{"id":638,"date":"2017-02-22T18:45:23","date_gmt":"2017-02-22T17:45:23","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=638"},"modified":"2017-02-22T18:48:06","modified_gmt":"2017-02-22T17:48:06","slug":"2-le-contrat-social-de-rousseau-un-commun-non-communautaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=638","title":{"rendered":"2. Le Contrat social de Rousseau : un \u00ab\u00a0commun\u00a0\u00bb non communautaire"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La notion de corps politique dans le <em>Contrat social<\/em><\/strong><br \/>\n<strong>La formation d\u2019un \u201ccommun\u201d non communautaire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout le monde ou presque a lu, ou conna\u00eet indirectement, le <em>Contrat social<\/em> de Rousseau. Mais souvent, cette impression de familiarit\u00e9 imm\u00e9diate, peut masquer une incompr\u00e9hension de la logique d&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u0153uvre. On r\u00e9p\u00e8te les id\u00e9es re\u00e7ues sur le principe de d\u00e9l\u00e9gation, la d\u00e9mocratie directe, etc., sans toujours avoir bien saisi l&rsquo;articulation des diff\u00e9rentes notions.<br \/>\nO\u00f9 situer Rousseau par rapport \u00e0 la distinction communaut\u00e9\/soci\u00e9t\u00e9 ? Rousseau emploie parfois le mot communaut\u00e9, il utilise des m\u00e9taphores organiques, se situerait-il donc du c\u00f4t\u00e9 des \u201ccommunautaristes\u201d ? Nous ne le pensons pas, et l&rsquo;examen du vocabulaire qu&rsquo;il utilise et de la logique de l&rsquo;oeuvre, semblent au contraire montrer qu&rsquo;il est un des th\u00e9oriciens les plus parfaits de la forme soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nPour bien d\u00e9gager sa conception de l&rsquo;organisation sociale et politique, et situer ainsi comment peut \u00eatre comprise la notion de \u201ccorps politique\u201d chez Rousseau, on \u00e9tudiera d&rsquo;abord le vocabulaire (notions de <em>soci\u00e9t\u00e9<\/em>, rapports entre morale et politique, <em>\u00e9tat de nature<\/em> et <em>\u00e9tat social<\/em>, <em>libert\u00e9<\/em>, <em>\u00e9galit\u00e9<\/em>, <em>\u00e9change<\/em>, <em>contrat social<\/em>), et sur cette base, comment il \u00e9tablit <em>sa m\u00e9thode <\/em>pour la formation des soci\u00e9t\u00e9s politiques<em>.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Vocabulaire<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>La soci\u00e9t\u00e9,<\/em><\/strong> pour Rousseau : ce qu&rsquo;elle est, ce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas.<br \/>\nLa soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;est pas pour Rousseau un mode quelconque de rassemblement humain. Une agr\u00e9gation d&rsquo;hommes, des troupeaux et leurs ma\u00eetres ne font pas soci\u00e9t\u00e9. La soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;est pas un \u201c\u00eatre ensemble\u201d imm\u00e9diatement donn\u00e9.<br \/>\nCe n&rsquo;est pas une cat\u00e9gorie de la pr\u00e9histoire des hommes, lorsque rien ne les diff\u00e9renciait vraiment des animaux.<br \/>\nLa soci\u00e9t\u00e9 ne se r\u00e9duit pas non plus \u00e0 une simple \u00ab\u00a0fr\u00e9quentation mutuelle\u00a0\u00bb. La fr\u00e9quentation mutuelle est une condition n\u00e9cessaire, mais non suffisante pour la formation des soci\u00e9t\u00e9s.<br \/>\nPour qu&rsquo;il y ait soci\u00e9t\u00e9, il faut que cette fr\u00e9quentation soit r\u00e9put\u00e9e soci\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il existe un minimum d&rsquo;accord,\u00a0 de r\u00e8gles, de conventions, communes.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La soci\u00e9t\u00e9 humaine n&rsquo;est fond\u00e9e que sur la foi et la convention.<br \/>\nLe v\u00e9ritable ordre social vient des conventions.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Rousseau parle de \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 <em>humaine\u00a0<\/em>\u00bb, c&rsquo;est dire qu&rsquo;il met en relation homme et soci\u00e9t\u00e9. Il ne pose pas le \u201csocial\u201d comme une entit\u00e9 ant\u00e9rieure et sup\u00e9rieure aux hommes, comme le font par exemple les contre-r\u00e9volutionnaires fran\u00e7ais, ou les romantiques allemands. La soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;est pas pour lui une r\u00e9alit\u00e9 <em>sui generis,<\/em> s&rsquo;engendrant elle-m\u00eame, comme le posent les physiologues sociaux, les premiers sociologues.<br \/>\nLa soci\u00e9t\u00e9 est un <em>produit,<\/em> un produit de la fr\u00e9quentation entre les hommes, une \u00e9laboration de ce rapport, une construction, non un ensemble de rapports pr\u00e9-donn\u00e9s.<br \/>\nBien que la soci\u00e9t\u00e9 ne soit pas une r\u00e9alit\u00e9 auto-engendr\u00e9e, ext\u00e9rieure aux hommes qui la composent, elle est distincte, <em>dans sa forme,<\/em> des \u00e9l\u00e9ments qui la constituent, elle a des attributs propres.<br \/>\nOn pourrait dire que la soci\u00e9t\u00e9, la \u201cforme sociale\u201d, constitue une m\u00e9diation entre l&rsquo;homme de nature et l&rsquo;homme socialis\u00e9 (vraiment homme, conforme \u00e0 son \u201cessence\u201d sp\u00e9cifique d&rsquo;homme). Par cette m\u00e9diation, les hommes peuvent transformer les hommes. Les \u00ab\u00a0moeurs\u00a0\u00bb, les mani\u00e8res d&rsquo;\u00eatre de l&rsquo;homme, sont li\u00e9es \u00e0 <em>l&rsquo;\u00e9tat <\/em>dans lequel il se trouve. C&rsquo;est en transformant <em>l&rsquo;\u00e9tat <\/em>\u00a0dans lequel il se trouve, le milieu g\u00e9n\u00e9ral, que l&rsquo;homme peut se transformer lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Hommes \u201cde nature\u201d<\/em> ==&gt;\u00a0 Forme sociale g\u00e9n\u00e9rale (m\u00e9diation)\u00a0 ==&gt; <em>Hommes socialis\u00e9s<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On va voir de plus pr\u00e8s comment se forme pour Rousseau la soci\u00e9t\u00e9 humaine, la part du <em>donn\u00e9<\/em>, de la nature, et la part du <em>construit<\/em>, de la convention.<br \/>\nOn a dit qu&rsquo;une condition n\u00e9cessaire, \u00e9vidente, pour la formation des soci\u00e9t\u00e9s, \u00e9tait la fr\u00e9quentation mutuelle.<br \/>\nQue la condition suffisante \u00e9tait l&rsquo;accord, la convention, les r\u00e8gles communes, si t\u00e9nues soient-elles.<br \/>\nLes conditions naturelles de la \u00ab\u00a0fr\u00e9quentation mutuelle\u00a0\u00bb des hommes (si l&rsquo;on prend \u201cnaturel\u201d au sens de spontan\u00e9) sont l&rsquo;opposition des int\u00e9r\u00eats. C&rsquo;est cette <em>opposition<\/em> d&rsquo;int\u00e9r\u00eats dans le cadre d&rsquo;une fr\u00e9quentation mutuelle qui rend <em>n\u00e9cessaire<\/em> l&rsquo;\u00e9tablissement des soci\u00e9t\u00e9s, mais c&rsquo;est <em>l&rsquo;accord<\/em> de ces m\u00eames int\u00e9r\u00eats qui la rend <em>possible<\/em>.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;opposition des int\u00e9r\u00eats particuliers a rendu n\u00e9cessaire l&rsquo;\u00e9tablissement des soci\u00e9t\u00e9s, c&rsquo;est l&rsquo;accord de ces m\u00eames int\u00e9r\u00eats qui l&rsquo;a rendu possible.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rousseau-01.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-640\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rousseau-01.png\" alt=\"\" width=\"376\" height=\"117\" srcset=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rousseau-01.png 376w, https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rousseau-01-300x93.