{"id":648,"date":"2017-02-22T20:12:33","date_gmt":"2017-02-22T19:12:33","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=648"},"modified":"2017-02-22T20:13:12","modified_gmt":"2017-02-22T19:13:12","slug":"4-lopposition-du-communautaire-a-la-societe-politique-proudhon-konstantin-frantz-thomas-mann","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=648","title":{"rendered":"4. L\u2019opposition du communautaire \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 politique. Proudhon, Konstantin Frantz, Thomas Mann"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">La pr\u00e9sentation des trois auteurs ci-dessus mentionn\u00e9s \u00e9tant tr\u00e8s condens\u00e9e, il peut en r\u00e9sulter des difficult\u00e9s de compr\u00e9hension. Pour un d\u00e9veloppement complet, se reporter \u00e0 l\u2019ouvrage de Bernard Peloille, <em>De la nation<\/em> (*).<br \/>\nOn examinera de fa\u00e7on succincte les conceptions de ces trois auteurs, en relation avec la th\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale <em>Communaut\u00e9<\/em> ou <em>Soci\u00e9t\u00e9\u00a0<\/em>?<br \/>\nCes trois auteurs permettent de voir\u00a0: les caract\u00e8res politiques de l\u2019opposition du communautaire au social et au politique\u00a0; les enjeux pratiques \u00e9minents qui touchent aux classes, au progr\u00e8s social, aux rapports entre puissances capitalistes. Deux grandes conceptions sont consid\u00e9r\u00e9es\u00a0: Proudhon raisonne dans le seul ordre de la lutte de classes. Konstantin Frantz et Thomas Mann situent leurs r\u00e9flexions dans l\u2019ordre des rapports entre puissances, la question des classes y est subordonn\u00e9e. Entre Konstantin Frantz et Thomas Mann il n\u2019y a qu\u2019une diff\u00e9rence de degr\u00e9 dans le pathos, non une diff\u00e9rence de principe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Proudhon<\/strong><br \/>\nProudhon proc\u00e8de \u00e0 un \u00e9loge des groupes primaires naturels\u00a0: la famille (vue comme naturelle), les nationalit\u00e9s (naissance), les groupes g\u00e9ographiques (climatiques). Selon lui le groupement social d\u2019ensemble doit absolument \u00eatre divis\u00e9 en \u00ab\u00a0groupes m\u00e9diocres\u00a0\u00bb, groupes de liens familiaux, de m\u00e9tiers, de proximit\u00e9 spatiale, etc. \u00ab\u00a0Division\u00a0\u00bb est le ma\u00eetre mot, \u00ab\u00a0ne rien laisser dans l\u2019indivision\u00a0\u00bb, dit-il.<br \/>\nIl s\u2019agit d\u2019une apologie de \u201cl\u2019imm\u00e9diatet\u00e9\u201d, de l\u2019adh\u00e9rence des hommes \u00e0 leurs conditions imm\u00e9diates d\u2019existence, mais aussi du rejet de la \u201cR\u00e9publique indivisible\u201d<br \/>\nC\u2019est aussi un organicisme\u00a0: le groupement d\u2019ensemble doit s\u2019organiser selon \u00ab\u00a0la loi de s\u00e9paration des organes\u00a0\u00bb. Au lieu d\u2019impliquer une coop\u00e9ration des organes formant corps, l\u2019organicisme en question implique leur s\u00e9paration. Ces id\u00e9es portent une mise en avant du particulier, du priv\u00e9, le projet d\u2019une d\u00e9composition du public et du social, une contradiction avec la \u201csoci\u00e9t\u00e9\u201d et la \u201cpolitique\u201d, chaque groupe \u00ab\u00a0m\u00e9diocre\u00a0\u00bb, restreint a une \u201csouverainet\u00e9\u201d imm\u00e9diate sur ses affaires particuli\u00e8res.<br \/>\nProudhon ne s\u2019interdit pas toute g\u00e9n\u00e9ralisation. Il maintient \u201cl\u2019\u00c9tat\u201d, un \u00c9tat sur une formation humaine disloqu\u00e9e et fig\u00e9e. Ainsi l\u2019\u00c9tat est figure\u00a0 de soumission de la soci\u00e9t\u00e9 effective \u00e0 un \u201cvouloir\u201d \u00e9tranger \u00e0 elle-m\u00eame.<br \/>\nPar cons\u00e9quent l\u2019\u00c9tat est pure force bureaucratique. S\u2019il repr\u00e9sente quelque chose de g\u00e9n\u00e9ral, ce quelque chose est inaccessible aux sujets des \u00ab\u00a0groupes m\u00e9diocres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Quel est l\u2019objet effectif des th\u00e8ses de Proudhon\u00a0? \u00c0 quoi s\u2019oppose-t-il\u00a0?<\/em><br \/>\nEn France, apr\u00e8s la R\u00e9volution et la r\u00e9volution de 1848, le communisme est plus qu\u2019un spectre, il est \u00e0 l\u2019ordre du jour.