{"id":782,"date":"2017-06-08T12:37:32","date_gmt":"2017-06-08T10:37:32","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=782"},"modified":"2017-06-08T16:39:21","modified_gmt":"2017-06-08T14:39:21","slug":"i-jean-bodin-la-souverainete-ame-de-la-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=782","title":{"rendered":"I. Jean Bodin La souverainet\u00e9, \u00e2me de la r\u00e9publique"},"content":{"rendered":"<p>Jean Bodin est n\u00e9 sous le r\u00e8gne de Fran\u00e7ois Ier, l&rsquo;ann\u00e9e de la cr\u00e9ation du Coll\u00e8ge de France, cinq ans apr\u00e8s la d\u00e9faite de Pavie. Quelques jalons chronologiques permettent de saisir dans quel contexte intervient la publi\u00adcation des Six Livres.<br \/>\n1530 : naissance de Jean Bodin, .<br \/>\n1539 : Ordonnance de Villers-Cotter\u00eats portant sur l&rsquo;administration de la justice, l&rsquo;\u00c9tat civil, la r\u00e9daction des actes en fran\u00e7ais.<br \/>\n1547 : mort de Fran\u00e7ois 1er.<br \/>\n1547-1589 : r\u00e8gnes de Henri\u00a0II, Charles IX, Henri III\u00a0et r\u00e9gence de Catherine de M\u00e9dicis.<br \/>\n1562-1598 : guerres de religion, bient\u00f4t li\u00e9es \u00e0 la guerre contre Philippe II, membre de la Ligue.<br \/>\n1562\u00a0: massacre de Vassy. Ronsard \u00e9crit le <em>Discours sur les mis\u00e8res du temps<\/em>.<br \/>\n1567 : disgr\u00e2ce de Michel de l&rsquo;Hospital, politiquement li\u00e9 \u00e0 Bodin.<br \/>\n1570 : Jacques Yver, <em>Complainte sur la mis\u00e8re de la guerre civile<\/em>, l&rsquo;auteur d\u00e9nonce l&rsquo;acharnement des \u00ab\u00a0Princes Europois\u00a0\u00bb sur les \u00ab\u00a0Fran\u00e7ois\u00a0\u00bb, en relation avec la guerre civile.<br \/>\n1572 : Saint-Barth\u00e9lemy, qui entra\u00eene une crise de la foi monarchique.<br \/>\n1576 : constitution de la sainte Ligue. Publication des Six Livres de la <em>R\u00e9publique.<\/em><br \/>\n1594 : couronnement d&rsquo;Henri\u00a0IV.<br \/>\n1596 : mort de Jean Bodin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On se propose d&rsquo;\u00e9tudier les rapports entre les notions de r\u00e9publique et de souverainet\u00e9 dans les <em>Six livres de la R\u00e9publique<\/em> (1576) de Jean Bodin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Auparavant, il para\u00eet n\u00e9cessaire de situer l&rsquo;auteur et son \u0153uvre ma\u00adjeure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La p\u00e9riode est marqu\u00e9e par un processus d&rsquo;unification nationale incomplet, contrari\u00e9, marqu\u00e9 par des divisions violentes\u00a0: \u2014\u00a0guerres de re\u00adligion, regroupements f\u00e9odaux, constitution d&rsquo;entit\u00e9s visant \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pen\u00addance ou \u00e0 l&rsquo;auto-administration, recherche de privil\u00e8ges et d&rsquo;institutions propres\u00a0; \u2014\u00a0guerres et conflits avec la Papaut\u00e9, l&rsquo;Empire, les Habsbourg, qui poussent \u00e0 un \u00e9clatement de la formation fran\u00e7aise, en liaison avec les guerres de religion. La puissance du clerg\u00e9 et l&rsquo;autorit\u00e9 des seigneurs qui avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite, tente de se reconstituer. La d\u00e9sagr\u00e9gation para\u00eet alors l&#8217;emporter sur le courant d&rsquo;unification.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bodin, membre du groupe des \u201cpolitiques\u201d ou \u201cm\u00e9contents\u201d avec Michel de l&rsquo;Hospital, est pour sa part partisan de l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;\u00c9tat, au-des\u00adsus des divisions religieuses, contre le partage du pouvoir aux ligues et f\u00e9odalit\u00e9s. Ses <em>Six Livres<\/em> constituent pour une part une r\u00e9ponse aux cri\u00adtiques du pouvoir souverain, notamment le <em>Contr&rsquo;un<\/em> de La Bo\u00e9tie. Son \u0153uvre pr\u00e9pare en quelque sorte le triomphe d&rsquo;Henri iv. On a pu dire qu&rsquo;elle constituait une \u00ab\u00a0sublimation du r\u00e8gne de Fran\u00e7ois 1<sup>er<\/sup>\u00a0\u00bb, \u00e9rig\u00e9 en mod\u00e8le pour le B\u00e9arnais. On a pu dire aussi qu&rsquo;elle marquait la volont\u00e9 de \u00ab\u00a0mettre le pays dans une situation conforme \u00e0 son g\u00e9nie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les <em>Six Livres<\/em> sont donc une \u0153uvre pol\u00e9mique, \u00e9crite \u00ab\u00a0en temps d&rsquo;orage\u00a0\u00bb, ils sont centr\u00e9s sur les fondements d&rsquo;une puissance coh\u00e9sive, ca\u00adpable de rem\u00e9dier \u00e0 l&rsquo;affaiblissement du royaume et \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;anarchie du temps\u00a0\u00bb. L&rsquo;ouvrage