{"id":645,"date":"2017-02-22T20:03:02","date_gmt":"2017-02-22T19:03:02","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=645"},"modified":"2017-02-22T20:05:31","modified_gmt":"2017-02-22T19:05:31","slug":"3-aspects-de-la-doctrine-sociale-et-politique-de-la-papaute-1791-1891","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=645","title":{"rendered":"3. Aspects de la doctrine sociale et politique de la Papaut\u00e9 (1791-1891)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La \u201cr\u00e9novation\u201d\u00a0de Von Ketteler<\/strong><strong>\u00a0: <\/strong><strong>l\u2019ordre des \u201cautonomies\u201d <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne s&rsquo;agit pas ici de traiter d&rsquo;un mod\u00e8le g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;organisation sociale dans la pens\u00e9e catholique. Les mod\u00e8les diff\u00e8rent, selon les \u00e9poques, les formations nationales, les th\u00e9oriciens. Les conceptions de l&rsquo;\u00c9glise gallicane peuvent se r\u00e9v\u00e9ler diff\u00e9rentes \u00e0 maints \u00e9gards de celles de la Papaut\u00e9, qui peut elle-m\u00eame \u00e9voluer, plus sp\u00e9cialement quant \u00e0 la place donn\u00e9e au peuple dans cette organisation, la dominante rationnelle ou fid\u00e9iste, etc.<br \/>\nPour prendre un exemple au sein d&rsquo;un m\u00eame pays, au cours d&rsquo;une m\u00eame \u00e9poque, on peut dire que les mod\u00e8les de Bossuet et F\u00e9nelon, tous deux dignitaires catholiques, diff\u00e8rent sur des points essentiels. Bossuet d\u00e9finit une soci\u00e9t\u00e9 unifi\u00e9e par la puissance politique l\u00e9gitime, fond\u00e9e sur une forme moderne de propri\u00e9t\u00e9, il pr\u00f4ne l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 devant la loi de tous les sujets, la subordination de l&rsquo;autorit\u00e9 royale \u00e0 une puissance directrice non li\u00e9e \u00e0 des int\u00e9r\u00eats sociaux partiels. F\u00e9nelon oppose \u00e0 la th\u00e9orie absolutiste un mod\u00e8le in\u00e9galitaire et hi\u00e9rarchique, o\u00f9 la v\u00e9ritable autorit\u00e9 revient \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et \u00e0 la noblesse, o\u00f9 se dissout l&rsquo;unit\u00e9 nationale moderne.<br \/>\nOn ne propose donc pas une contribution sur la conception \u201ccatholique\u201d de l&rsquo;organisation sociale, on s&rsquo;attache seulement \u00e0 un aspect de la doctrine pontificale post-r\u00e9volutionnaire :<br \/>\n\u2014 Aspects de la doctrine pontificale sur l\u2019ordre social et politique (dans le sillage de la R\u00e9volution fran\u00e7aise).<br \/>\n\u2014 La \u201cr\u00e9novation\u201d de la doctrine \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. L&rsquo;apport du baron catholique allemand (von) Ketteler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>I\u00a0\u2014 La n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un principe sup\u00e9rieur pour fonder l\u2019ordre social et politique <\/strong><br \/>\n<strong>Extraits de textes\u00a0 pontificaux (1791-1891)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La doctrine pontificale ne se pr\u00e9sente pas au premier abord comme uniforme. On a pu ainsi opposer la figure \u201clib\u00e9rale\u201d de L\u00e9on XIII au rigorisme de Pie IX ou de Pie X.\u00a0 Toutefois, en d\u00e9pit de variations dans le style ou le vocabulaire, il semble que l\u2019on puise rep\u00e9rer des centrations communes telles qu\u2019elles se trouvent \u00e9nonc\u00e9es par divers porte-parole de la doctrine pontificale en mati\u00e8re politique, \u2014 de Pie VII \u00e0 Pie X ou \u00e0 ses successeurs.<br \/>\nSi, dans le domaine <em>social<\/em>, la pens\u00e9e pontificale \u00e9volue et s&rsquo;adapte aux conditions du monde moderne, en mati\u00e8re <em>politique, <\/em>les \u00e9l\u00e9ments de base se modifient peu, les infl\u00e9chissements que l&rsquo;on peut observer tenant davantage aux circonstances, aux conditions de pr\u00e9valence ou de subordination relatives du pouvoir spirituel par rapport au pouvoir souverain des diff\u00e9rents \u00c9tats, qu&rsquo;\u00e0 un v\u00e9ritable bouleversement doctrinal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On consid\u00e9rera deux aspects :<br \/>\n\u2014 Le mod\u00e8le n\u00e9gatif : ce \u00e0 quoi s&rsquo;oppose ce que l\u2019on d\u00e9nomme ici, un peu abusivement, \u201cdoctrine pontificale\u201d.<br \/>\n\u2014 Le mod\u00e8le positif : l&rsquo;organisation sociale conforme au bien des peuples selon l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">LE MODELE N\u00c9GATIF<br \/>\nFaute d\u2019une v\u00e9ritable connaissance des principes de la th\u00e9ologie catholique, on ne propose ici, \u00e0 partir d\u2019un choix limit\u00e9 d\u2019extraits, qu\u2019un aper\u00e7u tr\u00e8s lacunaire de quelques \u00e9l\u00e9ments de la doctrine pontificale an mati\u00e8re sociale et politique.<br \/>\nOn s\u2019est limit\u00e9 \u00e0 d\u00e9gager un ou deux traits significatifs, centr\u00e9s sur l\u2019opposition de la Papaut\u00e9 aux th\u00e8mes du <em>Contrat social<\/em> et aux institutions mises en place au cours de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, ou dans son sillage. Sur certains points, l&rsquo;attitude de la Papaut\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des principes mis en oeuvre par la R\u00e9volution fran\u00e7aise ne fait d\u2019ailleurs que prolonger le conflit qui opposait la puissance universelle de l&rsquo;\u00c9glise aux divers \u00ab\u00a0droits de l&rsquo;\u00c9tat\u00a0\u00bb mis en avant par de nombreux souverains europ\u00e9ens, mais aussi par des dignitaires catholiques qui revendiquaient une \u00ab\u00a0autonomie spirituelle nationale\u00a0\u00bb pour les \u00c9glises de chaque nation.<br \/>\nIl faut en outre insister sur le fait que l\u2019opposition \u00e0 certains principes mis en \u0153uvre par les institutions r\u00e9volutionnaires ne sont nullement propres \u00e0 la Papaut\u00e9, ou seulement li\u00e9es \u00e0 des pr\u00e9ceptes religieux. Sous des habillages profanes, parfois moins \u201cdialectiquement\u201d \u00e9labor\u00e9s, cette opposition a \u00e9t\u00e9 partag\u00e9e tout au long du XIXe si\u00e8cle, par des courants de pens\u00e9e non catholiques, voire ath\u00e9es, notamment par certains sp\u00e9cialistes des \u00ab\u00a0sciences sociales\u00a0\u00bb ou par des \u00ab\u00a0lib\u00e9raux\u00a0\u00bb. Toutefois, \u00e0 la diff\u00e9rence de certains de ces courants, la doctrine pontificale n\u2019est jamais \u201ccommunautariste\u201d, au sens o\u00f9 elle ne saurait poser au fondement des groupements humains, un \u201cgerme\u201d, une identit\u00e9 \u201coriginelle\u201d, comme dans le mod\u00e8le de T\u00f6nnies<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019homme, le peuple, ne peuvent \u00eatre les uniques arbitres du bien commun<\/strong><br \/>\nSelon la doctrine chr\u00e9tienne, l\u2019homme dispose d\u2019un libre-arbitre, capacit\u00e9 \u00e0 se d\u00e9terminer pour le bien ou pour le mal, avec l\u2019aide d\u2019une puissance sup\u00e9rieure (Dieu). Dans les textes pontificaux ici consid\u00e9r\u00e9s, ce libre-arbitre peut sembler d\u00e9ni\u00e9 \u00e0 l\u2019homme s\u00e9par\u00e9 de Dieu, du moins pour ce qui touche \u00e0 l\u2019organisation d\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9. Dans le cadre des institutions sociales, l\u2019homme (mais aussi le peuple) ne peuvent ainsi revendiquer une libert\u00e9 totale, qui ne se d\u00e9finirait qu\u2019\u00e0 partir d\u2019eux-m\u00eames.<br \/>\n\u00ab\u00a0L&rsquo;homme en soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, indique Pie VI (pape de 1775 \u00e0 1799), ne doit pas d\u00e9tenir cette libert\u00e9 de penser et d&rsquo;agir que l&rsquo;Assembl\u00e9e Nationale (institu\u00e9e par la R\u00e9volution) accorde \u00e0 l&rsquo;homme en soci\u00e9t\u00e9. La raison humaine, s\u00e9par\u00e9e de Dieu, rappelle un demi-si\u00e8cle plus tard Pie IX (pape de 1846 \u00e0 1878), ne peut \u00eatre <em>l&rsquo;unique<\/em> arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal, \u00eatre \u00e0 elle-m\u00eame sa loi, elle ne peut, par ses forces naturelles, procurer le bien des hommes et des peuples. Et L\u00e9on XIII (pape de 1878 \u00e0 1903), r\u00e9affirme \u00e0 son tour : la libert\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;homme ne doit pas signifier soumission \u00e0 ses erreurs et ses passions. La domination d&rsquo;une morale ind\u00e9pendante de Dieu, ne peut conduire qu&rsquo;\u00e0 une licence illimit\u00e9e, et dans ces conditions, la puissance donn\u00e9e au nombre ferait dispara\u00eetre la diff\u00e9rence entre le bien et le mal. La libert\u00e9 qui s&rsquo;accorde indistinctement \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;erreur, au bien et au mal, ouvre la voie au crime, \u00e0 \u00ab\u00a0la tourbe abjecte des passions\u00a0\u00bb. Ainsi l\u2019\u00c9glise ne pourrait reconna\u00eetre au peuple une pleine capacit\u00e9 souveraine, telle qu\u2019elle prendrait sa source dans les passions ou sur une raison non guid\u00e9e par un principe sup\u00e9rieur.<br \/>\nDe 1791 au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, la doctrine ne varie pas sur ce point. Il s&rsquo;agit toujours de critiquer l&rsquo;absurdit\u00e9 r\u00e9volutionnaire qui a pr\u00e9tendu donner \u00e0 la souverainet\u00e9 une \u00ab\u00a0fausse origine\u00a0\u00bb. La question de la v\u00e9ritable \u00ab\u00a0origine\u00a0\u00bb du pouvoir (ou de la souverainet\u00e9) ne concerne d\u2019ailleurs pas seulement le pouvoir populaire. Selon les principes chr\u00e9tiens, \u00ab\u00a0tout pouvoir vient de Dieu\u00a0\u00bb, y compris celui des monarques, et ceux-ci pour conformer leur pouvoir \u00e0 la recherche du bien doivent eux aussi reconna\u00eetre une autorit\u00e9 sup\u00e9rieure.