{"id":786,"date":"2017-06-08T12:46:03","date_gmt":"2017-06-08T10:46:03","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=786"},"modified":"2017-06-08T12:46:03","modified_gmt":"2017-06-08T10:46:03","slug":"iii-souverainete-et-legitimite-au-regard-des-enjeux-revolutionnaires","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=786","title":{"rendered":"III. Souverainet\u00e9 et l\u00e9gitimit\u00e9 au regard des enjeux r\u00e9volutionnaires"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">On examinera plus particuli\u00e8rement sur la base de quelques textes, la position de deux auteurs, Siey\u00e8s et Robespierre,\u00a0 pour ce qui touche \u00e0 la ques\u00adtion du fondement de la l\u00e9gitimit\u00e9, en relation avec le tenant de la souve\u00adrainet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Auparavant, et pour situer leur point de vue, interrogeons nous sur ce qui fait que la R\u00e9volution fran\u00e7aise a pu \u00eatre d\u00e9nomm\u00e9e la Grande R\u00e9volution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut poser que la R\u00e9volution fran\u00e7aise est la premi\u00e8re grande tenta\u00adtive aboutie, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de toute la soci\u00e9t\u00e9, d&rsquo;une pratique sociale d&rsquo;un en\u00adsemble d&rsquo;hommes agissant pour faire triompher des buts consciemment d\u00e9finis. On se d\u00e9gage du mouvement involontaire, bien entendu de fa\u00e7on encore partielle et incompl\u00e8te. On vise \u00e0 r\u00e9aliser des finalit\u00e9s conscientes, \u00e0 l&rsquo;encontre de rapports sociaux non voulus, pos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;insu des hommes. Et cela, m\u00eame si le \u201cvolontarisme r\u00e9volutionnaire\u201d n&rsquo;a pas saisi ni r\u00e9solu toutes les contradictions sociales en jeu, si les hommes ont pour partie agi sans avoir pleinement conscience de la totalit\u00e9 de leurs objec\u00adtifs, n&rsquo;ont pas ma\u00eetris\u00e9 l&rsquo;ensemble du processus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des finalit\u00e9s distinctes, des int\u00e9r\u00eats divergents, des analyses diff\u00e9rentes coexistent au cours du processus r\u00e9volutionnaire, la R\u00e9volution se pr\u00e9sente comme le fruit de l&rsquo;ac\u00adtion conjugu\u00e9e de forces composites. Il n&rsquo;est pas question d&rsquo;analyser ici les modes de repr\u00e9sentation du monde social correspondant \u00e0 ces diff\u00e9\u00adrentes forces, dont certaines \u00e9taient d&rsquo;ailleurs aussi contre-r\u00e9volutionnaires. On propose plut\u00f4t de se centrer sur deux moments et deux fa\u00e7ons de concevoir le mouvement r\u00e9volutionnaire selon les vis\u00e9es sociales que l\u2019on poursuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour faire le lien avec l&rsquo;expos\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dent, il faut d&rsquo;abord noter que si Robespierre et Siey\u00e8s, dans les textes consid\u00e9r\u00e9s,\u00a0 ne poursuivent pas les m\u00eames finalit\u00e9s, ils reprennent de Rousseau, des \u00e9l\u00e9ments communs\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0La place accord\u00e9e \u00e0 la volont\u00e9 politique pour transformer le cours des choses. Le r\u00f4le des formes politiques, du droit politique \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0La n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;imposer de nouveaux fondements \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9 et \u00e0 la souverainet\u00e9, contre l&rsquo;ordre ant\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0L&rsquo;id\u00e9e de lutte radicale entre le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l&rsquo;avenir\u00a0: lutte entre forces, principes inconciliables, qui conduisent \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de \u201ctrancher\u201d en faveur des principes que l&rsquo;on soutient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui s\u00e9pare Robespierre de Siey\u00e8s, touche \u00e0 la question de savoir au nom de qui, et pour quoi, la lutte est men\u00e9e, quelle volont\u00e9 souveraine devra l&#8217;emporter, quel principe de l\u00e9gitimit\u00e9 doit la fonder. Le combat ini\u00adtial de Siey\u00e8s se situe dans le cadre d&rsquo;une opposition entre le Tiers \u00c9tat et les privil\u00e9gi\u00e9s, entre soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;ordres et soci\u00e9t\u00e9 marchande (ou soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9changes libres\u00a0\u00bb). Ce sont les \u201cclasses disponibles\u201d, repr\u00e9sentant les int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;ordre bourgeois, qui pour Siey\u00e8s doivent diriger le peuple, en mobilisant sa force contre l&rsquo;ancienne soci\u00e9t\u00e9. Robespierre se situe dans le cadre d&rsquo;une autre lutte, celle qui oppose le peuple aux riches, anciens et nouveaux, celle qui oppose \u00ab\u00a0le droit \u00e0 l&rsquo;existence\u00a0\u00bb aux formes ill\u00e9gitimes de propri\u00e9t\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;anarchie des \u00e9changes priv\u00e9s. La question des conditions, des moyens pour rendre effective la souverainet\u00e9 du peuple, est pour lui essen\u00adtielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Siey\u00e8s<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La pens\u00e9e de Siey\u00e8s est complexe, dans la mesure o\u00f9 coexistent en elle des principes qui correspondent \u00e0 diverses \u00e9tapes du processus r\u00e9volu\u00adtionnaire. En outre, au sein de sa pens\u00e9e,\u00a0 les rapports entre facteurs \u00e9co\u00adnomiques et politiques ne sont pas pleinement \u00e9lucid\u00e9es et th\u00e9oris\u00e9es. Selon les commentateurs, il peut ainsi se trouver tour \u00e0 tour th\u00e9oricien de la dic\u00adtature de classe, repr\u00e9sentant du lib\u00e9ralisme politique, ou th\u00e9oricien du r\u00e9gime repr\u00e9sentatif moderne, ou encore pr\u00e9curseur d&rsquo;une conception technocratique du pou\u00advoir. Ces diff\u00e9rentes appr\u00e9ciations sont fond\u00e9es dans la mesure o\u00f9 elles correspondent \u00e0 divers stades du processus r\u00e9volutionnaire. Toutefois, au cours des divers moments, un contenu unique se trouve en jeu\u00a0: la d\u00e9fense de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9changes libres. Cette d\u00e9fense rend n\u00e9cessaire dans un premier temps la mobilisation du peuple contre les vestiges du r\u00e9gime ancien, par la suite, une fois ces vestiges (les privil\u00e8ges) abolis, il convient pour Siey\u00e8s de pr\u00e9coniser la mise en tutelle du peuple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Qu&rsquo;est-ce que le Tiers \u00c9tat\u00a0?