est \u00e9crit en langue populaire. Trente-sept \u00e9ditions se\u00adront propos\u00e9es de 1576 \u00e0 1641, puis il conna\u00eetra une \u00e9clipse lorsque ses principes seront pour l&rsquo;essentiel r\u00e9alis\u00e9s. Son influence sur la th\u00e9orie poli\u00adtique moderne, aussi bien monarchique que r\u00e9publicaine, sera consid\u00e9rable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La m\u00e9thode<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les <em>Six Livres<\/em> sont le fruit d&rsquo;une \u00e9laboration th\u00e9orique, reprenant pour partie les principes de m\u00e9thode d\u2019Aristote, et qui comprend deux moments\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0L&rsquo;observation des faits, la prise en consid\u00e9ration des principes poli\u00adtiques de toutes les soci\u00e9t\u00e9s connues.<br \/>\n\u2014\u00a0La recherche d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments directeurs\u00a0: il n&rsquo;existe selon Bodin rien de fortuit dans le monde, il faut d\u00e9finir la structure fondamentale des choses, chercher la cause profonde des changements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le travail de d\u00e9finition th\u00e9orique de la r\u00e9publique implique ainsi qu&rsquo;on ne s&rsquo;arr\u00eate pas aux \u201caccidents\u201d, mais \u00e0 la forme essentielle des choses. La connaissance, la science, sont \u00e0 ce prix.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Ne pas s&rsquo;arr\u00eater aux accidents innum\u00e9rables, mais bien aux diff\u00e9rences essentielles et formelles. Autrement on tombe dans un Labyrinthe infini qui ne re\u00e7oit pas le nom de science\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le travail de d\u00e9finition th\u00e9orique, de recherche par proc\u00e8s d&rsquo;abstraction des \u00e9l\u00e9ments communs et distinctifs, donne la finalit\u00e9 des choses. Mais la connaissance a aussi un objectif pratique. <em>Pour bien viser la cible, il faut la conna\u00eetre<\/em>, sinon on ne peut l&rsquo;atteindre. Si l&rsquo;on produit une d\u00e9finition th\u00e9orique de la r\u00e9publique, on peut l&rsquo;atteindre, car l&rsquo;on sait o\u00f9 l&rsquo;on doit ar\u00adriver. Les rapports de d\u00e9veloppement entre \u201cforme\u201d et \u201cmati\u00e8re\u201d (ici sociale) sont pos\u00e9s dans une optique aristot\u00e9licienne. L&rsquo;art humain peut transformer les donn\u00e9es du monde, sans m\u00e9conna\u00eetre leur nature, en conformit\u00e9 avec une conception de la \u201ccr\u00e9ation continu\u00e9e\u201d (par l&rsquo;homme). Il faut ainsi recher\u00adcher, par le travail d&rsquo;\u00e9laboration th\u00e9orique, la \u201cforme\u201d qui correspond le mieux \u00e0 une \u201cmati\u00e8re\u201d donn\u00e9e. La r\u00e9publique en ce sens correspond \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de d\u00e9veloppement r\u00e9el (essentiel) de la formation fran\u00e7aise, m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;anticiper sa r\u00e9alisation effective. Il ne s&rsquo;agit pas en effet pour Bodin de figurer \u00ab\u00a0une r\u00e9publique en id\u00e9e, sans effet\u00a0\u00bb, comme le font selon lui Platon et Thomas More, mais de poser le r\u00f4le de la politique humaine en relation avec des conditions r\u00e9elles. Il met particuli\u00e8rement en valeur cette relation entre <em>vouloir<\/em> et <em>pouvoir<\/em>, entre \u00ab\u00a0ce que l&rsquo;on veut\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0ce que l&rsquo;on peut\u00a0\u00bb, \u00e0 travers sa conception de la \u201cgrandeur\u201d\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Bonheur : pouvoir ce qu&rsquo;on veut.<br \/>\nGrandeur : vouloir ce qu&rsquo;on peut.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La suite lui donnera raison. Il a voulu le possible et contribu\u00e9 \u00e0 le former. Cela, m\u00eame si \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la plus grande division et de la dis\u00adlocation du processus d&rsquo;unification, il lui est arriv\u00e9 de douter de son possible ach\u00e8vement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La notion de souverainet\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le terme de souverainet\u00e9, le qualificatif de souverain, pr\u00e9existent \u00e0 Bodin. Avant lui, la notion s&rsquo;attache surtout \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de puissance non vas\u00adsale d&rsquo;une autre, ou \u00e0 celle d&rsquo;attributs d&rsquo;un chef puissant, \u00e0 l&rsquo;ensemble des attributions r\u00e9galiennes (attach\u00e9es \u00e0 la souverainet\u00e9 royale).