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 376px) 100vw, 376px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce sch\u00e9ma suppose qu&rsquo;en d\u00e9pit des oppositions, il y ait le contenu d&rsquo;un accord possible, que la soci\u00e9t\u00e9 en r\u00e9alise la virtualit\u00e9.<br \/>\nCette question de l&rsquo;engendrement mutuel\u00a0 de la soci\u00e9t\u00e9 (produit conventionnel des hommes) et des hommes (dans leur qualit\u00e9 sp\u00e9cifique), est li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de <em>transformation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme<\/em>, par la m\u00e9diation de la forme sociale.<br \/>\nIl faut \u00e0 cet \u00e9gard examiner le rapport existant chez Rousseau entre morale et politique. A propos du <em>Contrat social,<\/em> Bertrand de Jouvenel parle de \u00ab\u00a0l&rsquo;incursion d&rsquo;un moraliste dans le champ des institutions civiles\u00a0\u00bb. Et Rousseau dit lui-m\u00eame dans <em>l&rsquo;Emile<\/em>\u00a0 :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceux qui voudront traiter s\u00e9par\u00e9ment la politique et la morale n&rsquo;entendront jamais rien aux deux.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que faut-il donc entendre \u00e0 propos de ce rapport entre morale et politique ? Il ne s&rsquo;agit pas ici de signifier qu&rsquo;on doit ajouter une dimension \u201c\u00e9thique\u201d \u00e0 la politique, mais de percevoir le rapport concret qui existe entre institutions politiques et moeurs humaines dans leur g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9.<br \/>\nLa morale concerne les hommes, ce qui est relatif \u00e0 leurs mani\u00e8res d&rsquo;agir, d&rsquo;\u00eatre, leurs usages en soci\u00e9t\u00e9. La politique concerne la soci\u00e9t\u00e9, son organisation g\u00e9n\u00e9rale qui a une incidence sur les moeurs.<br \/>\nRousseau \u00e9tablit un lien entre morale et hommes, politique et soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceux qui voudront traiter s\u00e9par\u00e9ment la politique et la morale n&rsquo;entendront jamais rien \u00e0 aucune des deux. [&#8230;] Il faut \u00e9tudier la soci\u00e9t\u00e9 par les hommes et les hommes par la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le lien entre morale et politique expose aussi une relation entre l&rsquo;homme et la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nPas plus qu&rsquo;il n&rsquo;y a d&rsquo;entit\u00e9 sociale ext\u00e9rieure aux hommes, il n&rsquo;y a de moralit\u00e9 humaine \u201cpure\u201d, de mani\u00e8res d&rsquo;\u00eatre qui ne doivent rien aux institutions sociales.<br \/>\nLa \u201cmorale\u201d ne peut \u00e9tudier la question de la \u201csociabilit\u00e9\u201d de l&rsquo;homme, celle de sa bont\u00e9 ou de sa m\u00e9chancet\u00e9, en dehors de toute condition sociale. Il faut voir d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 les hommes, les peuples, de l&rsquo;autre le gouvernement, les institutions, et les rapports entre eux.<br \/>\nL&rsquo;homme n&rsquo;est pas mauvais par nature, insociable ou sociable par nature.<br \/>\nL&rsquo;homme est mauvais ou bon, si les <em>conditions<\/em> le rendent tel, il est sociable ou insociable selon que les formes politiques l&rsquo;\u00e9l\u00e8vent ou le d\u00e9pravent.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les vices ne viennent pas de l&rsquo;homme, mais de l&rsquo;homme mal gouvern\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les moeurs sont li\u00e9es aux conditions sociales dans lesquelles agit l&rsquo;homme. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;importance accord\u00e9e par Rousseau aux conditions sociales, aux formes politiques, \u00ab\u00a0l&rsquo;id\u00e9e que tout tenait radicalement \u00e0 la politique\u00a0\u00bb.<br \/>\nLa question du rapport entre morale et politique, en appelle une autre, la question des conditions qui rendent l&rsquo;homme bon et vertueux (on verra plus loin le sens du mot vertu). Pas d&rsquo;utopie en la mati\u00e8re. Jean-Jacques Rousseau indique qu&rsquo;il<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut prendre les hommes tels qu&rsquo;ils sont et les lois telles qu&rsquo;elles peuvent \u00eatre.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">On s&rsquo;appuie sur ce qui est, mais on transforme ce qui est au moyen de \u201cformes\u201d possibles. On postule ainsi que les hommes peuvent contribuer \u00e0 produire leurs propres conditions d&rsquo;existence, ce qui sera contest\u00e9 par les contre-r\u00e9volutionnaires.<br \/>\nContrairement \u00e0 une id\u00e9e r\u00e9pandue, le probl\u00e8me pour Rousseau n&rsquo;est pas de retourner \u00e0 la vie sauvage, mais de rechercher les bonnes institutions politiques.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faut-il d\u00e9truire les soci\u00e9t\u00e9s, an\u00e9antir le tien et le mien, et retourner vivre parmi les ours ?<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Non s&rsquo;\u00e9crie-t-il. L&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un retour \u00e0 une vie primitive, c&rsquo;est ce que mes adversaires tirent de mes discours. L&rsquo;homme bon, en dehors de la soci\u00e9t\u00e9, est ici une <em>fiction th\u00e9orique, <\/em>qui permet, en isolant les facteurs, de faire la part des conditions sociales sur les moeurs, les mani\u00e8res d&rsquo;\u00eatre des hommes.<br \/>\nLa vie sociale, telle qu&rsquo;elle s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e, sans bonnes institutions politiques, d\u00e9veloppe deux aspects : d\u00e9pravation, mais aussi \u00e9l\u00e9vation.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;homme vivait isol\u00e9, il aurait peu d&rsquo;avantages sur les autres animaux, c&rsquo;est dans la fr\u00e9quentation mutuelle que se d\u00e9veloppent ses plus sublimes facult\u00e9s et que se d\u00e9veloppe l&rsquo;excellence de sa nature.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon les conditions sociales ( et les institutions politiques qui les \u201cgouvernent\u201d), la d\u00e9pravation ou l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;homme pr\u00e9dominent\u00a0: \u00ab\u00a0Le peuple est ce que la nature de son gouvernement le fait.\u00a0\u00bb<br \/>\n\u2014 La vie sociale (bien gouvern\u00e9e) fait les peuples vertueux.<br \/>\n\u2014 La vie sociale (mal gouvern\u00e9e) fait les peuples corrompus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En corollaire, l&rsquo;homme se doit ou non \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\n\u2014 Si le gouvernement est bon, la soci\u00e9t\u00e9 vertueuse, l&rsquo;homme se doit tout entier \u00e0 la cit\u00e9, et c&rsquo;est la logique du <em>Contrat social<\/em> (soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun).<br \/>\n\u2014 Si le gouvernement est mauvais, la soci\u00e9t\u00e9 corrompue, l&rsquo;homme se doit d&rsquo;abord \u00e0 lui-m\u00eame, et c&rsquo;est la logique de <em>l&rsquo;Emile.<\/em><br \/>\nIl y a coh\u00e9rence entre les deux options possibles, en fonction des conditions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00c9tat de nature, \u00e9tat social<\/em><\/strong><br \/>\nC&rsquo;est en fonction du processus d&rsquo;engendrement mutuel entre l&rsquo;homme et la soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;on peut analyser les notions d&rsquo;<em>\u00e9tat de nature<\/em> et d&rsquo;<em>\u00e9tat social.