<br \/>\nLa critique du principe rousseauiste qui voudrait qu&rsquo;on ne soit li\u00e9 <em>que<\/em> par les lois qu&rsquo;on a consenties, (sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un pouvoir plac\u00e9 au-dessus), semble relever de cette m\u00eame logique. On ne peut pas transporter l&rsquo;autorit\u00e9 publique dans les mains du peuple qui est \u00ab\u00a0sans discernement\u00a0\u00bb pour appr\u00e9cier les choses, \u00ab\u00a0incapable de suivre aucun plan de conduite sage et raisonnable\u00a0\u00bb, indique Pie VI en 1791. Le \u201clib\u00e9ral\u201d L\u00e9on XIII d\u00e9niera de la m\u00eame fa\u00e7on, en 1878 et 1881, toute validit\u00e9 aux lois que la \u00ab\u00a0multitude\u00a0\u00bb porterait en elle-m\u00eame, conform\u00e9ment \u00e0 son \u00ab\u00a0caprice\u00a0\u00bb. Il d\u00e9nonce les \u00ab\u00a0origines fictives\u00a0\u00bb donn\u00e9es \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 (contrat social). S&rsquo;il \u00e9voque en 1891, une possible souverainet\u00e9 de l&rsquo;homme, li\u00e9e \u00e0 la \u00ab\u00a0perfection de la vie de l&rsquo;\u00e2me\u00a0\u00bb, dont il a \u00e9t\u00e9 investi par une puissance sup\u00e9rieure, il r\u00e9affirme en 1901 que le pouvoir ne doit pas proc\u00e9der du peuple, et que les termes de \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie sociale\u00a0\u00bb, que l&rsquo;\u00c9glise peut \u00eatre conduite \u00e0 prononcer, ne doivent pas s&rsquo;attacher au sens que les philosophes ont donn\u00e9 au mot \u00ab\u00a0d\u00e9mocratie\u00a0\u00bb. Ce mot peut \u00eatre utilis\u00e9, \u00e0 condition de lui \u00ab\u00a0\u00f4ter tout sens politique\u00a0\u00bb, ne lui attachant pas d&rsquo;autre sp\u00e9cification que celle d&rsquo;une \u00ab\u00a0bienfaisante action chr\u00e9tienne parmi le peuple\u00a0\u00bb.<br \/>\nPuisque le peuple (ou du moins la multitude) n\u2019est pas la source ultime de la souverainet\u00e9, il ne peut d\u00e9l\u00e9guer une autorit\u00e9, une volont\u00e9 qu\u2019il ne porte pas en lui-m\u00eame. En 1881 L\u00e9on XIII stigmatise les r\u00e9publicains qui posent que l&rsquo;autorit\u00e9 n&rsquo;est qu&rsquo;un mandat que la volont\u00e9 du peuple peut retirer et qui ne reviendrait pas en propre \u00e0 ceux qui l&rsquo;exercent. Une telle th\u00e9orie est \u00ab\u00a0contraire \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 catholique\u00a0\u00bb confirme Pie X en 1910. Il est anormal, indique-t-il, que la d\u00e9l\u00e9gation monte, puisqu&rsquo;il est \u00ab\u00a0de sa nature de descendre\u00a0\u00bb, les gouvernements repr\u00e9sentent Dieu sur terre, c&rsquo;est Dieu qui leur conf\u00e8re l&rsquo;autorit\u00e9. (Moyennant la mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart de Dieu, ce principe \u00ab\u00a0descendant\u00a0\u00bb pourra \u00eatre revendiqu\u00e9 par d\u2019autres courants de pens\u00e9e, nullement catholiques, y compris dans notre contemporan\u00e9it\u00e9).<br \/>\nToutefois, si Pie IX condamne encore en 1874 le \u00ab\u00a0mensonge universel\u00a0\u00bb du suffrage universel, L\u00e9on XIII, qui affirme en 1881 que la souverainet\u00e9 politique ne peut proc\u00e9der du peuple, admet que celui-ci puisse d\u00e9cider dans une certaine mesure de la forme du gouvernement, et qu&rsquo;il puisse aussi, sinon conf\u00e9rer l&rsquo;autorit\u00e9, du moins constituer le <em>canal<\/em> au moyen duquel elle sera d\u00e9sign\u00e9e (principe qui avait d\u00e9j\u00e0 pu \u00eatre pos\u00e9 lorsqu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un pouvoir monarchique). Le principe des \u00e9lections n&rsquo;est donc pas rejet\u00e9, pour peu qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse pas de d\u00e9l\u00e9guer un pouvoir, mais seulement de <em>d\u00e9signer<\/em> les personnes qui devront l&rsquo;exercer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comment sont con\u00e7ues les notions de libert\u00e9 et d\u2019\u00e9galit\u00e9<\/strong><br \/>\nTrois ans apr\u00e8s la parution du <em>Contrat Social<\/em>, Pie VI avait condamn\u00e9 la doctrine des philosophes qui \u00ab\u00a0r\u00e9p\u00e8tent \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 que l&rsquo;homme na\u00eet libre, et qu&rsquo;il ne doit se soumettre \u00e0 personne\u00a0\u00bb. Ces philosophes professait-il, cherchent \u00e0 rel\u00e2cher les liens qui unissent les hommes entre eux (hommes en soci\u00e9t\u00e9). En 1791, il d\u00e9clare que la libert\u00e9 de penser et d&rsquo;agir est \u00ab\u00a0chim\u00e9rique \u00a0\u00bb et cause de subversion de tout ordre social.<br \/>\nNonobstant ces assertions, on doit reconna\u00eetre que dans la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne, l\u2019homme dispose de la capacit\u00e9 \u00e0 se prononcer pour le bien ou pour le mal, principe d\u2019un libre-arbitre qui est au fondement du principe de responsabilit\u00e9 (comme de la vertu). Le recours \u00e0 une puissance sup\u00e9rieure (ici Dieu) permet \u00e0 l\u2019homme d\u2019\u00e9clairer et de conforter son choix en vue du bien. Dans les textes pontificaux ici pris en compte, cette libert\u00e9 reconnue \u00e0 l&rsquo;homme ne saurait pour autant signifier la facult\u00e9 de penser, formuler, d\u00e9cider, <em>de fa\u00e7on ind\u00e9pendante<\/em>, de la nature du bien social. La r\u00e9novation doctrinale que r\u00e9alise L\u00e9on XIII ne modifiera pas cette prise de position. Il s&rsquo;agit encore de condamner les th\u00e9ories qui pr\u00e9tendent que chacun ne rel\u00e8ve <em>que<\/em> de lui seul, qu\u2019il n&rsquo;est d&rsquo;aucune fa\u00e7on soumis \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 d&rsquo;autrui, l&rsquo;ordre ne pouvant pr\u00e9valoir sans soumission \u00e0 une autorit\u00e9. L&rsquo;incompatibilit\u00e9 entre libert\u00e9 et autorit\u00e9 en vue du bien commun est r\u00e9affirm\u00e9e en 1910 par Pie X\u00a0: les \u00ab\u00a0cr\u00e9atures d\u00e9pendantes et in\u00e9gales\u00a0\u00bb ne peuvent, selon lui, diriger par elles-m\u00eames leur activit\u00e9 vers le bien commun, et doivent \u00eatre soumises au devoir d&rsquo;ob\u00e9issance.<br \/>\nIl en est de l\u2019absolue libert\u00e9 de penser comme de la libert\u00e9 d&rsquo;agir, celle-ci comme celle-l\u00e0, constituent un danger pour l&rsquo;ordre social. C\u2019est la libert\u00e9 de pens\u00e9e, comme droit imprescriptible de sa nature, accord\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;homme en soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, que Pie VI condamne en 1791. Et Pie IX en 1862, d\u00e9clare : on ne peut faire de sa raison \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;unique<\/em> arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal\u00a0\u00bb, faire de sa raison sa propre loi. Cette critique d\u2019une libert\u00e9 de pens\u00e9e sans limites, s\u2019agissant de \u00ab\u00a0l\u2019homme en soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, vaut sans doute aussi, comme chez Bossuet, pour r\u00e9cusation des conceptions solipsistes qui font de l&rsquo;individu isol\u00e9 sa propre fin, ind\u00e9pendamment des lois n\u00e9cessaires (naturelles ou divines) qui r\u00e9gissent les soci\u00e9t\u00e9s, faute de quoi celles-ci retournent \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019anarchie..<br \/>\nD\u00e9niant la libert\u00e9 d\u2019un \u201c\u00e9tat de nature\u201d aux individus, au sens d&rsquo;ind\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tout principe sup\u00e9rieur, la doctrine catholique professe-t-elle pour autant un principe in\u00e9galitaire ? Ce serait abusif de l\u2019affirmer. De Saint Thomas \u00e0 Bossuet, l&rsquo;\u00c9glise n&rsquo;a pas manqu\u00e9 de poser l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des hommes, du moins des \u00ab\u00a0\u00e2mes humaines\u00a0\u00bb, \u00e9galit\u00e9 qui trouve son origine dans leur \u201cforme\u201d commune, tenue de Dieu lui-m\u00eame. Selon les auteurs, l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de forme se prolonge ou non en \u00e9galit\u00e9 des droits et des devoirs, en \u00e9galisation des diff\u00e9rentes conditions. Dans les proclamations pontificales ici consid\u00e9r\u00e9es, la \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb \u00e9galit\u00e9 que pr\u00f4ne l&rsquo;\u00c9glise semble se limiter au fait que les hommes ont une m\u00eame nature \u00e0 l&rsquo;image de Dieu, un m\u00eame Seigneur, une m\u00eame foi.<br \/>\nC\u2019est le lib\u00e9ral L\u00e9on XIII\u00a0 qui se situe sans doute le plus en retrait par rapport aux formulations \u00e9galitaires, il insiste sur le fait que l&rsquo;ordre in\u00e9gal sur terre ressort de la volont\u00e9 divine elle-m\u00eame. L&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 entre les hommes, \u00ab\u00a0naturellement dissemblables de corps et d&rsquo;esprit\u00a0\u00bb, s&rsquo;expose dans \u00ab\u00a0l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 de droit et de pouvoir\u00a0\u00bb, ces in\u00e9galit\u00e9s \u00e9manant de \u00ab\u00a0l&rsquo;auteur m\u00eame de la nature\u00a0\u00bb. Le principe d&rsquo;une in\u00e9galit\u00e9 de nature et de droit doit \u00eatre affirm\u00e9, plus sp\u00e9cialement <em>contre les th\u00e9ories qui pr\u00f4nent la mise en commun des moyens de production<\/em>. L&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 doit exister dans la possession des biens, et il y aurait danger \u00e0 poser l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des citoyens, celle-ci pouvant conduire \u00e0 \u00ab\u00a0poser l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des biens et \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;instruments de production communs\u00a0\u00bb. Pr\u00e9cisons que cette prise de position n\u2019est nullement une exclusivit\u00e9 des dignitaires catholiques, au cours de l\u2019\u00e9poque consid\u00e9r\u00e9e (comme aujourd\u2019hui d\u2019ailleurs).