<\/em> expose le moment o\u00f9 le compromis avec la noblesse tourne \u00e0 l&rsquo;affrontement, le moment o\u00f9 se proclame\u00a0 l\u2019alliance n\u00e9cessaire avec le peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0On ne doit pas se le dissimuler\u00a0; le garant de la libert\u00e9 publique ne peut \u00eatre que l\u00e0 o\u00f9 est la force r\u00e9elle. Nous ne pouvons \u00eatre libre qu&rsquo;avec le peuple et par lui.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans d&rsquo;autres textes \u2014 pas toujours publics \u2014 Siey\u00e8s expose au contraire la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas laisser jouer au peuple le r\u00f4le du souverain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Comment Siey\u00e8s pense le rapport entre base \u00e9conomique et formes poli\u00adtiques<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Siey\u00e8s, veut le triomphe de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9changes libres contre la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;ordres, il veut la lib\u00e9ration des \u00e9changes. Une telle lib\u00e9\u00adration ne peut triompher que par une lutte entre forces sociales (classes) aux int\u00e9r\u00eats oppos\u00e9s, elle requiert que les formes politiques corres\u00adpondent aux besoins de \u201clibert\u00e9\u201d des rapports \u00e9conomiques marchands. L&rsquo;instance politique doit remplir un r\u00f4le \u00e0 cet \u00e9gard.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Siey\u00e8s, comme pour Rousseau, la soci\u00e9t\u00e9, \u201cl&rsquo;\u00e9tat social\u201d, ne r\u00e9\u00adsulte pas de processus spontan\u00e9s, c&rsquo;est \u00ab\u00a0un ouvrage libre\u00a0\u00bb issu d&rsquo;une \u00ab\u00a0convention\u00a0\u00bb entre associ\u00e9s. Ouvrage, c&rsquo;est-\u00e0-dire construction. Libre, c&rsquo;est-\u00e0-dire non soumis \u00e0 des r\u00e8gles pr\u00e9-donn\u00e9es. Issu d&rsquo;une convention entre associ\u00e9s, c&rsquo;est-\u00e0-dire ne ressortant pas tout \u00e9tabli du mouvement des \u00e9changes marchands. Si le point de d\u00e9part, et le \u201cmoteur\u201d, r\u00e9side bien dans \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9change libre\u00a0\u00bb, cet \u00e9change a besoin d&rsquo;un cadre politique, qui lui permette de se \u201clib\u00e9rer\u201d des carcans anciens.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les rapports qui se d\u00e9veloppent \u201cspontan\u00e9ment\u201d entre les hommes, Siey\u00e8s distingue deux tendances\u00a0: Les relations entre \u00ab\u00a0nos semblables\u00a0\u00bb peuvent se poser comme \u00ab\u00a0moyens r\u00e9ciproques\u00a0\u00bb ou comme obstacles. Il faut par la pra\u00adtique politique mettre en avant un \u201cint\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral\u201d, (plus ou moins g\u00e9n\u00e9ral) pour \u00e9tablir l&rsquo;ordre souhait\u00e9 (\u00e9changes libres), afin que des rapports (non d\u00e9sir\u00e9s) entre hommes n\u2019y mettent pas obstacle.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Une soci\u00e9t\u00e9 ne peut avoir qu&rsquo;un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Il serait impossible d&rsquo;\u00e9tablir l&rsquo;ordre, si l&rsquo;on pr\u00e9tendait marcher \u00e0 plusieurs int\u00e9r\u00eats oppos\u00e9s. L&rsquo;ordre social suppose n\u00e9cessairement unit\u00e9 de but et concert des moyens.\u00a0\u00bb\u201c<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La m\u00e9diation politique est n\u00e9cessaire pour passer de \u201cl&rsquo;\u00e9tat de nature\u201d \u00e0 \u201cl&rsquo;\u00e9tat social\u201d. Il faut des conventions, des r\u00e8gles communes, une recon\u00adnaissance mutuelle des associ\u00e9s, une garantie sociale pour que les \u00e9changes se r\u00e9v\u00e8lent avantageux. Comme dans le <em>Contrat social<\/em>, il y a l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;ali\u00e9nation de moyens particuliers permet en retour de recevoir les avantages qui d\u00e9coulent de l&rsquo;association publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Souverainet\u00e9 de la nation<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au moyen du concept de nation, Siey\u00e8s expose comment il con\u00e7oit les relations entre \u00e9cono\u00admie et politique. La nation est tout \u00e0 la fois pos\u00e9e au niveau de la base \u00e9conomique et dans l&rsquo;ordre politique. La nation est tout \u00e0 la fois une \u201ccombinaison\u201d des activit\u00e9s et des classes productives utiles (contre les classes st\u00e9riles, les privil\u00e9gi\u00e9s) et le regroupement politique moderne des associ\u00e9s (contre le r\u00e9gime des ordres, des \u201c\u00e9tats\u201d). Si, sous le premier aspect (base \u00e9conomique), la nation ressort du mouvement des \u00e9changes libres, le second (ordre politique), se pr\u00e9sente comme une \u00e9laboration construite qui doit satisfaire les besoins de la nouvelle \u201clogique\u201d \u00e9conomique (libert\u00e9 des \u00e9changes).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il convient \u00e0 cet \u00e9gard de consid\u00e9rer quelle place Siey\u00e8s conf\u00e8re au travail et \u00e0 la division du travail dans sa soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9changes libres. Pour lui, le tra\u00advail est cr\u00e9ateur de formes et de richesses. L&rsquo;industrie transformatrice d\u00e9ve\u00adloppe les forces productives et la richesse de la soci\u00e9t\u00e9. (Contrairement aux physiocrates, il ne privil\u00e9gie pas la production agricole et la propri\u00e9t\u00e9 fon\u00adci\u00e8re). Le travail ne se con\u00e7oit pas sans l&rsquo;\u00e9change et sans la division du travail, facteurs de multiplication des richesses. La division du travail, la combinaison des travaux utiles, les \u00e9changes entre travaux, constituent une pi\u00e8ce essentielle dans le processus d&rsquo;affranchissement des rapports f\u00e9o\u00addaux. De m\u00eame que le travail cr\u00e9ateur utile s&rsquo;oppose \u00e0 la st\u00e9rilit\u00e9 des classes privil\u00e9gi\u00e9es, la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9changes libres s&rsquo;oppose \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;ordres. C&rsquo;est le Tiers \u00c9tat qui repr\u00e9sente les \u00ab\u00a0classes du travail\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0co-pro\u00adductives\u00a0\u00bb. Ce sont ces classes qui soutiennent la soci\u00e9t\u00e9, non les classes st\u00e9riles, privil\u00e9gi\u00e9es, qui la ruinent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le concept complet de nation combine ainsi facteurs \u00e9conomiques et politiques. La nation est tout \u00e0 la fois la combinaison des classes utiles et leur \u00e9tablissement politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0En tant que combinaison des travaux utiles \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, la nation tire d&rsquo;elle-m\u00eame sa propre l\u00e9gitimit\u00e9. Elle est aussi le v\u00e9ritable tenant de la souverainet\u00e9. C&rsquo;est elle qui d\u00e9tient le pouvoir constituant, pouvoir actif qui n&rsquo;est pas li\u00e9 au pass\u00e9 mais au pr\u00e9sent des classes qui soutiennent la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle. Consid\u00e9r\u00e9e ainsi, la nation pr\u00e9-existe \u00e0 son \u00e9tablissement poli\u00adtique.