{"id":568,"date":"2017-02-06T21:32:04","date_gmt":"2017-02-06T20:32:04","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=568"},"modified":"2017-02-06T21:32:04","modified_gmt":"2017-02-06T20:32:04","slug":"3-francois-vidal-1846-lanarchie-du-mode-de-production-capitaliste-et-les-moyens-dy-mettre-fin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=568","title":{"rendered":"3. Fran\u00e7ois Vidal (1846) L\u2019anarchie du mode de production capitaliste et les moyens d\u2019y mettre fin"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Fran\u00e7ois Vidal, fait partie d\u2019un ensemble de socialistes fran\u00e7ais non utopiques du premier XIXe si\u00e8cle. Il a particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volution de 1848, membre, avec Louis Blanc, Pecqueur et Albert de la Commission du Luxembourg, dont il assurait le secr\u00e9tariat. Deux ans auparavant Il avait d\u00e9velopp\u00e9 dans <em>De la r\u00e9partition des richesses <\/em>(1846), un projet de r\u00e9organisation de l\u2019\u00e9conomie capable de mettre fin \u00e0 l\u2019anarchie du mode de production capitaliste. Dans un nouvel ouvrage, publi\u00e9 en 1848, <em>Le droit au travail. Projets, voies et moyens de r\u00e9formes sociales<\/em>, il \u00e9tablira que le droit au travail implique \u00ab\u00a0la transformation \u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. (1)<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019organisation du travail ne se r\u00e9duit donc pas \u00e0 un enr\u00f4lement temporaire d\u2019ouvriers affam\u00e9s, auxquels on donne, par prudence, une subvention de charit\u00e9. Elle ne se r\u00e9duit pas davantage \u00e0 une diminution de la dur\u00e9e du travail, \u00e0 une fixation quelconque du prix des salaires, \u00e0 une r\u00e9glementation du d\u00e9sordre.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Le droit au travail, qu\u2019on ne sache ou qu\u2019on l\u2019ignore, implique n\u00e9cessairement l\u2019organisation [sociale] du travail\u00a0; et l\u2019organisation du travail implique la transformation \u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9. Le principe est pos\u00e9, les cons\u00e9quences sont in\u00e9vitables.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">On va s\u2019int\u00e9resser dans un premier temps \u00e0 l\u2019ouvrage <em>De la r\u00e9partition des richesses<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e que le choc des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s engendre la division et le d\u00e9sordre <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la lign\u00e9e de Sismondi auquel il se r\u00e9f\u00e8re, Fran\u00e7ois Vidal per\u00e7oit les multiples contradictions que rec\u00e8le le mode de production capitaliste, sans toutefois produire comme son pr\u00e9d\u00e9cesseur une th\u00e9orie achev\u00e9e de l\u2019ensemble du cycle du mode de production capitaliste, \u00e0 partir d\u2019une analyse de la \u201cforme marchande\u201d des produits du travail et une th\u00e9orie de la valeur. Il per\u00e7oit cependant que la production dans le capitalisme se r\u00e9alise en fonction de finalit\u00e9s contradictoires\u00a0: la production des choses utiles ne se r\u00e8gle pas en fonction des besoins sociaux, de l\u2019int\u00e9r\u00eat commun de la soci\u00e9t\u00e9, mais en fonction de la recherche du gain, du profit, et donc par le choc des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s en concurrence. Le choc des int\u00e9r\u00eats s\u2019approfondit et fait ressembler la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 un bateau \u00ab\u00a0sans gouvernail ni volont\u00e9\u00a0\u00bb. Le tableau dress\u00e9 il y a plus d\u2019un si\u00e8cle et demi de cette lutte de tous contre tous par\u00a0 Fran\u00e7ois Vidal n\u2019a rien perdu de son actualit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais dans l\u2019ordre des int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques [\u2026] on trouve la diversit\u00e9 la plus effrayante. Autant de divisions et de subdivisions d\u2019int\u00e9r\u00eats, que de divisions et subdivisions territoriales, que de divisions et subdivisions d\u2019industries, de professions, de m\u00e9tiers [\u2026] et ces int\u00e9r\u00eats, se rencontrant chaque jour et partout en pr\u00e9sence, se heurtent \u00e0 tous les instants, sont perp\u00e9tuellement