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec Bodin, la notion acquiert son sens moderne. Elle se pr\u00e9sente comme \u00e9l\u00e9ment central d&rsquo;une articulation conceptuelle complexe. D\u00e9tach\u00e9e du souverain, la souverainet\u00e9 n&rsquo;est pas \u00e0 chercher d&rsquo;abord dans un titulaire. La souverainet\u00e9 est le principe m\u00eame de la r\u00e9publique, c&rsquo;est-\u00e0-dire son \u201c\u00e2me\u201d. R\u00e9publique \u00e9tant ici \u00e0 prendre au sens de chose publique, d&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bodin r\u00e9cuse l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il suffit d&rsquo;un chef, d&rsquo;un pouvoir, pour qu&rsquo;il y ait souverainet\u00e9. <em>La souverainet\u00e9 n&rsquo;est pas ce qui caract\u00e9rise le pouvoir d&rsquo;un chef, c&rsquo;est ce qui constitue la r\u00e9publique<\/em>. C&rsquo;est l&rsquo;armature centrale, \u00e0 l&rsquo;image de \u00ab\u00a0la quille, la proue, la poupe, le tillac\u00a0\u00bb d&rsquo;un navire, ce qui fait \u00ab\u00a0tenir ensemble\u00a0\u00bb les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments, leur donne leur coh\u00e9sion. Sans la souverainet\u00e9, \u00ab\u00a0le navire est d\u00e9membr\u00e9\u00a0\u00bb, il n&rsquo;est plus un navire, mais des morceaux \u00e9pars de bois. De la m\u00eame fa\u00e7on, la r\u00e9publique sans souverai\u00adnet\u00e9 n&rsquo;est plus la r\u00e9publique, mais des \u00e9l\u00e9ments sans principe de coh\u00e9sion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0On peut poser que la notion de souverainet\u00e9 chez Bodin est la cl\u00e9 de vo\u00fbte de l&rsquo;\u00e9difice du droit politique, c&rsquo;est elle qui permet d&rsquo;ordonner les autres concepts. Les \u00e9l\u00e9ments de la d\u00e9finition th\u00e9orique de l&rsquo;\u00c9tat moderne, ordonn\u00e9s par cette notion, sont de la sorte propos\u00e9s avant m\u00eame que sa construction ne soit pratiquement achev\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Penser la souverainet\u00e9, c&rsquo;est penser la politique, la soci\u00e9t\u00e9 politique, cette <em>construction<\/em> (artificielle\u2014produit de l&rsquo;art humain), qui distingue \u201cl&rsquo;\u00e9tat social\u201d de \u201cl&rsquo;\u00e9tat de nature\u201d, ainsi que le soulignera plus tard Diderot.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les hommes dans l&rsquo;\u00e9tat de nature ne connaissent pas de souverain \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Processus de formation des r\u00e9publiques et d\u00e9finition th\u00e9orique de la r\u00e9publique<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne peut mettre sur le m\u00eame plan la plus haute d\u00e9finition th\u00e9orique de la r\u00e9pu\u00adblique et le processus de formation effectif de formation historique des r\u00e9publiques, qui peut \u00eatre fond\u00e9 sur la violence, la force, et parfois le consentement. Sur la base d&rsquo;un d\u00e9veloppement empirique, la d\u00e9finition th\u00e9orique pos\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire la finalit\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9e, on peut d\u00e9terminer les moyens pour que la poursuite de ce d\u00e9ve\u00adloppement fasse aboutir \u00e0 la \u201cd\u00e9finition\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo;origine du processus de formation des r\u00e9publiques, Bodin parle de familles, villages, en lutte les uns contre les autres. Ces familles, vil\u00adlages, finissent par s&rsquo;allier en soci\u00e9t\u00e9 pour se d\u00e9fendre contre d&rsquo;autres, ou pour les assaillir. Le premier \u00e9l\u00e9ment commun dans la formation des so\u00adci\u00e9t\u00e9s est ainsi le besoin de d\u00e9fense ou de conqu\u00eate. Il ne s&rsquo;agit pas encore \u00e0 ce stade de r\u00e9publique. Les assemblages de lign\u00e9es et communaut\u00e9s se transforment en r\u00e9publique par la puissance souveraine qui donne coh\u00e9sion \u00e0 l&rsquo;ensemble. La puissance souveraine change la nature du groupement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L\u00e9gitimit\u00e9 et souverainet\u00e9<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le principe de l\u00e9gitimit\u00e9 est li\u00e9 \u00e0 la finalit\u00e9 propre de l&rsquo;\u00e9tat de r\u00e9pu\u00adblique. La souverainet\u00e9 lui donne son principe de coh\u00e9sion, rendant par l\u00e0 possible de poursuivre le bien commun, contre l&rsquo;anarchie, les divisions et luttes destructrices. Il n&rsquo;y a pas \u00e0 chercher de l\u00e9gitimit\u00e9 dans un principe ext\u00e9rieur, si ce n&rsquo;est le respect de la raison naturelle, ou de la loi divine, qui place le bien public comme sup\u00e9rieur aux biens particuliers, en lutte les uns contre les autres.