<\/em><br \/>\nAu d\u00e9but du <em>Contrat social,<\/em> Rousseau \u00e9crit : \u00ab\u00a0L&rsquo;homme est n\u00e9 libre, et partout il est dans les fers.\u00a0\u00bb<br \/>\nOn a pu interpr\u00e9ter cette phrase ainsi :<br \/>\nL&rsquo;homme est libre dans l&rsquo;\u00e9tat de nature, esclave dans la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nVoyons d&rsquo;abord ce que signifie \u00ab\u00a0l&rsquo;homme est n\u00e9 libre\u00a0\u00bb.<br \/>\nIl ne s&rsquo;agit pas ici de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la libert\u00e9 de l&rsquo;homme de l&rsquo;\u00e9tat de nature, libert\u00e9 relative selon Rousseau, mais \u00e0 la nature (\u201cessence\u201d) commune \u00e0 tous les hommes, leur qualit\u00e9 sp\u00e9cifique, leur capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9cider ce qui convient \u00e0 leur conservation.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partout il est dans les fers.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, il s&rsquo;agit de se r\u00e9f\u00e9rer aux soci\u00e9t\u00e9s, telles qu&rsquo;elles sont, mal gouvern\u00e9es, soumettant l&rsquo;homme \u00e0 des rapports de force.<br \/>\nSi l&rsquo;on se centre sur le <em>Contrat social, <\/em>pour \u00e9tudier les notions<em> \u00e9tat de nature<\/em> et <em>\u00e9tat social, <\/em>on observe qu&rsquo;il y a en fait <strong>deux \u00e9tats de nature\u00a0<\/strong>:<br \/>\n\u2013 un \u00e9tat de nature premier, primitif, l&rsquo;homme isol\u00e9, qui sert \u00e0 penser le r\u00f4le des conditions sociales.<br \/>\n\u2013 un \u00e9tat de nature \u201cdans la vie sociale\u201d, qui n&rsquo;est encore qu&rsquo;un prolongement des conditions spontan\u00e9es de la fr\u00e9quentation mutuelle, avec opposition des int\u00e9r\u00eats et des forces, qui aboutissent \u00e0 des rapports de subordination.<br \/>\nL&rsquo;homme reste un \u00ab\u00a0tout parfait et solitaire\u00a0\u00bb dans sa rencontre avec d&rsquo;autres, il continue \u00e0 ne \u00ab\u00a0regarder que lui-m\u00eame\u00a0\u00bb, ayant une vision \u00ab\u00a0born\u00e9e par ses propres limites\u00a0\u00bb.<br \/>\nC&rsquo;est le r\u00e8gne des impulsions, des instincts, d&rsquo;une multitude, le droit illimit\u00e9 \u00e0 tout ce qui tente un individu, la soumission aux rapports de force d&rsquo;une sorte de loi de la jungle.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9tat de nature, dans le cadre de la fr\u00e9quentation mutuelle, semble porter les hommes \u00e0 \u00ab\u00a0s&rsquo;entre-ha\u00efr \u00e0 proportion que leurs int\u00e9r\u00eats se croisent\u00a0\u00bb.<br \/>\nLa possession repose sur la force, il n&rsquo;y a pas de droit l\u00e9gitime \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de soi-m\u00eame ou de ses biens, pas de droits v\u00e9ritables, car il n&rsquo;y a pas de devoirs.<br \/>\nMais cet \u00ab\u00a0\u00e9tat de guerre\u00a0\u00bb ne vient pas de l&rsquo;homme, d&rsquo;une quelconque agressivit\u00e9 naturelle, mais des conditions sociales. Ainsi indique Rousseau, on ne doit pas donner pour lois de la nature ce qui rel\u00e8ve de conditions sociales.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9tat de nature sert ici \u00e0 d\u00e9finir la transformation des conditions par l&rsquo;\u00e9tat social.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut voir aussi deux aspects dans l&rsquo;\u00e9tat social.<br \/>\n* Le premier \u00e9tat social : la soci\u00e9t\u00e9 de fait.<br \/>\nElle a d\u00e9velopp\u00e9 le besoin d&rsquo;un accord, d&rsquo;une r\u00e9union des forces, mais l&rsquo;opposition des int\u00e9r\u00eats emp\u00eache qu&rsquo;il y ait vraiment unit\u00e9. Deux tendances :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rousseau-1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-639\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rousseau-1.png\" alt=\"\" width=\"431\" height=\"94\" srcset=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rousseau-1.png 431w, https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/rousseau-1-300x65.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 431px) 100vw, 431px\" \/><\/a><br \/>\n* Le v\u00e9ritable \u00e9tat social se d\u00e9veloppe sur cette base contradictoire.<br \/>\nIl y a, indique Rousseau, <em>plusieurs mani\u00e8res de grouper les hommes<\/em>, mais <em>une seule de les r\u00e9unir<\/em>. Pour les r\u00e9unir, il faut <em>se fonder uniquement sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun<\/em> (c&rsquo;est l&rsquo;objet du <em>Contrat social<\/em>). Par cette m\u00e9diation, on peut d\u00e9passer la contradiction entre int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, en guerre, et int\u00e9r\u00eat commun.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est uniquement sur cet int\u00e9r\u00eat que la soci\u00e9t\u00e9 doit \u00eatre gouvern\u00e9e.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les hommes se transforment en changeant d&rsquo;\u00e9tat, de <em>conditions<\/em> de vie sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/9.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-619\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/9.jpg\" alt=\"\" width=\"2482\" height=\"1880\" srcset=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/9.jpg 2482w, https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/9-300x227.jpg 300w, https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/9-768x582.jpg 768w, https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/9-1024x776.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 2482px) 100vw, 2482px\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le premier \u00e9tat, l&rsquo;homme m\u00eame pourvu de libert\u00e9 (libert\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat de nature) est soumis \u00e0 des rapports sociaux qui s&rsquo;\u00e9tablissent \u00e0 son insu. Dans le second \u00e9tat, les rapports sociaux ressortent de la pratique consciente des hommes.<br \/>\nDans les deux cas, le mode de regroupement est fond\u00e9 sur la \u00ab\u00a0pr\u00e9f\u00e9rence que chacun se donne\u00a0\u00bb, mais selon les conditions, la pr\u00e9f\u00e9rence que chacun se donne aboutit \u00e0 mettre en avant des int\u00e9r\u00eats \u00e9troits ou g\u00e9n\u00e9raux.<br \/>\nTout ne s&rsquo;accomplit pas de fa\u00e7on magique. S&rsquo;il ne peut y avoir de citoyen sans qu&rsquo;existe une \u201cforme Cit\u00e9\u201d, l&rsquo;homme priv\u00e9 peut se perp\u00e9tuer m\u00eame dans les conditions de la cit\u00e9. On a dans le tableau r\u00e9capitulatif isol\u00e9 les facteurs. Dans la r\u00e9alit\u00e9, on peut consid\u00e9rer qu&rsquo;existent des \u00e9tats mixtes qui donnent \u00e0 voir des contradictions sp\u00e9cifiques :<br \/>\n\u2013 L&rsquo;opposition entre l&rsquo;homme et le citoyen (le m\u00eame homme pr\u00e9sente un double caract\u00e8re).<br \/>\nLe citoyen veut le bien de la cit\u00e9 dont d\u00e9coule son propre bien, mais l&rsquo;homme priv\u00e9 d\u00e9fend son int\u00e9r\u00eat imm\u00e9diat, en contradiction avec le bien commun.