\u2019\u00c9tat (<em>Staatsb\u00fcrger<\/em>). Les habitants d\u2019un territoire \u00e9tant alors ou des bourgeois ou de simples ressortissants sous subordination et\/ou protection des lois (<em>Schutzgenossen<\/em>).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Cit\u00e9 et citoyen, le noyau essentiel<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La philosophie politique classique, diff\u00e9rant en cela du discours moderne sur la \u201ccitoyennet\u00e9\u201d, ne postule pas l\u2019existence de citoyens si font d\u00e9faut les conditions d\u2019existence d\u2019une <strong>Cit\u00e9 politique<\/strong> (une Cit\u00e9 sans citoyens n\u2019\u00e9tant pas davantage concevable).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Aristote, la Cit\u00e9 se d\u00e9veloppe d\u2019abord comme \u00eatre naturel, en fonction d\u2019un substrat \u201cmat\u00e9riel\u201d, ses \u201cparties \u00e9l\u00e9mentaires\u201d se formant avant les parties ultimes (lois, gouvernement). Un peu \u00e0 l\u2019image de la formation concr\u00e8te de la nation, une construction politique s\u2019\u00e9rige sur la base \u201cnaturelle\u201d de la Cit\u00e9, en conformit\u00e9 avec sa \u201cnature\u201d propre. Autrement dit, la Cit\u00e9 est tout \u00e0 la fois \u201cmati\u00e8re\u201d et \u201cforme\u201d, et la \u201cforme\u201d doit convenir \u00e0 la mati\u00e8re mise en forme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Cit\u00e9 est \u201cnaturelle\u201d en ce sens qu\u2019elle est naturelle \u00e0 l\u2019homme, forme d\u2019association qui convient \u00e0 la pleine r\u00e9alisation de l\u2019\u00eatre humain. La Cit\u00e9 n\u2019est pas pour autant \u201coriginelle\u201d,\u00a0 elle est le produit d\u2019un d\u00e9veloppement historique, les communaut\u00e9s de foyers, les villages, ont constitu\u00e9 les premiers \u00e9l\u00e9ments de son d\u00e9veloppement, quoique la <em>forme<\/em> Cit\u00e9 ne co\u00efncide nullement avec leurs formes et leur finalit\u00e9 propres. C\u2019est la communaut\u00e9 de r\u00e9gime politique (constitution, lois) entre les citoyens, structure unifiante, qui \u201cdonne forme\u201d \u00e0 la mati\u00e8re, donne les conditions de l\u2019existence de la Cit\u00e9, conform\u00e9ment \u00e0 sa finalit\u00e9 qui constitue sa \u201cnature\u201d. Pour qu\u2019il y ait cit\u00e9, il faut en cons\u00e9quence que soient assur\u00e9s la conservation et le bien-\u00eatre commun qui constituent sa finalit\u00e9, sinon c\u2019est abusivement que l\u2019on nomme Cit\u00e9 une quelconque agr\u00e9gation humaine. La Cit\u00e9 existe en vue d\u2019elle-m\u00eame, vaut par elle-m\u00eame, non par autre chose qu\u2019elle-m\u00eame, son bien est co\u00efncidence \u00e0 soi, tendance \u00e0 \u00eatre soi-m\u00eame. Le tout est la raison d\u2019\u00eatre des parties, les soci\u00e9t\u00e9s domestiques et les individus sont subordonn\u00e9s au tout, distincts par leur puissance et leurs fonctions, inutiles si on les d\u00e9sassemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mati\u00e8re constituante d\u2019une Cit\u00e9, ce sont les citoyens. Mais sa \u201cbase mat\u00e9rielle\u201d, pour \u00eatre coh\u00e9rente avec la forme, suppose une auto suffisance relative, par la combinaison des activit\u00e9s \u00e9conomiques mises en \u0153uvre par les hommes relevant de l\u2019ensemble politique constitu\u00e9, activit\u00e9s qui s\u2019\u00e9changent afin de satisfaire les besoins des citoyens et de la Cit\u00e9. Il existe ainsi, toujours selon Aristote, des \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessairement communs d\u2019existence, subsistances, sol, produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, vivres, arts et m\u00e9tiers, armes, num\u00e9raire, ministres, tribunaux, et de qu\u2019on pourrait nommer des \u201cinfrastructures\u201d publiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cit\u00e9 