{"id":878,"date":"2018-02-13T14:51:18","date_gmt":"2018-02-13T13:51:18","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=878"},"modified":"2018-02-13T14:54:04","modified_gmt":"2018-02-13T13:54:04","slug":"1-initiation-au-vocabulaire-de-lanalyse-historique-de-pierre-vilar","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=878","title":{"rendered":"1. Initiation au vocabulaire de l\u2019analyse historique de Pierre Vilar"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">[Les notions\u00a0: <em>tribus<\/em>, <em>nations<\/em>, <em>nationalit\u00e9s<\/em>, <em>races<\/em>, <em>Etats<\/em>, <em>Empires<\/em>] <strong>*<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pierre Vilar a dispens\u00e9 aux \u00e9tudiants de Paris I un <em>Cours de vocabulaire de l\u2019analyse historique<\/em>, portant notamment sur les mots\u00a0: <em>histoire<\/em>, <em>structure<\/em>, <em>classes<\/em> et <em>hi\u00e9rarchies<\/em> <em>sociales<\/em>, <em>nation<\/em>, <em>Empire<\/em>, <em>nationalisme<\/em>. Ce cours, ult\u00e9rieurement remani\u00e9, est disponible en librairie en langue espagnole (<em>Introduci\u00f3n al vocabulario del an\u00e1lisis hist\u00f3rica<\/em>, Cr\u00edtica, Barcelona, 1980). Les \u00e9l\u00e9ments de vocabulaire propos\u00e9s par Pierre Vilar ne se limitent pas \u00e0 une \u201chistoire des mots\u201d, ceux-ci \u00e9tant pris en compte en tant que cat\u00e9gories r\u00e9pondant \u00e0 des enjeux historiques concrets. De tels \u00e9l\u00e9ments semblent par l\u00e0 \u00e0 m\u00eame de contribuer \u00e0 mettre en perspective certains th\u00e8mes aujourd\u2019hui d\u00e9battus. En nous effor\u00e7ant de synth\u00e9tiser la partie consacr\u00e9e \u00e0 la division de l\u2019humanit\u00e9 en groupes juxtapos\u00e9s dans l\u2019espace, nous avons pris pour support le texte fran\u00e7ais (Cours de 1969-70). Il va de soi que la consultation du document original demeure indispensable pour appr\u00e9cier les analyses propos\u00e9es dans toutes leurs dimensions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son <em>Vocabulaire<\/em>, Pierre Vilar ne s\u00e9pare pas radicalement la question de la division des soci\u00e9t\u00e9s en groupes spatiaux (\u201cethnies\u201d, Empires, Cit\u00e9s, nations) de celle de la division en groupes sociaux. Les d\u00e9finitions qu\u2019il propose ne sont pas en outre de simples prises de position, elles se fondent sur l\u2019analyse de processus historiques. S\u2019effor\u00e7ant de saisir les possibles relations entre formes de structuration spatiale et formes de structuration sociale, et prenant en compte la dimension historique, ces conceptualisations permettent de saisir les enjeux de conflits pass\u00e9s et pr\u00e9sents, souvent r\u00e9duits par d\u2019autres sp\u00e9cialistes \u00e0 une seule dimension, parfois id\u00e9ologiquement reconstruite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 la division des soci\u00e9t\u00e9s en groupes sociaux, en classes, Pierre Vilar traite des \u00ab\u00a0groupes juxtapos\u00e9s dans l\u2019espace\u00a0\u00bb, groupes eux aussi structur\u00e9s socialement et souvent politiquement organis\u00e9s. Il insiste sur la confusion et les flottements du vocabulaire autour de ce mode spatial de division. Races et ethnies, clans et tribus, communaut\u00e9s et cit\u00e9s, peuples et nationalit\u00e9s, royaumes et empires, nations et \u00c9tats, \u00ab\u00a0mots familiers dont tout le monde, en principe, conna\u00eet le contenu, et dont pourtant les d\u00e9finitions sociologiques sont souvent inexistantes ou controvers\u00e9es, tandis que les historiens, les journalistes [&#8230;] les emploient volontiers sans souci de pr\u00e9cision, laissant croire que certains termes sont synonymes alors qu\u2019ils ne le sont pas, et se soucient peu de les utiliser dans l\u2019anachronisme \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019analyse de la division en groupes spatiaux, Pierre Vilar s\u2019attache aux marques d\u2019existence historique d\u2019une telle division, en portant son attention sur les notions <em>fronti\u00e8res<\/em> et <em>guerre<\/em>. La division des groupes humains dans l\u2019espace et les formes successives prises par ces groupes ne relevant pas du seul jeu des concepts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Fronti\u00e8re<\/strong>. La fronti\u00e8re se pr\u00e9sente comme symbole de la division du monde en groupes