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">LE MODELE POSITIF<br \/>\nLa contestation de la source populaire du principe de souverainet\u00e9, la mise en garde contre les dangers de l&rsquo;\u00e9galitarisme et de la libert\u00e9 politique, ne sont pas propres \u00e0 la pens\u00e9e pontificale. Au moment o\u00f9 L\u00e9on XIII \u00e9labore l&rsquo;Encyclique <em>Rerum Novarum<\/em>, ils sont pr\u00e9sents chez nombre de juristes, \u00e9conomistes, sociologues, politiciens, qui pour la plupart ne font pas appel \u00e0 la caution divine. Du c\u00f4t\u00e9 des auteurs profanes, on peut invoquer contre les passions, la d\u00e9raison populaire, le danger collectiviste, on peut invoquer, tout en maintenant en effigie le principe de souverainet\u00e9 du peuple, la n\u00e9cessaire \u00ab\u00a0souverainet\u00e9 de la raison\u00a0\u00bb, ou des comp\u00e9tences, l\u2019in\u00e9galit\u00e9 native des hommes, etc.<br \/>\nL&rsquo;\u00c9glise semble venir \u00e0 la rencontre de tels courants de pens\u00e9e \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, l&rsquo;opposition de la Papaut\u00e9 aux principes de la R\u00e9volution fran\u00e7aise se faisant moins explicite. Comme le fait\u00a0 la \u201cscience sociale\u201d, il s&rsquo;agit de proposer un mode global d&rsquo;organisation de la soci\u00e9t\u00e9 centr\u00e9 sur quelques notions positives : soci\u00e9t\u00e9 structur\u00e9e par une interd\u00e9pendance fonctionnelle, diff\u00e9rence n\u00e9cessaire entre \u201cconditions\u201d,\u00a0 solidarit\u00e9, hi\u00e9rarchie, ordre organique, principe de subsidiarit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Diff\u00e9rences, interd\u00e9pendance, solidarit\u00e9<\/strong><br \/>\nDans la doctrine pontificale \u201clib\u00e9rale\u201d de L\u00e9on XIII, comme dans les sciences sociales de l\u2019\u00e9poque, les th\u00e8mes c\u00e9l\u00e9brant \u201cl\u2019ordre organique\u201d de la soci\u00e9t\u00e9 sont particuli\u00e8rement d\u00e9velopp\u00e9s. On peut alors substituer \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9, les notions euph\u00e9miques de \u00ab\u00a0diff\u00e9rences\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0vari\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0diversit\u00e9\u00a0\u00bb, appelant en corollaire \u00ab\u00a0l&rsquo;interd\u00e9pendance\u00a0\u00bb. Les fonctions vari\u00e9es remplies par les hommes en situation d&rsquo;interd\u00e9pendance sont r\u00e9put\u00e9es accomplies pour le plus grand bien de toute la soci\u00e9t\u00e9. Dans ce sens, indique L\u00e9on XIII en 1891, les diff\u00e9rences, l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 des fonctions, \u00ab\u00a0tournent au profit de tous\u00a0\u00bb. La vie sociale requiert un \u00ab\u00a0organisme vari\u00e9\u00a0\u00bb, des fonctions diverses. Il est conforme \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;ensemble qu&rsquo;existent des princes, des sujets, des patrons et des prol\u00e9taires, des riches, des pauvres, des ignorants, des savants, unis par des liens d&rsquo;amour et qui doivent s&rsquo;aider r\u00e9ciproquement. La soci\u00e9t\u00e9 comme le corps humain est compos\u00e9e d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments in\u00e9gaux, les rendre \u00e9gaux serait d\u00e9truire la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame. Face aux d\u00e9sordres du temps, le th\u00e8me \u201corganique\u201d comme garant de l\u2019ordre social tend \u00e0 se substituer \u00e0 celui de la \u00ab\u00a0main invisible\u00a0\u00bb, cens\u00e9e faire concourir les divers int\u00e9r\u00eats particuliers au bien commun, par la vertu du \u00ab\u00a0laisser faire\u00a0\u00bb.<br \/>\nDans la doctrine de la papaut\u00e9, le principe d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 se conjugue avec celui de la justice distributive. Chacun re\u00e7oit en fonction de sa participation et cet apport n&rsquo;est pas d\u00e9termin\u00e9 par une \u00e9gale mesure : \u00ab\u00a0Les apports respectifs ne peuvent \u00eatre ni les m\u00eames ni d&rsquo;\u00e9gale mesure\u00a0\u00bb, indique L\u00e9on XIII, les hommes ne concourent pas au bien commun dans la m\u00eame mesure. En fonction des diff\u00e9rentes \u201cmesures\u201d doivent \u00eatre d\u00e9volues des \u00ab\u00a0parts convenables\u00a0\u00bb, correspondant aux \u00ab\u00a0apports respectifs\u00a0\u00bb des parties (par exemple apport du capital et apport du travail), ces parts convenables doivent confirmer la \u00ab\u00a0pr\u00e9\u00e9minence\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0hommes qui gouvernent\u00a0\u00bb sur ceux qui \u00ab\u00a0s&rsquo;appliquent \u00e0 l&rsquo;industrie\u00a0\u00bb (ce qui somme toute n\u2019est pas tr\u00e8s diff\u00e9rent des points de vue d\u00e9fendus par Siey\u00e8s et les Id\u00e9ologues).<br \/>\nLes divers \u00e9l\u00e9ments du tout indiquait Pie VI en 1775 ont entre eux des liens n\u00e9cessaires que les philosophes ont tent\u00e9 de rel\u00e2cher ou s&rsquo;efforcent de rompre, \u00ab\u00a0liens qui unissent les hommes entre eux\u00a0\u00bb, les lient \u00e0 ceux qui gouvernent et les contiennent dans le devoir. Tenant compte des donn\u00e9es du monde moderne, L\u00e9on XIII parle pour sa part des droits et des devoirs qui \u00ab\u00a0doivent lier r\u00e9ciproquement travail et capital\u00a0\u00bb, de l&rsquo;union harmonieuse des classes, pour la mise en commun\u00a0 des \u00ab\u00a0lumi\u00e8re\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0forces\u00a0\u00bb. L&rsquo;analogie entre le corps social et le corps humain est valoris\u00e9e, se substituant aux m\u00e9taphores cosmogoniques ou de l&rsquo;orchestre bien ordonn\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Autorit\u00e9, hi\u00e9rarchie, subordination<\/strong><br \/>\nL&rsquo;harmonie, la solidarit\u00e9, qui sont donn\u00e9s par l&rsquo;id\u00e9e d\u2019organisme, ne semblent toutefois devoir s&rsquo;\u00e9tablir seulement au moyen d&rsquo;un principe de subordination contraignant les hommes \u00e0 se maintenir dans le devoir. Il ne peut y avoir d&rsquo;ordre social en l&rsquo;absence de principe hi\u00e9rarchique. C&rsquo;est ce que rappelle Pie IX en 1849 :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Dieu tout-puissant [&#8230;] a fait le petit et le grand [&#8230;]\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0[&#8230;] dans la condition des choses humaines, il est naturel et invariable que [&#8230;] les uns l&#8217;emportent sur les autres, soit par diverses qualit\u00e9s de l&rsquo;esprit ou du corps, soit par les\u00a0 richesses [&#8230;].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le royaume c\u00e9leste, le choeur des anges comporte des degr\u00e9s d&rsquo;ordre, de m\u00eame qu&rsquo;existent dans l&rsquo;\u00c9glise des pasteurs et des troupeaux. La soci\u00e9t\u00e9, affirment \u00e0 leur tour Pie VI et Pie X, requiert de la m\u00eame fa\u00e7on une autorit\u00e9 pour diriger la multitude, et celle-ci, \u00ab\u00a0troupeau docile\u00a0\u00bb, doit se \u00ab\u00a0laisser conduire\u00a0\u00bb, les parties les plus nobles dirigent les autres parties, la qualit\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments nobles diff\u00e9rant selon les \u00e9poques. En 1791, Pie VI, s&rsquo;autorisant de Saint Augustin, indiquait que \u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 humaine n&rsquo;est autre chose qu&rsquo;une convention g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;ob\u00e9ir aux rois\u00a0\u00bb. Gr\u00e9goire XVI parlait en 1832 des princes, \u00ab\u00a0p\u00e8res et tuteurs des peuples\u00a0\u00bb. L\u00e9on XIII \u201cmodernise\u201d la doctrine.\u00a0 D\u00e9non\u00e7ant en 1878 les erreurs modernes des socialistes, communistes ou nihilistes, qui m\u00e9prisent toute domination et blasph\u00e8ment toute majest\u00e9, il rappelle que Dieu a constitu\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0diff\u00e9rents degr\u00e9s\u00a0\u00bb, que tous ne peuvent \u00eatre pasteurs ou docteurs. En 1881, il pose que pour tout groupe d&rsquo;hommes il y a \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9 imp\u00e9rieuse\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0chefs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Exclusion<\/strong><br \/>\nL&rsquo;unit\u00e9 n\u00e9cessaire requise du corps social porte en contrepoint la n\u00e9cessit\u00e9 de rejeter tout ce qui se situe en ext\u00e9riorit\u00e9 par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e, ou qui refuse d&rsquo;y appartenir, tout ce qui est \u00ab\u00a0s\u00e9par\u00e9\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0antagonique\u00a0\u00bb. L&rsquo;ordre social donne une place aux pasteurs et aux troupeaux dociles, non aux \u00ab\u00a0mauvais bergers\u00a0\u00bb, aux \u00ab\u00a0loups\u00a0 rapaces\u00a0\u00bb qui\u00a0 veulent corrompre le troupeau innocent : protestants, ath\u00e9es, philosophes, conventionnels, rationalistes, indiff\u00e9rentistes, carbonaris, francs ma\u00e7ons, r\u00e9publicains, socialistes, communistes. Le tout solidaire, sous l&rsquo;autorit\u00e9 spirituelle de l&rsquo;\u00c9glise, interdit l&rsquo;insubordination, l&rsquo;ind\u00e9pendance, l&rsquo;isolement, la non conformit\u00e9, et par cons\u00e9quent aussi l&rsquo;expression des luttes de classes. A noter ici encore que le principe d\u2019exclusion touchant plus sp\u00e9cialement socialisme et communisme, et tous ceux qui pr\u00e9tendent r\u00e9volutionner l\u2019ordre social, s\u2019expose aussi au sein de courants non catholiques, parfois m\u00eame r\u00e9publicains \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, voire m\u00eame chez des auteurs r\u00e9solument ath\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;AGGIORNAMENTO DE 1891<br \/>\nSi dans leurs grandes lignes, les principes d&rsquo;organisation <em>politique<\/em> de la soci\u00e9t\u00e9 diff\u00e8rent peu d&rsquo;un pontificat \u00e0 l&rsquo;autre, des sp\u00e9cifications apparaissent ou se pr\u00e9cisent \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, notamment avec L\u00e9on XIII et l&rsquo;Encyclique <em>Rerum Novarum<\/em> : revendications \u201clib\u00e9rales\u201d par rapport \u00e0 l&#8217;emprise de l&rsquo;\u00c9tat, programme \u201csocial\u201d et volont\u00e9 plus marqu\u00e9e d&rsquo;encadrement de la classe ouvri\u00e8re, parfois assortie d\u2019une coloration \u201canti-capitaliste\u201d du discours pour faire pi\u00e8ce aux avanc\u00e9es socialistes.