pleinement form\u00e9e est la cit\u00e9 politiquement organis\u00e9e, devenue consciente d\u2019elle-m\u00eame, la politique peut alors devenir ce qui d\u00e9pend de la volont\u00e9 des hommes, non de mouvements involontaires (tels ceux qui r\u00e9gissent le mouvement des astres). Les fondements premiers du principe de souverainet\u00e9 politique se trouvent ici pos\u00e9s, au regard de la \u201cforme\u201d mais aussi de la \u201cbase mat\u00e9rielle\u201d de la Cit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cit\u00e9 est un groupement d\u2019hommes unis par une fin commune, \u201cle souverain bien\u201d, le bien vivre ensemble, et li\u00e9s par une relation d\u2019amiti\u00e9, unit\u00e9 d\u2019une pluralit\u00e9\u00a0 <em>en relation avec la finalit\u00e9 commune<\/em>.\u00a0 Il existe un domaine propre aux affaires de l\u2019ensemble de la cit\u00e9, une vie politique qui d\u00e9passe les affaires propres aux familles ou aux groupements \u201ccommunautaires\u201d. La capacit\u00e9 des citoyens \u00e0 jouer un r\u00f4le dans la Cit\u00e9 d\u00e9pend des fins poursuivies. La Cit\u00e9 est espace public o\u00f9 se d\u00e9limitent des lois publiques, sup\u00e9rieures \u00e0 toute loi priv\u00e9e, particuli\u00e8re. Le champ politique a une vis\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, il embrasse toutes les activit\u00e9s et pratiques communes, subordonnant les privil\u00e8ges de personnes et de groupes. Les r\u00e9gimes politiques l\u00e9gitimes, ceux qui correspondent \u00e0 l\u2019essence du politique, ont pour objet ce qui est destin\u00e9 au public. Il y a usurpation du pouvoir politique quand le pouvoir est exerc\u00e9 pour soi ou pour quelques-uns et non pour ce qui est commun \u00e0 tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une telle conception de la forme Cit\u00e9 d\u00e9limite aussi ce qu\u2019est un citoyen. Ce n\u2019est pas le fait d\u2019habiter dans la Cit\u00e9 qui constitue le citoyen, ni sa qualit\u00e9 de justiciable qui rel\u00e8ve de rapports priv\u00e9s. La qualit\u00e9 caract\u00e9ristique du citoyen est dans une participation \u00e0 l\u2019exercice de la puissance publique. Et le citoyen, en tant qu\u2019il participe du pouvoir et des institutions de la Cit\u00e9, se d\u00e9termine par rapport aux <em>affaires g\u00e9n\u00e9rales<\/em>, non par rapport \u00e0 ses affaires domestiques\u00a0 qui rel\u00e8vent de son domaine propre. M\u00eame si le contenu du concept de citoyen d\u00e9pend de la constitution, du r\u00e9gime, la vertu du citoyen se rapporte \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat commun, il se prononce sur les int\u00e9r\u00eats majeurs de la Cit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une m\u00eame d\u00e9finition du champ d\u2019intervention du citoyen peut \u00eatre retrouv\u00e9e chez Jean Bodin, qui indique que, \u00ab\u00a0quand le chef de famille vient \u00e0 sortir de sa maison\u00a0\u00bb pour traiter avec les autres \u00ab\u00a0de ce qui leur touche \u00e0 tous en g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb, il \u00ab\u00a0se d\u00e9pouille du titre de ma\u00eetre, seigneur, chef de famille, pour \u00eatre compagnon, pair, associ\u00e9 avec les autres, laissant sa famille pour entrer en la Cit\u00e9 et les affaires domestiques pour traiter les publiques, et au lieu du seigneur il s\u2019appelle citoyen\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bodin note que Cit\u00e9 est un mot de droit \u00ab\u00a0qui ne signifie point un lieu ni une place\u00a0\u00bb, le citoyen livr\u00e9 aux ennemis ne perdant pas en cons\u00e9quence sa participation \u00e0 la vie de la Cit\u00e9. Il ne la perd que dans le cas o\u00f9 il requiert des \u201clettres de naturalit\u00e9\u201d aupr\u00e8s d\u2019un autre souverain, renon\u00e7ant alors \u00e0 ses droits de citoyen. Car