dans l\u2019espace, elle est t\u00e9moignage de formations et de luttes historiques d\u00e9termin\u00e9es. L\u2019historien ne doit pas en cons\u00e9quence consid\u00e9rer de fa\u00e7on intangible cette notion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les fronti\u00e8res d\u2019\u00c9tats sont des produits de l\u2019histoire, histoire qui ne s\u2019est pas faite \u00ab\u00a0enti\u00e8rement au hasard\u00a0\u00bb. Les fronti\u00e8res marquent une s\u00e9paration nette entre monnaies, droit et police, langues officielles, sans que langues populaires, folklores, \u201cnationalit\u00e9s\u201d, co\u00efncident toujours exactement avec les fronti\u00e8res juridiques. Les fronti\u00e8res des groupements spatiaux peuvent \u00eatre mal d\u00e9finies. C\u2019est le cas pour les territoires des tribus nomades notamment, lorsque la terre est occup\u00e9e de fa\u00e7on l\u00e2che, il s\u2019agit non de trac\u00e9s lin\u00e9aires mais de limites recouvrant des terrains de parcours. Dans l\u2019Antiquit\u00e9 ou au Moyen \u00c2ge, bien que les seigneuries, cit\u00e9s, communaut\u00e9s villageoises puissent conna\u00eetre les limites de leur territoire, de vastes espaces bois\u00e9s ou rocheux restent appropri\u00e9s de fa\u00e7on vague. Les appartenances entre territoires relevant de tel ou tel seigneur se r\u00e9v\u00e8lent souvent impr\u00e9cises, c\u2019est le lien personnel qui fait que telle terre ou personne d\u00e9pend de telle autre, d\u2019o\u00f9 les anomalies, enclaves, l\u00e9gu\u00e9es par le monde f\u00e9odal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La notion de \u00ab\u00a0fronti\u00e8res naturelles\u00a0\u00bb, recouvre en g\u00e9n\u00e9ral des \u00ab\u00a0fronti\u00e8res d\u00e9mographiques\u00a0\u00bb, zones d\u00e9peupl\u00e9es ou peu peupl\u00e9es (hautes montagnes, d\u00e9serts, for\u00eats denses), bien que n\u2019existe jamais de coupure humaine absolue. Dans l\u2019espace, les structures dites ethniques sont souvent \u00ab\u00a0explicables par les structures d\u00e9mographiques\u00a0\u00bb. La zone-fronti\u00e8re quasi-d\u00e9sertique peut aussi \u00eatre une cons\u00e9quence du heurt historique de longue dur\u00e9e entre groupes humains (limes antique, marches, fronteras, etc.).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Guerre<\/strong>. Dans la mesure o\u00f9 des groupes humains se font la guerre, l\u2019\u00e9tude de leurs divisions ne peut \u00eatre abord\u00e9e en se centrant seulement sur ce qui para\u00eet intangible. Les luttes de groupes juxtapos\u00e9s dans l\u2019espace ont longtemps fait le fond de l\u2019histoire. Marx a pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e9tabli que les luttes de classes avaient un sens plus profond, li\u00e9 aux \u00e9volutions sociales d\u2019ensemble et traduisant les contradictions au sein des diff\u00e9rentes formations sociales. Selon Pierre Vilar, il n\u2019y a pas coupure absolue entre lutte de groupes et lutte de classes, pas plus qu\u2019entre luttes arm\u00e9es et relations pacifiques (commerce notamment), \u00ab\u00a0l\u2019histoire est la combinaison de tous ces types de relations\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les questions essentielles qui se posent sont alors celles-ci\u00a0: pourquoi des groupes humains s\u00e9par\u00e9s existent-ils, pourquoi se font-ils la guerre\u00a0? Si l\u2019on consid\u00e8re par exemple la guerre dans l\u2019Antiquit\u00e9, une attention insuffisante a \u00e9t\u00e9 port\u00e9e \u00e0 la question du pourquoi de la structuration spatiale en cit\u00e9s, citadelles, petites monarchies, du pourquoi de la division en classes au sein de ces unit\u00e9s. Les historiographes ont focalis\u00e9 l\u2019attention sur les sentiments de solidarit\u00e9 de chaque groupe, sans que l\u2019on se pr\u00e9occupe de la division de la soci\u00e9t\u00e9 en classes, des contradictions entre les dirigeants et la masse de la population. Ou bien, au lieu de justifier la guerre par la pr\u00e9sence de classes dirigeantes dont les possibilit\u00e9s d\u2019enrichissement \u00e9taient limit\u00e9es dans le cadre de leur domination, on a expliqu\u00e9 l\u2019existence de la classe de guerriers par la guerre. On a pos\u00e9 a priori que les groupes li\u00e9s \u00e0 une division spatiale (Troie, Ath\u00e8nes, ou aujourd\u2019hui la France, les \u00c9tats Unis d\u2019Am\u00e9rique), constituaient des individualit\u00e9s dou\u00e9es