<br \/>\nPlus la cit\u00e9 est v\u00e9ritablement <em>sociale, <\/em>dirig\u00e9e par le bien commun, plus le citoyen peut subordonner l&rsquo;homme priv\u00e9. A l&rsquo;inverse, moins il y a de bien public, plus l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;homme priv\u00e9 s&rsquo;impose. Si se dissout tout aspect public, l&rsquo;homme retourne \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de nature, m\u00eame si le mot r\u00e9publique subsiste.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas r\u00e9publique, s&rsquo;il n&rsquo;y a rien de public\u00a0\u00bb, indiquait d\u00e9j\u00e0 Jean Bodin en 1576.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Nature humaine, nature de l&rsquo;homme<\/em><\/strong><br \/>\nOn retrouve ce m\u00eame jeu de formes, de transformation, en examinant les notions de <em>nature humaine,<\/em> <em>nature de l&rsquo;homme<\/em> (de m\u00eame qu&rsquo;en se centrant sur celles de libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, propri\u00e9t\u00e9).<br \/>\nL&rsquo;expression \u00ab\u00a0nature de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb peut avoir deux sens diff\u00e9rents :<br \/>\n* notion de nature-instinct, nature animale, homme comme \u00eatre de nature, de besoin.<br \/>\n* notion de qualit\u00e9 propre, sp\u00e9cifique, de l&rsquo;homme, qui le distingue par exemple de l&rsquo;animal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fondement commun de ces deux \u201cnatures\u201d est la <em>libert\u00e9<\/em> de l&rsquo;homme, qui fait son caract\u00e8re propre\u00a0: chaque homme est juge naturel de ce qui convient \u00e0 sa conservation.<br \/>\nMais il existe deux modes de r\u00e9alisation de cette \u201c<strong>libert\u00e9<\/strong>\u201d :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">* <em>la libert\u00e9 naturelle <\/em>:<br \/>\n\u2014 isolement de chaque homme dans l&rsquo;\u00e9tat de nature,<br \/>\n\u2014 droit illimit\u00e9 \u00e0 tout ce qui tente l&rsquo;individu, limit\u00e9 par les forces dont il dispose et les rapports de force issus de la fr\u00e9quentation avec d&rsquo;autres hommes.<br \/>\n\u2014 l&rsquo;homme d\u00e9cide au gr\u00e9 de ses impulsions et des rapports de force.<br \/>\nCette libert\u00e9 aboutit donc \u00e0 des rapports de d\u00e9pendance : par rapport \u00e0 ses impulsions, par rapport aux impulsions des autres (plus ou moins puissants).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">* <em>la libert\u00e9 civile ou conventionnelle <\/em>:<br \/>\n\u2014 la libert\u00e9 est \u00e9gale pour tous par convention,<br \/>\n\u2014 il n&rsquo;y a plus de soumission aux rapports de force ou \u00e0 d&rsquo;autres hommes, mais ob\u00e9issance aux lois communes et ma\u00eetrise de ses propres impulsions.<br \/>\nPour que cette libert\u00e9 puisse se r\u00e9aliser, il est n\u00e9cessaire qu&rsquo;il y ait <em>\u00e9galit\u00e9 <\/em>: loi \u00e9gale pour tous, m\u00eames droits, m\u00eames devoirs.<br \/>\nD\u00e8s qu&rsquo;il y a in\u00e9galit\u00e9, les conditions de la libert\u00e9 civile sont menac\u00e9es, car l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 suscite les rapports de force, de d\u00e9pendance des hommes \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;autres hommes.<br \/>\nL&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 chez Rousseau est fond\u00e9e sur l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;existe un m\u00eame droit naturel pour tous, qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas dans la \u201cnature de l&rsquo;homme\u201d, de rapport de d\u00e9pendance, m\u00eame si se font jour des diff\u00e9rences dans le d\u00e9veloppement de la \u201craison\u201d.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors m\u00eame que votre raison est sup\u00e9rieure \u00e0 la n\u00f4tre, ce n&rsquo;est pas dire qu&rsquo;elle doive nous servir de loi.<br \/>\nChacun a assez raison pour se conduire lui-m\u00eame.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La <em>raison<\/em> (qui peut servir des fins priv\u00e9es aussi bien que publiques) doit \u00eatre subordonn\u00e9e \u00e0 la <em>conscience<\/em> (sentiment moral), la capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9gager le bien public, qui est \u00e9gale chez tous les hommes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notion d&rsquo;<em>\u00e9gale libert\u00e9 <\/em>morale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>L&rsquo;\u00e9galit\u00e9<\/em><\/strong> elle-m\u00eame se r\u00e9alise selon diff\u00e9rents modes, en fonction des conditions, de <em>l&rsquo;\u00e9tat <\/em>dans lequel les hommes se trouvent.<br \/>\n* \u00e9galit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat de nature, qui est en fait in\u00e9galit\u00e9 de nature.<br \/>\n* \u00e9galit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9tat social, qui est \u00e9galit\u00e9 de droit et permet de r\u00e9aliser l&rsquo;\u00e9gale libert\u00e9 de l&rsquo;homme (sa nature sp\u00e9cifique).<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Substituer une \u00e9galit\u00e9 morale et l\u00e9gitime \u00e0 ce que la nature avait pu mettre d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 entre les hommes, et que pouvant \u00eatre in\u00e9gaux en force et en g\u00e9nie, ils deviennent tous \u00e9gaux par convention et de droit\u00a0.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La forme de r\u00e9alisation de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 est n\u00e9cessairement abstraite, puisqu&rsquo;il faut faire abstraction des diff\u00e9rences concr\u00e8tes (force, \u201cg\u00e9nie\u201d&#8230;).<br \/>\nLa transformation de l&rsquo;homme, \u00eatre de nature, en homme vraiment homme, socialis\u00e9, se fait par la <em>m\u00e9diation<\/em> <em>d&rsquo;une forme g\u00e9n\u00e9rale<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/91-e1487785153454.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-620\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/91-e1487785153454.jpg\" alt=\"\" width=\"1600\" height=\"608\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Propri\u00e9t\u00e9<\/em><\/strong><br \/>\nLe passage de la possession instable \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 l\u00e9gitime, s&rsquo;effectue toujours par la m\u00e9diation de la forme sociale.<br \/>\nIl faut bien voir que la notion de propri\u00e9t\u00e9 s&rsquo;applique aux biens, mais aussi \u00e0 la \u00ab\u00a0propri\u00e9t\u00e9 de soi-m\u00eame\u00a0\u00bb, la ma\u00eetrise de sa propre existence.<br \/>\nLe transfert de la possession se r\u00e9alise dans un premier temps par l&rsquo;ali\u00e9nation \u00e0 une forme sociale. Chaque membre de l&rsquo;association ali\u00e8ne sa personne et ses biens \u00e0 la cit\u00e9, la communaut\u00e9 sociale. Celle-ci devient ma\u00eetresse de tous les biens, et change l&rsquo;usurpation en v\u00e9ritable droit, et la jouissance en propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/92-e1487785203661.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-621\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/92-e1487785203661.jpg\" alt=\"\" width=\"1500\" height=\"639\" \/><\/a><br \/>\nOn acquiert v\u00e9ritablement ce qu&rsquo;on a donn\u00e9. Ce que l&rsquo;on ali\u00e9n\u00e9 sous forme priv\u00e9e, vous revient sous forme sociale.