en guerre. N\u2019est-il pas vrai qu\u2019il y a divergences d\u2019int\u00e9r\u00eats de province \u00e0 province, lutte du Midi contre le Nord lutte du Nord contre le Midi ; lutte de d\u00e9partement \u00e0 d\u00e9partement, de d\u00e9partement \u00e0 arrondissement, d\u2019arrondissement \u00e0 arrondissement, de commune \u00e0 commune\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u2019est-il pas vrai qu\u2019il y a aujourd\u2019hui divergence d\u2019int\u00e9r\u00eats et hostilit\u00e9 flagrante entre le commerce et l\u2019agriculture, entre l\u2019agriculture et l\u2019industrie ; antagonisme des commer\u00e7ants comme des industriels entre eux\u00a0; et dans l\u2019agriculture, guerre des producteurs de bestiaux et de c\u00e9r\u00e9ales, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et des producteurs de vin de l\u2019autre\u00a0? Lutte entre les diverses industries qui se disputent les faveurs et les protections aux d\u00e9pens du public\u00a0? Ici ce sont les propri\u00e9taires de for\u00eats et les ma\u00eetres de forges qui r\u00e9clament des privil\u00e8ges aux d\u00e9pens des consommateurs. Mais bient\u00f4t les uns et les autres qui s\u2019\u00e9taient ligu\u00e9s dans leur int\u00e9r\u00eat commun, se subdivisent au nom de leurs int\u00e9r\u00eats particuliers ; les uns veulent acheter du bois \u00e0 bon march\u00e9, les autres veulent le vendre cher ; les uns demandent, les autres repoussent l\u2019introduction de houilles \u00e9trang\u00e8res.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">N\u2019est-il pas vrai qu\u2019il y a lutte de commer\u00e7ant \u00e0 commer\u00e7ant, de manufacturier \u00e0 manufacturier, de boutique \u00e0 boutique\u00a0? Lutte d\u2019ouvrier \u00e0 ma\u00eetre, lutte des ma\u00eetres comme des ouvriers entre eux, lutte de producteur \u00e0 consommateur, de producteur \u00e0 producteur, lutte du capital contre le travail, des capitalistes entre eux, des travailleurs les uns contre les autres\u00a0? Enfin, lutte de tous contre chacun, de chacun contre tous, m\u00eal\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, incoh\u00e9rence universelle\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Suivez les discussions des Chambres, des conseils g\u00e9n\u00e9raux, des conseils d\u2019arrondissement, des conseils municipaux. Partout vous verrez des int\u00e9r\u00eats aux prises, et la lutte la plus vive\u00a0!<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il r\u00e9sulte de ce choc continuel des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, opposant les individus, mais aussi les branches de la production, les r\u00e9gions, et au-del\u00e0 les nations, les classes sociales (et en leur sein m\u00eame), qu\u2019il devient impossible de viser l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral pour l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9. On ne peut pas davantage satisfaire les int\u00e9r\u00eats de tous, du fait que les int\u00e9r\u00eats, \u00ab\u00a0<em>n\u00e9cessairement oppos\u00e9s entre eux [\u2026] ne peuvent \u00eatre tous satisfaits \u00e0 la fois<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le r\u00e9gime du <\/strong><em>laisser faire<\/em><strong>, la libre concurrence, conduisent \u00e0 l\u2019anarchie et \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement de toute libert\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le r\u00e9gime de la libre concurrence entre int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, les entrepreneurs, m\u00eame les moins \u00e2pres au gain, ne peuvent survivre [et avec eux les salari\u00e9s] qu\u2019en remportant des march\u00e9s contre leurs concurrents, faute de quoi ils courent \u00e0 la faillite. Les entrepreneurs et exploitants de branches productives sont en lutte f\u00e9roce entre eux et avec les grands distributeurs. Les ouvriers et autres salari\u00e9s sont contraints de subir une aggravation de leur conditions d\u2019emploi dans l\u2019espoir de voir subsister leur entreprise. Quant aux travailleurs en ch\u00f4mage, ce sont les plus notables victimes de l\u2019anarchie sociale de la production qui r\u00e9sulte de cette libert\u00e9 des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s en lutte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De la sorte, la primaut\u00e9 des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, leur libre d\u00e9ploiement, le <em>laisser-faire<\/em> dans l\u2019\u00e9conomie, ne conduisent pas \u00e0 la libert\u00e9 mais \u00e0 l\u2019asservissement.