<br \/>\nProudhon constate que la \u201cr\u00e9volution\u201d s\u2019appuie sur les formes \u00ab\u00a0unitaires et centralis\u00e9es\u00a0\u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 et de la politique, que ces formes sont grosses de la R\u00e9volution, et de \u201cr\u00e9volutions\u201d en g\u00e9n\u00e9ral. C\u2019est \u00e0 cela que Proudhon oppose la d\u00e9composition de la soci\u00e9t\u00e9 en \u201ccommunaut\u00e9s\u201d. L\u2019organisation communautaire s\u2019oppose \u00e0 \u00ab\u00a0la folie et l\u2019immoralit\u00e9 de la politique unitaire\u00a0\u00bb, \u00e0 celles-ci s\u2019opposent la division en \u00ab\u00a0groupes m\u00e9diocres\u00a0\u00bb et leur \u00ab\u00a0f\u00e9d\u00e9ration\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ral coupe court \u00e0 l\u2019effervescence des masses, \u00e0 toutes les ambitions et excitations de la d\u00e9magogie [socialisme].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est la fin du r\u00e8gne de la place publique. Que Paris fasse dans l\u2019enceinte de ses murs, des r\u00e9volutions\u00a0: \u00e0 quoi bon si Lyon, Marseille, Toulon, Bordeaux, si les d\u00e9partements ne suivent pas\u00a0? Plus de risque de renversement\u00a0: l\u2019agitation politique ne peut aboutir qu\u2019\u00e0 un renouvellement de personnel, jamais \u00e0 un changement de syst\u00e8me. L\u2019insurrection [est] impuissante en tout.\u00a0\u00bb<br \/>\nIl s\u2019agit de garantir l\u2019existence du r\u00e9gime social\u00a0 en vigueur, ce pourquoi Proudhon peut se f\u00e9liciter\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus \u00e0 craindre de voir la pl\u00e8be s\u2019\u00e9manciper.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au passage aura \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0abaiss\u00e9e l\u2019autorit\u00e9 centrale\u00a0\u00bb, et \u00e9vacu\u00e9 \u00ab\u00a0le suffrage universel\u00a0\u00bb qui est le \u00ab\u00a0r\u00e8gne de l\u2019indivision\u00a0\u00bb. Pour ce faire plusieurs proc\u00e9dures sont possibles\u00a0: supprimer purement et simplement de droit de vote, vider le \u201csuffrage\u201d de son contenu, supprimer son \u201cobjet\u201d universel.<br \/>\nCes id\u00e9es font ressortir la figure fondamentale de la valeur r\u00e9trogressive du communautarisme oppos\u00e9 \u00e0 la politique et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.\u00a0 Proudhon pr\u00e9sente ce type d\u2019agencement des groupements humains comme un progr\u00e8s, et comme une \u201c\u00e9mancipation\u201d (consid\u00e9rant ce qu\u2019il dit de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9mancipation de la pl\u00e8be\u00a0\u00bb, cela m\u00e9rite d\u2019\u00eatre not\u00e9). Ce serait une \u201c\u00e9mancipation\u201d du poids et du jeu des contradictions sociales par la r\u00e9trogression, par un retour aux \u201corigines\u201d. Il s\u2019agirait de surmonter les contradictions sociale en les laissant jouer librement, en \u00f4tant aux hommes les formes sociales qui leurs permettent d\u2019agir \u201csur\u201d ces contradictions. Aussi bien le vocabulaire est \u00e9clairant\u00a0: \u00ab\u00a0conciliation, d\u00e9mocratie, aspirations d\u00e9mocratiques\u00a0\u00bb vont avec \u00ab\u00a0conservation bourgeoise\u00a0\u00bb. La valeur r\u00e9active, r\u00e9actionnaire, du projet proudhonien a le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre clairement pos\u00e9e et de s\u2019inscrire sans ambigu\u00eft\u00e9 dans un seul d\u00e9bat\u00a0: r\u00e9volution ou contre-r\u00e9volution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Konstantin Frantz<\/strong><br \/>\nKonstantin Frantz emprunte beaucoup au grand marais du \u201cromantisme allemand\u201d. La r\u00e9flexion de ce penseur ob\u00e9it \u00e0 ce qui lui appara\u00eet n\u00e9cessit\u00e9\u00a0: maintien ou reconstitution de la communaut\u00e9 humaine organique dans son acception \u201cnaturelle\u201d, \u201coriginelle\u201d ou \u201cprimitive\u201d.<br \/>\nLa \u00ab\u00a0vocation\u00a0\u00bb, comparable au <em>beruf<\/em> luth\u00e9rien, selon laquelle chaque groupe doit \u00eatre organis\u00e9 de fa\u00e7on corporative, est \u00e9tendue \u00e0 l\u2019ensemble des groupes. Toutes les cat\u00e9gories sociales forment une cha\u00eene unique, du bas de la hi\u00e9rarchie au tr\u00f4ne. L\u2019association ou la f\u00e9d\u00e9ration des corporations formerait alors la totalit\u00e9 \u201cvivante\u201d du \u201ccorps social\u201d.<br \/>\nLes diff\u00e9rents pays ou \u00c9tats doivent entrer dans le m\u00eame syst\u00e8me\u00a0: <em>Bund<\/em>, f\u00e9d\u00e9ration, cha\u00eene unique. On constate que le f\u00e9d\u00e9ralisme doit se comprendre, se poser comme configuration infra et supra nationale.