<br \/>\nLes critiques contre les abus du \u201clib\u00e9ralisme\u201d ne remettent pourtant nullement en cause le r\u00e9gime de propri\u00e9t\u00e9. La d\u00e9fense de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, <em>contre la propri\u00e9t\u00e9 collective<\/em>, constitue au contraire un des axes de l&rsquo;argumentation. Selon L\u00e9on XIII,\u00a0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e est un \u00ab\u00a0droit naturel\u00a0\u00bb, inviolable, qui doit \u00eatre prot\u00e9g\u00e9 par les lois publiques, la richesse n&rsquo;\u00e9tant elle-m\u00eame qu&rsquo;un \u00ab\u00a0stimulant du talent et de l&rsquo;esprit d&rsquo;initiative\u00a0\u00bb. L&rsquo;\u00c9tat qu&rsquo;il d\u00e9finit \u00e0 l&rsquo;exemple des lib\u00e9raux, doit servir <em>l&rsquo;int\u00e9r\u00eat<\/em> commun et l&rsquo;ordre social fond\u00e9 sur la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, il doit donner la priorit\u00e9 \u00e0 la \u00ab\u00a0justice naturelle\u00a0\u00bb, prot\u00e9geant les citoyens contre la violation des droits (dont celui de propri\u00e9t\u00e9), contenant les masses dans le devoir et emp\u00eachant que des \u00ab\u00a0meneurs\u00a0\u00bb viennent corrompre les moeurs des ouvriers. L&rsquo;\u00c9tat peut jouer un r\u00f4le dans la mise en oeuvre de r\u00e9formes sociales inspir\u00e9es par la doctrine chr\u00e9tienne, mais il ne doit pas se substituer \u00e0 la Providence divine,\u00a0 absorber les individus et surtout les groupes partiels, les familles, empi\u00e9ter sur les droits ind\u00e9pendants des soci\u00e9t\u00e9s domestiques et priv\u00e9es.<br \/>\nContre la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00c9tat souverain, dans sa sp\u00e9cification absolutiste ou jacobine, l&rsquo;\u00c9glise d\u00e9nie aux pouvoirs publics un droit sur les soci\u00e9t\u00e9s qui sont dans sa d\u00e9pendance (notamment les soci\u00e9t\u00e9s religieuses). Celles-ci ne doivent pas \u00eatre assujetties aux lois civiles communes, elles doivent conserver leur personnalit\u00e9 morale propre et leurs biens. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, il faut que, dans la \u00ab\u00a0grande soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0petites soci\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00bb, fond\u00e9es sur l&rsquo;utilit\u00e9 particuli\u00e8re, aient des droits reconnus, qu&rsquo;elles aient toute libert\u00e9 de se donner leurs statuts et r\u00e8glements, sans que l&rsquo;\u00c9tat ne s&rsquo;immisce dans leur gouvernement int\u00e9rieur. L\u00e9on XIII propose ainsi de r\u00e9introduire ces petites soci\u00e9t\u00e9s que sont les corps d&rsquo;Ancien R\u00e9gime, en les adaptant au monde moderne. On aurait alors \u00ab\u00a0autant de membres de la soci\u00e9t\u00e9 civile, autant de parties avec leur propre administration\u00a0\u00bb, presque un genre \u00ab\u00a0d\u2019autogestion\u00a0\u00bb. L&rsquo;existence de corps autonomes (avec leurs \u00ab\u00a0lois priv\u00e9es\u00a0\u00bb) ne contreviendrait pas au principe de soumission \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9, chaque membre des corps partiels, adonn\u00e9 \u00e0 une fonction particuli\u00e8re, n&rsquo;ayant pas pour autant \u00e0 s&rsquo;occuper des affaires g\u00e9n\u00e9rales de la grande soci\u00e9t\u00e9, qui rel\u00e8vent des chefs n\u00e9cessaires \u00e0 tout groupe d&rsquo;hommes.<br \/>\nLa valorisation du th\u00e8me de l&rsquo;autonomie r\u00e9pond \u00e0 l&rsquo;aspect \u201cd\u00e9fensif\u201d de la lutte de la Papaut\u00e9\u00a0 contre la volont\u00e9 souveraine des \u00c9tats. Elle marque aussi la convergence entre ses revendications et \u00ab\u00a0le soul\u00e8vement lib\u00e9ral de la soci\u00e9t\u00e9 contre l&rsquo;\u00c9tat\u00a0\u00bb. L&rsquo;aspect offensif de la lutte se donne \u00e0 voir dans la doctrine sociale positive qui projette un mode d&rsquo;unification de la soci\u00e9t\u00e9 conforme \u00e0 l&rsquo;ordre voulu par l\u2019\u00c9glise.\u00a0 Dans la r\u00e9organisation corporative que propose L\u00e9on XIII, la religion devrait redevenir le fondement de toutes les lois sociales, l&rsquo;\u00c9tat se soumettant aux pr\u00e9ceptes de la \u00ab\u00a0raison naturelle\u00a0\u00bb et des enseignements divins, les d\u00e9positaires de l&rsquo;autorit\u00e9 devant l&rsquo;exercer \u00e0 l&rsquo;exemple de Dieu qui le leur a conf\u00e9r\u00e9e. Seule la religion, estime-t-il en effet, peut d\u00e9truire \u00ab\u00a0le mal des soci\u00e9t\u00e9s modernes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0en d\u00e9cadence\u00a0\u00bb, en <em>ramenant les classes \u00e0 l&rsquo;union<\/em>. Dans le conflit de souverainet\u00e9 qui oppose la Papaut\u00e9 aux \u00c9tats nationaux, monarchiques ou r\u00e9publicains, c&rsquo;est en ob\u00e9issant aux lois et aux institutions du christianisme qu&rsquo;on peut \u00ab\u00a0gu\u00e9rir\u00a0\u00bb la soci\u00e9t\u00e9 humaine, la \u00ab\u00a0r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer\u00a0\u00bb, en la ramenant \u00ab\u00a0\u00e0 ses origines\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>II\u00a0\u2014 Le post-modernisme anti-socialiste et anti-communiste du baron von Ketteler<\/strong><br \/>\nLe baron Von Ketteler se pr\u00e9sente lui aussi comme un partisan de la libert\u00e9 contre l\u2019absolutisme de l\u2019\u00c9tat. Il d\u00e9veloppe des th\u00e8mes tels que la n\u00e9cessit\u00e9 de restituer le pouvoir \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 civile, permettre \u00e0 chaque unit\u00e9 autonome de \u00ab\u00a0g\u00e9rer elle-m\u00eame ses propres affaires\u00a0\u00bb, th\u00e8mes qui se pr\u00e9sentent comme \u201cmodernes\u201d, tourn\u00e9s vers le progr\u00e8s. On va d\u00e9gager l\u2019articulation g\u00e9n\u00e9rale de cette doctrine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019abord qui est Ketteler\u00a0?<br \/>\nBien que peu connu aujourd\u2019hui, il a contribu\u00e9 \u00e0 renouveler la doctrine sociale de l\u2019\u00c9glise et aurait influenc\u00e9 L\u00e9on XIII pour l\u2019encyclique <em>Rerum Novarum.<\/em><br \/>\nN\u00e9 en 1811, d\u2019une famille f\u00e9odale de Westphalie, Ev\u00eaque-Prince de Mayence, il est initiateur du Centre catholique allemand, champion de la lutte contre Bismarck et la politique du <em>Kulturkampf,<\/em> mais aussi de la lutte contre le communisme. On peut aussi le consid\u00e9rer comme un pr\u00e9curseur de \u201cl\u2019\u00e9conomie sociale\u201d et de la sociologie moderne.<br \/>\nSelon Georges Goyau, son pr\u00e9facier en 1906, le nom de Ketteler est li\u00e9 \u00e0 la transition de 1848. Avec lui, l\u2019\u00c9glise a su \u00ab\u00a0prendre position sur cette cr\u00eate\u00a0\u00bb, dominer \u00ab\u00a0les deux versants\u00a0\u00bb, celui de la veille et celui du lendemain, d\u00e9noncer le p\u00e9ril du socialisme tout autant que celui du lib\u00e9ralisme, tout en se montrant \u00ab\u00a0vraiment lib\u00e9rale et vraiment sociale\u00a0\u00bb. Il a appris aux catholiques allemands \u00e0 se tenir en garde par rapport aux deux aspects li\u00e9s aux turbulences r\u00e9volutionnaires\u00a0:<br \/>\n\u2013 les mouvements de d\u00e9tresse apeur\u00e9e du peuple,<br \/>\n\u2013 la r\u00e9action de f\u00e9roce d\u00e9fensive des classes dominantes.<br \/>\nKetteler veut allumer un \u00ab\u00a0contre-feu\u00a0\u00bb lib\u00e9ral et social, contre le lib\u00e9ralisme, <em>et ce qu\u2019il entra\u00eene, le socialisme<\/em>. Il s\u2019agit ainsi de s\u2019occuper de la question ouvri\u00e8re, afin que les ouvriers ne deviennent pas \u00ab\u00a0la proie universelle des partis indiff\u00e9rents ou m\u00eame hostiles [&#8230;] au christianisme\u00a0\u00bb.<br \/>\nKetteler ne bouleverse pas la doctrine de l\u2019\u00c9glise, il l\u2019adapte \u00e0 son si\u00e8cle, qui voit se d\u00e9velopper avec l\u2019industrie, un prol\u00e9tariat moderne.<br \/>\nEn 1863, il indique\u00a0: \u00ab\u00a0Nous vivons dans un monde tout nouveau, le mal se fraie des voies nouvelles, le bien aussi doit chercher de nouveaux sillons pour combattre le mal. Face au mouvement socialiste, il dit la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un manifeste catholique, qui soit capable, en contre-feu, de r\u00e9gler la \u00ab\u00a0question sociale\u00a0\u00bb. Il accepte le r\u00e9gime de production moderne, mais veut emp\u00eacher qu\u2019il d\u00e9bouche sur une r\u00e9volution.