<br \/>\nLa propri\u00e9t\u00e9 est bien ainsi, pour Rousseau, une institution sociale, et non un droit naturel comme la libert\u00e9. En cons\u00e9quence, au contraire de la libert\u00e9 qui ne peut \u00eatre ali\u00e9n\u00e9e, la propri\u00e9t\u00e9 peut l&rsquo;\u00eatre d\u00e8s lors qu&rsquo;elle menace la libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La propri\u00e9t\u00e9 ne doit pas aboutir \u00e0 faire :<br \/>\n\u2014 que quelqu&rsquo;un puisse en acheter un\u00a0 autre,<br \/>\n\u2014 ou que quelqu&rsquo;un soit contraint de se vendre.<br \/>\nSinon les conditions de la libert\u00e9 (chacun libre de d\u00e9cider ce qui convient \u00e0 sa conservation) seraient an\u00e9anties.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La m\u00e9thode pour la formation des soci\u00e9t\u00e9s politiques<\/strong><br \/>\nOn a vu que dans tous les processus qui conduisent \u00e0 des changements de formes, se produisaient des \u00e9changes\u00a0:<br \/>\nL&rsquo;homme ali\u00e8ne sa libert\u00e9 naturelle pour acqu\u00e9rir la libert\u00e9 civile.<br \/>\nIl ali\u00e8ne ses possessions pour s&rsquo;\u00e9lever au droit de propri\u00e9t\u00e9 l\u00e9gitime.<br \/>\nDans le <em>Contrat social,<\/em> on remarque l&rsquo;importance de la notion d&rsquo;<em>\u00e9change, <\/em>\u00a0d&rsquo;<em>\u00e9quivalence,<\/em> entre de que l&rsquo;on donne et ce que l&rsquo;on re\u00e7oit. On donne sous une forme particuli\u00e8re ce que l&rsquo;on re\u00e7oit en retour sous forme sociale. Il y a l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;<em>\u00e9change \u00e9quitable<\/em>.<br \/>\nOn ne peut engager sa libert\u00e9 (originelle), sans recevoir un \u00e9quivalent, sinon ce serait nuire \u00ab\u00a0aux soins que l&rsquo;on se doit\u00a0\u00bb.<br \/>\nL&rsquo;\u00e9quivalent qu&rsquo;on re\u00e7oit en \u00e9change de sa libert\u00e9 ou de ses biens particuliers, a la forme de \u00ab\u00a0l&rsquo;utilit\u00e9 commune\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le contrat social permet pr\u00e9cis\u00e9ment la r\u00e9alisation de l&rsquo;\u00e9change \u00e9quitable, du principe d&rsquo;\u00e9quivalence. \u00ab\u00a0L&rsquo;acte du contrat est nul\u00a0\u00bb, indique Rousseau, s&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9quivalent, d&rsquo;\u00e9change.<br \/>\nIl s&rsquo;agit d&rsquo;acqu\u00e9rir des <em>utilit\u00e9s,<\/em> non une valeur d&rsquo;\u00e9change marchande qui servirait \u00e0 d&rsquo;autres \u00e9changes marchands. Il s&rsquo;agit bien ainsi d&rsquo;un contrat <em>social, <\/em>non de contrats priv\u00e9s.<br \/>\nLe principe d&rsquo;\u00e9quivalence ne peut se r\u00e9aliser que si la convention entre les associ\u00e9s est<br \/>\n1\/ volontaire,<br \/>\n2\/ g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Volontaire, car autrement la libert\u00e9 serait ali\u00e9n\u00e9e.<br \/>\n\u2013 G\u00e9n\u00e9rale, car sinon l&rsquo;\u00e9change ne serait pas \u00e9quitable pour tous.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seule une convention g\u00e9n\u00e9rale donne la \u00ab\u00a0base \u00e9quitable\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les m\u00eames droits\u00a0\u00bb et devoirs, \u00ab\u00a0les conditions \u00e9gales\u00a0\u00bb, favorisant et obligeant \u00e9galement tous les associ\u00e9s.<br \/>\nLe mouvement spontan\u00e9 des \u00e9changes priv\u00e9s entre particuliers peut produire une forme g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;\u00e9quivalence <em>en valeur<\/em> (monnaie), elle ne peut spontan\u00e9ment produire une forme g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;\u00e9quivalence <em>utile.<\/em><br \/>\nRousseau ne postule pas une harmonie pr\u00e9-\u00e9tablie, il ne pense pas que le principe d&rsquo;\u00e9quivalence se r\u00e9alise par le \u201claisser-faire, laisser passer\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/93-e1487785238285.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-622\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/93-e1487785238285.jpg\" alt=\"\" width=\"1600\" height=\"242\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;on se situe au niveau du mouvement spontan\u00e9 de la \u201cbase\u201d, on reproduit la contradiction entre int\u00e9r\u00eats particuliers en opposition, et, \u00e9change social. Il faut une sph\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale <em>ext\u00e9rieure<\/em> <em>aux \u00e9l\u00e9ments priv\u00e9s en lutte<\/em>, pour pouvoir transformer le mouvement spontan\u00e9, m\u00eame si cette sph\u00e8re plac\u00e9e au-dessus des \u00e9l\u00e9ments priv\u00e9s, est aussi un produit des besoins de la vie sociale imm\u00e9diate. Cette sph\u00e8re distincte de la base c&rsquo;est <em>l&rsquo;instance politique.<\/em><br \/>\nLe mouvement spontan\u00e9, le <em>laisser-faire,<\/em> ne suffisent pas \u00e0 produire une telle instance. Il faut un acte politique volontaire, en partie ext\u00e9rieur \u00e0 la sph\u00e8re des \u00e9changes marchands, pour poser la convention commune.<br \/>\nIl y a ainsi mise en avant de l&rsquo;art humain en mati\u00e8re politique, pour cr\u00e9er des formes capables de transformer la \u201cmati\u00e8re\u201d sociale pr\u00e9-donn\u00e9e.<br \/>\nS&rsquo;il existe, dit Rousseau, mille mani\u00e8res de rassembler les hommes, <em>une seule peut les unir<\/em>. Il s&rsquo;agit de trouver \u00ab\u00a0la m\u00e9thode pour la formation des soci\u00e9t\u00e9s politiques\u00a0\u00bb, de b\u00e2tir un <em>droit politique<\/em> (qui n&rsquo;est pas seulement \u201cdroit\u201d (\u00e0 l&rsquo;exemple du droit priv\u00e9 par exemple), mais aussi <em>politique<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On arrive ici \u00e0 la notion de <strong><em>corps politique<\/em><\/strong>.<br \/>\nLe levier politique, qui doit transformer la vie sociale spontan\u00e9e, ne peut se pr\u00e9senter comme simple \u201cpouvoir\u201d, coercition, se dressant face \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 (\u00c9tat tirant sa l\u00e9gitimit\u00e9 de sa seule effectivit\u00e9). Le levier politique ne peut \u00eatre non plus un simple \u201cinstrument\u201d de la base de la soci\u00e9t\u00e9, des \u00e9changes priv\u00e9s, car alors il reproduirait les contradictions qui sont en son sein, sans op\u00e9rer de changement qualitatif de forme. Il faut trouver une forme sp\u00e9cifique d&rsquo;association.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une forme politique d&rsquo;association qui d\u00e9fende et prot\u00e8ge (d&rsquo;une part) la force commune, (d&rsquo;autre part) la personne et les biens de chaque associ\u00e9, et par laquelle chacun s&rsquo;unissant \u00e0 tous n&rsquo;ob\u00e9isse pourtant qu&rsquo;\u00e0 lui-m\u00eame.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette forme politique d&rsquo;association r\u00e9alise le <em>corps politique<\/em> (ou r\u00e9publique, ou cit\u00e9).<br \/>\nLes titres et sous-titres du <em>Contrat social<\/em> marquent ces identit\u00e9s : th\u00e9orie de la \u00ab\u00a0forme de la r\u00e9publique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0m\u00e9thode pour la formation des soci\u00e9t\u00e9s politiques\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0principes du droit politique\u00a0\u00bb.