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au point du vue f\u00e9d\u00e9raliste donc, toutes choses sont consid\u00e9r\u00e9es selon leur coh\u00e9sion interne et leur coop\u00e9ration. Il se forme une cha\u00eene qui relie la partie au tout et le plus petit au plus grand. Si cette cha\u00eene conduit dans le sens ascendant, des pays et peuples aux continents et \u00e0 l\u2019ensemble du genre humain, de m\u00eame elle conduit dans le sens descendant\u00a0 jusqu\u2019aux familles et aux couples, et jusqu\u2019aux facteurs divers du processus de production. Enfin [\u2026] il existe aussi une cha\u00eene entre la g\u00e9n\u00e9ration des vivants et les g\u00e9n\u00e9rations d\u00e9funtes et \u00e0 venir.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">On aurait ici une unit\u00e9, une totalit\u00e9 organique, non \u201cfactice\u201d c\u2019est-\u00e0-dire non construite par l\u2019activit\u00e9 humaine. On est devant une n\u00e9gation des formes sp\u00e9cifiques, les \u00e9l\u00e9ments de cette cha\u00eene, en tant que tels, sont identiques et leur identit\u00e9 leur est ext\u00e9rieure. La totalit\u00e9 en question est informe, et par surcro\u00eet hors du temps et de l\u2019espace. Ce qui vaut comme principe de cette totalit\u00e9 tient dans le duo \u00ab\u00a0genre humain \u2014 couple\u00a0\u00bb, en d\u2019autres termes \u00e9l\u00e9ments de la reproduction des hommes en tant que genre, autant dire que le principe tient en une tautologie\u00a0: l\u2019homme est humain ou l\u2019humain est homme. Suivant l\u2019auteur on apprend que l\u2019homme est \u201cethnos\u201d et \u201cesprit\u201d, \u00e0 vrai dire la notion de genre humain d\u00e9note toujours l\u2019homme \u201cvu ou con\u00e7u\u201d par l\u2019esprit, ou \u201cl\u2019homme pens\u00e9\u201d. Ce qui importe \u00e0 l\u2019auteur est d\u2019affirmer l\u2019identit\u00e9 de <em>l\u2019ethnos<\/em> et de l\u2019esprit, que la r\u00e9alit\u00e9 de cette identit\u00e9 proc\u00e8de de l\u2019esprit, et moyennant le recours au mysticisme, par un glissement de \u201cesprit\u201d \u00e0 \u00ab\u00a0spiritualit\u00e9\u00a0\u00bb, que la totalit\u00e9 en question proc\u00e8de de la \u00ab\u00a0spiritualit\u00e9\u00a0\u00bb de l\u2019homme.<br \/>\nAu total, la communaut\u00e9 atteint sa pl\u00e9nitude lorsqu\u2019elle suppose et r\u00e9alise l\u2019identit\u00e9 du couple et du genre, de l\u2019ethnie et de l\u2019esprit, elle a sa pleine efficacit\u00e9 lorsqu\u2019elle s\u2019impose aux hommes comme \u201cspiritualit\u00e9\u201d c\u2019est-\u00e0-dire comme puissance immanente.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Sous le discours formel quel est l\u2019objet effectif des th\u00e8ses de Konstantin Frantz\u00a0?<\/em><br \/>\nIl oppose la communaut\u00e9 ainsi con\u00e7ue \u00e0 ce qu\u2019il voit comme sa \u201cdisparition\u201d, au milieu du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. Il l\u2019oppose aux traits marquants de cette \u00e9poque\u00a0: la centralisation \u00e9tatique, les institutions \u201cm\u00e9caniques\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire cr\u00e9\u00e9es par le hommes, l\u2019esprit politique moderne (incluant le suffrage universel). Ces traits auraient selon Frantz des cons\u00e9quences catastrophiques\u00a0: la pr\u00e9valence du Droit, de la raison, des principes formels qui arrachent les peuples \u00e0 leurs milieux naturels et \u00e0 l\u2019ordre divin des choses, le suffrage universel qui les \u201catomise\u201d\u00a0; il s\u2019ensuit \u201cl\u2019instabilit\u00e9\u201d.<br \/>\nLes causes principales d\u2019un tel d\u00e9labrement gisent dans la pr\u00e9valence du droit romain, dans son int\u00e9gration avec le droit divin, pour Frantz faits du plus dangereux paganisme.<br \/>\nIl s\u2019oppose\u00a0 \u00e0 la repr\u00e9sentation non imm\u00e9diate, \u00e0 la possibilit\u00e9 pour les hommes de se repr\u00e9senter le monde ext\u00e9rieur et leurs propres rapports, il s\u2019oppose \u00e0 l\u2019abstraction politique en quoi il voit des \u00ab\u00a0abstractions d\u00e9sastreuses\u00a0\u00bb\u00a0 allant contre \u201cl\u2019\u00e9tat naturel\u201d, contre l\u2019unit\u00e9 de l\u2019ethnie et de l\u2019esprit.