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La nation existe avant tout [&#8230;] avant elle et au-dessus d&rsquo;elle il n&rsquo;y a que le droit naturel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La nation seule peut vouloir pour elle-m\u00eame et par cons\u00e9quent se cr\u00e9er des lois.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le principe de l\u00e9gitimit\u00e9 r\u00e9side dans le contenu social de la nation, les activit\u00e9s utiles. Le caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire est attach\u00e9 \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de nation d\u00e9tentrice du pouvoir constituant actif, contre tout ordre pass\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 La nation a besoin d&rsquo;un \u00ab\u00a0\u00e9tablissement politique\u00a0\u00bb qui corres\u00adponde \u00e0 son contenu social, contre tout ce qui n&rsquo;est pas la nation : les classes st\u00e9riles. Un tel \u00e9tablissement doit s&rsquo;\u00e9difier en fonction du sch\u00e9ma suivant :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Nation\u00a0: ordre commun\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ordres priv\u00e9s, particuliers<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">des classes utiles\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 des classes st\u00e9riles<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">une seule repr\u00e9sentation\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 repr\u00e9sentation des ordres<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Assembl\u00e9e nationale\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux<\/em><\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le Tiers seul dira-t-on ne peut former les \u00c9tats G\u00e9n\u00e9raux \u2014 Eh! tant mieux, il composera une Assembl\u00e9e Nationale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La soci\u00e9t\u00e9 doit \u00eatre r\u00e9organis\u00e9e en fonction de l&rsquo;ordre commun, par une repr\u00e9sentation nationale qui exclut les apanages de repr\u00e9sentations, les repr\u00e9sentations d&rsquo;ordres, locales ou de corps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la premi\u00e8re \u00e9tape de la R\u00e9volution, lorsque la force du peuple se r\u00e9v\u00e8le n\u00e9cessaire, et que celui-ci ne pr\u00e9tend pas aller au-del\u00e0 des buts de la r\u00e9volution bourgeoise, la nation est pos\u00e9e par Siey\u00e8s comme \u00e9tant syno\u00adnyme de peuple. La nation, ou le peuple, sont souverains. Le gouverne\u00adment est leur commis. L&rsquo;id\u00e9e de repr\u00e9sentation \u00e9galitaire du nombre pr\u00e9vaut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa conception se r\u00e9v\u00e8le toutefois moins univoque. S&rsquo;il r\u00e9cuse les apa\u00adnages de repr\u00e9sentation (par la noblesse), il veut mettre en place la \u00ab\u00a0libre concurrence\u00a0\u00bb pour les fonctions publiques. Au sein de cette concurrence, les fonctions publiques \u00e9choient alors \u201cnaturellement\u201d \u00e0 la portion \u00e9clair\u00e9e du Tiers \u00c9tat, aux \u00ab\u00a0classes disponibles\u00a0\u00bb, qui sont seules \u00e0 avoir une for\u00adtune suffisante pour \u00eatre ind\u00e9pendantes, et ont assez de temps et de connaissances pour exercer le m\u00e9tier politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La repr\u00e9sentation de la volont\u00e9<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Siey\u00e8s distingue plusieurs \u00e9tapes dans le m\u00e9canisme de repr\u00e9sentation de la volont\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans \u201cl&rsquo;\u00e9tat de nature\u201d r\u00e8gne le jeu des volont\u00e9s individuelles, il n&rsquo;y a pas de repr\u00e9sentation commune. Pour passer \u00e0 la deuxi\u00e8me \u00e9tape, \u201cl&rsquo;\u00e9tat social\u201d, il faut comme Rousseau le projetait dans le <em>Contrat social<\/em>, unit\u00e9 de volont\u00e9, la repr\u00e9sentation par cons\u00e9quent doit \u00eatre commune, chaque citoyen participant \u00e9galement \u00e0 la formation de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une troisi\u00e8me \u00e9tape, s&rsquo;op\u00e8re un \u00ab\u00a0d\u00e9tachement\u00a0\u00bb d&rsquo;une portion de la volont\u00e9 nationale, sous la forme d&rsquo;une \u00ab\u00a0volont\u00e9 repr\u00e9sentative\u00a0\u00bb. Le peuple d\u00e9l\u00e8gue ici la volont\u00e9 souveraine (et pas seulement du pouvoir), \u00e0 l&rsquo;inverse du mod\u00e8le de Rousseau. Ce sont les classes disponibles qui vont repr\u00e9senter la volont\u00e9 souveraine, sans que soit pos\u00e9e, comme il en est le cas chez Rousseau, la n\u00e9cessit\u00e9 \u201cd&rsquo;instituer le peuple\u201d, en travaillant\u00a0 cr\u00e9er les conditions de d\u00e9veloppement de sa capacit\u00e9 politique. Le gouvernement se constitue en corps, tandis que les gouvern\u00e9s (les classes populaires) doivent res\u00adter atomis\u00e9s, et sous couvert de lutte contre les anciennes corporations, ne jamais pouvoir \u00eatre constitu\u00e9s en corps politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Dans une soci\u00e9t\u00e9, il ne peut y avoir de corps que le corps gouver\u00adnant, lui seul est organis\u00e9 pour cela, quant \u00e0 la partie gouvern\u00e9e, elle n&rsquo;est qu&rsquo;une collection d&rsquo;individus.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L&rsquo;ordre social exige [&#8230;] de ne point laisser les simples citoyens se disposer en corporations.