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La raison naturelle veut que le public soit pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 au particulier.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut par une analogie donner les fondements d&rsquo;une telle l\u00e9gitimit\u00e9. Le navire trouve sa l\u00e9gitimit\u00e9 en lui-m\u00eame, sa forme, ce qui le structure (quille, proue, tillac, poupe) lui permettant d&rsquo;atteindre les fins pour les\u00adquelles il a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>La notion de \u201cpublic\u201d<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le passage de l&rsquo;id\u00e9e de souverainet\u00e9, comme attribut d&rsquo;un pouvoir, \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de souverainet\u00e9 comme principe de coh\u00e9sion de la soci\u00e9t\u00e9 politique, marque la valorisation de la puissance en tant que puissance <em>publique<\/em>. Le droit de majest\u00e9 est attach\u00e9 au souverain, pour autant qu&rsquo;il est puis\u00adsance publique, qu&rsquo;il est la loi, le droit, contre les puissances priv\u00e9es, qui peuvent \u00eatre les r\u00e9gimes seigneuriaux fond\u00e9s sur la force.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On verra comment cette conception de la souverainet\u00e9 a pour corollaire la notion de citoyennet\u00e9. Les citoyens sont unifi\u00e9s par la loi souveraine (une loi commune), contre les lois priv\u00e9es (privil\u00e8ges). Le principe de souverainet\u00e9, de loi commune, implique \u00e0 terme l&rsquo;unification politique : m\u00eames droits, m\u00eames devoirs par rapport \u00e0 la loi souveraine, et par cons\u00e9quent il implique aussi l&rsquo;\u00e9galisation des membres du corps politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les caract\u00e8res de la puissance souveraine<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 La souverainet\u00e9 est une puissance perp\u00e9tuelle, inali\u00e9nable, <em>de la r\u00e9publique<\/em>.<br \/>\nElle ne d\u00e9pend pas du monarque en place.<br \/>\nElle ne d\u00e9pend pas de la forme de l&rsquo;\u00c9tat, c&rsquo;est-\u00e0-dire que le souverain peut \u00eatre un roi, le peuple en corps, une aristocratie.<br \/>\nElle ne peut \u00eatre ali\u00e9n\u00e9e \u00e0 une autre puissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0La souverainet\u00e9 est absolue, ce qui ne veut pas dire despotique. Elle n&rsquo;est limit\u00e9e ni en puissance, ni en charge, ni en temps\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n&rsquo;y a pas de volont\u00e9 au-dessus, ou au m\u00eame niveau qu&rsquo;elle, pas de souverain juge du souverain (quel que soit ce souverain : roi, peuple, aris\u00adtocratie).<br \/>\nLe souverain est souverain sans le consentement d&rsquo;autres puissances, plus grandes, pareilles ou moindres (Contre l&rsquo;Empire, la Papaut\u00e9, mais aussi contre les pouvoirs partiels des f\u00e9odalit\u00e9s).<br \/>\nM\u00eame la coutume, les lois pass\u00e9es, ne peuvent asservir le principe souverain. C&rsquo;est la volont\u00e9 souveraine qui peut donner force aux cou\u00adtumes. Le souverain n&rsquo;est pas tenu de conserver les lois de ses pr\u00e9d\u00e9ces\u00adseurs. La <em>souverainet\u00e9<\/em>, comme dans la th\u00e9matique de Jean-Jacques Rousseau est une <em>puissance active<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le souverain n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0sujet aux lois\u00a0\u00bb, il \u00ab\u00a0donne la loi\u00a0\u00bb, il ne se lie pas les mains (contre le principe de subordination absolue aux \u201ccoutumes\u201d, \u201clois fondamentales\u201d reproduisant les structures f\u00e9odales).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, le souverain est soumis \u00e0 la \u00ab\u00a0raison naturelle\u00a0\u00bb, la loi divine, (qui veulent le bien commun), ou plut\u00f4t ses lois doivent se trouver en conformit\u00e9 avec elles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0La souverainet\u00e9 est indivisible. Ce caract\u00e8re est li\u00e9 au caract\u00e8re absolu. On ne peut limiter la souverainet\u00e9 ou la \u201cpartager\u201d avec une autre puissance. La souverainet\u00e9 ne peut appartenir que pour le tout de la r\u00e9pu\u00adblique, sans division, sinon il y a soumission \u00e0 d&rsquo;autres puissances (\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur ou \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Souverainet\u00e9 et r\u00e9publique<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un certain nombre de conditions formelles (de forme) doivent \u00eatre r\u00e9unies pour que l&rsquo;on puisse parler de r\u00e9publique. En fonction de ces conditions, on peut d\u00e9limiter les ensembles qui sont des r\u00e9publiques (\u00c9tats, soci\u00e9t\u00e9s politiques souveraines) et ceux qui ne le sont pas. Les corps l\u00e9gitimes (r\u00e9publiques) ne sont pas li\u00e9s au pouvoir, mais \u00e0 la sou\u00adverainet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Les Cit\u00e9s ne sont pas toujours des r\u00e9publiques, car elles peuvent \u00eatre sujettes d&rsquo;une autre puissance.