de volont\u00e9 commune, que tous les int\u00e9r\u00eats pouvaient \u00eatre identifi\u00e9s \u00e0 ceux des dirigeants. Or, la Cit\u00e9, l\u2019Empire, comme cadres d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 globale, ne peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des donn\u00e9s, on doit s\u2019interroger sur leur existence et leur formation, celles-ci d\u00e9pendant de la distribution spatiale des hommes \u00e0 un moment donn\u00e9, de l\u2019organisation sociale dans toute sa complexit\u00e9, de la conscience qu\u2019ont les diff\u00e9rentes classes, des rapports avec les groupes proches ou \u00e9loign\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Races et histoire<\/strong>. La division en nations a peu de choses \u00e0 voir, selon Pierre Vilar, avec la question des races. Les probl\u00e8mes de race, de m\u00e9tissage, sont davantage m\u00eal\u00e9s aux probl\u00e8mes de hi\u00e9rarchie et d\u2019exploitation sociale, qu\u2019aux probl\u00e8mes de guerre ou de diplomatie. Le monde ne serait pas divis\u00e9 en groupes de races, mais en multiples aires culturelles, combinaisons complexes, qu\u2019on ne peut isoler du d\u00e9veloppement \u00e9conomique, des conqu\u00eates techniques, des h\u00e9ritages linguistiques, des structures psychosociologiques. Ce ne sont pas cependant les \u201ccultures\u201d qui se battent entre elles, les divisions linguistiques, culturelles, ne constituant que des \u00ab\u00a0terrains pour les psychologies de guerre\u00a0\u00bb. Les conflits sont li\u00e9s \u00e0 des facteurs complexes, le plus souvent \u00e0 des facteurs sociaux. Les guerres proprement dites, et les mouvements nationaux contre les dominations politiques \u00e9trang\u00e8res sont d\u2019une autre nature<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Tribus, Nations, Empires<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ph\u00e9nom\u00e8ne <strong>nation<\/strong> et son concept doivent \u00eatre clairement distingu\u00e9s d\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes et notions (tribus, empires ou \u201cnations\u201d au sens du Moyen \u00c2ge).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Familles et tribus<\/strong>. L\u2019id\u00e9e d\u2019origine commune, ou de traits communs, serait pr\u00e9sente, selon \u00c9mile Benveniste, dans le mot <em>ethnos<\/em>, non dans <em>demos<\/em>, groupement d\u2019ordre politique. Dans l\u2019Antiquit\u00e9, les\u00a0 deux id\u00e9es ont pu coexister. Autour de la premi\u00e8re id\u00e9e s\u2019ordonne la conception de groupes partant de la famille et formant des cercles concentriques (<em>genos<\/em>, <em>phratra<\/em>, <em>gens<\/em>, <em>curia<\/em>, <em>tribus<\/em>). On peut retrouver de tels modes de structuration par exemple dans le Maghreb, ou encore dans les communaut\u00e9s indiennes des Indes (<em>Ayllus<\/em>), l\u2019ensemble social \u00e9tant form\u00e9 par la juxtaposition des groupements primaires. Les conflits, les guerres, n\u2019affectent pas n\u00e9cessairement de tels groupements. Dans la soci\u00e9t\u00e9 grecque toutefois, la guerre se con\u00e7oit comme \u201crapport naturel\u201d entre cit\u00e9s, elle est pr\u00e9sente dans le vocabulaire, les rites, le droit (solidarit\u00e9s familiales de vendettas).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les Empires<\/strong>. Le legs de Rome. Par-dessus les divisions \u00e9l\u00e9mentaires, de type tribu, se sont constitu\u00e9es des unit\u00e9s politiques \u00e9tendues, que l\u2019on peut d\u00e9signer par le nom d\u2019Empires, le passage des clans aux empires se pr\u00e9sentant comme un processus complexe. La formation et la dissolution de l\u2019Empire romain est particuli\u00e8rement int\u00e9ressante, dans la mesure o\u00f9, pour une grande part, les formations nationales et politiques de l\u2019Europe occidentale sont issues de ce processus. Les grandes r\u00e9gions de l\u2019Europe qui ont donn\u00e9 le cadre des nations \u00c9tats unifi\u00e9es, avaient en effet connu avant la d\u00e9sagr\u00e9gation f\u00e9odale, une relative unit\u00e9 et une personnalit\u00e9 au sein de l\u2019Empire romain. Le monde f\u00e9odal occidental se constitue ainsi sur un triple h\u00e9ritage, qui mettra longtemps \u00e0 se coordonner\u00a0: de lointaines structures tribales, des tra\u00een\u00e9es \u201cbarbares\u201d qui tendent \u00e0 superposer leur propre mode de groupement, les