<br \/>\nLe corps politique, la r\u00e9publique, sont des formes d&rsquo;association qui \u00e9l\u00e8vent la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 naturelle\u00a0\u00bb en \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 politique\u00a0\u00bb, de la m\u00eame fa\u00e7on que la \u00ab\u00a0personne morale\u00a0\u00bb s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve au-dessus de la \u00ab\u00a0personne physique\u00a0\u00bb. El\u00e9vation de la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 naturelle\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 politique\u00a0\u00bb peut en retour agir sur elle.<br \/>\nSelon Robert Derath\u00e9, Rousseau nomme cette forme d&rsquo;association en corps politique, <em>r\u00e9publique<\/em>, mais il aurait pens\u00e9 \u00e0 la notion d\u00e9mocratie. Toutefois, si l&rsquo;on suit la logique de l&rsquo;argumentation de Rousseau, il est clair que le premier principe \u00e0 suivre est de : gouverner la soci\u00e9t\u00e9 sur la base de <em>l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public,<\/em> qu&rsquo;il y ait un <em>bien public,<\/em> une <em>chose publique, <\/em>ce qui correspond bien \u00e0 une d\u00e9finition de la r\u00e9publique.<br \/>\nLa d\u00e9mocratie, dans l&rsquo;acception souverainet\u00e9 du peuple, est la forme qui garantit le mieux la r\u00e9alisation du bien public, ne reposant pas sur les volont\u00e9s particuli\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/94-e1487785333821.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-623\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/94-e1487785333821.jpg\" alt=\"\" width=\"1600\" height=\"263\" \/><\/a><br \/>\nLa r\u00e9publique, est bien cette \u201cmachinerie\u201d qui va permettre de prot\u00e9ger la force commune, les personnes et les biens des associ\u00e9s, qui va faire, qu&rsquo;en s&rsquo;unissant \u00e0 tous, on n&rsquo;ob\u00e9isse qu&rsquo;\u00e0 soi-m\u00eame, qui va faire de l&rsquo;individuation et de la socialisation les deux faces d&rsquo;un m\u00eame processus. Par la r\u00e9publique se r\u00e9aliseront les \u00e9changes \u00e9quitables, le principe d&rsquo;\u00e9quivalence, les moyens termes qui autorisent les passages d&rsquo;une forme \u00e0 une autre.<br \/>\nA propos de la r\u00e9publique, ou du corps politique, Rousseau parle d&rsquo;un \u00ab\u00a0corps moral et collectif\u00a0\u00bb, c&rsquo;est dire que pour lui ce corps n&rsquo;est pas corporel, physique. C&rsquo;est un \u00ab\u00a0corps artificiel\u00a0\u00bb indique-t-il. C&rsquo;est une production de l&rsquo;art politique humain, une forme sp\u00e9cifique donn\u00e9e par l&rsquo;homme \u00e0 la \u201cmati\u00e8re sociale\u201d. Rousseau parle encore de \u00ab\u00a0personne morale\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00eatre public\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0personne publique\u00a0\u00bb.<br \/>\nCe corps artificiel, cet \u00eatre moral, ou encore \u00ab\u00a0\u00eatre de raison\u00a0\u00bb (par opposition aux \u00eatres vivants), n&rsquo;a pas d&rsquo;individualit\u00e9 objective ext\u00e9rieure \u00e0 ses membres. <em>Si le pacte est rompu, dit Rousseau, le corps se dissout<\/em>. [On pourrait par analogie comparer ce corps politique \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 savante par exemple, constitu\u00e9e en vue de buts communs aux diff\u00e9rents membres. Si les associ\u00e9s se s\u00e9parent, ou si les statuts, les objectifs de la soci\u00e9t\u00e9 sont lettre morte, si elle n&rsquo;a plus d&rsquo;objet commun, elle n&rsquo;a plus d&rsquo;existence et se dissout].<br \/>\nDe la sorte l&rsquo;id\u00e9e que Rousseau se fait du corps politique ne peut \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;organisme (vivant) ou de communaut\u00e9, ant\u00e9rieure et sup\u00e9rieure aux \u00e9l\u00e9ments qui la composent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;acte d&rsquo;association produit \u00ab\u00a0le corps moral et collectif\u00a0\u00bb et par cet acte le corps politique re\u00e7oit son \u00ab\u00a0moi commun\u00a0\u00bb. Le corps et les associ\u00e9s sont les facteurs distincts et li\u00e9s d&rsquo;une m\u00eame chose artificielle, c\u2019est-\u00e0-dire construite, produit de l\u2019art humain.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette personne publique qui se forme par l&rsquo;union de toutes les autres prend le nom de r\u00e9publique ou corps politique.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/95-e1487785378992.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-624\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/95-e1487785378992.jpg\" alt=\"\" width=\"1600\" height=\"650\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut bien consid\u00e9rer que les \u00e9l\u00e9ments distingu\u00e9s par Rousseau sont les diff\u00e9rentes faces, formes, d&rsquo;une m\u00eame chose (les sujets et le Souverain sont les m\u00eames hommes consid\u00e9r\u00e9s sous diff\u00e9rents rapports).<br \/>\nLe Souverain forme la loi. L&rsquo;\u00c9tat la fait appliquer par le moyen du gouvernement.<br \/>\nLe peuple qui fait les lois y est aussi soumis.<br \/>\nLes hommes sont \u00e0 la fois citoyens et sujets.<br \/>\nAux droits des citoyens correspondent des devoirs des sujets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut encore examiner bri\u00e8vement quelques-uns des termes de la \u201cmachinerie\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Le peuple<\/em><\/strong><br \/>\nC&rsquo;est une \u00ab\u00a0personne publique\u00a0\u00bb qui se forme par l&rsquo;union de toutes les autres, un corps collectif et moral qui ne peut avoir d&rsquo;existence que sociale. C&rsquo;est un ensemble politiquement form\u00e9, \u201cartificiel\u201d, non une r\u00e9alit\u00e9 naturelle, ethnique, culturelle, imm\u00e9diatement donn\u00e9e.<br \/>\nLe peuple est institu\u00e9 par <em>l&rsquo;acte d&rsquo;association<\/em>, il n&rsquo;existe pas sans lui. C&rsquo;est un peuple politique qui se dissout s&rsquo;il n&rsquo;y a plus d&rsquo;association politique.<br \/>\nLe peuple est le Souverain et exerce une souverainet\u00e9 qu&rsquo;il ne peut ali\u00e9ner (mais il peut d\u00e9l\u00e9guer le pouvoir). Il est souverain pour autant qu&rsquo;il est institu\u00e9 en peuple politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Souverain, souverainet\u00e9<\/em><\/strong><br \/>\nLa souverainet\u00e9 est absolue. Aucune autorit\u00e9,\u00a0 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur ou \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, ne peut la subordonner. Elle ne peut \u00eatre partag\u00e9e ou ali\u00e9n\u00e9e. La souverainet\u00e9 est ind\u00e9pendante, indivisible, inali\u00e9nable.<br \/>\nLa souverainet\u00e9 est <em>exercice de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. <\/em>La volont\u00e9 souveraine est <em>active<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle n&rsquo;est soumise \u00e0 aucun engagement pr\u00e9alable ou lois pr\u00e9-donn\u00e9es. Le souverain peut abroger des lois, des institutions qu&rsquo;il a auparavant voulues. Le souverain n&rsquo;agit pas parce qu&rsquo;il a voulu, mais parce qu&rsquo;il veut.<br \/>\nLe corps politique ne subsiste pas par les lois, mais par le pouvoir de faire les lois.<br \/>\nLa souverainet\u00e9 est l&rsquo;essence de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. Il s&rsquo;agit bien de volont\u00e9 et non pas seulement de pouvoir (au sens d&rsquo;application). Le souverain exerce la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et agit par elle.