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">D&rsquo;abord pos\u00e9 comme ensemble unitaire, le Tiers \u00c9tat se divise en \u00ab\u00a0hommes disponibles\u00a0\u00bb, savants, comp\u00e9tents, et en \u00ab\u00a0hommes de labeur\u00a0\u00bb, igno\u00adrants. Le pouvoir semble ne para\u00eet pas ainsi relever d&rsquo;une classe, seulement du savoir, de la raison. Et si la notion de travail permettait de figurer l&rsquo;unit\u00e9 des diff\u00e9rentes fractions du Tiers \u00c9tat contre les privil\u00e9gi\u00e9s, la notion de <em>division du tra\u00advail<\/em>, \u00e9tendue \u00e0 l&rsquo;ordre politique, va permettre de l\u00e9gitimer l&rsquo;accaparement du vouloir et du pouvoir par une classe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Siey\u00e8s, on l&rsquo;a dit, les diff\u00e9rents travaux entrent en relation par l&rsquo;\u00e9change. La succession des \u00e9changes vaut pour signifier la repr\u00e9sentation r\u00e9ciproque de tous les travaux les uns dans les autres. A se repr\u00e9sente dans B\u00a0; B dans C\u00a0; C dans A, etc.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Tous les rapports de citoyen \u00e0 citoyen sont des rapports libres. L&rsquo;un donne son temps ou sa marchandise, l&rsquo;autre rend en \u00e9change son argent, il n&rsquo;y a point de subordination mais un \u00e9change continuel.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Un gouvernement par les \u00e9lites. Une conception \u201ctechnocratique\u201d de la politique<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;agit ici de l\u2019\u00e9change de travaux particuliers. A c\u00f4t\u00e9 de cette division des travaux productifs particuliers et de l\u2019\u00e9change qui s\u2019institue entre eux, Siey\u00e8s introduit un autre principe de division\u00a0: une forme d&rsquo;\u00e9change entre les travaux directement productifs et un \u00ab\u00a0travail g\u00e9n\u00e9ral de souverainet\u00e9\u00a0\u00bb, ou \u201ctravail public\u201d. Le travail public, au sein de la division g\u00e9n\u00e9rale du travail, va \u201crepr\u00e9senter\u201d toutes les activit\u00e9s particuli\u00e8res. Les activit\u00e9s particuli\u00e8res vont s&rsquo;\u00e9changer contre une seule forme de travail, le travail public, r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une cat\u00e9gorie particuli\u00e8re adonn\u00e9e au m\u00e9tier politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les oppositions de classes sont pos\u00e9es comme distinctions de fonc\u00adtions, de savoir. Le m\u00e9tier politique ne peut revenir qu&rsquo;\u00e0 ceux qui en ont les capacit\u00e9s. Et m\u00eame la qualit\u00e9 de \u201crepr\u00e9sentable\u201d (ceux qui peuvent d\u00e9l\u00e9guer leur volont\u00e9) doit se trouver limit\u00e9e \u00e0 une partie de la population.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La souverainet\u00e9 et le pouvoir deviennent l&rsquo;apanage des sp\u00e9cialistes en \u00ab\u00a0art social\u00a0\u00bb, ceux qui savent les lois du m\u00e9canisme social.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les lumi\u00e8res de la morale publique doivent para\u00eetre chez les hommes bien mieux plac\u00e9s pour saisir les rapports sociaux, et chez qui le ressort originel est moins commun\u00e9ment bris\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les classes non disponibles (peuple riv\u00e9 au travail et aux pr\u00e9occupa\u00adtions de survie imm\u00e9diate) sont selon Siey\u00e8s, \u00e9trang\u00e8res \u00e0 toute \u00ab\u00a0id\u00e9e sociale\u00a0\u00bb. La majo\u00adrit\u00e9 des hommes ne sont que des \u00ab\u00a0machines de travail\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0multitude sans instruction et qu&rsquo;un labeur forc\u00e9 absorbe en entier\u00a0\u00bb. Pour r\u00e9gler \u00ab\u00a0le m\u00e9ca\u00adnisme social\u00a0\u00bb, il faut des experts, non les hommes de cette \u00ab\u00a0multitude, qui, toujours enfant, consid\u00e8re le m\u00e9canisme social comme un joujou\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La reconstitution d&rsquo;une division fixe entre gouvernants et gouvern\u00e9s, d&rsquo;une nouvelle hi\u00e9rarchie sociale, s&rsquo;impose alors dans le mod\u00e8le de Siey\u00e8s.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ne confondons point avec la sup\u00e9riorit\u00e9 absurde et chim\u00e9rique qui est l&rsquo;ouvrage des privil\u00e8ges [&#8230;] [et] cette sup\u00e9riorit\u00e9 l\u00e9gale qui suppose seulement des gouvernants et des gouvern\u00e9s. Celle-ci est r\u00e9elle ; elle est n\u00e9cessaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La seule hi\u00e9rarchie n\u00e9cessaire [&#8230;] s&rsquo;\u00e9tablit entre les agents de la souverainet\u00e9\u00a0[&#8230;] c&rsquo;est l\u00e0 que se trouvent les vrais rapports d&rsquo;inf\u00e9rieur \u00e0 sup\u00e9rieur, parce que la machine publique ne peut se mouvoir qu&rsquo;au moyen de cette correspondance.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Siey\u00e8s aboutit \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un \u201cgouvernement rationnel\u201d, d&rsquo;ordre technique, et non plus politique. Citons dans le m\u00eame esprit la conception que Guizot se fera d&rsquo;une \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 de la raison\u00a0\u00bb. La post\u00e9rit\u00e9 sera longue. Bien que le principe de souverainet\u00e9 du peuple puisse \u00eatre reconnu dans les Constitutions, en pratique, son exclusion pr\u00e9vaut dans la pratique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9sum\u00e9, Siey\u00e8s reconna\u00eet une sorte de \u201clutte de classes\u201d, tant que celle-ci concerne l&rsquo;opposition Tiers \u00c9tat contre privil\u00e9gi\u00e9s, soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9changes libres contre r\u00e9gime des ordres. L&rsquo;identit\u00e9 peuple et nation se pr\u00e9sente alors comme n\u00e9cessaire pour imposer la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9changes libres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par la suite, Siey\u00e8s ne peut admettre l&rsquo;existence d&rsquo;une lutte des classes, d\u00e8s lors que celle-ci opposerait le peuple aux riches. Les lois de la soci\u00e9t\u00e9 marchande se pr\u00e9\u00adsentent pour lui comme incontournables, elles se pr\u00e9sentent, sous l&rsquo;effigie de la nation, comme le v\u00e9ritable souverain. Seules les classes disponibles connaissent les lois de ce r\u00e9gime, et leur savoir doit \u00eatre pos\u00e9 (impos\u00e9) comme seule science (l\u00e9gitime) du m\u00e9ca\u00adnisme social, excluant de la science tout ce qui porte atteinte aux conditions de maintien de ce r\u00e9gime. La souverainet\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 marchande, exerc\u00e9e par ses commis, prend l&rsquo;aspect d&rsquo;un pouvoir rationnel. Il y a rup\u00adture des clauses, tacites