souvenirs de la superstructure politique de Rome et de traditions culturelles qui joueront un r\u00f4le dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019une conscience de groupe. Ainsi, l\u2019id\u00e9ologie de la <em>patrie<\/em>, d\u2019origine romaine, se transmettra par l\u2019interm\u00e9diaire de la culture classique apr\u00e8s la Renaissance dans les pays de langue romane, pour \u00eatre ensuite reprise et r\u00e9\u00e9labor\u00e9e au moment de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019intervalle de la p\u00e9riode f\u00e9odale, les principes de groupement s\u2019organisent autour des liens personnels, au d\u00e9triment de notions r\u00e9f\u00e9r\u00e9es \u00e0 des structures de type politique. Des communaut\u00e9s rurales et des communes urbaines, se constituent toutefois sur d\u2019autres principes, souvent contre les pouvoirs f\u00e9odaux. Au sein d\u2019une telle atomisation se pr\u00e9pare la formation de la conscience de communaut\u00e9s plus vastes et la renaissance d\u2019\u00c9tats territorialement d\u00e9finis et politiquement forts. Cette \u00e9laboration se constitue au confluent de plusieurs courants conflictuels (unit\u00e9 par le sol, la langue\/unit\u00e9 par le droit, la politique).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0\u00ab\u00a0A l\u2019unit\u00e9 politique de l\u2019empire romain et \u00e0 la territorialit\u00e9 des plus vieilles divisions ethniques, se substitue, avec les tra\u00een\u00e9es barbares qui ont impos\u00e9 leurs \u201clois\u201d et d\u00e9termin\u00e9 les diff\u00e9renciations linguistiques, une conscience de l\u2019existence de <em>nationalit\u00e9s<\/em>, beaucoup plus mal rattach\u00e9es au sol (on a parl\u00e9 de nationalit\u00e9s ambulantes), mais davantage aux origines lointaines (Goths, Vandales, Normands&#8230;) et aux particularit\u00e9s linguistiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Les nations (dans le cadre m\u00e9di\u00e9val) peuvent en ce sens \u00eatre assimil\u00e9es aux langues (dans les Universit\u00e9s, les \u00e9tudiants se regroupent en nations selon leur \u201clangue\u201d). La \u201cnationalit\u00e9\u201d para\u00eet s\u2019attacher alors \u00e0 une communaut\u00e9 psychologique reconnue, non \u00e0 un grand ensemble politique, on a l\u2019impression que chacune des unit\u00e9s interm\u00e9diaires (provinces, r\u00e9gions) aurait pu donner naissance \u00e0 un \u00c9tat politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0En d\u00e9pit de ces tendances, le Moyen \u00c2ge occidental se caract\u00e9rise par la condamnation de ces divisions au nom de la Chr\u00e9tient\u00e9, dont l\u2019\u00c9glise et le latin restent le symbole. Le r\u00eave est de refaire cette unit\u00e9 contre les schismatiques, les pa\u00efens, les infid\u00e8les.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Face \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 spirituelle du Pape, certains groupes voudraient refaire l\u2019unit\u00e9 politique de l\u2019Empire (Saint Empire romain de nationalit\u00e9 germanique).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les Etats<\/strong>. Ce n\u2019est pas la forme Empire de groupement qui, historiquement, s\u2019impose. Les \u00c9tats, formes politiques, se constituent dans des cadres plus petits que l\u2019Empire et plus grands que les r\u00e9gions ou provinces, sur la base de solidarit\u00e9s de fait, et par des conflits. Ceci, en exploitant des \u00e9l\u00e9ments divers, tels que la suzerainet\u00e9, l\u2019aspect sacr\u00e9 de la royaut\u00e9, l\u2019aspect romain du droit, de la loi. Les solidarit\u00e9s autour d\u2019un roi se manifestent toutefois mieux quand les sujets se sentent de la m\u00eame \u201cnature\u201d que celui-ci, et l\u2019on retrouve dans \u201cnature\u201d comme dans \u201cnation\u201d soit l\u2019id\u00e9e de naissance, soit d\u2019origine commune (1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La naissance de l\u2019\u00c9tat moderne et ses relations avec le ph\u00e9nom\u00e8ne <em>Nation<\/em><\/strong>. Deux ph\u00e9nom\u00e8nes li\u00e9s se d\u00e9veloppent au cours de la p\u00e9riode dite moderne (transition entre le Moyen \u00c2ge et la soci\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale et la p\u00e9riode contemporaine)\u00a0: la mont\u00e9e du capitalisme marchand et le renforcement de l\u2019\u00c9tat sur certains territoires europ\u00e9ens (Espagne, France, Portugal, Angleterre, Provinces-Unies), avec l\u2019affirmation progressive de solidarit\u00e9s \u201cnationales\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la France de la Renaissance, les mod\u00e8les antiques, plus particuli\u00e8rement le mod\u00e8le romain, inspirent un vocabulaire, une litt\u00e9rature, une conception juridique, en m\u00eame temps que le d\u00e9sir de s\u2019exprimer dans sa propre langue. \u00ab\u00a0La langue devient le signe de l\u2019unit\u00e9 politique, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 celui d\u2019une assez vague communaut\u00e9 de \u201cnation\u201d\u00a0\u00bb. La R\u00e9forme va dans le m\u00eame sens. La religion abandonne le latin pour les langues dites \u201cvulgaires\u201d (en Allemagne toutefois, ce signe mettra longtemps \u00e0 co\u00efncider avec un \u00c9tat). Le principe <em>cujus regio, cujus religio<\/em>, renforce l\u2019id\u00e9e que les sujets d\u2019un m\u00eame prince doivent former une communaut\u00e9 uniforme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Mercantilisme et politique \u00e9conomique unifiante<\/strong>. Un des principaux symboles de l\u2019unit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat moderne c\u2019est l\u2019unification des monnaies, r\u00e9alis\u00e9e d\u00e8s les d\u00e9buts du XVIe si\u00e8cle en France, contre les monnaies seigneuriales subsistantes. Elle est \u00e0 mettre en relation avec une politique \u00e9conomique, spontan\u00e9ment \u00e9labor\u00e9e, qui existait en France sous Louis XI (1461-1483), au Portugal sous la dynastie d\u2019Avis, en Espagne sous les rois catholiques, en Angleterre sous les Tudors (r\u00e8glements industriels, contr\u00f4le des mines, faveurs \u00e0 la marine), renfor\u00e7ant et unifiant les int\u00e9r\u00eats sur le territoire gouvern\u00e9. Le mercantilisme n\u2019est pas la th\u00e9orie, mais la justification intellectuelle d\u2019une pratique. L\u2019\u00c9tat est assimil\u00e9 au prince et la nation \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Le mot \u201cnation\u201d n\u2019est pas encore prononc\u00e9 dans un sens moderne, mais on parle de solidarit\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eats entre tous les sujets d\u2019un prince et entre le prince et ses sujets. Dans plusieurs textes de l\u2019\u00e9poque, on peut rep\u00e9rer le passage de la conception \u00e9conomique du mercantilisme (accro\u00eetre les richesses du groupe contre des int\u00e9r\u00eats \u00e9trangers) \u00e0 la conception politique \u201cnationaliste\u201d avant la lettre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au XVIIIe si\u00e8cle, la preuve est faite qu\u2019une bourgeoisie marchande peut prendre politiquement la responsabilit\u00e9 d\u2019un \u00c9tat et dresser toute la population contre un \u00c9tat \u00e9tranger. C\u2019est le cas des Pays-Bas protestants, se lib\u00e9rant de la domination espagnole, premi\u00e8re guerre nationale aboutissant \u00e0 la formation d\u2019un \u00c9tat. Une \u00e9volution diff\u00e9rente illustre en sens inverse la relation entre int\u00e9r\u00eats sociaux et volont\u00e9 de structuration politique de la nation. Dans la France du XVIIIe si\u00e8cle, la bourgeoisie enrichie, la noblesse frondeuse, l\u2019\u00e9lite intellectuelle, sont cosmopolites, anglophiles, tandis que les milieux provinciaux, y compris populaires, sont souvent particularistes, se r\u00e9f\u00e9rant aux vieilles libert\u00e9s, aux vieilles \u201cnations\u201d, contre le syst\u00e8me politique plus ou moins \u201ccentralis\u00e9\u201d. A la veille de la R\u00e9volution pourtant, le mot <em>patriote<\/em> prend la signification <em>d\u2019ami du bien public<\/em>, et le mot <em>nation<\/em>, <em>l\u2019ensemble des sujets<\/em> (2), par opposition \u00e0 la monarchie ou aux minorit\u00e9s privil\u00e9gi\u00e9es. L\u2019intuition de Voltaire se v\u00e9rifie. N\u2019\u00e9crivait-il pas\u00a0: \u00ab\u00a0un r\u00e9publicain est toujours plus attach\u00e9 \u00e0 sa patrie qu\u2019un sujet \u00e0 la sienne, par la raison qu\u2019on aime mieux son bien que celui de son ma\u00eetre\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la R\u00e9volution, la communaut\u00e9 nationale et l\u2019organisation de l\u2019\u00c9tat passent dans les mains d\u2019une classe sociale nouvelle, non dans celles du peuple en son entier. Les paysans fran\u00e7ais