<br \/>\nCes occurrences montrent une opposition \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 politique (moderne), elle rec\u00e8le des contraires s\u2019excluant mutuellement. Or Konstantin Frantz ne nie pas les oppositions de termes, mais il n\u2019y voit que \u201cpolarit\u00e9s\u201d qu\u2019il s\u2019agit d\u2019unir. Une telle synth\u00e8se, tr\u00e8s proudhonienne au demeurant, ne peut s\u2019imaginer que comme immanente, produit le l\u2019esprit. Ce qui correspond \u00e0 la pr\u00e9\u00e9minence de l\u2019esprit. Dans la mesure o\u00f9 les diff\u00e9rentes p\u00e9riodes de l\u2019histoire contiennent des polarit\u00e9s que l\u2019on peut \u201cunir\u201d, il s\u2019agit selon lui de raccrocher, plus exactement d\u2019int\u00e9grer l\u2019\u00e9poque contemporaine au Moyen \u00c2ge de la chr\u00e9tient\u00e9, celle-ci \u00e9tant r\u00e9put\u00e9e unir des \u201cpolarit\u00e9s\u201d. Konstantin Frantz pr\u00f4ne une \u201cr\u00e9trogression\u201d analogue au retour aux groupes primaires de Proudhon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Cette probl\u00e9matique a une dimension \u00e9minemment pratique.<\/em><br \/>\nObservant qu\u2019il s\u2019agit d\u2019activer la communaut\u00e9, l\u2019esprit, la religiosit\u00e9 contre la soci\u00e9t\u00e9 politique, il est aussi possible d\u2019observer, avec Frantz lui-m\u00eame, que les pays \u201callemands\u201d sont cens\u00e9s \u00eatre \u201cpr\u00e9destin\u00e9s\u201d \u00e0 l\u2019accomplissement de cette t\u00e2che, pr\u00e9destination ressortissant \u00e0 l\u2019apologie du retour \u00e0 la communaut\u00e9. En effet, la communaut\u00e9, \u201cl\u2019esprit\u201d en l\u00e9vitation, ne sont pas encore d\u00e9racin\u00e9s des pays allemands, ceux-ci ne sont pas encore en \u00e9tat social et politique.<br \/>\n\u00c9tant donn\u00e9 que l\u2019esprit n\u2019a en lui-m\u00eame ni formes ni limites, son r\u00e8gne n\u2019est pas limit\u00e9, et reprenant son essor \u00e0 partir des pays allemands, il doit rayonner \u00e0 l\u2019infini comme rayonnement desdits pays allemands. Comme s\u2019il \u00e9tait utile de donner un semblant de r\u00e9alisme \u00e0 ces vues, on fait valoir que les pays allemands sont le point cardinal, g\u00e9ographique et ethnique, des polarit\u00e9s du continent europ\u00e9en, par cons\u00e9quent le point de gravit\u00e9 , d\u2019union, des diff\u00e9rentes forces polariques.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est l\u2019Allemagne qui proc\u00e9dera le r\u00e9tablissement de l\u2019organicisme europ\u00e9en.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il en peut na\u00eetre des liens divers [\u2026] des degr\u00e9s dans la communaut\u00e9. En effet, de m\u00eame que la conf\u00e9d\u00e9ration restreinte m\u00e9nage, dans une premi\u00e8re phase, la transition vers la conf\u00e9d\u00e9ration plus large, celle-ci peut \u00e0 son tour s\u2019\u00e9largir en faisant na\u00eetre encore \u00e0 sa p\u00e9riph\u00e9rie un syst\u00e8me d\u2019alliances, c\u2019est-\u00e0-dire de connexions qui se distinguent des rapports f\u00e9d\u00e9ratifs proprement dits [\u2026] Par l\u00e0 l\u2019impulsion est donn\u00e9e \u00e0 une \u00e9volution nouvelle de tout le syst\u00e8me europ\u00e9en.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Allemagne forme le milieu du corps europ\u00e9en, et si nous consid\u00e9rons ce dernier comme un tout organique, son c\u0153ur en est l\u2019Allemagne.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le r\u00f4le sp\u00e9cifique de l\u2019Allemagne en tant que puissance \u201ccentrale\u201d consiste \u00e0 neutraliser , \u00e0 \u00e9liminer les deux termes les plus excentr\u00e9s, la France, type m\u00eame de soci\u00e9t\u00e9 politique, et les pays Slaves au premier rang desquels la Russie.<br \/>\nEn outre le r\u00f4le allemand en Europe n\u2019est qu\u2019un facteur de la r\u00e9alisation mondiale de sa pr\u00e9\u00e9minence, conforme au caract\u00e8re illimit\u00e9 de son \u201cesprit\u201d.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si de chaque c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle [l\u2019Europe] grandissent deux puissances g\u00e9antes [USA et Russie], elle doit d\u2019autant plus faire bloc, car ce n\u2019est que comme unit\u00e9, comme totalit\u00e9, qu\u2019elle pourra s\u2019affirmer \u00e0 l\u2019avenir.