ou expresses, du pacte social, ceux qui subissent la loi ne sont pas ceux qui la forment, il n&rsquo;y a plus principe d&rsquo;\u00e9quivalence entre les droits et les devoirs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Robespierre<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e0 o\u00f9 Siey\u00e8s veut arr\u00eater le processus r\u00e9volutionnaire, Robespierre pr\u00e9tend le mener \u00e0 sa fin. Pour ce dernier, l\u00e9gitimit\u00e9 et souverainet\u00e9 ne sont pas \u00e0 mettre en conformit\u00e9 avec les \u201clois\u201d de la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9changes libres, mais avec l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public, qui, comme pour Rousseau, est celui du peuple. Il ne s&rsquo;agit plus de poser les termes de la lutte entre Tiers \u00c9tat et privil\u00e9gi\u00e9s, mais entre le peuple et les anciens et nouveaux tenants de la richesse et des moyens de la domination sociale. La question essentielle est alors celle des conditions et moyens de la souverainet\u00e9 du peuple.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Perception d\u2019une \u201clutte de classes\u201d\u00a0?<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans des conditions historiques nouvelles, Robespierre vise \u00e0 mettre en \u0153uvre les principes du <em>Contrat social<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour faire triompher l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public, qui est celui du peuple, il convient de combattre les obstacles qui s&rsquo;opposent \u00e0 sa r\u00e9alisation. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat du peuple se r\u00e9alise dans le cadre d&rsquo;une lutte entre r\u00e9volution et contre-r\u00e9volution. Au cours des diff\u00e9rentes \u00e9tapes de ce processus, les alli\u00e9s d&rsquo;hier peuvent devenir les adversaires du pr\u00e9\u00adsent. M\u00eame si la formulation \u201clutte de classes\u201d n\u2019est pas pr\u00e9sente dans le discours, il y a bien percep\u00adtion que les objectifs sociaux et politiques ne se r\u00e9alisent qu&rsquo;au terme d&rsquo;une lutte entre vis\u00e9es politiques en opposition. En termes \u00e9conomiques et politiques, Robespierre en d\u00e9gage les principes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019agissant de la base \u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9, il fait \u00e9tat de l\u2019opposition entre \u00ab\u00a0le droit \u00e0 l&rsquo;existence\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0libert\u00e9 ind\u00e9finie du commerce\u00a0\u00bb, entre le peuple et les riches (les bourgeois, les financiers), opposition qui, au plan politique, peut s\u2019exposer comme contradiction entre deux modes de gouvernement\u00a0: souverainet\u00e9 effective du peuple et \u00ab\u00a0despotisme repr\u00e9sentatif\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral est port\u00e9 par le peuple, les int\u00e9r\u00eats particuliers par les riches.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les abus sont l&rsquo;ouvrage et le domaine des riches, ils sont les fl\u00e9aux du peuple\u00a0: l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du peuple est l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, celui des riches est l&rsquo;int\u00e9r\u00eat particulier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il \u00e9tablit comme Siey\u00e8s des relations entre base \u00e9conomique et formes politiques, la racine des maux s\u2019institue dans la sph\u00e8re des rapports qui s\u2019\u00e9tablissent dans la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 civile\u00a0\u00bb (au sens donn\u00e9 aujourd\u2019hui \u00e0 ce mot). La soci\u00e9t\u00e9 civile, livr\u00e9e \u00e0 son mouvement immanent, ne porte pas en elle une harmonie pr\u00e9-\u00e9tablie, mais des conflits d&rsquo;int\u00e9r\u00eats. Ces conflits ne se bornent pas \u00e0 la lutte de tous contre tous, ils prennent la forme d&rsquo;une lutte sociale entre grands groupes humains. Le bien public ne peut ressortir du mouvement spontan\u00e9 des \u00e9changes. C\u2019est par le levier politique qu\u2019on peut transformer la soci\u00e9t\u00e9, imposer la finalit\u00e9 d\u2019un bien public. Par cons\u00e9quent, le peuple doit \u00eatre institu\u00e9 en souverain effectif pour que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral puisse pr\u00e9valoir. Ce qui conduit \u00e0 combattre ceux qui se coalisent pour la d\u00e9\u00adfense des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s au d\u00e9triment de cet int\u00e9r\u00eat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La l\u00e9gitimit\u00e9 des formes politiques au sein desquelles le peuple peut effectivement occuper la place du souverain, tient \u00e0 leur contenu\u00a0: assurer le droit \u00e0 l&rsquo;existence pour le peuple et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public. La l\u00e9galit\u00e9 formelle des classes riches se r\u00e9v\u00e8le ill\u00e9gitime, si elle s&rsquo;oppose \u00e0 ce droit et \u00e0 cet int\u00e9r\u00eat.A la l\u00e9gi\u00adtimit\u00e9 du contenu doit ainsi correspondre des institutions qui font du peuple le tenant de la souverainet\u00e9, garant du bien public. En fonction des conditions concr\u00e8tes, cette forme l\u00e9gitime peut correspondre \u00e0 un \u00ab\u00a0gouvernement repr\u00e9sentatif\u00a0\u00bb, ou\u00a0 au \u00ab\u00a0gouvernement r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Robespierre, la soci\u00e9t\u00e9 est l\u00e9gitime si elle assure les conditions de l&rsquo;\u00e9gale libert\u00e9 de tous, la possible ma\u00eetrise par chacun de son existence. Comme il en \u00e9tait le cas pour Rousseau, la libert\u00e9 que vise Robespierre se pr\u00e9sente comme une qualit\u00e9 es\u00adsentielle qui concerne <em>l&rsquo;homme<\/em>, non d\u2019abord la libert\u00e9 des <em>\u00e9changes<\/em> (mise au premier plan par Siey\u00e8s). La libert\u00e9 de l&rsquo;homme suppose le droit \u00e0 l&rsquo;existence, la possibilit\u00e9 pour chacun de subvenir \u00e0 ses besoins,\u00a0 de ne pas se trouver contraint d&rsquo;\u00eatre dans la d\u00e9pendance d&rsquo;autrui, conditions d&rsquo;une \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 sur soi-m\u00eame\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La libert\u00e9 de l&rsquo;homme, son droit \u00e0 l&rsquo;existence, tendent \u00e0 entrer en contradiction avec la libert\u00e9 des \u00e9changes marchands, laiss\u00e9s \u00e0 leur propre mouvement. Cette libert\u00e9 ne peut \u00eatre un produit du libre d\u00e9veloppe\u00adment de ces\u00a0 \u00e9changes, tels qu\u2019ils conduisent \u00e0 l&rsquo;asservissement de certains hommes par d\u2019autres, et par suite \u00e0 l\u2019opposition entre classes riches et classes pauvres. La libert\u00e9 ne peut pr\u00e9valoir par le laisser faire, elles requiert des institutions sociales et politiques pour la faire pr\u00e9valoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, la libert\u00e9, comme chez Rousseau, est \u00e9troitement associ\u00e9e au principe d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les hommes. Le droit \u00e0 l&rsquo;existence est un droit \u00e9gal, de m\u00eame que l&rsquo;\u00e9gale libert\u00e9 de dis\u00adposer de soi-m\u00eame, contre tout rapport de d\u00e9pendance (\u00e9conomique ou social). L&rsquo;\u00e9gale libert\u00e9 ne peut \u00eatre effective que si le peuple est le souverain, lui seul peut vouloir l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. Dans la seconde phase de la R\u00e9volution, les ennemis de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 ne sont plus les anciens privil\u00e9gi\u00e9s, mais ceux qui mettent en avant, comme Siey\u00e8s, la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9changes libres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Libert\u00e9 et propri\u00e9t\u00e9 (l\u00e9gitime ou ill\u00e9gitime)<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours en continuit\u00e9 avec la conception de Rousseau, la propri\u00e9t\u00e9, pour Robespierre, doit \u00eatre subordonn\u00e9e \u00e0 la libert\u00e9 effective des hommes, c\u2019est-\u00e0-dire leur droit \u00e9gal \u00e0 l&rsquo;existence, \u00e0 la ma\u00eetrise de cette exis\u00adtence. On peut sur cette base, \u00e9tablir une distinction entre propri\u00e9t\u00e9 l\u00e9gitime et propri\u00e9t\u00e9 ill\u00e9gitime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La propri\u00e9t\u00e9 l\u00e9gitime n&rsquo;est pas attentatoire \u00e0 la libert\u00e9 d&rsquo;exister.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La premi\u00e8re loi sociale est donc celle qui garantit \u00e0 tous les membres de la soci\u00e9t\u00e9 les moyens d&rsquo;exister\u00a0; toutes les autres sont subor\u00addonn\u00e9es \u00e0 celle-l\u00e0 ; la propri\u00e9t\u00e9 n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 institu\u00e9e ou garantie que pour la cimenter ; c&rsquo;est pour vivre d&rsquo;abord qu&rsquo;on a des propri\u00e9t\u00e9s. Il n&rsquo;est pas vrai que la propri\u00e9t\u00e9 puisse jamais \u00eatre en opposition avec la subsistance des hommes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;existence ne peut \u00eatre livr\u00e9 au commerce, au profit, c&rsquo;est seulement l&rsquo;exc\u00e9dent qui peut \u00eatre appropri\u00e9 de fa\u00e7on priv\u00e9e. Ce qui est indispensable pour conserver l&rsquo;existence doit se constituer en propri\u00e9t\u00e9 commune \u00e0 la so\u00adci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Tout ce qui est n\u00e9cessaire pour la conserver [la vie] est une propri\u00e9t\u00e9 commune \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re. Il n&rsquo;y a que l&rsquo;exc\u00e9dent qui soit une propri\u00e9t\u00e9 individuelle et qui soit abandonn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;industrie des commer\u00e7ants.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour que la subordination du priv\u00e9 au commun soit effective, assurant \u00e0 chacun le droit \u00e0 l&rsquo;exis\u00adtence, le peuple doit aussi \u00eatre propri\u00e9taire de la chose publique, et donc aussi propri\u00e9taire du gouvernement et des lois, qui sont son ouvrage.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le peuple est le souverain\u00a0: le gouvernement est son ouvrage et sa propri\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Quand la loi a pour principe l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public, elle a le peuple lui-m\u00eame pour appui, et sa force est la force de tous les citoyens, dont elle est l&rsquo;ouvrage et la propri\u00e9t\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Conditions de r\u00e9alisation de la souverainet\u00e9 du peuple<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;id\u00e9e que seule une souverainet\u00e9 effective du peuple peut garantir l&rsquo;instauration d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 l\u00e9gitime est centrale chez Robespierre, les ambivalences que recelait la notion de souverainet\u00e9 de la nation chez Siey\u00e8s n\u2019ont pas ici leur place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La souverainet\u00e9 du peuple suppose que celui-ci s\u2019approprie la sph\u00e8re poli\u00adtique, que les lois soient \u00ab\u00a0son ouvrage\u00a0\u00bb, que le gouvernement demeure dans sa d\u00e9pendance, que les fonctionnaires rester ses commis. C&rsquo;est au peuple que revient la volont\u00e9 directrice. Le gouvernement, les fonctionnaires doi\u00advent \u00eatre con\u00e7us comme les bras qui ex\u00e9cutent sa volont\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi le peuple n&rsquo;est tenu d&rsquo;ob\u00e9ir aux lois que si celles-ci correspondent \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public, lui procurent la \u00ab\u00a0garantie sociale\u00a0\u00bb dont il a besoin. Si les lois ne correspondant pas \u00e0 cet int\u00e9r\u00eat, le peuple n&rsquo;est pas tenu de leur ob\u00e9ir, il peut rentrer dans le \u201cdroit naturel\u201d, droit de d\u00e9sob\u00e9issance et d&rsquo;insurrection.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour que le peuple puisse vraiment \u00eatre le \u201cpropri\u00e9taire\u201d des lois et du gouvernement, les conditions de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de sa ca\u00adpacit\u00e9 politique doivent \u00eatre cr\u00e9\u00e9es, afin qu\u2019il puisse \u00eatre \u00e9lev\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e0 la hauteur\u00a0\u00bb de ses droits et de sa destin\u00e9e. Robespierre pr\u00e9conise pour ce faire un ensemble de mesures\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Rendre publics les principes qui guident la libert\u00e9 du peuple, afin que celui-ci soit \u00e9clair\u00e9. Rendre visible la v\u00e9rit\u00e9, en s&rsquo;appuyant sur des contenus plus que sur des personnes.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Que le peuple ait toujours devant les yeux les bases de sa libert\u00e9 et de son bonheur.