toutefois, d\u00e9barrass\u00e9s des charges f\u00e9odales et fiscales, b\u00e9n\u00e9ficiaires en nombre de la redistribution de la propri\u00e9t\u00e9, ressentent que la menace \u00e9trang\u00e8re est aussi menace sur leurs conqu\u00eates sociales. Une assimilation entre d\u00e9fense de la patrie et d\u00e9fense des conqu\u00eates de la R\u00e9volution, entre l\u2019id\u00e9e de nation et de gouvernement issu de la volont\u00e9 du peuple, peut d\u00e8s lors se constituer. Et dans beaucoup de cas au XIXe si\u00e8cle, l\u2019id\u00e9e nationale sera associ\u00e9e aux notions de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9galit\u00e9, id\u00e9e populaire, suspecte aux conservateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La phase \u201cnationalitaire\u201d<\/strong>. Apr\u00e8s la R\u00e9volution, un double mouvement se produit en Europe (et en partie sur l\u2019ensemble du globe). Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre d\u00e9fendue contre la r\u00e9action politique ext\u00e9rieure, la France envahit une partie de l\u2019Europe et y introduit des r\u00e9formes socialement progressives. L\u2019oppression militaire induit en m\u00eame temps des formes de lutte ambigu\u00ebs, men\u00e9es \u00e0 la fois par des tenants de l\u2019Ancien r\u00e9gime, des classes qui ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 opposer leurs propres principes sociaux aux principes issus de la R\u00e9volution, des combattants populaires qui associent \u00e0 leur haine de l\u2019envahisseur, soit des sentiments traditionalistes, communautaires, soit un sentiment r\u00e9volutionnaire. Les invasions fran\u00e7aises conduisent ainsi \u00e0 l\u2019instauration de rapports sp\u00e9cifiques entre r\u00e9actions de classes et de groupes. Tant\u00f4t s\u2019allient \u00e0 l\u2019occupant, tant\u00f4t se coalisent contre lui, des groupes bourgeois \u00e0 la recherche d\u2019une puissance sociale nouvelle, des politiques r\u00e9formistes, des forces d\u2019Ancien r\u00e9gime, des gu\u00e9rillas populaires. Les rapports entre positions de classe et id\u00e9e de nation moderne, \u00e9veill\u00e9e en 1789, sont \u00e0 l\u2019\u00e9poque bien r\u00e9v\u00e9l\u00e9s tant dans les pratiques que dans les discours. Ainsi, en Prusse, des politiques pr\u00e9tendent retourner contre la France les principes de sa r\u00e9volution, en entreprenant des r\u00e9formes par en haut, pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des droits dans un tout unifi\u00e9, contre le servage et le privil\u00e8ge de la noblesse sur la propri\u00e9t\u00e9 de la terre. Les hobereaux prussiens per\u00e7oivent bien ici le danger r\u00e9volutionnaire de cette conception du \u201ctout\u201d national, et l\u2019un d\u2019entre eux s\u2019exclamera\u00a0: \u00ab\u00a0Nation, cela sonne jacobin \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reposant sur un fondement social diff\u00e9rent, la notion allemande de <em>nationalit\u00e9<\/em>, exalt\u00e9e alors dans les \u0153uvres de Herder ou Fichte, est toute autre et ne correspond pas \u00e0 celle de <em>volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale<\/em> exprim\u00e9e dans une sorte de contrat. C\u2019est un sentiment vague d\u2019appartenance \u00e0 un \u201cpeuple\u201d, un \u201cesprit\u201d, le <em>Volksgeist<\/em>, h\u00e9rit\u00e9 de la race, la langue, fondement d\u2019une communaut\u00e9, d\u2019un \u201c\u00eatre ensemble\u201d, (<em>Gemeinschaft<\/em>), non d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 (<em>Gesellschaft<\/em>). Cet aspect romantique jouera un r\u00f4le important dans l\u2019apparition de nationalismes d\u00e9ifiant la communaut\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l\u2019\u00e9gard des vis\u00e9es napol\u00e9oniennes, les positions diff\u00e8rent selon les groupes nationaux en cause. Bien que soumis \u00e0 l\u2019occupation fran\u00e7aise, l\u2019exemple espagnol se r\u00e9v\u00e8le diff\u00e9rent de l\u2019exemple allemand. Napol\u00e9on appara\u00eet aux traditionalistes comme l\u2019Ant\u00e9christ ath\u00e9e, mais certains conservateurs ont pu voir en lui le restaurateur de la religion et de l\u2019ordre. Des r\u00e9formateurs ont esp\u00e9r\u00e9 qu\u2019il pouvait moderniser l\u2019Espagne, alors, qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse, des r\u00e9volutionnaires stigmatisent en lui le confiscateur des libert\u00e9s de 1789. Les