<br \/>\nLe souverain ne peut d\u00e9l\u00e9guer cette volont\u00e9, mais il peut d\u00e9l\u00e9guer le pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Lois<\/em><\/strong><br \/>\nLes lois sont \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e2me\u00a0\u00bb du corps politique.<br \/>\nN&rsquo;\u00e9tant qu&rsquo;un corps artificiel, le corps politique n&rsquo;a qu&rsquo;une existence id\u00e9ale, il n&rsquo;a pas par lui-m\u00eame \u00ab\u00a0de sensibilit\u00e9 naturelle et commune qui ferait communiquer directement tous les \u00e9l\u00e9ments du corps\u00a0\u00bb.<br \/>\nLes particuliers, soumis au particulier, \u00e0 l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9, ne peuvent avoir une perception directe de ce qui est bon ou mauvais pour l&rsquo;ensemble du corps politique, le bien commun. La loi donne la sensibilit\u00e9 au corps, fait communiquer les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments du corps par sa m\u00e9diation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Organe de la volont\u00e9 du Peuple\u00a0 ==&gt;\u00a0\u00a0\u00a0 la <strong>LOI<\/strong>\u00a0\u00a0\u00a0 ==&gt;\u00a0 Soumet le peuple \u00e0 sa volont\u00e9<br \/>\nLa loi est g\u00e9n\u00e9rale, comme la volont\u00e9 qui statue. Elle vise le plus grand bien de tous et ne peut avoir d&rsquo;objet particulier. C&rsquo;est un rapport de l&rsquo;objet entier avec le corps entier.<br \/>\nLa loi constitue aussi un levier dans la transformation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme, du peuple par le peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prendre les hommes tels qu&rsquo;ils sont et les lois telles qu&rsquo;elles peuvent \u00eatre.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Gouvernement<\/em><\/strong><br \/>\nRousseau fait la distinction entre les notions de <em>souverain<\/em> et de <em>gouvernement,<\/em> de m\u00eame qu&rsquo;il convient de distinguer entre la <em>volont\u00e9<\/em> qui d\u00e9termine les actes, et la <em>force,<\/em> le <em>pouvoir,<\/em> <em>\u00a0<\/em>qui l&rsquo;ex\u00e9cute.<br \/>\nDans le corps politique, la <em>volont\u00e9 est la puissance de faire les lois,<\/em> du ressort du Souverain. Ayant un objet g\u00e9n\u00e9ral, elle ne peut appartenir qu&rsquo;\u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 du peuple.<br \/>\nLa <em>puissance ex\u00e9cutive<\/em> consiste pour sa part en actes particuliers, elle n&rsquo;appartient pas \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9. Il faut un agent particulier, le gouvernement, pour <em>mettre en oeuvre<\/em> la force publique, <em>selon la direction de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale. <\/em>Le gouvernement n&rsquo;est que le ministre, le commis, du Souverain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/97-e1487785431477.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-626\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/97-e1487785431477.jpg\" alt=\"\" width=\"1500\" height=\"365\" \/><\/a><br \/>\nLe gouvernement permet d&rsquo;\u00e9tablir une relation entre face active et face passive du corps politique, entre Souverain et \u00c9tat.<br \/>\n1\/ <em>Le gouvernement ne doit pas donner les lois.<\/em><br \/>\n2\/ <em>Le souverain, qui donne les lois, ne doit pas gouverner.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\/ Le pouvoir doit rester dans la d\u00e9pendance de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale exprim\u00e9e par le Souverain. C&rsquo;est l\u00e0, indique Rousseau \u00ab\u00a0la mati\u00e8re la plus difficile des institutions politiques\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l&rsquo;ab\u00eeme de la politique\u00a0\u00bb. Il y a tendance constante du gouvernement \u00e0 usurper le pouvoir de faire les lois, \u00e0 prendre la place du Souverain, \u00e0 conduire le peuple \u00e0 une d\u00e9l\u00e9gation de volont\u00e9.<br \/>\nDe m\u00eame que dans le corps, l&rsquo;esprit, l&rsquo;\u00e2me, doit diriger, exposer sa volont\u00e9, de m\u00eame la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale doit diriger la force publique. Mais, dans le corps humain individuel, comme dans le corps politique, cette direction n&rsquo;est pas toujours r\u00e9alis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2\/ A l&rsquo;autre p\u00f4le, et c&rsquo;est important, le Souverain ne doit pas se confondre avec le gouvernement. Le Souverain qui ne doit pas ali\u00e9ner son droit de vouloir, doit au contraire, <em>\u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 dans le pouvoir,<\/em> ne pas exercer directement le gouvernement, mais diriger le gouvernement par les lois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Pourquoi ?<\/strong><br \/>\nParce que si le Souverain fait des actes particuliers, il cesse de se situer dans la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 et retourne \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de nature. Le Souverain ne doit pas avoir d&rsquo;autre force que la puissance l\u00e9gislative, il n&rsquo;agit que par la m\u00e9diation de la loi qui est g\u00e9n\u00e9rale.<br \/>\nL&rsquo;ex\u00e9cution, le pouvoir, portent sur des affaires particuli\u00e8res. Pour que le peuple reste un peuple (association politique), <em>il doit s&rsquo;int\u00e9resser aux affaires publiques, g\u00e9n\u00e9rales. <\/em>S&rsquo;il se d\u00e9tourne des affaires g\u00e9n\u00e9rales pour centrer son attention sur des affaires particuli\u00e8res, il perd sa qualit\u00e9 de peuple politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Focalisation sur le particulier<\/strong><br \/>\nadh\u00e9rence l\u00e9gislatif-ex\u00e9cutif \u00a0\u00a0=\u00a0\u00a0 plus d\u2019expression politique souveraine sur les affaires g\u00e9n\u00e9rales de la soci\u00e9t\u00e9<br \/>\nComme on peut le constater, Rousseau n&rsquo;est pas partisan d&rsquo;une d\u00e9mocratie directe, confondant l\u00e9gislation et ex\u00e9cution, il n&rsquo;est pas non plus partisan d&rsquo;une \u201cautogestion\u201d des affaires particuli\u00e8res, d\u00e9tournant des affaires g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>La volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale<\/em><\/strong><br \/>\nLa volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e par rapport \u00e0 sa finalit\u00e9, son r\u00f4le, ses caract\u00e8res, son mode d&rsquo;expression.<br \/>\nSa finalit\u00e9 : le bien commun, <em>l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public.<\/em><br \/>\nSon r\u00f4le : <em>diriger<\/em> les forces pour concourir au but commun (r\u00f4le de direction, en id\u00e9e).<br \/>\nSes caract\u00e8res : il s&rsquo;agit de volont\u00e9 et non de force ; la volont\u00e9 porte sur le g\u00e9n\u00e9ral et non le particulier.<br \/>\nComment s&rsquo;expose-t-elle ? Par la Loi, qui est une \u00ab\u00a0d\u00e9claration de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Les conditions d&rsquo;expression de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale<\/em> :<br \/>\nPour que la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale puisse \u00eatre exprim\u00e9e, il faut supposer qu&rsquo;existe (objectivement) un int\u00e9r\u00eat commun entre les associ\u00e9s. Il faut bien voir ici que \u201ccommun\u201d ne veut pas dire \u201ccommunautaire\u201d, ou encore addition de toutes les volont\u00e9s individuelles, mais signale ce qu&rsquo;il y a de commun entre les diff\u00e9rentes volont\u00e9s, \u00ab\u00a0ce par quoi elles s&rsquo;accordent\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/99-e1487785486957.