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0D\u00e8s l\u2019instant qu\u2019il faut accepter l\u2019ensemble du syst\u00e8me, il importe de l\u2019adoucir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans quelle situation Ketteler d\u00e9veloppe-t-il ses th\u00e8ses\u00a0?<br \/>\nSi l\u2019on consid\u00e8re les conditions \u00e9conomiques en Allemagne, on note que le mouvement d\u2019industrialisation a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement rapide et violent, surtout apr\u00e8s 1871. Des transformations structurelles se sont produites dans l\u2019organisation et les modes de travail. La mis\u00e8re s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e dans une partie de la classe ouvri\u00e8re.<br \/>\nSi l\u2019on se centre sur les aspects politiques, on peut retenir que les formes politiques, les institutions, la conscience, ne se sont pas d\u00e9velopp\u00e9es dans le m\u00eame temps avec la m\u00eame vigueur. Il n\u2019y a pas eu en Allemagne de r\u00e9volution populaire victorieuse, et les moeurs \u201cf\u00e9odales\u201d \u00e9taient encore pr\u00e9gnantes avant 1848. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de la r\u00e9volution de 1848, la bourgeoisie s\u2019est alli\u00e9e \u00e0 la noblesse et au pouvoir en place, non au peuple. Toutefois la peur d\u2019un mouvement d\u2019ensemble de la classe ouvri\u00e8re demeure, surtout apr\u00e8s l\u2019insurrection de juin 1848 en France.<br \/>\nLe th\u00e8me du progr\u00e8s politique est en sommeil, ce sont surtout les th\u00e8mes du progr\u00e8s scientifique, et technique, qui se d\u00e9veloppent, en m\u00eame temps que celui d\u2019un nationalisme non politique. Il y a aussi focalisation sur l\u2019id\u00e9e d\u2019une am\u00e9lioration de la condition imm\u00e9diate des ouvriers pour \u00e9viter pr\u00e9cis\u00e9ment que ceux-ci ne se positionnent de fa\u00e7on ind\u00e9pendante sur le champ politique. On cherche \u00e0 leur faire une place dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne pour qu\u2019ils ne pr\u00e9tendent pas bouleverser tout l\u2019ordre social.<br \/>\nUn autre probl\u00e8me se pose au plan politique, notamment pour les catholiques, la politique du <em>\u00a0Kulturkampf <\/em>voulue par Bismarck. Celui-ci veut faire rompre les liens de l\u2019\u00c9glise allemande avec Rome et avec l\u2019Autriche, placer l\u2019\u00c9glise sous tutelle de l\u2019\u00c9tat. Cette \u00c9glise craint de perdre son ind\u00e9pendance, et s\u2019efforce de nouer des alliances sur le terrain \u201csocial\u201d.<br \/>\nDans cette conjoncture, la lutte contre le socialisme r\u00e9volutionnaire, peut arborer l\u2019\u00e9tendard de la lutte \u00e9mancipatrice contre l\u2019absolutisme de l\u2019\u00c9tat et du capitalisme sauvage, amalgamant le th\u00e8me de l\u2019am\u00e9lioration de la condition ouvri\u00e8re \u00e0 celui du droit \u00e0 l\u2019autonomie et aux \u201clibert\u00e9s\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un anti-capitalisme contre-r\u00e9volutionnaire<\/strong><br \/>\nKetteler ne se place pas uniquement sur le terrain religieux, mais aussi sur celui d\u2019une \u00ab\u00a0science sociale\u00a0\u00bb. Il d\u00e9clare \u00e9tudier \u00ab\u00a0dans un esprit scientifique\u00a0\u00bb les nouvelles conditions de production et les nouvelles institutions. Il peut \u00e0 l\u2019occasion s\u2019inspirer de th\u00e8ses de th\u00e9oriciens du mouvement socialiste, notamment Lasalle, Schulze-Delitzsch, ou m\u00eame para\u00eetre, comme T\u00f6nnies, s\u2019inspirer de Marx.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Critique \u201cgauchisante\u201d du travail-marchandise et du capital<\/em><br \/>\nDans le syst\u00e8me lib\u00e9ral, professe-t-il, l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0se suffire \u00e0 soi-m\u00eame\u00a0\u00bb engendre concurrence, division, discorde. Le capital r\u00e8gne en ma\u00eetre, le travailleur-machine, soumis \u00e0 la loi de l\u2019offre et de la demande, entre en concurrence avec les autres travailleurs et voit sa condition se d\u00e9t\u00e9riorer. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 se d\u00e9veloppe l\u2019accumulation du capital, de l\u2019autre la classe ouvri\u00e8re. La soci\u00e9t\u00e9 se divise en propri\u00e9taires et prol\u00e9taires, rempla\u00e7ant les anciennes distinctions d\u2019<em>\u00e9tats\u00a0 <\/em>par les distinctions d\u2019argent. Les in\u00e9galit\u00e9s ne sont plus \u00ab\u00a0adoucies\u00a0\u00bb par les enseignements du christianisme, mais aussi \u00ab\u00a0les vieilles coutumes germaniques\u00a0\u00bb.<br \/>\nL\u2019\u00c9tat, mis \u00e0 la place de Dieu, est \u00e0 la source du droit et sert les classes capitalistes. L\u2019argent est le vrai souverain. La fausse \u00e9galit\u00e9 (politique), le droit \u00e9lectoral, sont sous contr\u00f4le de l\u2019argent, et le peuple se trouve d\u00e8s lors utilis\u00e9 par l\u2019interm\u00e9diaire des \u00e9lections, pour des revendications qui ne sont pas les siennes. Les \u00ab\u00a0droits illusoires\u00a0\u00bb que d\u00e9veloppe le \u00ab\u00a0lib\u00e9ralisme\u00a0\u00bb ne peuvent vraiment \u00ab\u00a0rassasier l\u2019homme\u00a0\u00bb.<br \/>\nKetteler ne veut pas pour autant que le socialisme succ\u00e8de au capitalisme. Ce qu\u2019il critique dans le capitalisme, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment qu\u2019il conduit au socialisme\u00a0: le r\u00e8gne de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9go\u00efsme\u00a0\u00bb conduit \u00e0 la r\u00e9volution.<br \/>\nCe n\u2019est pas le r\u00e9gime de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, ni m\u00eame le lib\u00e9ralisme \u00e9conomique qui se fonde sur lui, qui est condamn\u00e9, mais avant tout le lib\u00e9ralisme <em>politique<\/em> qui menace tout le r\u00e9gime. Le \u00ab\u00a0lib\u00e9ralisme, indique-t-il pousse au socialisme\u00a0\u00bb. Voulant tous les hommes \u00e9gaux, il nivelle et l\u00e8ve les \u00ab\u00a0barri\u00e8res organiques\u00a0\u00bb de classes et d\u2019\u00e9tats, d\u00e9truit l\u2019interd\u00e9pendance entre organes inf\u00e9rieurs et sup\u00e9rieurs, barri\u00e8res qui sont garantes du maintien d\u2019un ordre social stable. Les classes laborieuses, n\u2019\u00e9tant plus regroup\u00e9es par \u201cconditions\u201d et n\u2019esp\u00e9rant plus de r\u00e9compense dans l\u2019autre monde, sont conduites \u00e0 comparer leur situation \u00e0 celle des classes qui jouissent de tous les biens de la vie. Et comme, hors du r\u00e8gne chr\u00e9tien, la jouissance mat\u00e9rielle devient le but supr\u00eame, ces classes laborieuses r\u00e9clament, au nom de l\u2019\u00e9galit\u00e9, la r\u00e9vision des lois sur la propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si j\u2019admettais les principes du lib\u00e9ralisme, je devrais pour \u00eatre cons\u00e9quent \u00eatre socialiste [&#8230;] Le lib\u00e9ralisme fait de l\u2019\u00c9tat un Dieu pr\u00e9sent. [&#8230;] si l\u2019\u00c9tat est le Dieu pr\u00e9sent, si la loi est absolue, qui peut lui contester le droit de r\u00e9former les lois qui r\u00e8glent la propri\u00e9t\u00e9\u00a0? Ce qu\u2019il a fait comme Dieu [&#8230;] il peut le refaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lib\u00e9ralisme veut rendre tous les hommes \u00e9gaux. C\u2019est ce qu\u2019il a proclam\u00e9, c\u2019est ce qu\u2019il a promis \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 du pass\u00e9 [&#8230;]. Mais au lieu de tenir sa promesse, il a \u00e9tabli entre les hommes une distinction plus brutale que tout autre\u00a0: l\u2019argent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque jour l\u2019ab\u00eeme se creuse davantage. Derri\u00e8re le lib\u00e9ralisme se tient le socialisme. Le fils pousse le p\u00e8re, \u00e0 coups de poing\u00a0 sur la route.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tr\u00e8s bien, s\u2019\u00e9crie-t-il\u00a0! Tous les hommes sont n\u00e9s \u00e9gaux et doivent le redevenir. [&#8230;] La suppression des classes et des \u00e9tats ne sert \u00e0 rien tant que la propri\u00e9t\u00e9 reste aux mains d\u2019un petit nombre.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D\u00e9fense de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/strong><br \/>\nDans l\u2019\u00c9tat moderne, que critique Ketteler, l\u2019homme est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9gal \u00e0 tout autre et par cons\u00e9quent ind\u00e9pendant de son semblable, et souverain. Ce droit des peuples sans droit de Dieu, est le r\u00e9gime de la guerre en permanence, de la guerre de tous contre tous, de la r\u00e9volution, de l\u2019attentat \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. Potentiellement, l\u2019ordre politique d\u00e9pendant d\u2019un pouvoir humain, menace le r\u00e9gime de propri\u00e9t\u00e9.