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette probl\u00e9matique n\u2019est nullement originale, voir un Herder par exemple. Elle ne proc\u00e8de pas de \u201cl\u2019esprit\u201d mais bien plut\u00f4t des probl\u00e8mes sp\u00e9cifiquement allemands touchant \u00e0 la formation de son unit\u00e9, probl\u00e8mes des deux formes de cette unit\u00e9\u00a0: la forme \u201cmoderne\u201d, bismarckienne, pouvant d\u00e9boucher sur la soci\u00e9t\u00e9 politique, ou la forme \u201cinforme\u201d de \u201cl\u2019\u00eatre\u201d germanique (\u00e0 partir de son \u201cgerme\u201d originel), qui a toute la sympathie de Frantz, et qui ne peut se r\u00e9aliser que dans la destruction des \u201c\u00eatres\u201d sociaux et politiques constitu\u00e9s<br \/>\nAu total le dessein communautaire de Konstantin Frantz associe la r\u00e9trogression historique g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la puissance sp\u00e9cifique de l\u2019Allemagne (ou de l\u2019\u00e9l\u00e9ment germanique), \u00e0 son imperium continental comme moyen de son h\u00e9g\u00e9monie mondiale. La pr\u00e9valence de la communaut\u00e9 sur la soci\u00e9t\u00e9 politique ressemble assez peu \u00e0 une question \u201cspirituelle\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Thomas Mann<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contre la soci\u00e9t\u00e9 politique, un auteur comme Thomas Mann soutient le mod\u00e8le \u201chi\u00e9rarchique\u201d et \u201cnaturel\u201d de la communaut\u00e9 organico-ethnique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9galit\u00e9 est un \u00e9tat factice, artificiel qu\u2019on maintient en niant autant que possible la r\u00e9partition r\u00e9elle et naturelle des forces.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ne comprenant pas, ou feignant de ne pas comprendre, ce qu\u2019est la <em>cat\u00e9gorie<\/em> <em>politique<\/em> d\u2019\u00e9galit\u00e9, et en la posant comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019affirmer que les grands et les petits sont de taille \u00e9gale, ce qui ne lui est pas propre, Thomas Mann ne fait pas preuve d\u2019une particuli\u00e8re \u00e9l\u00e9vation d\u2019esprit.<br \/>\nIl poursuit en valorisant la vieille conception germanique des vertus de la servitude et du rejet de la \u201craison\u201d que Luther opposait \u00e0 \u00c9rasme\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seul qui n\u2019est rien a int\u00e9r\u00eat \u00e0 mettre l\u2019accent sur\u00a0 l\u2019\u00e9galit\u00e9 humaine, un int\u00e9r\u00eat mal plac\u00e9, car au lieu d\u2019une dignit\u00e9 abstraite et douteuse [celle de l\u2019\u00e9galit\u00e9 politique], il pourrait participer \u00e0 un honneur concret et personnel en acceptant une subordination volontaire et fi\u00e8re [\u2026]. Ne pas vouloir \u00eatre plus que le serviteur fid\u00e8le de son ma\u00eetre [\u2026] son ma\u00eetre qu\u2019il aime parce qu\u2019il est son ma\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 organiquement [\u2026] est pr\u00e9f\u00e9rable au produit de la r\u00e9flexion et de la raison [\u2026] l\u2019humanit\u00e9 de ce qui a grandi comme un \u00eatre vivant a quelque chose de respectable, l\u2019humanit\u00e9 fabriqu\u00e9e par la raison excite la raillerie et le m\u00e9pris.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Thomas Mann voue une v\u00e9ritable haine \u201corganique naturelle\u201d, \u201cd\u00e9raisonnable\u201d au sens litt\u00e9ral, \u00e0 la politique, \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 \u201cfactice\u201d. Cela l\u2019am\u00e8ne \u00e0 \u00e9lever son \u00e9loge du communautaire en reproduction des oppositions entre \u201cvivant\u201d et \u201craison\u201d, donn\u00e9 \u201cnaturel\u201d et \u201cfabriqu\u00e9, en antinomie g\u00e9n\u00e9rale et centrale entre politique-soci\u00e9t\u00e9 et \u201cesprit-\u00e2me-religiosit\u00e9\u201d, ce en quoi il rejoint le mysticisme d\u2019un Konstantin Frantz.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Esprit n\u2019est pas politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La diff\u00e9rence entre l\u2019esprit et la politique englobe celle de la culture et de la civilisation, de l\u2019\u00e2me et de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les oppositions ainsi pos\u00e9es entre \u201cEsprit, culture, \u00e2me\u201d et \u201csoci\u00e9t\u00e9, politique, civilisation\u201d, sont les constituants de l\u2019opposition entre \u201corganique-naturel\u201d et \u201cconstruit par raison\u201d. On notera qu\u2019en opposant \u201c\u00e2me\u201d \u00e0 \u201csoci\u00e9t\u00e9\u201d et du m\u00eame coup \u00e0 \u201cpolitique\u201d, consid\u00e9rant que \u201c\u00e2me\u201d signifie d\u2019abord \u201cforme\u201d, Thomas Mann d\u00e9nie toute \u201cforme\u201d \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 et \u00e0 la politique, et conf\u00e8re la \u201cforme\u201d aux donn\u00e9s ne d\u00e9pendant pas de ce que les hommes ont en propre, la raison et la capacit\u00e9 de cr\u00e9ation.