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0(Il faut) prendre de loin ses pr\u00e9cautions pour remettre les destin\u00e9es de la libert\u00e9 entre les mains de la v\u00e9rit\u00e9 qui est \u00e9ternelle plus que dans celle des hommes qui passent, de mani\u00e8re que si le gouvernement oublie les int\u00e9\u00adr\u00eats du peuple, ou qu&rsquo;il retombe dans les mains des hommes corrompus [&#8230;], la lumi\u00e8re des principes reconnus \u00e9claire ses trahisons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Renforcer la prise de conscience, la vigilance du peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le courage et la vigilance du peuple peuvent seuls conserver la libert\u00e9. Il est encha\u00een\u00e9 d\u00e8s qu&rsquo;il s&rsquo;endort, il est m\u00e9pris\u00e9 d\u00e8s qu&rsquo;il ne se fait plus craindre ; il est vaincu d\u00e8s qu&rsquo;il pardonne \u00e0 ses ennemis, avant de les avoir enti\u00e8rement dompt\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Donner au peuple les moyens de contr\u00f4ler ses repr\u00e9sentants, en pla\u00e7ant ceux-ci sous son regard.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Un peuple dont les mandataires ne doivent rendre compte \u00e0 personne de leur gestion n&rsquo;a pas de constitution.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0[Les mandataires du peuple doivent se placer toujours] sous les yeux du peuple.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Le peuple doit pouvoir s&rsquo;assembler librement, et librement d\u00e9lib\u00e9\u00adrer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du temps doit \u00eatre d\u00e9gag\u00e9 pour qu&rsquo;il puisse s&rsquo;assembler. Le temps consacr\u00e9 \u00e0 la vie publique doit \u00eatre indemnis\u00e9 pour que le peuple puisse aussi devenir une classe disponible pour la politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cherchant \u00e0 donner les conditions d&rsquo;une souverainet\u00e9 effective du peuple, Robespierre s&rsquo;oppose \u00e0 la conception rationnelle, technicienne du m\u00e9tier politique, que proposait Siey\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Souverainet\u00e9 et repr\u00e9sentation<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la th\u00e9matique de Rousseau, la volont\u00e9 ne pouvait \u00eatre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e, alors que le pouvoir devait l&rsquo;\u00eatre, afin que le peuple ne se d\u00e9tourne pas de ce qui touche aux affaires g\u00e9n\u00e9rales de la soci\u00e9t\u00e9. Pour Robespierre, il en est de m\u00eame, la volont\u00e9 ne peut pas non plus \u00eatre vraiment d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e, il envisage cependant une forme de repr\u00e9\u00adsentation qui permette d&rsquo;exprimer cette volont\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon lui, la souverainet\u00e9 a besoin d&rsquo;un exercice r\u00e9fl\u00e9chi. Et celui-ci ne peut s&rsquo;op\u00e9rer si fait d\u00e9faut une instance qui procure au souverain les moyens de r\u00e9fl\u00e9chir, de fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, pour d\u00e9terminer le contenu de sa volont\u00e9. Faute d&rsquo;une telle instance, ce sont les int\u00e9r\u00eats particuliers en concurrence qui seront repr\u00e9sent\u00e9s, sur la base d\u2019un rapport de forces qui assure aux riches la domination. La repr\u00e9sentation imm\u00e9diate des int\u00e9r\u00eats, sous forme de \u201cd\u00e9mocratie directe\u201d reproduit en effet la lutte concurren\u00adtielle des int\u00e9r\u00eats et la loi du plus fort. Il convient de rechercher un mode d&rsquo;expression g\u00e9n\u00e9ral de la volont\u00e9 du peuple, pour tout ce qui concerne les af\u00adfaires communes (pour les affaires locales, particuli\u00e8res, peuvent exister des instances particuli\u00e8res).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rejetant la d\u00e9mocratie directe, Robespierre refuse aussi le \u00ab\u00a0despo\u00adtisme repr\u00e9sentatif\u00a0\u00bb, qui feint de gouverner au nom du peuple, tout en affirmant, comme Siey\u00e8s, que la comp\u00e9tence politique ne peut \u00e9choir qu&rsquo;\u00e0 des repr\u00e9sentants \u201c\u00e9clair\u00e9s\u201d. Les deux formes, d\u00e9mocratie directe et despotisme repr\u00e9sentatif, servent au fond les m\u00eames int\u00e9r\u00eats, ceux de la soci\u00e9t\u00e9 marchande, des int\u00e9\u00adr\u00eats priv\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le gouvernement r\u00e9volutionnaire<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;existe pas d&rsquo;harmonie spontan\u00e9e des int\u00e9r\u00eats sociaux. Le gouvernement politique, con\u00e7u comme simple ges\u00adtion rationnelle du \u00ab\u00a0m\u00e9canisme social\u00a0\u00bb (Siey\u00e8s), conduit \u00e0 reproduire les conditions d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 au service des plus riches. On ne peut en mati\u00e8re politique agir en postulant un principe de coh\u00e9sion sociale spontan\u00e9e qu\u2019il s\u2019agirait seulement de g\u00e9rer selon les principes suppos\u00e9s d\u2019une raison technicienne. Le \u00ab\u00a0gouvernement r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, ne postulant pas une coh\u00e9sion sociale spontan\u00e9e, une prise de parti s\u2019impose dans le conflit qui oppose riches et pauvres, prise de parti pour le bien public, qui repr\u00e9sente l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du plus grand nombre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vouloir le bien public, c&rsquo;est combattre ceux qui s&rsquo;y opposent, par la mise en avant des int\u00e9r\u00eats particuliers, la minorit\u00e9, les riches, qui constituent des obstacles par rapport \u00e0 la r\u00e9alisation du but. C\u2019est en fonction de ce but et de ces obstacles que Robespierre d\u00e9finit les principes du \u00ab\u00a0gouvernement r\u00e9volu\u00adtionnaire\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0en ayant en vue le but de la r\u00e9volution, le terme o\u00f9 arriver\u00a0\u00bb,<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">et<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0les obstacles \u00e0 surmonter, les moyens \u00e0 utiliser\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut consid\u00e9rer ce gouvernement r\u00e9volutionnaire du point de vue son contenu et de sa forme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Le <em>contenu<\/em> se rapporte au but\u00a0: faire valoir le salut du peuple, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public. C&rsquo;est par un tel contenu que se l\u00e9gitime le gouvernement r\u00e9\u00advolutionnaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 La <em>forme<\/em> est li\u00e9e aux conditions de la lutte, aux obstacles qui doivent \u00eatre surmont\u00e9s : guerre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, guerre \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur. La r\u00e9volu\u00adtion n&rsquo;est pas un jeu d&rsquo;enfant, les principes d&rsquo;ang\u00e9lisme ne correspondent pas aux conditions concr\u00e8tes de la lutte.