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9conomistes lib\u00e9raux [\u2026] ont pos\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat particulier comme le r\u00e9gulateur supr\u00eame en toute chose, comme principe de justice, au milieu de la lutte acharn\u00e9e de tous les int\u00e9r\u00eats ; ils ont fait de la force, de la ruse, du hasard et de la mauvaise foi, les arbitres souverains du monde \u00e9conomique ; ils ont transform\u00e9 l\u2019industrie en champ clos, ils ont pouss\u00e9 dans la lice tous les combattants, et, pour toute morale, ils ont proclam\u00e9 cette maxime des sauvages\u00a0: \u201cMalheur aux vaincus\u00a0!\u201d<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ne voyez-vous pas que ces combattants ont des forces et des armes in\u00e9gales\u00a0: que les plus faibles ne peuvent se d\u00e9fendre et vont \u00eatre \u00e9cras\u00e9s\u00a0? \u2013 Qu\u2019importe\u00a0? libert\u00e9, libertas\u00a0! laissez-les faire, ne les s\u00e9parez pas [\u2026] la justice doit triompher par elle-m\u00eame\u00a0!<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un demi-si\u00e8cle apr\u00e8s la R\u00e9volution fran\u00e7aise, Fran\u00e7ois Vidal reconna\u00eet qu\u2019un gigantesque d\u00e9veloppement de richesses a \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9 par le capitalisme, gr\u00e2ce \u00e0 la suppression des entraves que l\u2019Ancien R\u00e9gime mettait au d\u00e9veloppement de la production et des \u00e9changes. Cette \u201clib\u00e9ration\u201d toutefois n\u2019a pas cr\u00e9\u00e9 les conditions d\u2019une organisation sociale d\u2019ensemble de la production en fonction des besoins sociaux, ni une juste r\u00e9partition des richesses produites. Au nom de la libert\u00e9 des \u00e9changes, le principe de la force a triomph\u00e9 au d\u00e9triment des plus faibles, et avec lui le d\u00e9sordre qui affecte toute la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et [les \u00e9conomistes lib\u00e9raux] n\u2019ont pas compris qu\u2019ils arrivaient ainsi, au nom d\u2019une fausse libert\u00e9, mais par l\u2019antagonisme, par la guerre civile, par le d\u00e9sordre et par l\u2019anarchie, \u00e0 l\u2019an\u00e9antissement de la libert\u00e9 m\u00eame, \u00e0 la tyrannie des forts, \u00e0 l\u2019\u00e9crasement et \u00e0 l\u2019asservissement des faibles, \u00e0 la domination d\u2019une nouvelle f\u00e9odalit\u00e9 et que d\u00e9sormais il ne pourrait plus y avoir entre les hommes d\u2019autres rapports que les relations d\u2019ennemi \u00e0 ennemi, de vainqueur \u00e0 vaincu, de ma\u00eetre \u00e0 esclave\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils avaient vu des organisations vicieuses, et ils ont dit\u00a0: toute organisation est un fl\u00e9au, une calamit\u00e9. Au nom de la libert\u00e9, il faut laisser faire ; les choses s\u2019organiseront d\u2019elles-m\u00eames, les int\u00e9r\u00eats individuels se balanceront, s\u2019harmoniseront, et tout ira pour le mieux.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le cadre de cette \u201cd\u00e9sorganisation sociale\u201d de la production, une contradiction entre travailleurs et propri\u00e9taires des moyens de production ne peut que se d\u00e9velopper. Fran\u00e7ois Vidal estime en effet que la \u201clibre\u201d lutte pour les salaires entre les travailleurs et les propri\u00e9taires des moyens sociaux de production, ne peut donner les conditions d\u2019une r\u00e9partition des richesses selon un principe de justice. Les producteurs de richesses seront toujours moins forts que les d\u00e9tenteurs de capitaux, contraints par l\u00e0 m\u00eame \u00e0 se soumettre aux conditions qui leur sont impos\u00e9es, sous peine de se trouver r\u00e9duits \u00e0 l\u2019inaction,\u00a0 au ch\u00f4mage.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne serons pas pour le salariat, pour le libre d\u00e9bat des salaires, parce que nous ne croyons pas \u00e0 la libert\u00e9 de l\u2019affam\u00e9, vis-\u00e0-vis du d\u00e9tenteur de subsistances ; parce que nous ne croyons point \u00e0 la libert\u00e9 pr\u00e9tendue des salari\u00e9s, laquelle se r\u00e9duit en d\u00e9finitive \u00e0 la libert\u00e9 de ne pas travailler, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la libert\u00e9 de ne pas mourir de faim\u00a0!