<br \/>\nPour conjurer la menace, Ketteler affirme que la <em>propri\u00e9t\u00e9 <\/em>a ses racines dans la religion [ce d\u2019un point de vue th\u00e9ologique peut \u00eatre contest\u00e9], qu\u2019elle appartient d\u2019abord \u00e0 Dieu, qui seul a le pouvoir de la distribuer, l\u2019homme n\u2019en ayant que l\u2019usufruit, \u00ab\u00a0le droit de gestion\u00a0\u00bb pour le bien commun. Si l\u2019on coupe les racines chr\u00e9tiennes de la propri\u00e9t\u00e9, si l\u2019on fait de la propri\u00e9t\u00e9 une cr\u00e9ation de l\u2019homme, dont l\u2019origine est dans l\u2019\u00c9tat et non en Dieu, les hommes souverains pourront d\u00e9cider des lois sur la propri\u00e9t\u00e9, la c\u00e9der \u00e0 ceux qui n\u2019en ont pas, instaurer le communisme qui an\u00e9antit toute bonne gestion. Ce \u00ab\u00a0faux droit de propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb conduit\u00a0 \u00e0 un nouveau bouleversement de la soci\u00e9t\u00e9, au \u00ab\u00a0socialisme\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019anti-absolutisme et l\u2019ordre des autonomies<\/strong><br \/>\nSelon Georges Goyau, Ketteler s\u2019est \u00e9lev\u00e9, avec l\u2019\u00c9glise, \u00ab\u00a0contre tous les absolutismes\u00a0\u00bb, consid\u00e9rant la foi religieuse comme \u00ab\u00a0insurrection permanente contre toutes les tyrannies\u00a0\u00bb. L\u2019\u00c9glise r\u00e9prouve bien en effet deux aspects de l\u2019absolutisme, l\u2019absolutisme des \u00c9tats modernes qui pr\u00e9tendent imposer leur autorit\u00e9 souveraine \u00e0 l\u2019\u00e9gard de pouvoirs partiels et de toute h\u00e9g\u00e9monie temporelle ou spirituelle ext\u00e9rieure, l\u2019absolutisme du peuple prenant en mains le pouvoir souverain et qui veut bouleverser tout le r\u00e9gime social.<br \/>\nA cet \u00e9gard, Ketteler se pose en tant qu\u2019adversaire r\u00e9solu du caract\u00e8re absolu du pouvoir d\u2019\u00c9tat, au moment\u00a0 o\u00f9 l\u2019\u00c9glise, selon la volont\u00e9 de Bismarck, \u00ab\u00a0pers\u00e9cuteur des catholiques\u00a0\u00bb, se voit refuser tout droit \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie spirituelle. D\u00e9j\u00e0 en 1862\u00a0 il avait annonc\u00e9 le sens de son combat, s\u2019insurgeant contre le fait que l\u2019\u00c9glise ait perdu de sa puissance au profit de l\u2019\u00c9tat, se soit vue soumise aux lois g\u00e9n\u00e9rales communes, n\u2019\u00e9tant plus libre \u00ab\u00a0d\u2019administrer elle-m\u00eame ses affaires\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0suivant ses\u00a0 principes\u00a0\u00bb, comme dans l\u2019ancien ordre chr\u00e9tien (<em>f\u00e9odal<\/em>).<br \/>\nLa revendication d\u2019ind\u00e9pendance, \u00ab\u00a0l\u2019insurrection contre l\u2019absolutisme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0introduction de l\u2019\u00e9go\u00efsme dans le pouvoir civil\u00a0\u00bb, d\u00e9passe le combat contre l\u2019\u00c9tat bismarckien. Elle synth\u00e9tise tout un mouvement de r\u00e9action contre un processus historique qui tend \u00e0 dissoudre l\u2019ordre des lois particuli\u00e8res, des privil\u00e8ges, au profit de l\u2019unit\u00e9 politique des \u00c9tats. Ce combat se joue essentiellement sur le terrain politique, exposant un conflit de souverainet\u00e9. C\u2019est avec la R\u00e9forme qu\u2019est n\u00e9 selon Ketteler le principe faisant du Souverain (peuple ou prince) le d\u00e9tenteur\u00a0 du droit \u00ab\u00a0de dominer la conscience de ses sujets\u00a0\u00bb. En la mati\u00e8re, volont\u00e9 du prince ou volont\u00e9 de la nation, signifient la m\u00eame chose, elles s\u2019opposent de la m\u00eame mani\u00e8re \u00e0 l\u2019ordre naturel et divin, aux \u00ab\u00a0libert\u00e9s de l\u2019\u00c9glise\u00a0\u00bb [et des Princes et Princes-Ev\u00eaques] qui correspondent \u00e0 cet ordre.<br \/>\nIl ne s\u2019agit pas vraiment ici d\u2019un probl\u00e8me de religion, Ketteler condamne avec autant de vigueur la R\u00e9forme allemande et la politique royale fran\u00e7aise \u201ccatholique\u201d. Avec le r\u00e8gne de Louis XIV, indique-t-il, les id\u00e9es de pouvoir absolu \u00ab\u00a0ont infect\u00e9 l\u2019ordre social\u00a0\u00bb, faisant dispara\u00eetre les derniers vestiges de \u00ab\u00a0l\u2019ancienne libert\u00e9 franco-germanique\u00a0\u00bb. En rupture avec l\u2019ordre m\u00e9di\u00e9val, les principes et maximes de ce gouvernement \u00ab\u00a0d\u2019ancien r\u00e9gime\u00a0\u00bb (l\u2019Ancien R\u00e9gime est pour lui la monarchie absolue) se sont parfaitement accord\u00e9s avec les principes de la R\u00e9volution, comme le signalait d\u00e9j\u00e0 Montesquieu\u00a0: \u00ab\u00a0Un m\u00eame esprit sous deux formes diff\u00e9rentes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[&#8230;] qu\u2019un souverain l\u00e9gitime dise\u00a0: \u201cl\u2019\u00c9tat c\u2019est moi\u201d\u00a0; que Robespierre dise\u00a0: \u201cLa libert\u00e9 est le despotisme de la raison, et la raison c\u2019est ce que moi et le comit\u00e9 de Salut public vous ordonnons\u201d [&#8230;]\u00a0; enfin que le grand proph\u00e8te du lib\u00e9ralisme moderne, Casimir P\u00e9rier, dise\u00a0: \u201cLa libert\u00e9 est le despotisme de la loi, et la loi, c\u2019est ce que je vous prescris avec la majorit\u00e9 des Chambres\u201d, \u2014 tout cela est au fond parfaitement identique et tend \u00e0 un m\u00eame but\u00a0: l\u2019absolutisme de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">En Allemagne, ce m\u00eame esprit a souffl\u00e9 de fa\u00e7on identique sous ses deux formes. Aux princes (protestants) qui \u00ab\u00a0ont \u00e9cras\u00e9 pendant trois si\u00e8cles la libert\u00e9 germanique sous le manteau de l\u2019absolutisme\u00a0\u00bb, on veut \u00ab\u00a0substituer des hommes qui, s\u2019intitulant \u201cpar la gr\u00e2ce du peuple\u201d, brandiront le m\u00eame marteau.\u00a0\u00bb<br \/>\nL\u2019absolutisme de l\u2019\u00c9tat pr\u00e9pare les conditions de la r\u00e9volution politique, la monarchie absolue n\u2019a-t-elle pas pr\u00e9par\u00e9 les voies de la R\u00e9volution et de la souverainet\u00e9 du peuple\u00a0? L\u2019\u00c9tat moderne, monarchique ou r\u00e9publicain, pose que les hommes sont \u00e9gaux, ind\u00e9pendants, souverains, non diff\u00e9renci\u00e9s ou ordonn\u00e9s selon leurs conditions. Dans le r\u00e9gime qui affirme la souverainet\u00e9 d\u2019un prince, comme dans celui qui pose la souverainet\u00e9 \u00ab\u00a0des mandataires du peuple\u00a0\u00bb, l\u2019\u00c9tat instaure un absolutisme \u00ab\u00a0niveleur\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0centralisation despotique\u00a0\u00bb contre l\u2019ordre des \u00ab\u00a0libert\u00e9s germaniques\u00a0\u00bb et secondairement \u00ab\u00a0chr\u00e9tiennes\u00a0\u00bb. Le \u00ab\u00a0contrat\u00a0\u00bb (droit \u00e9galitaire) devient le seul lien entre les hommes, rompant \u00ab\u00a0l\u2019unit\u00e9 sociale\u00a0\u00bb, d\u00e9truisant les \u00ab\u00a0libert\u00e9s particuli\u00e8res\u00a0\u00bb (<em>f\u00e9odales<\/em>), ne maintenant plus par un lien social organique chaque homme \u00ab\u00a0dans sa condition\u00a0\u00bb.<br \/>\nR\u00e9forme, absolutisme monarchique, R\u00e9volution, souverainet\u00e9 populaire, ordre \u00e9galitaire, loi g\u00e9n\u00e9rale commune, s\u2019\u00e9rigent en autant de figures destructrices des rapports sociaux diff\u00e9renci\u00e9s et hi\u00e9rarchiques, supprimant les <em>\u00e9tats<\/em>, les privil\u00e8ges. Le \u00ab\u00a0lib\u00e9ralisme moderne\u00a0\u00bb (politique) ne constitue lui-m\u00eame qu\u2019un prolongement de l\u2019absolutisme, \u00e9tant r\u00e9gi par des rapports qui \u00ab\u00a0ne reconnaissent que l\u2019\u00e9galit\u00e9 et l\u2019appellent libert\u00e9\u00a0\u00bb. Le lib\u00e9ralisme en politique parle \u00ab\u00a0au nom du peuple\u00a0\u00bb, et veut tout faire en son nom, pour mieux nier les libert\u00e9s corporatives, le \u00ab\u00a0libre-arbitre\u00a0\u00bb, et soumettre les consciences \u00e0 la loi majoritaire.<br \/>\nPour trouver l\u2019appui des forces sociales qui souffrent des ing\u00e9rences du pouvoir public ou de l\u2019exploitation capitaliste, on conjugue la lutte contre l\u2019absolutisme et pour \u00ab\u00a0les libert\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00e0 la lutte \u00ab\u00a0anti-capitaliste\u00a0\u00bb. L\u2019\u00c9tat \u00ab\u00a0purement industriel et capitaliste\u00a0\u00bb est associ\u00e9, dans la sph\u00e8re politique, \u00e0 la pr\u00e9dominance du nombre, des majorit\u00e9s, dans les Chambres \u00e9lues.<br \/>\nPour s\u2019opposer \u00e0 la r\u00e9volution, il faut refuser toutes les formes d\u2019absolutisme qui lui pr\u00e9parent la voie, y compris le droit romain [non germanique].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/991-e1487789979132.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-629\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/991-e1487789979132.jpg\" alt=\"\" width=\"1500\" height=\"700\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme la succession de tous les absolutismes aboutit n\u00e9cessairement \u00e0 poser un peuple sujet politique, il faut en revenir\u00a0 aux \u00e8res pr\u00e9-absolutistes, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019ordre m\u00e9di\u00e9val, opposer \u00e0 toutes les vari\u00e9t\u00e9s d\u2019absolutisme,\u00a0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e8re de libert\u00e9\u00a0\u00bb que \u00ab\u00a0sut r\u00e9aliser le Moyen Age\u00a0\u00bb, r\u00e9instaurer\u00a0 la \u00ab\u00a0libert\u00e9 chr\u00e9tienne\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0libert\u00e9\u00a0\u00bb des \u00ab\u00a0formes allemandes\u00a0\u00bb. Contre \u00ab\u00a0l\u2019abus \u00e9go\u00efste\u00a0\u00bb du droit de libert\u00e9, on d\u00e9finit une \u00ab\u00a0vraie libert\u00e9\u00a0\u00bb, ordre au sein duquel les diff\u00e9rents \u00ab\u00a0membres de l\u2019\u00c9tat\u00a0\u00bb (communaut\u00e9s locales, territoriales, de m\u00e9tier) re\u00e7oivent \u00ab\u00a0d\u2019eux-m\u00eames\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0de leur propre fonds\u00a0\u00bb, leur \u00ab\u00a0direction premi\u00e8re et fondamentale\u00a0\u00bb.