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La r\u00e9volution est la guerre de la libert\u00e9 contre ses ennemis.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le gouvernement r\u00e9volutionnaire a besoin d&rsquo;une activit\u00e9 extraordi\u00adnaire pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu&rsquo;il est en guerre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut une libert\u00e9 de mouvement suffisante, une \u00ab\u00a0activit\u00e9 extra-ordi\u00adnaire\u00a0\u00bb, pour fonder la r\u00e9publique contre ses ennemis. Ce n\u2019est que lorsque celle-ci est instaur\u00e9e et consolid\u00e9e, que l&rsquo;on peut la conserver par une activit\u00e9 ordinaire. Instaurer la r\u00e9publique, dans les conditions de la guerre (int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure), requiert que le faisceau des forces soit \u00ab\u00a0resserr\u00e9\u00a0\u00bb, que les forces qui s&rsquo;opposent au bien du peuple soient jugul\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne peut, dans les conditions d\u2019une guerre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur concilier, les forces contraires, il faut trancher. Sous cet angle, le gouvernement r\u00e9volution\u00adnaire se pr\u00e9sente comme alliance de la vertu et de la terreur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0La <em>vertu<\/em> peut \u00eatre rapport\u00e9e au contenu, \u00e0 la finalit\u00e9, de la lutte\u00a0: le salut du peuple, le bien public, qui conf\u00e8rent leur l\u00e9gitimit\u00e9 au gouver\u00adnement r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0L\u2019usage de la <em>terreur<\/em> contre les ennemis du bien public, n&rsquo;est pas un but en soi, mais une <em>forme<\/em> momentan\u00e9e de lutte pour atteindre les finalit\u00e9s pos\u00e9es, en fonction des conditions de la lutte (1).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le contenu donne sa l\u00e9gitimit\u00e9 au gouvernement r\u00e9volutionnaire, sa forme peut se r\u00e9v\u00e9ler ill\u00e9gale. Mais cette ill\u00e9galit\u00e9 de forme ne doit jamais se\u00adlon Robespierre \u00eatre confondue avec le but. La terreur contre les ennemis du bien public n&rsquo;est pas le but. Et plus encore, si la terreur n&rsquo;est plus li\u00e9e \u00e0 un contenu l\u00e9gitime, elle se pose tout \u00e0 la fois comme ill\u00e9gale et ill\u00e9gi\u00adtime. Elle prend dit Robespierre \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9nergie d&rsquo;un poison violent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Plus son pouvoir est grand, plus son action est libre et rapide\u00a0; plus il [le gouvernement r\u00e9volutionnaire] doit \u00eatre dirig\u00e9 par la bonne foi. Le jour o\u00f9 il tombera dans des mains impures ou perfides, la libert\u00e9 sera perdue\u00a0; son nom deviendra le pr\u00e9texte et l&rsquo;excuse de la contre-r\u00e9volution m\u00eame ; son \u00e9nergie sera celle d&rsquo;un poison violent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Robespierre propose ici un crit\u00e8re universel d&rsquo;analyse des formes politiques, r\u00e9volutionnaires ou non. La l\u00e9\u00adgitimit\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9gime est \u00e0 rapporter \u00e0 son contenu social, non \u00e0 sa seule forme ou \u00e0 sa d\u00e9nomination.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conclure, on doit noter que les deux discours, celui de Robespierre et celui de Siey\u00e8s, pr\u00e9sentent des \u00e9l\u00e9ments communs\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Conception r\u00e9volutionnaire d&rsquo;instauration d&rsquo;un droit politique l\u00e9gi\u00adtime, par rapport \u00e0 un contenu social, contre l&rsquo;ordre ancien ou l&rsquo;ordre \u00e9ta\u00adbli.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Reconnaissance d&rsquo;une lutte entre forces sociales aux int\u00e9r\u00eats oppos\u00e9s et volont\u00e9 de trancher, faire pr\u00e9valoir les int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux de la so\u00adci\u00e9t\u00e9, qui trouvent \u00e0 s\u2019exprimer dans une classe d\u00e9termin\u00e9e de la so\u00adci\u00e9t\u00e9, lors de p\u00e9riodes d\u00e9termin\u00e9es de l\u2019histoire des formations sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les distinctions portent sur le fait qu&rsquo;ils ne se positionnent pas au regard des m\u00eames moments de l\u2019histoire, des m\u00eames vis\u00e9es so\u00adciales.Siey\u00e8s pose les conditions d\u2019un gouvernement politique qu\u2019il imagine \u00e0 m\u00eame de juguler les contradictions sociales de la soci\u00e9t\u00e9 nouvelle (capitaliste) en voie de d\u00e9veloppement. Robespierre repr\u00e9sente en quelque sorte le moment d&rsquo;apog\u00e9e dans l&rsquo;affirmation d&rsquo;un principe de l\u00e9gitimit\u00e9 fond\u00e9 sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat du peuple, et anticipe sur la cr\u00e9ation des conditions effectives de sa souverainet\u00e9. Selon Sylvain Mar\u00e9chal, la condamnation de Robespierre peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme la fin [provisoire ?] d&rsquo;une phase \u201cavant-courri\u00e8re d&rsquo;une r\u00e9volution bien plus radicale\u201d. En ce sens, Robespierre se situe par rapport \u00e0 l&rsquo;avenir, tandis que Siey\u00e8s est, comme il le signale lui-m\u00eame, encore riv\u00e9 au pr\u00e9\u00adsent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9f\u00e9rences :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Robespierre (Maximilien de), <em>Textes choisis<\/em>, \u00c9ditions sociales, 1974.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Siey\u00e8s (Emmanuel), <em>Qu&rsquo;est-ce que le Tiers \u00c9tat, Essais sur les privil\u00e8ges<\/em>, PUF, 1982.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>\u00c9crits politiques<\/em>, \u00c9ditions des Archives contemporaines, 1985.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On examinera plus particuli\u00e8rement sur la base de quelques textes, la position de deux auteurs, Siey\u00e8s et Robespierre,\u00a0 pour ce qui touche \u00e0 la ques\u00adtion du fondement de la l\u00e9gitimit\u00e9, en relation avec le tenant de la souve\u00adrainet\u00e9. 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