<br \/>\nComme Frantz et bien d\u2019autres, il pose que \u201cl\u2019Allemand \u201d se rattache \u00e0 \u201cl\u2019esprit\u201d, par nature en quelque sorte, l\u2019Allemand\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est la culture, l\u2019\u00e2me, non la civilisation, la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. Et cela \u00e0 tel point que politiser l\u2019Allemagne l\u2019abaisserait, la \u201cd\u00e9naturerait\u201d, ce qui est au sens premier du mot strictement vrai. Au contraire de soutenir sa puissance, ce serait \u00ab\u00a0plut\u00f4t la d\u00e9sagr\u00e9ger par la politique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019attachant \u00e0 dresser une apologie de la sup\u00e9riorit\u00e9 universelle de \u201cl\u2019Allemand\u201d dans sa germanit\u00e9 naturelle, Thomas Mann \u00e9claire sa pens\u00e9e communautariste.<br \/>\nL\u2019Allemand est \u00e2me, \u201cesprit\u201d parce que ceux-ci le pr\u00e9c\u00e8dent, lui pr\u00e9existent, il n\u2019en est que la figure hominid\u00e9e. L\u2019esprit se montre, se manifeste \u00e0 travers l\u2019homme allemand. L\u2019homme, en tant qu\u2019individu, \u00eatre sp\u00e9cifique, ne se manifeste pas par l\u2019esprit, on peut dire <em>\u00e7a<\/em> parle en l\u2019homme allemand mais \u00e9videmment celui-ci ne parle pas en <em>\u00e7a<\/em>.<br \/>\nLe fait d\u2019\u00eatre, ainsi simple figure de sa propre essence immanente, impose \u00e0 l\u2019Allemand une \u00ab\u00a0mission sacr\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0: assumer effectivement \u201cl\u2019esprit\u201d, \u00eatre \u00ab\u00a0subordonn\u00e9 volontaire\u00a0\u00bb \u00e0 la r\u00e9alisation de l\u2019av\u00e8nement de \u201cl\u2019esprit\u201d. Conceptions banales que l\u2019on trouve chez les Luther, Herder, Fichte, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par cons\u00e9quent, si on appelle \u201cpeuple\u201d les sujets ainsi con\u00e7us, ce ne peut \u00eatre un peuple qui se \u201cproduit\u201d par lui-m\u00eame, il n\u2019est que la projection de la \u201cspiritualit\u00e9\u201d immanente, il est du m\u00eame coup un \u201cpeuple\u201d a priori, pr\u00e9destin\u00e9 par l\u2019esprit \u00e0 accomplir l\u2019esprit, il est une \u201cr\u00e9v\u00e9lation\u201d. Il se pose donc n\u00e9cessairement comme le peuple \u201cesprit du peuple\u201d, <em>le<\/em> peuple oppos\u00e9 \u00e0 <em>les<\/em> peuples concrets qui ne sont pas des manifestations de l\u2019esprit ou qui ont divorc\u00e9 de l\u2019esprit en croyant pouvoir se fabriquer eux-m\u00eames, c\u2019est le cas des peuples \u201cpolitiques\u201d, anglais, polonais et surtout fran\u00e7ais. Le peuple allemand est donc \u201cle peuple des peuples\u201d ou le \u201cpeuple \u00e9lu\u201d.<br \/>\nEn cela r\u00e9side le noyau essentiel de la communaut\u00e9, du communautarisme pos\u00e9s par Thomas Mann.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces vues ont quelques cons\u00e9quences pratiques.<br \/>\nUne telle communaut\u00e9 est unique, <em>incomparable \u00e0 \u201cl\u2019autre\u201d<\/em>, \u00e0 ce qui n\u2019est pas elle-m\u00eame, aux groupements humains qui ne sont pas instruments de la providence, de la spiritualit\u00e9. Ces autres sont n\u00e9cessairement oppos\u00e9s \u00e0 la communaut\u00e9 par excellence, c\u2019est-\u00e0-dire allemande. Celle-ci, \u201cserve volontaire\u201d du <em>\u00e7a<\/em>, est <em>irresponsable<\/em>, lieu o\u00f9 souffle l\u2019esprit, irresponsable de ce que celui-ci souffle. Elle n\u2019est pas responsable du fait d\u2019\u00eatre ce lieu, c\u2019est une \u201cfatalit\u00e9\u201d, de m\u00eame est \u201cfatalit\u00e9\u201d ce qu\u2019elle dit ou impose en pratique de l\u2019esprit, simples observances d\u2019un destin pr\u00e9destin\u00e9. Il s\u2019ensuit qu\u2019une telle communaut\u00e9 est <em>indiscutable<\/em> et <em>non n\u00e9gociable<\/em> puisqu\u2019elle ne ressort pas de l\u2019action humaine de raison. Elle n\u2019a pas de <em>\u201cconscience de soi\u201d<\/em>, ce qui lui tient lieu de conscience n\u2019est que l\u2019image a posteriori de la r\u00e9alisation de l\u2019av\u00e8nement de \u201cl\u2019esprit\u201d. Elle est \u00e9videmment d\u00e9pourvue de libert\u00e9, lieu de l\u2019ali\u00e9nation absolue. Elle est <em>informe<\/em> et partant <em>illimit\u00e9e<\/em>, son <em>ethos<\/em> a toutes les formes que peut investir l\u2019esprit immanent, c\u2019est-\u00e0-dire toutes et aucune en particulier, figures contingentes de l\u2019esprit.