<br \/>\n\u2014\u00a0Un Prince qui tient d&rsquo;autrui (notamment ses lois) ne peut \u00eatre sou\u00adverain.<br \/>\n\u2014\u00a0L&rsquo;Empereur n&rsquo;est pas absolument souverain, car il existe des ma\u00adjest\u00e9s partielles dans les \u00c9tats de l&rsquo;Empire.<br \/>\n\u2014\u00a0La France est souveraine, car elle ne tient rien de l&rsquo;Empire.<br \/>\nLa question de l&rsquo;\u00e9tablissement de la loi (qui peut donner et casser la loi\u00a0?) est un crit\u00e8re central pour appr\u00e9cier l&rsquo;\u00e9tat de r\u00e9publique et la souverai\u00adnet\u00e9 (aujourd&rsquo;hui encore).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D\u00e9finition compl\u00e8te de la r\u00e9publique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but du Premier Livre, Bodin propose une d\u00e9finition compl\u00e8te de la r\u00e9publique. La r\u00e9publique est :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Droit gouvernement de plusieurs m\u00e9nages, et de ce qui leur est commun, avec puissance souveraine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les pr\u00e9c\u00e9dentes d\u00e9finitions de la r\u00e9publique n&rsquo;\u00e9taient pas selon Bodin compl\u00e8tes. Celle des Anciens contenaient l&rsquo;id\u00e9e de soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;hommes, as\u00adsembl\u00e9s pour bien et heureusement vivre. Il y manquait \u00ab\u00a0l&rsquo;id\u00e9e de ce qui est commun\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0puissance souveraine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Droit gouvernement<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La notion de \u00ab\u00a0droit gouvernement\u00a0\u00bb peut servir \u00e0 marquer la diff\u00e9rence existant entre une r\u00e9publique et une troupe de voleurs et pirates. On ne peut avec les voleurs et pirates mener aucun commerce ou alliance, comme il est possible de le faire dans une r\u00e9publique ordonn\u00e9e. Les vo\u00adleurs et pirates sont la ruine des \u00c9tats, se pla\u00e7ant en dehors des lois, du droit commun, du bon gouvernement r\u00e9gl\u00e9. Ces troupes sont bien des r\u00e9\u00adunions d&rsquo;hommes, mais il leur manque la marque d&rsquo;amiti\u00e9, la finalit\u00e9 de bien vivre ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La notion de droit gouvernement ne suffit toutefois pas \u00e0 d\u00e9finir une r\u00e9publique (sauf quand tout va bien).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De plusieurs m\u00e9nages<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le droit gouvernement concerne plusieurs m\u00e9nages, <em>dans ce qui leur est commun<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme chez Aristote, il existe une distinction entre le gouvernement domestique et le gouvernement politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le m\u00e9nage peut avoir un droit gouvernement sous autorit\u00e9 du chef de famille : gouvernement de ce qui leur est propre, puissance domestique. Dans la r\u00e9publique il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une puissance domestique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9publique doit \u00eatre form\u00e9e de composantes diversifi\u00e9es. Les fa\u00admilles sont la source et l&rsquo;origine des r\u00e9publiques, elles en sont membres, mais la r\u00e9publique est form\u00e9e de plusieurs familles, plusieurs corps et col\u00adl\u00e8ges, et de ce qui les fait tenir ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui leur est commun<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour les m\u00e9nages, le droit gouvernement concerne ce qui leur est propre, particulier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la r\u00e9publique, le droit gouvernement concerne ce qui est com\u00admun, public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La r\u00e9publique = ce qui est public (\u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas r\u00e9publique s&rsquo;il n&rsquo;y a rien de public\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cela