gu\u00e9rilleros paysans combattaient pour leur part le plus souvent pour la tradition, la religion, les coutumes communautaires. Quoiqu\u2019il en soit, les \u201ccollaborateurs\u201d furent peu nombreux et les lois directement inspir\u00e9es de la R\u00e9volution rares. Le roi, rentrant d\u2019exil, fut acclam\u00e9 tant par l\u2019aristocratie d\u2019Ancien R\u00e9gime que par le peuple traditionaliste, et put supprimer l\u2019\u0153uvre des Cortes, bloquant toute avanc\u00e9e vers une \u00e9volution bourgeoise. Il en r\u00e9sultera ce paradoxe \u00ab\u00a0L\u2019Espagne, qui, entre 1808 et 1814, a fait preuve d\u2019une unit\u00e9, d\u2019une vigueur nationales exceptionnelles verra des r\u00e9gions nostalgiques de la r\u00e9volution bourgeoise se d\u00e9tacher d\u2019une \u201cnation\u201d des plus anciennement constitu\u00e9es de l\u2019Europe. De vieilles \u201cnationalit\u00e9s provinciales\u201d ressusciteront et voudront se transformer en \u00c9tats.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019Europe du XIXe si\u00e8cle et le \u201cprobl\u00e8me des nationalit\u00e9s\u201d<\/strong>. L\u2019id\u00e9e moderne de nation, li\u00e9e aux principes de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, en particulier \u00e0 celui de <em>volont\u00e9 nationale<\/em>, se pr\u00e9sente comme progressiste aux hommes du XIXe si\u00e8cle, le droit des peuples \u00e0 disposer d\u2019eux-m\u00eames fait partie du complexe id\u00e9ologique de gauche, alors que les puissances d\u2019ancien r\u00e9gime redoutent les bouleversements r\u00e9volutionnaires selon le principe des nationalit\u00e9s. L\u2019expression \u201cnationalitaire\u201d, indique Pierre Vilar, \u00ab\u00a0pourrait convenir pour qualifier cette dominante, plus sentimentale que th\u00e9orique.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Italie et Allemagne, ce sont \u00e0 la fois des classes et des r\u00e9gions qui prennent l\u2019initiative de l\u2019unit\u00e9 (Prusse, Pi\u00e9mont). En ce qui concerne l\u2019Allemagne, indique Pierre Vilar, \u00ab\u00a0rien ne ressemble plus, \u00e0 la coalition d\u2019hommes politiques, d\u2019intellectuels et d\u2019hommes d\u2019affaires qui, depuis 1945, s\u2019efforce de cr\u00e9er le march\u00e9 europ\u00e9en et si possible l\u2019Europe supranationale, que la coalition de m\u00eame nature qui, entre les ann\u00e9es 1820 et 1870, travaill\u00e8rent \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Allemagne\u00a0\u00bb, cr\u00e9ant le march\u00e9 commun allemand sous forme d\u2019union douani\u00e8re (<em>Zollverein<\/em>). Renan, voulant opposer au processus d\u2019unification centr\u00e9 sur le seul march\u00e9, les caract\u00e8res intellectuels et moraux du fait nation, \u00e9crivait \u00ab\u00a0Une nation n\u2019est pas un Zollverein\u00a0\u00bb. Les liens entre id\u00e9e nationale et int\u00e9r\u00eats de l\u2019industrie sont au contraire exalt\u00e9s en Allemagne, notamment par les \u00e9conomistes. Comme Fr\u00e9d\u00e9ric List l\u2019avait th\u00e9oris\u00e9 dans son Syst\u00e8me national d\u2019\u00e9conomie, la liaison industrie-bourgeoisie-nation est proclam\u00e9e. Mais il ne faudrait pas oublier pour autant le fait que l\u2019unit\u00e9 allemande se r\u00e9alise aussi par les victoires militaires sous la direction de Bismarck et d\u2019un \u00e9tat-major de vieille aristocratie. Au lieu de se combattre, l\u2019ancienne et la nouvelle classe dirigeante se sont partag\u00e9 les t\u00e2ches, au prix d\u2019une ref\u00e9odalisation de la soci\u00e9t\u00e9, conf\u00e9rant au nationalisme allemand une tonalit\u00e9 et une agressivit\u00e9 particuli\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019apog\u00e9e des \u201cnationalismes\u201d et l\u2019imp\u00e9rialisme<\/strong>. Entre 1871 et 1914, l\u2019id\u00e9ologie \u201cnationalitaire\u201d se mue, en \u201cnationalisme\u201d, au sens que Pierre Vilar accorde \u00e0 ce mot\u00a0: doctrine qui consid\u00e8re la nation comme fait essentiel et but supr\u00eame, auquel l\u2019individu doit \u00eatre subordonn\u00e9, et devant lequel doivent s\u2019effacer int\u00e9r\u00eats de groupes et de classes. Cette mutation est \u00e0 mettre en relation avec des donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales touchant \u00e0 l\u2019\u00e9volution du capitalisme. Une fois les march\u00e9s nationaux constitu\u00e9s et satur\u00e9s, les rivalit\u00e9s ne peuvent se manifester que sous des formes brutales, dans un partage commercial et colonial du monde, ph\u00e9nom\u00e8ne de <em>l\u2019imp\u00e9rialisme<\/em>, clairement d\u00e9nomm\u00e9 tel par les th\u00e9oriciens de l\u2019expansion, Chamberlain, Guillaume II, Jules Ferry.