<br \/>\nPuisant dans la loi de Dieu, non dans l\u2019\u00e9go\u00efsme humain, une telle conception de la libert\u00e9 ne s\u2019oppose pas \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance, mais au contraire la requiert, de m\u00eame qu\u2019elle exige la reconnaissance de l\u2019autorit\u00e9, la reconnaissance des lois de l\u2019ordre naturel et surnaturel, et fait admettre la subordination qui r\u00e9sulte de la n\u00e9cessaire diff\u00e9renciation des divers membres de l\u2019organisme social.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/992-e1487790013122.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-630\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/992-e1487790013122.jpg\" alt=\"\" width=\"1600\" height=\"542\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019originalit\u00e9 de la r\u00e9flexion de Ketteler ne tient pas dans cette r\u00e9activation de la d\u00e9fense des \u201canciennes libert\u00e9s\u201d, mais dans la r\u00e9novation du th\u00e8me au moyen des vocables \u00ab\u00a0autonomie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0autonome\u00a0\u00bb, d\u2019expressions telles que \u00ab\u00a0administrer soi-m\u00eame ses propres affaires\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0gouvernement de nous-m\u00eames par nous-m\u00eames\u00a0\u00bb, reformulations, qui dans le contexte social de l\u2019\u00e9poque, peuvent faciliter au sein de cat\u00e9gories de population\u00a0 d\u00e9pourvues de traditions d\u00e9mocratiques r\u00e9publicaines, la p\u00e9n\u00e9tration des conceptions politiques de la r\u00e9action. On revendique pour l\u2019\u00c9glise le droit de r\u00e9gler ses affaires selon ses propres principes, ind\u00e9pendamment des lois g\u00e9n\u00e9rales de l\u2019\u00c9tat, on revendique ce m\u00eame droit pour les familles, associations, corps de m\u00e9tiers, <em>\u00e9tats<\/em>, communes, paroisses, jurandes\u00a0: \u00ab\u00a0gouvernement de nous-m\u00eames par nous-m\u00eames\u00a0\u00bb, facult\u00e9 pour chaque communaut\u00e9 de \u00ab\u00a0s\u2019administrer elle-m\u00eame\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0dans la sph\u00e8re de ses propres affaires\u00a0\u00bb. On exalte la \u00ab\u00a0libre autonomie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0des plus bas degr\u00e9s jusqu\u2019aux sommets les plus \u00e9lev\u00e9s de la vie politique\u00a0\u00bb.<br \/>\nPostulant l\u2019existence d\u2019une unit\u00e9 pr\u00e9-donn\u00e9e, l\u2019ordre des autonomies s\u2019ordonne de lui-m\u00eame en un ensemble de cercles referm\u00e9s les uns sur les autres, \u00e0 l\u2019image de l\u2019ordonnance g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019univers. Contre l\u2019id\u00e9e d\u2019une v\u00e9ritable souverainet\u00e9 et d\u2019une accession aux affaires politiques g\u00e9n\u00e9rales, c\u2019est au sein d\u2019un tel ensemble de cercles que le peuple peut, selon\u00a0 Ketteler, exercer son pouvoir. G\u00e9rant ses \u00ab\u00a0propres affaires\u00a0\u00bb au sein des sph\u00e8res o\u00f9 il d\u00e9ploie son activit\u00e9 imm\u00e9diate, le peuple n\u2019a pas \u00e0 affirmer sa volont\u00e9 sur les affaires g\u00e9n\u00e9rales, communes, de la soci\u00e9t\u00e9. Chaque homme passe sa vie au sein de communaut\u00e9s restreintes, d\u2019habitat, de travail, et c\u2019est exclusivement au sein de celles-ci, \u00e0 la place qui lui est assign\u00e9e, dans le cadre de l\u2019ordre \u00e9tabli et de la soumission \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 et aux hi\u00e9rarchies n\u00e9cessaires, qu\u2019il peut participer \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019administration de son activit\u00e9\u00a0\u00bb. La r\u00e9alisation de l\u2019ordre des autonomies s\u2019oppose \u00e0 l\u2019exercice du pouvoir souverain du peuple. Celui-ci, n\u2019\u00e9tant plus assign\u00e9 qu\u2019au particulier, \u00e0 l\u2019administration,\u00a0 la gestion\u00a0 d\u2019activit\u00e9s imm\u00e9diates,\u00a0 ne peut acqu\u00e9rir ou perd sa qualit\u00e9 de peuple politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Substituer la repr\u00e9sentation organique \u00e0 la souverainet\u00e9 politique<\/strong><br \/>\nComme le fait\u00a0 Ferdinand T\u00f6nnies, Ketteler syst\u00e9matise l\u2019opposition entre deux formes d\u2019association humaine\u00a0: la forme m\u00e9canique et la forme organique.<br \/>\nLa forme <em>m\u00e9canique<\/em>, \u00ab\u00a0agglom\u00e9ration mat\u00e9rielle\u00a0\u00bb d\u2019hommes, \u00ab\u00a0unis sur le principe de l\u2019int\u00e9r\u00eat\u00a0\u00bb, agit ext\u00e9rieurement sur les choses. A l\u2019inverse, la forme <em>organique<\/em>, anim\u00e9e par un \u00ab\u00a0principe vital\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0lien moral interne\u00a0\u00bb, unit et relie \u00ab\u00a0de l\u2019int\u00e9rieur\u00a0\u00bb les hommes. L\u2019ordre des autonomies participe de la forme organique, de l\u2019union voulue par Dieu, \u00e0 ce titre, elle peut, au contraire de la forme m\u00e9canique, \u00ab\u00a0encha\u00eener le g\u00e9nie de la r\u00e9volution\u00a0\u00bb.<br \/>\nLa forme organique s\u2019ordonne en un ensemble diff\u00e9renci\u00e9 et solidaire. La liaison organique des diff\u00e9rences manifeste la <em>solidarit\u00e9<\/em> des membres in\u00e9gaux, le corps est tout \u00e0 la fois unitaire et pluraliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">* L\u2019ordre organique des autonomies est <em>in\u00e9gal.<\/em> L\u2019\u00e9galit\u00e9 absolue dans la soci\u00e9t\u00e9 est en contradiction avec l\u2019ordre naturel. Ce n\u2019est pas dans la situation terrestre, comme le professent les socialistes, que r\u00e9side la v\u00e9ritable \u00e9galit\u00e9, mais dans la possession de \u00ab\u00a0biens sup\u00e9rieurs\u00a0\u00bb, qui \u00ab\u00a0ne laissent plus gu\u00e8re sentir l\u2019in\u00e9galit\u00e9 temporelle\u00a0\u00bb. L\u2019in\u00e9galit\u00e9 des facult\u00e9s a \u00e9t\u00e9 voulue par la Providence, afin de constituer des organismes diff\u00e9renci\u00e9s au sein desquels le concours mutuel pr\u00e9vaut.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">* Les corps organis\u00e9s, r\u00e9gis par un principe interne, convergent vers un \u00ab\u00a0foyer vital\u00a0\u00bb commun. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e2me\u00a0\u00bb, unit\u00e9 postul\u00e9e, fait le lien int\u00e9rieur. \u00ab\u00a0Tout est libre et ind\u00e9pendant\u00a0\u00bb, c\u2019est en vertu de sa propre <em>autonomie<\/em> que chaque membre se rattache \u00e0 tout le corps, les organes inf\u00e9rieurs aux organes sup\u00e9rieurs, \u00ab\u00a0remontant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019organe supr\u00eame qui ramasse et concentre les parties en un seul individu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019ordre organique pr\u00e9suppose une harmonie pr\u00e9-\u00e9tablie qui doit elle-m\u00eame \u00eatre impos\u00e9e par un <em>organe d\u2019autorit\u00e9<\/em> qui fait partie du corps. Pour que chaque partie demeure \u00ab\u00a0rattach\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 tout le corps, l\u2019ensemble solidaire des autonomies qui r\u00e9git \u00ab\u00a0librement\u00a0\u00bb la soci\u00e9t\u00e9, doit\u00a0 \u00eatre maintenu par un syst\u00e8me de places sociales pr\u00e9-assign\u00e9es. Dieu lui-m\u00eame veut que les hommes passent leur vie et atteignent leurs buts \u00ab\u00a0r\u00e9partis en diff\u00e9rentes conditions sociales\u00a0\u00bb. L\u2019homme, \u00eatre social, ne peut vivre seulement pour lui-m\u00eame, il a besoin d\u2019association et doit appartenir \u00e0 des communaut\u00e9s. Au sein des communaut\u00e9s, chaque membre peut concourir au bien du corps, il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9go\u00efsme des membres, la solidarit\u00e9 est n\u00e9cessaire. Les \u00ab\u00a0membres doivent s\u2019adapter aux membres\u00a0\u00bb. Tous les \u00eatres selon la loi divine doivent \u00eatre assujettis aux lois de la vari\u00e9t\u00e9, de l\u2019ordre, de la subordination. Plus ils s\u2019efforcent d\u2019entrer dans la place qui leur est assign\u00e9e, plus ils r\u00e9alisent \u00ab\u00a0cette belle ordonnance de l\u2019univers dans laquelle toutes les cr\u00e9atures atteignent leur destination\u00a0\u00bb. Concourant \u00e0 la r\u00e9alisation du plan divin dans l\u2019univers, cherchant la place que Dieu leur a marqu\u00e9e, la \u201clibert\u00e9\u201d des \u00eatres partout se transforme en ob\u00e9issance et subordination \u00e0 l\u2019autorit\u00e9.<br \/>\nLe maintien ou la reconstitution de la forme organique implique le refoulement de la forme m\u00e9canique. La forme m\u00e9canique d\u2019association en effet \u00ab\u00a0change la nature\u00a0\u00bb et d\u00e9truit l\u2019ordre. Les \u00eatres ne sont plus unis comme parties d\u2019un m\u00eame corps, chacun se conduit selon son int\u00e9r\u00eat propre, faisant r\u00e9gner l\u2019\u00e9go\u00efsme dans la vie sociale, <em>\u00e9go\u00efsme qui est au fondement de la R\u00e9volution.<\/em> L\u2019\u00c9tat moderne, \u00ab\u00a0par la gr\u00e2ce des hommes\u00a0\u00bb, supprime la solidarit\u00e9 n\u00e9cessaire et l\u2019adaptation des membres in\u00e9gaux les uns aux autres. \u00ab\u00a0Essentiellement \u00e9gaux\u00a0\u00bb, les hommes deviennent ind\u00e9pendants de leurs semblables, li\u00e9s par le seul contrat. \u00ab\u00a0Atomes mat\u00e9riels\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0grains de poussi\u00e8re de m\u00eame valeur\u00a0\u00bb, ils sont les \u00e9l\u00e9ments d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme simple juxtaposition d\u2019\u00e9l\u00e9ments, sans principe de coh\u00e9sion interne. R\u00e9put\u00e9s \u00ab\u00a0unit\u00e9s de m\u00eame valeur\u00a0\u00bb, sans place sp\u00e9cifique assign\u00e9e dans l\u2019ensemble du corps social, les individus ne sont plus consid\u00e9r\u00e9s que sous le rapport du nombre. De la sorte, la forme m\u00e9canique d\u2019association conduit, en mati\u00e8re d\u2019institutions politiques, \u00e0 faire pr\u00e9valoir un \u00ab\u00a0r\u00e9gime constitutionnel\u00a0\u00bb, cette \u00ab\u00a0esp\u00e8ce de souverainet\u00e9 du peuple qui consid\u00e8re la volont\u00e9 des hommes et non la volont\u00e9 de Dieu\u00a0\u00bb.