ne signifie pas que tout est en communaut\u00e9 dans la r\u00e9publique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, la communaut\u00e9 totale ne supprime pas les inimiti\u00e9s, les que\u00adrelles, elle les attise au contraire. Les biens sont m\u00e9pris\u00e9s, ou utilis\u00e9s (hors contr\u00f4le de la loi) pour des profits particuliers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la r\u00e9publique, il y a gouvernement de ce qui est commun ou pu\u00adblic, et non de ce qui est propre aux particuliers : domaine public, tr\u00e9sor public, lois, justice, coutumes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La propri\u00e9t\u00e9 personnelle concerne ce qui est propre \u00e0 chacun, le chef de famille gouverne ce qui lui est propre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les particuliers ont le gouvernement de ce qui leur est propre, ils ne doivent pas en contrepartie d\u00e9roger aux lois communes, publiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec puissance souveraine<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La puissance souveraine unit tous les membres et parties, les m\u00e9nages et les coll\u00e8ges, en corps (politique). Elle peut s&rsquo;appliquer \u00e0 plusieurs col\u00adl\u00e8ges ou groupements particuliers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est par un <em>lien politique<\/em> que l\u2019unit\u00e9 se fait (non par des liens ethniques, religieux,\u201cculturels\u201d).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seule cette union politique fait la r\u00e9publique. Le lien n&rsquo;est possible que s&rsquo;il existe quelque chose de public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La souverainet\u00e9 est le \u00ab\u00a0vrai pivot\u00a0\u00bb et le fondement sur lequel tourne l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;une Cit\u00e9 (r\u00e9publique). La Cit\u00e9 (lieu politique) peut \u00eatre chass\u00e9e ou s&rsquo;enfuir hors de la ville (celle-ci ne constitue qu&rsquo;un lieu \u201cphysique\u201d, \u201cg\u00e9ogra\u00adphique\u201d) et rester l\u00e9gitime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est pas la ville qui fait la Cit\u00e9, mais l&rsquo;union des membres par la puissance souveraine. <em>Non est in parietibus respublica<\/em> (la r\u00e9publique, la Cit\u00e9, n&rsquo;est pas dans les murs).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9publique et citoyens<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9finition de la r\u00e9publique (Cit\u00e9 souveraine) par le lien politique, implique une certaine conception du citoyen.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans sa maison, le chef de famille r\u00e8gle ses affaires propres. Quand il sort de sa maison, il laisse sa famille, et se pr\u00e9sente comme citoyen (associ\u00e9, compagnon des autres), pour les affaires communes, publiques. L&rsquo;activit\u00e9 du citoyen concerne bien les affaires g\u00e9n\u00e9rales, communes, non ses affaires propres (m\u00eame si des liens existent entre les deux).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le crit\u00e8re de citoyennet\u00e9 est politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Le citoyen est \u00ab\u00a0franc sujet\u00a0\u00bb, tenant de la souverainet\u00e9 d&rsquo;autrui (du souverain, que celui-ci soit un Prince ou le peuple en corps).<br \/>\n\u2014\u00a0Le citoyen est diff\u00e9rent du bourgeois, li\u00e9 \u00e0 la ville, au bourg, non \u00e0 la cit\u00e9, lieu politique. (En tant que citoyen, il est concern\u00e9 par les af\u00adfaires communes, publiques, et non par ses affaires domestiques ou ses affaires de bourgeois).<br \/>\n\u2014\u00a0Le citoyen est diff\u00e9rent de l&rsquo;\u00e9tranger, qui est sujet d&rsquo;un autre souve\u00adrain (ici aussi, il s&rsquo;agit d&rsquo;un crit\u00e8re politique et non ethnique). L&rsquo;\u00e9tranger pour devenir citoyen doit renoncer \u00e0 \u00eatre sujet d&rsquo;un autre souverain (et par cons\u00e9quent d&rsquo;autres lois). Il perd sa citoyennet\u00e9 s&rsquo;il quitte l&rsquo;\u00c9tat. Le ci\u00adtoyen d&rsquo;origine reste pour sa part citoyen, sujet du souverain, tant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas sujet d&rsquo;un autre souverain.