ce qui fait le citoyen n\u2019est pas, dans son essence, \u201cl\u2019origine\u201d \u2014 m\u00eame si celle-ci permet d\u2019acc\u00e9der directement au statut de citoyen\u00a0\u2014, mais la reconnaissance de la souverainet\u00e9 d\u2019un Souverain, et corr\u00e9lativement de la protection du Souverain envers lui. L\u2019\u00e9tranger, dans ce cadre conceptuel, signifie sujet d\u2019un autre Souverain. L\u2019\u00e9tranger peut obtenir des \u201clettres de naturalit\u00e9\u201d et devenir citoyen, notamment pour services rendu, s\u2019il reste un certain temps sur le territoire, mais il perd ses droits s\u2019il se retire du royaume, fait all\u00e9geance \u00e0 un autre souverain, ou fait des actes contraires aux lois de la Cit\u00e9. Les \u00e9trangers peuvent aussi avoir le statut d\u2019alli\u00e9s, sous protection du souverain, mais sans suj\u00e9tion \u00e0 son \u00e9gard. L\u2019\u00e9tranger n\u2019est pas en soi un ennemi, l\u2019ennemi \u00e9tant celui qui, natif ou \u00e9tranger, contrevient aux lois communes et \u00e0 la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la th\u00e9matique du <em>Contrat social<\/em> de Rousseau, le principe d\u2019association politique de la r\u00e9publique est r\u00e9f\u00e9r\u00e9 aux d\u00e9finitions anciennes de la Cit\u00e9. La \u201cforme\u201d de la r\u00e9publique est donn\u00e9e dans l\u2019acte d\u2019association politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u2019acte d\u2019association produit un corps moral et collectif, compos\u00e9 d\u2019autant de membres que l\u2019assembl\u00e9e a de voix, lequel re\u00e7oit de ce m\u00eame acte son unit\u00e9, son moi commun, sa vie et sa volont\u00e9. Cette personne publique, qui se forme ainsi par l\u2019union de toutes les autres, prenait autrefois le nom de cit\u00e9, et prend maintenant celui de r\u00e9publique ou de corps politique, lequel est appel\u00e9 par ses membres \u00c9tat quand il est passif, souverain quand il est actif, puissance en le comparant \u00e0 ses semblables. A l\u2019\u00e9gard des associ\u00e9s, ils prennent collectivement le nom de peuple, et s\u2019appellent en particulier citoyens, comme participant \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 souveraine, et sujets comme soumis aux lois de l\u2019\u00c9tat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">On appelle citoyens ceux qui participent de l\u2019autorit\u00e9 souveraine, de l\u2019\u00e9tablissement des lois, g\u00e9n\u00e9rales, non de l\u2019ex\u00e9cution, qui touche au particulier (2). Selon Rousseau, il n\u2019est pas bon que celui qui fait les lois les ex\u00e9cute, ni que le corps du peuple d\u00e9tourne son attention des vues g\u00e9n\u00e9rales pour les donner aux objets particuliers, car rien n\u2019est plus dangereux que l\u2019influence des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s dans les affaires publiques. \u00catre citoyen et participer \u00e0 la d\u00e9finition de la <em>volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale<\/em>, ne peut ici encore porter sur ce qui rel\u00e8ve du domaine propre de chacun\u00a0: les affaires priv\u00e9es. Ce serait contrevenir au principe \u00e9galitaire de l\u2019association. Le pacte social \u00e9tablit en effet entre les citoyens \u00ab\u00a0une telle \u00e9galit\u00e9 qu\u2019ils s\u2019engagent tous sous les m\u00eames conditions et doivent jouir tous des m\u00eames droits. Ainsi, par la nature du pacte, tout acte de souverainet\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire tout acte authentique de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, oblige ou favorise \u00e9galement tous les citoyens\u00a0; en sorte que le souverain conna\u00eet seulement le corps de la nation et ne distingue aucun de ceux qui la composent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur la lutte de tous contre