<br \/>\nRefouler la forme m\u00e9canique, c\u2019est combattre la libert\u00e9 fallacieuse du lib\u00e9ralisme (politique), le principe de souverainet\u00e9 du nombre, le r\u00e9gime constitutionnel qui engendre l\u2019absolutisme du peuple, de l\u2019\u00c9tat, des partis. Au sein de ce r\u00e9gime, comme il n\u2019existe pas vraiment de volont\u00e9 collective, on a recours \u00e0 la \u00ab\u00a0fiction\u00a0\u00bb de la \u00ab\u00a0majorit\u00e9 de la nation\u00a0\u00bb. Le peuple, par les \u00e9lections, a pour seul droit de choisir ses ge\u00f4liers. Les int\u00e9r\u00eats du \u00ab\u00a0vrai peuple\u00a0\u00bb ne sont pas repr\u00e9sent\u00e9s, seulement ceux des \u00ab\u00a0partis\u00a0\u00bb. Les partis font croire au peuple qu\u2019ils ont en vue ses int\u00e9r\u00eats, mais en fait les meneurs agissent en son nom \u00e0 seule fin d\u2019obtenir le pouvoir pour eux-m\u00eames.<br \/>\nMettant \u00e0 profit les \u201cd\u00e9viations\u201d des r\u00e9gimes de repr\u00e9sentation formellement fond\u00e9s sur le principe de la souverainet\u00e9 populaire, Ketteler condamne le principe m\u00eame de la souverainet\u00e9 du nombre, le droit \u00e9galitaire des individus \u00e0 participer \u00e0 la d\u00e9finition du bien commun pour toute la soci\u00e9t\u00e9. Affirmant que le principe de repr\u00e9sentation politique moderne ne peut exposer les int\u00e9r\u00eats du \u00ab\u00a0vrai peuple\u00a0\u00bb, il propose de le remplacer par un mode organique de repr\u00e9sentation, correspondant aux \u00ab\u00a0liens naturels\u00a0\u00bb, aux \u00ab\u00a0v\u00e9ritables libert\u00e9s\u00a0\u00bb. La constitution doit ainsi \u00eatre fond\u00e9e sur une repr\u00e9sentation des <em>\u00e9tats<\/em> (<em>St\u00e4ndische Verfassung<\/em>) et des corporations, qui rec\u00e8lent les qualit\u00e9s des \u00eatres organis\u00e9s. Le classement par <em>\u00e9tats<\/em> expose les liens qui r\u00e9sultent \u00ab\u00a0naturellement\u00a0\u00bb de la vie humaine (famille, commune, m\u00e9tier, province, \u00c9glise). Se basant sur un tel classement, la constitution r\u00e9alise \u00ab\u00a0le vrai gouvernement de soi-m\u00eame par soi-m\u00eame\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0vraie autonomie\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0vraie repr\u00e9sentation populaire\u00a0\u00bb.<br \/>\nKetteler admet toutefois qu\u2019il faille s\u2019adapter aux \u00ab\u00a0nouvelles conditions de la production\u00a0\u00bb et pour cela conf\u00e9rer \u00ab\u00a0une nouvelle forme aux \u00e9tats\u00a0\u00bb. La repr\u00e9sentation des int\u00e9r\u00eats de chaque \u00ab\u00a0classe\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0condition\u00a0\u00bb devra ainsi s\u2019actualiser au sein de grandes corporations. A chaque \u00ab\u00a0classe ou condition\u00a0\u00bb correspondront des institutions particuli\u00e8res, une \u00ab\u00a0conscience particuli\u00e8re\u00a0\u00bb, dans le respect de \u00ab\u00a0l\u2019encha\u00eenement organique\u00a0\u00bb de la vie politique et sociale. Un tel mode de repr\u00e9sentation des <em>\u00e9tats<\/em>, chacun \u00e9tant comp\u00e9tent \u00ab\u00a0sur ses propres affaires\u00a0\u00bb, ne r\u00e9cuse pas l\u2019unit\u00e9 du gouvernement et sa comp\u00e9tence sur les affaires g\u00e9n\u00e9rales. Les repr\u00e9sentants des diff\u00e9rentes \u00ab\u00a0conditions\u00a0\u00bb ne sont plus, \u00e0 l\u2019instar des d\u00e9put\u00e9s, ins\u00e9r\u00e9s dans un syst\u00e8me de \u00ab\u00a0repr\u00e9sentation du nombre\u00a0\u00bb, et ne sont plus en cons\u00e9quence \u00ab\u00a0oblig\u00e9s en toute chose de tout repr\u00e9senter\u00a0\u00bb.<br \/>\nPar une telle r\u00e9organisation de la vie sociale, les \u00ab\u00a0questions de la vie mat\u00e9rielle\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0celles qui importent vraiment aux ouvriers\u00a0\u00bb seraient r\u00e9ellement prises en compte, tandis que les questions politiques \u00ab\u00a0qui n\u2019ont d\u2019int\u00e9r\u00eat que pour une infime minorit\u00e9\u00a0\u00bb cesseraient d\u2019\u00eatre du ressort du grand nombre. L\u2019ouvrier, n\u2019\u00e9tant plus \u00ab\u00a0abandonn\u00e9 \u00e0 son sort\u00a0\u00bb, isol\u00e9 de tous les \u00eatres de son <em>\u00e9tat<\/em>, se trouverait int\u00e9gr\u00e9 dans \u00ab\u00a0sa condition\u00a0\u00bb, sa vie r\u00e9gie par les r\u00e8gles de sa communaut\u00e9 d\u2019appartenance. Les ouvriers seraient ainsi pourvus d\u2019une \u00ab\u00a0conscience particuli\u00e8re\u00a0\u00bb correspondant \u00e0 leur condition, \u00ab\u00a0respectant l\u2019encha\u00eenement organique de la vie politique et sociale\u00a0\u00bb. A m\u00eame de participer \u00e0 la gestion ou \u00e0 l\u2019administration des affaires qui concernent leur condition, ayant le droit de \u00ab\u00a0participer \u00e0 l\u2019exploitation\u00a0\u00bb du travail, les ouvriers ne seraient plus appel\u00e9s \u00e0 se prononcer sur les affaires g\u00e9n\u00e9rales, hors du ressort de leur comp\u00e9tence.<br \/>\nCette \u00ab\u00a0conscience particuli\u00e8re\u00a0\u00bb de sa condition, que d\u00e9finit Ketteler, n\u2019est pas la conscience de classe moderne. La conscience de sa condition n\u2019expose que le mode imm\u00e9diat d\u2019existence des individus dans leur sph\u00e8re particuli\u00e8re d\u2019activit\u00e9. La conscience de classe est elle une conscience politique, c\u2019est-\u00e0-dire une conscience des rapports, des contradictions, des finalit\u00e9s, de l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9, de la cit\u00e9. Ce n\u2019est pas une \u00ab\u00a0conscience organique\u00a0\u00bb, \u00e0 la mani\u00e8re de T\u00f6nnies, conscience\u00a0\u00bb en tant qu\u2019\u00e9manation imm\u00e9diate des valeurs d\u2019un <em>\u00e9tat,<\/em> d\u2019une condition, donn\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/993-e1487790166137.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-631\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/993-e1487790166137.jpg\" alt=\"\" width=\"1600\" height=\"670\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Post\u00e9rit\u00e9 de Ketteler<\/strong><br \/>\nLa th\u00e9matique de Ketteler semble avoir inspir\u00e9, outre L\u00e9on XIII, de nombreux catholiques autrichiens et allemands, mais aussi des th\u00e9oriciens fran\u00e7ais, tels Patrice de la Tour du Pin et Albert de Mun, ainsi que de nombreux mod\u00e8les d\u2019organisation corporative, pos\u00e9s comme moyen de surmonter les contradictions du mode de production capitaliste en crise, et faire face au danger socialiste.<br \/>\nEntre 1892 et 1905, de nombreux opuscules sont consacr\u00e9s en France aux id\u00e9es de Ketteler. Dans la pr\u00e9face de l\u2019ouvrage que l\u2019abb\u00e9 A. Kannengeiser lui consacre, <em>Ketteler et l\u2019organisation sociale en Allemagne, <\/em>l\u2019auteur pose en mod\u00e8le \u00e0 imiter l\u2019exemple allemand. La r\u00e9organisation de \u00ab\u00a0l\u2019arm\u00e9e catholique\u00a0\u00bb dans ce pays, lui semble en effet avoir permis, \u00ab\u00a0contre les progr\u00e8s alarmants du socialisme\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0neutraliser les efforts de la d\u00e9mocratie r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb et d\u2019avoir fait \u00ab\u00a0tomber les murs de Carthage\u00a0\u00bb.<br \/>\nCertains th\u00e8mes de l\u2019autonomie corporative et des libert\u00e9s particuli\u00e8res se retrouveront encore dans les th\u00e9ories autogestionnaires modernes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><br \/>\nGeorges Michon, <em>Les documents pontificaux sur la d\u00e9mocratie et la soci\u00e9t\u00e9 moderne<\/em>, Rieder, Paris, 1928.<br \/>\nKetteler, <em>Textes choisis<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9s par G. Goyau, Blond, Paris, 1907.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La \u201cr\u00e9novation\u201d\u00a0de Von Ketteler\u00a0: l\u2019ordre des \u201cautonomies\u201d Il ne s&rsquo;agit pas ici de traiter d&rsquo;un mod\u00e8le g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;organisation sociale dans la pens\u00e9e catholique. Les mod\u00e8les diff\u00e8rent, selon les \u00e9poques, les formations nationales, les th\u00e9oriciens. Les conceptions de l&rsquo;\u00c9glise gallicane peuvent se r\u00e9v\u00e9ler diff\u00e9rentes \u00e0 maints \u00e9gards de celles de la Papaut\u00e9, qui peut elle-m\u00eame \u00e9voluer, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[272,271,286],"class_list":["post-645","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cours","tag-doctrine-sociale","tag-papaute","tag-von-ketteler"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/645","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=645"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/645\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":658,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/645\/revisions\/658"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=645"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=645"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=645"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}