<br \/>\n\u2014\u00a0L&rsquo;\u00e9tranger est diff\u00e9rent de l&rsquo;ennemi. L&rsquo;ennemi est celui qui conjure contre l&rsquo;\u00c9tat, il est ou n&rsquo;est pas \u00e9tranger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les corps et les coll\u00e8ges<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il peut exister \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la r\u00e9publique des corps et des coll\u00e8ges. Ceux-ci peuvent avoir des droits l\u00e9gitimes, des r\u00e8glements propres, le jugements des membres par eux-m\u00eames, mais sans puissance souveraine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les droits des coll\u00e8ges demeurent l\u00e9gitimes s&rsquo;ils restent sous puissance souveraine, que leurs statuts sont homologu\u00e9s par le souverain, s&rsquo;ils ne d\u00e9rogent pas aux ordonnances de la r\u00e9publique. Il sont utiles pour que les diff\u00e9rentes parties de la r\u00e9publique soient d&rsquo;accord.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces corps partiels sont \u00e9tablis pour le gouvernement de ce qui est commun \u00e0 leurs membres, mais non pour tout mettre en commun. \u00ab\u00a0Quelque chose de commun, mais pas tout en commun\u00a0\u00bb\u00a0: traiter de leurs affaires communes, mais non de celles du souverain ou de celles des particu\u00adliers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Formes de l&rsquo;\u00c9tat et formes du gouvernement<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bodin distingue entre formes de l&rsquo;\u00c9tat (formes de la r\u00e9publique) et formes du gouvernement.<br \/>\n\u2014\u00a0La forme, ou \u201cl&rsquo;estat\u201d d&rsquo;une r\u00e9publique d\u00e9pend de ceux qui tiennent la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La souverainet\u00e9 peut \u00eatre tenue :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Par un seul : monarchie.<br \/>\n\u2014\u00a0Par tout le peuple en corps : \u00e9tat populaire.<br \/>\n\u2014\u00a0Par une moindre partie du peuple en corps : aristocratie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne faut pas regarder ici tous les accidents possibles, mais les diff\u00e9\u00adrences essentielles et formelles, toujours formes simples pour un \u00c9tat. Le m\u00e9lange des principes de souverainet\u00e9 est impossible. Un seul corps poli\u00adtique (tenant de la souverainet\u00e9) peut donner la loi. Il faut donc chercher o\u00f9 est la souverainet\u00e9 effective en regardant ses marques\u00a0: qui a puissance sur tous, en nom particulier ou g\u00e9n\u00e9ral\u00a0? Ainsi, par exemple, l&rsquo;Empire d&rsquo;Allemagne n&rsquo;est pas une monarchie mais une aristocratie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0La forme du gouvernement pose des modalit\u00e9s de pouvoir, d&rsquo;ex\u00e9cu\u00adtion, d&rsquo;administration, mais le gouvernement ne donne pas la loi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut avoir la souverainet\u00e9 d&rsquo;un monarque et un gouvernement populaire, aristocratique ou royal.<br \/>\nOn peut avoir la souverainet\u00e9 du peuple en corps, et un gouvernement mo\u00adnarchique, aristocratique, populaire.<br \/>\nOn peut avoir la souverainet\u00e9 d&rsquo;une aristocratie en corps, et diverses formes de gouvernement.<br \/>\nDu point de vue de la forme du gouvernement, il peut aussi y avoir des solutions mixtes, non pour la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les marques de la souverainet\u00e9<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La principale marque de la souverainet\u00e9 est :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0la puissance de donner et casser la loi (puissance active) \u00e0 tous en g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 chacun en particulier, sans consentement d&rsquo;autrui (ni des princes ant\u00e9rieurs, ni des coutumes).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les autres marques\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0D\u00e9cerner la guerre et la paix.<br \/>\n\u2014\u00a0Instituer les principaux officiers (ministres, administrateurs de l&rsquo;\u00c9tat).<br \/>\n\u2014\u00a0Juger en dernier ressort.<br \/>\n\u2014\u00a0Puissance de gr\u00e2ce.<br \/>\n[A noter que si telles sont les marques de la souverainet\u00e9, il n&rsquo;est pas s\u00fbr que le souverain officiel aujourd&rsquo;hui \u2014\u00a0le peuple\u00a0\u2014puisse \u00eatre consi\u00add\u00e9r\u00e9 comme le souverain effectif].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les marques de souverainet\u00e9 ne peuvent \u00eatre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es en offices ou en commission.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On doit punir ceux qui utilisent les marques de souverainet\u00e9 sans \u00eatre souverains. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une usurpation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[Ici encore, on peut s&rsquo;interroger sur les modalit\u00e9s modernes d&rsquo;usurpation du pou\u00advoir souverain.]