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Li\u00e9 \u00e0 ce processus, les faits nation et nationalisme sont discut\u00e9s et d\u00e9finis au cours des controverses qui pr\u00e9c\u00e8dent l\u2019\u00e9clatement de 1914.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Europe occidentale, se sont constitu\u00e9es des nations \u00c9tats solides, noyaux d\u2019imp\u00e9rialismes mondiaux, sans graves probl\u00e8mes de minorit\u00e9s (sauf en Irlande). Compte tenu des profits imp\u00e9rialistes, les luttes de classes ne minent pas de massifs \u201cnationalismes\u201d de fait. Il n\u2019en est pas de m\u00eame en Europe centrale et orientale, organis\u00e9e en trois Empires multinationaux (turc, austro-hongrois, russe) qui ne peuvent nourrir les m\u00eames ambitions internationales, ni canaliser aussi ais\u00e9ment leurs conflits int\u00e9rieurs. Ils sont tous trois d\u00e9chir\u00e9s par des mouvements internes \u00e0 caract\u00e8re national. L\u2019autoritarisme de l\u2019\u00c9tat multinational est li\u00e9 \u00e0 la supr\u00e9matie d\u2019un groupe national sur les autres et \u00e0 une structure de classe retardant sur le d\u00e9veloppement moderne (autocratie, restes de f\u00e9odalisme). Compte tenu de l\u2019\u00e9tat de d\u00e9veloppement social de ces empires, les mouvements contre la supr\u00e9matie du groupe dominant peuvent \u00eatre pris en charge soit par des classes dirigeantes modernes, li\u00e9es \u00e0 des int\u00e9r\u00eats de type bourgeois, soit sur la base d\u2019aspirations agraires ou ouvri\u00e8res, par des couches socialement r\u00e9volutionnaires. Le probl\u00e8me est ici encore de savoir comment se combinent autour des mouvements nationaux, les questions sociales, de classe\u00a0: formes de r\u00e9volution bourgeoise du type XXe si\u00e8cle ou tentatives r\u00e9volutionnaires engageant la paysannerie et le prol\u00e9tariat. C\u2019est l\u00e0 l\u2019enjeu de controverses, notamment autour de la strat\u00e9gie r\u00e9volutionnaire, dont les participants les plus c\u00e9l\u00e8bres furent Rosa Luxembourg, L\u00e9nine, Otto Bauer, Staline.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019est pas s\u00fbr que dans les conflits dits \u201cnationaux\u201d ou m\u00eame \u201cethniques\u201d aujourd\u2019hui, ces questions, li\u00e9es aux rapports de classe et de puissance, ne constituent pas toujours des enjeux centraux, \u00e0 consid\u00e9rer en perspective historique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>NOTES<\/strong><br \/>\n(1) Il faut toutefois faire attention aux traductions.Ainsi, l\u00e0 o\u00f9 Jeanne d\u2019Arc parlait de \u201cpays, le scribe eccl\u00e9siastique parle de \u201cpatria\u201d. De m\u00eame, dans une pr\u00e9sentation bilingue du journal des Etats G\u00e9n\u00e9raux de 1484, la traduction fran\u00e7aise met <em>nation<\/em> pour <em>royaume<\/em>.\u201d<br \/>\n(2) Dans le cas fran\u00e7ais, la relation entre nationalit\u00e9 et citoyennet\u00e9, n\u2019est-elle pas \u00e0 rapporter \u00e0 cette conjonction privil\u00e9gi\u00e9e de certaines classes \u00e0 l\u2019id\u00e9e de nation politique. Toute volont\u00e9 de disjoindre les deux p\u00f4les d\u2019une telle insertion dans la Cit\u00e9 politique revenant alors \u00e0 mettre pour partie en cause l\u2019\u0153uvre r\u00e9volutionnaire et les alliances de classes qui la sous-tendent. A l\u2019inverse, dans le cas allemand, une conjonction toute diff\u00e9rente de classes sous-tend la volont\u00e9 d\u2019unification nationale, impliquant une autre conception de la nation, et la possibilit\u00e9 comme dans d\u2019autres structures d\u2019Empire de disjoindre nationalit\u00e9 (origine-sang) et citoyennet\u00e9 (proprement politique).<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[Les notions\u00a0: tribus, nations, nationalit\u00e9s, races, Etats, Empires] * Pierre Vilar a dispens\u00e9 aux \u00e9tudiants de Paris I un Cours de vocabulaire de l\u2019analyse historique, portant notamment sur les mots\u00a0: histoire, structure, classes et hi\u00e9rarchies sociales, nation, Empire, nationalisme. 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