<br \/>\nL\u2019incomparable existe comme <em>incompatible<\/em>. La communaut\u00e9 vant\u00e9e par Thomas Mann s\u2019oppose \u00e0 tout ce qui \u201cnuit\u201d \u00e0 sa perfection\u00a0: limites, formes, rapports constitu\u00e9s et conscients entre les hommes, cadres construits de ces rapports, nations, \u00c9tats, <em>\u00ab\u00a0supra-allemand signifie absolument allemand\u00a0\u00bb.<\/em><br \/>\nReste le fait patent que ce \u00e0 quoi s\u2019oppose la communaut\u00e9 en question existe et a m\u00eame une certaine puissance. Les peuples, ou pour Mann les \u201cnon peuples\u201d, les formations que ce tenant d\u2019une formation qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9r\u00e9e qualifie de \u201cd\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9es\u201d, la France, l\u2019Angleterre par exemple, existent comme incarnations de \u201cl\u2019autre\u201d antagonique. Sous le pathos illuministe de la \u201cvocation sacr\u00e9e\u201d et du \u201cdestin\u201d, derri\u00e8re le dessein de l\u2019esprit, gisent des enjeux terrestres \u201crationnels\u201d. Thomas Mann ne les ignore pas.<br \/>\nLa communaut\u00e9 dont il dresse l\u2019apologie a vocation \u00e0 la domination, \u00e0 l\u2019extension infinie, puisque comme le dit Novalis l\u2019esprit ne conna\u00eet pas de fronti\u00e8res, ces choses arbitraires, fabriqu\u00e9es par les hommes en soci\u00e9t\u00e9, les \u201cnon-hommes\u201d que sont les Anglais, les Fran\u00e7ais, les Slaves. Elle est, par nature, amen\u00e9e \u00e0 lutter pour \u201cl\u2019h\u00e9g\u00e9monie de l\u2019esprit\u201d\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le peuple qui dans le monde est celui de l\u2019esprit [\u2026] aspirait \u00e0 devenir un peuple comptant dans le monde. Comme Dieu l\u2019y avait pr\u00e9destin\u00e9, le peuple mondial de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il va de soi qu\u2019\u00e0 l\u2019instar de la communaut\u00e9 cette lutte est \u201cindiscutable\u201d et \u201cfatale\u201d\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La volont\u00e9 allemande de puissance et de grandeur mondiale (qui est moins une volont\u00e9 qu\u2019une fatalit\u00e9 et une n\u00e9cessit\u00e9 mondiale) reste absolument incontest\u00e9e dans sa l\u00e9gitimit\u00e9 et ses perspectives.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si \u201cl\u2019autre\u201d r\u00e9siste, ne veut pas reconna\u00eetre la \u201cpr\u00e9destination\u201d de ladite communaut\u00e9, celle-ci doit s\u2019imposer comme \u00ab\u00a0peuple mondial\u00a0\u00bb par une <em>\u00ab\u00a0perc\u00e9e de violence\u00a0\u00bb.<\/em> Loin de redouter la guerre, elle la souhaite comme processus d\u2019extension du pouvoir de l\u2019esprit, la guerre est <em>la \u00ab\u00a0vraie vie\u00a0\u00bb<\/em> du peuple \u00e9lu. (En 1914-1918 la \u00ab\u00a0perc\u00e9e de violence\u00a0\u00bb, cette sublime extension de \u201cl\u2019esprit\u201d, se fait contre l\u2019Angleterre et la France, ces figures de \u201cl\u2019autre\u201d r\u00e9fractaires \u00e0 la r\u00e9v\u00e9lation du peuple \u00e9lu.) La \u00ab\u00a0perc\u00e9e\u00a0\u00bb a un but m\u00e9diocrement spirituels, il s\u2019agit d\u2019imposer\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">l\u2019\u00e9croulement du syst\u00e8me de r\u00e9partition du pouvoir qui s\u2019est peu \u00e0 peu instaur\u00e9 depuis le xvie\u00a0si\u00e8cle en Europe et dans le monde,<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">syst\u00e8me ne laissant pas assez de place \u00e0 l\u2019Allemagne.