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Modalit\u00e9s d&rsquo;exercice de la puissance souveraine<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Par rapport \u00e0 l&rsquo;ancien <em>Imperium<\/em>, fond\u00e9 surtout sur le droit du glaive et l&rsquo;effectivit\u00e9 du droit, la modalit\u00e9 essentielle de l&rsquo;exercice de la puissance souveraine est la Loi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une seule loi qui prend sa source dans la volont\u00e9 du souverain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La loi, modalit\u00e9 de la puissance souveraine, atteste de l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le souverain a le pouvoir de donner la loi \u00e0 tous, et d&#8217;emp\u00eacher les lois particuli\u00e8res (ou ext\u00e9rieures \u00e0 la r\u00e9publique), contraires \u00e0 la loi souve\u00adraine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bodin d\u00e9finit plus un \u00c9tat \u201cde loi\u201d qu&rsquo;un \u00c9tat de droit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Loi, \u00e0 la diff\u00e9rence du principe de l&rsquo;effectivit\u00e9 du droit, implique l&rsquo;ind\u00e9pendance de la r\u00e9publique, et \u00e0 terme une unification-\u00e9galisation de tous par rapport \u00e0 la loi commune.<br \/>\n\u2014\u00a0La souverainet\u00e9 est aussi puissance de commandement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La souverainet\u00e9 s&rsquo;exerce de deux fa\u00e7ons :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Par la loi, qui est du ressort du souverain.<br \/>\n\u2014\u00a0Par les magistrats, personnes publiques (qui sont les \u00ab\u00a0lois vives et parlantes\u00a0\u00bb, comme le dit Loyseau), nomm\u00e9s par le souverain (pour les principaux). Ce sont les \u00ab\u00a0personnes principales\u00a0\u00bb de la r\u00e9publique. Le sou\u00adverain leur communique autorit\u00e9 et puissance pour appliquer ses mande\u00adments. Il y a communication d&rsquo;autorit\u00e9 mais non de volont\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut distinguer le commandement du souverain, absolu, au-dessus des lois, et le commandement du magistrat, soumis aux lois et au souve\u00adrain l\u00e9gitime. Le magistrat toutefois peut avoir recours \u00e0 sa conscience si la loi est contraire \u00e0 la \u201cloi de la nature\u201d \u2014 qui veut le bien public \u2014 et auquel le souverain doit ob\u00e9ir. Il doit alors se d\u00e9mettre, sinon s&rsquo;insurger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bodin distingue en outre deux sortes de magistrats\u00a0: ceux qui ont puissance de commander \u00e0 d&rsquo;autres, ceux qui connaissent et ex\u00e9cutent les mandements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il distingue encore entre officier et commissaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>L&rsquo;officier<\/em> est une personne publique, il a un \u201coffice\u201d, qui est une charge durable,\u00a0 ordinaire, limit\u00e9e par un \u00c9dit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>commissaire<\/em> est une personne publique, qui a une commission, qui est une charge extraordinaire, pr\u00e9caire, r\u00e9vocable, limit\u00e9e par une commis\u00adsion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">* * *<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le texte de Bodin a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit il y a pr\u00e8s de quatre si\u00e8cles et demi. Dans le contexte d&rsquo;alors, il pr\u00e9conisait une souverainet\u00e9 monarchique (sans exclure toutefois d&rsquo;autres principes de souverainet\u00e9). On ne peut toutefois manquer de noter que les cat\u00e9gories politiques qu&rsquo;il\u00a0 a th\u00e9oris\u00e9es sont encore perti\u00adnentes, et permettent de rendre compte des conditions d&rsquo;instauration ou de maintien de la forme r\u00e9publicaine, de l&rsquo;effectivit\u00e9 ou de la non effectivit\u00e9 de la souverainet\u00e9 d&rsquo;un \u00c9tat, de d\u00e9signer au-del\u00e0 du souverain nominal, le v\u00e9ritable\u00a0 tenant de la souverainet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">R\u00e9f\u00e9rences des textes cit\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bodin (J.), <em>Les six livres de la r\u00e9publique<\/em>, (1576), Edition Fayard, 1986.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean Bodin est n\u00e9 sous le r\u00e8gne de Fran\u00e7ois Ier, l&rsquo;ann\u00e9e de la cr\u00e9ation du Coll\u00e8ge de France, cinq ans apr\u00e8s la d\u00e9faite de Pavie. 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