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-628\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/99-e1487785486957.jpg\" alt=\"\" width=\"1500\" height=\"284\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Faire appara\u00eetre la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale implique que le contenu commun puisse \u00eatre \u201cextrait\u201d des diff\u00e9rentes volont\u00e9s.<br \/>\n[Ainsi le caract\u00e8re commun \u00e0 tous les arbres concrets particuliers (fr\u00eane, sapin, h\u00eatre) ne peut se voir dans chaque arbre, mais seulement\u00a0 dans le concept\u00a0 \u201cabstrait\u201d d&rsquo;arbre, qui expose leurs caract\u00e8res communs, que l&rsquo;on peut retrouver\u00a0 dans tous les arbres concrets].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Comment sur cette base, interroger la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ?<br \/>\nQuelle est la question \u00e0 poser \u00e0 chaque associ\u00e9 qui contribue \u00e0 la formation de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ?<br \/>\nIl ne peut \u00eatre question de demander \u00e0 chacun ce qui est avantageux pour lui en particulier, cela ne permettrait pas de faire appara\u00eetre le caract\u00e8re commun. Il faut demander \u00e0 chacun ce qu&rsquo;il juge avantageux pour l&rsquo;ensemble de la Cit\u00e9, lui demander de se prononcer sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun (d&rsquo;o\u00f9 d\u00e9coule aussi son bien particulier).<br \/>\nIl s&rsquo;agit d&rsquo;un acte de raison (la raison est commune \u00e0 tous), qui doit s&rsquo;exercer dans le silence des passions (qui sont ce qui est propre \u00e0 chacun).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Mais comment chacun peut-il <em>voir<\/em> ce qu&rsquo;est la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun ?<br \/>\nLe peuple <em>veut<\/em> toujours le bien dit Rousseau, mais il ne le <em>voit<\/em> pas toujours.<br \/>\nEn sus de la contradiction entre <em>vouloir<\/em> et <em>pouvoir<\/em>, il y aurait une possible opposition entre <em>vouloir<\/em> et <em>voir<\/em>.<br \/>\nComment en effet distinguer la volont\u00e9 particuli\u00e8re de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, si, d&rsquo;une part, \u00ab\u00a0l&rsquo;art de g\u00e9n\u00e9raliser est l&rsquo;un des plus difficiles et des plus tardifs de l&rsquo;entendement humain\u00a0\u00bb ?, et si, d&rsquo;autre part, les conditions sociales n&rsquo;ont pas donn\u00e9 l&rsquo;occasion de d\u00e9velopper chez tous une vision g\u00e9n\u00e9rale.<br \/>\nLe moyen de d\u00e9passer cette contradiction est de donner \u00e0 voir \u00e0 tous l&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun, \u00e9clairer le jugement par une <em>vision g\u00e9n\u00e9rale,<\/em> d\u00e9passant les conditions imm\u00e9diates de temps, de lieu, les visions particuli\u00e8res \u00e9troites.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">De lui-m\u00eame, le peuple veut toujours le bien, mais de lui-m\u00eame il ne le voit pas toujours. La volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale est toujours droite, mais le jugement qui la guide n&rsquo;est pas toujours \u00e9clair\u00e9. Il faut lui faire voir les objets tels qu&rsquo;ils sont, quelquefois tels qu&rsquo;ils doivent lui para\u00eetre, lui montrer le bon chemin qu&rsquo;elle cherche, la garantir des s\u00e9ductions des volont\u00e9s particuli\u00e8res, rapprocher \u00e0 ses yeux les lieux et les temps, balancer l&rsquo;attrait des avantages pr\u00e9sents et sensibles par le danger des maux \u00e9loign\u00e9s et cach\u00e9s.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Mais un autre probl\u00e8me surgit. L&rsquo;individu peut voir ce qu&rsquo;est l&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun, la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, mais il veut <em>l&rsquo;\u00e9luder,<\/em> pour pr\u00e9server des int\u00e9r\u00eats particuliers. Il peut y avoir une contradiction dans un m\u00eame homme entre le \u00ab\u00a0bourgeois\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0citoyen\u00a0\u00bb. Le citoyen voit quel est le contenu de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, le bourgeois \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9lude\u00a0\u00bb.<br \/>\nL\u00e0 aussi, l&rsquo;homme particulier \u00e9lude d&rsquo;autant plus la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public est asservi aux volont\u00e9s et int\u00e9r\u00eats particuliers. S&rsquo;il n&rsquo;y a pas vraiment de bien public, il est compr\u00e9hensible que chacun se replie sur son int\u00e9r\u00eat propre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>La repr\u00e9sentation<\/em><\/strong><br \/>\nRousseau est r\u00e9put\u00e9 adversaire de toute forme de repr\u00e9sentation.<br \/>\nPourtant, ce que refuse Rousseau dans le <em>Contrat social<\/em> n&rsquo;est que la repr\u00e9sentation de <em>volont\u00e9.<\/em> La repr\u00e9sentation de <em>pouvoir<\/em> est au contraire indispensable pour que le peuple puisse continuer \u00e0 donner la loi sur les affaires g\u00e9n\u00e9rales, publiques.<br \/>\nRousseau refuse aussi la \u00ab\u00a0repr\u00e9sentation f\u00e9odale\u00a0\u00bb : repr\u00e9sentation de corps ou par une personne particuli\u00e8re.<br \/>\nEn revanche, il ne rejette pas les formes de repr\u00e9sentation <em>en id\u00e9e<\/em> : donner \u00e0 voir au peuple son propre vouloir, sous une forme g\u00e9n\u00e9rale. Il donne ainsi de l&rsquo;importance \u00e0 la th\u00e9orie politique qui permet une repr\u00e9sentation des int\u00e9r\u00eats de toute la soci\u00e9t\u00e9, et qui donnent \u00e9ventuellement \u00e0 voir la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un bouleversement de tout l&rsquo;ordre social. En ce sens il est r\u00e9volutionnaire, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;a pas, en tant qu&rsquo;individu, voulu la R\u00e9volution, s&rsquo;il a pu esp\u00e9rer que les bonnes institutions pr\u00e9vaudraient sous l&rsquo;impulsion du sage L\u00e9gislateur.<br \/>\nSi l&rsquo;on se centre, non sur des \u00e9l\u00e9ments isol\u00e9s, mais sur l&rsquo;articulation d&rsquo;ensemble de l&rsquo;oeuvre, la tension r\u00e9volutionnaire est constamment pr\u00e9sente et Rousseau\u00a0 pr\u00e9tend bien toujours \u00ab\u00a0tirer du mal le rem\u00e8de\u00a0\u00bb qui doit le gu\u00e9rir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>NOTES<\/strong><br \/>\nJean-Jacques Rousseau, <em>Du contrat social<\/em>, Editions sociales, Paris, 1971.<br \/>\nRobert Derath\u00e9, <em>Jean-Jacques Rousseau et la science politique de son temps<\/em>, Vrin, Paris, 1988.<br \/>\nRobert Derath\u00e9, <em>Le rationalisme de Rousseau<\/em>, PUF, Paris, 1949.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La notion de corps politique dans le Contrat social La formation d\u2019un \u201ccommun\u201d non communautaire Tout le monde ou presque a lu, ou conna\u00eet indirectement, le Contrat social de Rousseau. 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