<br \/>\nPas plus que le \u201cdestin\u201d de la communaut\u00e9 allemande, son accomplissement n\u2019est n\u00e9gociable. C\u2019est tout ou rien. On ne m\u00e9gote pas avec l\u2019immanence. Les douleurs de l\u2019enfantement peuvent \u00eatre \u00e9vit\u00e9es, il suffit que \u201cl\u2019autre\u201d c\u00e8de devant la pouss\u00e9e de la communaut\u00e9 spirituelle, qu\u2019il laisse au peuple \u00e9lu les mains libres. Une d\u00e9faite de celle-ci, de l\u2019esprit, interdit toute paix, car cette communaut\u00e9 a\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">un physionomie spirituelle singuli\u00e8re, une conscience de Dieu et une \u00e2me o\u00f9 se fait et s\u2019incarne l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9. [Elle] s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et \u00e9pur\u00e9e pour devenir un peuple universel en qui toute l\u2019humanit\u00e9 commence \u00e0 reconna\u00eetre son ma\u00eetre et \u00e9ducateur. [Elle est] instituteur de l\u2019Europe et du monde entier, c\u2019est l\u00e0 sa mission.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne peut y avoir de paix que comme <em>pax germanica<\/em>, paix due \u00e0 la fin de toute soci\u00e9t\u00e9 politique.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La paix de l\u2019Europe ne doit pas \u00eatre internationale mais supranationale, non pas une paix d\u00e9mocratique [synonyme pour Mann de \u201cpolitique\u201d], mais une paix allemande. La paix de l\u2019Europe ne peut reposer que sur la victoire et la puissance du peuple supranational, du peuple qui revendique pour lui les plus hautes traditions universalistes [\u2026] le plus profond sentiment de responsabilit\u00e9 europ\u00e9en. Que le peuple le plus cultiv\u00e9, le plus \u00e9quitable et le plus sinc\u00e8rement \u00e9pris de paix doive \u00eatre aussi le plus puissant, le chef, c\u2019est sur ce postulat, sur la puissance de l\u2019Empire allemand [\u2026] que devra reposer la paix en Europe.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Telle est dans sa simplicit\u00e9, ou son effronterie, la probl\u00e9matique communautaire de Thomas Mann, selon qui <em>\u00ab\u00a0l\u2019apolitisation du peuple est n\u00e9cessaire \u00e0 cause de la mission souveraine \u00e0 laquelle l\u2019Allemagne se sent appel\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/em> La puissance imp\u00e9rialiste va ici avec le sommeil pr\u00e9historique du \u201cpeuple\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(*) Bernard Peloille, <em>De la nation. De sa prise en charge et de sa d\u00e9prise. D\u2019une r\u00e9volution l\u2019autre<\/em>, \u00c9ditions Inclinaison, 2016.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Textes consult\u00e9s<\/strong><br \/>\nP.J.\u00a0Proudhon, <em>Du syst\u00e8me f\u00e9d\u00e9ratif<\/em>, <em>Syst\u00e8me des contradictions \u00e9conomique ou philosophie de la mis\u00e8re<\/em>.<br \/>\nKonstantin Frantz, <em>Die Weltpolitik<\/em>, 1832, <em>Die Naturlehre des Staates als Grundlage aller Staatswissenschaft<\/em>, 1870. Sur Konstantin Frantz voir notamment Jean Nurdin, <em>L\u2019id\u00e9e d\u2019Europe dans la pens\u00e9e allemande \u00e0 l\u2019\u00e9poque bismarckienne<\/em>, 1978.<br \/>\nThomas Mann, <em>Consid\u00e9rations d\u2019un apolitique<\/em>, Paris, 1975.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pr\u00e9sentation des trois auteurs ci-dessus mentionn\u00e9s \u00e9tant tr\u00e8s condens\u00e9e, il peut en r\u00e9sulter des difficult\u00e9s de compr\u00e9hension. Pour un d\u00e9veloppement complet, se reporter \u00e0 l\u2019ouvrage de Bernard Peloille, De la nation (*). On examinera de fa\u00e7on succincte les conceptions de ces trois auteurs, en relation avec la th\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale Communaut\u00e9 ou Soci\u00e9t\u00e9\u00a0? Ces trois [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[86,273,277,275,274,276],"class_list":["post-648","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cours","tag-allemagne","tag-communautarisme","tag-konstantin-frantz","tag-proudhon","tag-societe-politique","tag-thomas-mann"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/648","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=648"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/648\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":661,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/648\/revisions\/661"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=648"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=648"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=648"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}