tous et sur des rapports sociaux antagonistes, toute la difficult\u00e9 de la politique r\u00e9side toutefois dans la relation \u00e9tablie entre volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et volont\u00e9 de tous (qui n\u2019est que la simple addition de volont\u00e9s particuli\u00e8res, le plus souvent en lutte). Comme le pr\u00e9cise Rousseau, \u00ab\u00a0il y a souvent bien de la diff\u00e9rence entre la volont\u00e9 de tous et la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb, l\u2019une ne regarde qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat priv\u00e9, l\u2019autre regarde \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat commun. Et quand \u00ab\u00a0il se fait des associations partielles aux d\u00e9pens de la grande, la volont\u00e9 de chacune de ces associations devient g\u00e9n\u00e9rale par rapport \u00e0 ses membres et particuli\u00e8re par rapport \u00e0 l\u2019\u00c9tat, on peut dire alors qu\u2019il n\u2019y a plus autant de votants que d\u2019hommes mais seulement autant que d\u2019associations\u00a0\u00bb. C\u2019est le cas quand un corps politique (le gouvernement, la \u201cclasse politique\u201d) ou une classe sociale, usurpent la souverainet\u00e9 et pr\u00e9tendent d\u00e9tenir le droit de d\u00e9finir la volont\u00e9 commune, alors qu\u2019ils ne d\u00e9terminent que la volont\u00e9 \u201cg\u00e9n\u00e9rale\u201d d\u2019un groupe ou d\u2019une classe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>NOTES<\/strong><br \/>\n(1) Block (Maurice), <em>Dictionnaire g\u00e9n\u00e9ral de la politique<\/em>, O. Lorenz, Paris, 1873.<br \/>\n(2) Il faut bien concevoir, toutefois, que ce que l\u2019individu ali\u00e8ne par le pacte social, c\u2019est seulement la partie de sa puissance, de sa libert\u00e9 et de ses biens, dont l\u2019usage importe \u00e0 la communaut\u00e9. Le souverain ne peut charger les sujets d\u2019aucune cha\u00eene inutile au bien commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9f\u00e9rences<br \/>\nAristote, <em>La politique<\/em>, Vrin, 1962.<br \/>\nAristote, <em>\u00c9thique \u00e0 Nicomaque<\/em>, Vrin, 1959.<br \/>\nBodin (Jean), <em>Les six livres de la R\u00e9publique<\/em>, Fayard, 1986.<br \/>\nPasserin d\u2019Entr\u00e8ves (Andr\u00e9), <em>La notion de l\u2019\u00c9tat<\/em>, Sirey, 1969.<br \/>\nRousseau (Jean-Jacques), <em>Du contrat social<\/em>, Oeuvres, III, La Pl\u00e9iade, 1954.<br \/>\nSeel (Gerhard), \u00ab\u00a0Les classes sociales et le pouvoir dans La Politique d\u2019Aristote\u00a0\u00bb, <em>Cahiers de philosophie politique et juridique<\/em>, n\u00b0\u00a014, 1988, Universit\u00e9 de Caen.<br \/>\nWolff (Francis), <em>Aristote et la politique<\/em>, PUF, 1991.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comme l\u2019indiquait d\u00e9j\u00e0 au XIXe si\u00e8cle le Dictionnaire de la politique de Maurice Block (1), le terme Cit\u00e9, dans le langage courant, peut \u00eatre pris comme synonyme de ville, voire de \u201cquartier\u201d. Si l\u2019on restitue certaines r\u00e9sonances historiques de la notion, le terme a pu d\u00e9signer des zones d\u2019habitat ou de transit (cit\u00e9 dortoir, cit\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[343,344],"class_list":["post-880","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cours","tag-cite","tag-citoyen"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/880","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=880"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/880\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":881,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/880\/revisions\/881"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=880"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=880"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=880"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}