<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Une \u00e9conomie qui n\u2019a pas pour finalit\u00e9 les besoins sociaux est \u201canarchique\u201d <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Vidal, la science des \u00e9conomistes est une fausse science. Elle se borne \u00e0 pr\u00e9coniser le libre jeu de pr\u00e9tendues lois immuables de l\u2019\u00e9conomie, les livrer \u00e0 elles-m\u00eames, sans prendre en compte les finalit\u00e9s sociales de l\u2019\u00e9conomie et les principes d\u2019organisation qui en d\u00e9coulent. Il en r\u00e9sulte des effets d\u00e9sastreux\u00a0 dont les crises constituent les sympt\u00f4mes les plus visibles. De telles \u201clois\u201d condamnent aussi les hommes \u00e0 ne m\u00eame plus pouvoir \u00ab\u00a0vivre de leur travail\u00a0\u00bb, les privant de leur dignit\u00e9, des conditions d\u2019une vie proprement humaine (4).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u201clois\u201d\u00a0 de la science des \u00e9conomistes, se r\u00e9sument ainsi \u00e0 ce que Vidal nomme \u00ab\u00a0<em>les lois g\u00e9n\u00e9rales du d\u00e9sordre et de l&rsquo;anarchie<\/em>\u00a0\u00bb. Leur science se r\u00e9sume \u00e0 la devise : <em>il faut laisser faire<\/em> les m\u00e9canismes involontaires [ce que l\u2019on nommerait aujourd\u2019hui \u201cle march\u00e9\u201d\u00a0]. Ainsi con\u00e7ue, cette \u201cscience\u201d n\u2019a nul moyen d\u2019orienter le cours de l&rsquo;\u00e9conomie, d\u2019\u00e9tablir un \u00ab\u00a0<em>\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>proportionner les moyens au but<\/em>\u00a0\u00bb. La concurrence rend tout \u00e9quilibre impossible entre production et consommation, elle d\u00e9cuple l&rsquo;anarchie g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La \u201cscience\u201d des \u00e9conomistes ne fait qu\u2019\u00e9riger les int\u00e9r\u00eats individuels (priv\u00e9s), et la concurrence qu&rsquo;ils engendrent, comme \u00ab\u00a0r\u00e9gulateur supr\u00eame de toutes choses\u00a0\u00bb. Or ce libre mouvement des int\u00e9r\u00eats n\u2019est que la \u00ab\u00a0<em>lutte acharn\u00e9e de tous les int\u00e9r\u00eats<\/em>\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0<em>concurrence impitoyable<\/em>\u00a0\u00bb, qui conduisent au \u00ab\u00a0<em>d\u00e9sordre absolu<\/em>\u00a0\u00bb, d\u00e9truisant les fondements de la soci\u00e9t\u00e9, en tant que forme d&rsquo;association entre les hommes.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[&#8230;] Dans chacun de nos semblables, au lieu de voir un membre de la soci\u00e9t\u00e9, un associ\u00e9, nous ne voyons plus qu&rsquo;un concurrent ou un ennemi, un consommateur auquel il faut vendre le plus cher possible, un producteur auquel il ne faut acheter qu&rsquo;au rabais, et dans tous les cas un adversaire auquel il faut absolument dicter la loi pour ne pas \u00eatre forc\u00e9 de la subir, [toute la vie] n&rsquo;est autre chose qu&rsquo;un d\u00e9bat continu d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, une lutte continue, une guerre incessante, o\u00f9 toutes les mauvaises passions sont perp\u00e9tuellement mises en jeu et surexcit\u00e9es, o\u00f9 chacun est contraint de combattre sans piti\u00e9 [&#8230;] pour son existence m\u00eame et pour l&rsquo;existence de ses enfants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La concurrence rend tout \u00e9quilibre impossible entre la production et la consommation ; la concurrence qu\u2019on appelle faussement la libert\u00e9 et qu\u2019on invoque au profit des producteurs, d\u00e9pr\u00e9cie les profits et les salaires de toutes les industries, de toute esp\u00e8ce de travail ; elle ne peut \u00eatre avantageuse en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019\u00e0 ceux qui ne contribuent en rien \u00e0 la production.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Opposition de principe entre deux conceptions de la science \u00e9conomique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Fran\u00e7ois Vidal, comme il en \u00e9tait le cas pour Sismondi, et plus tard pour Adolphe Blanqui, la science \u00e9conomique ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme simple science d\u2019observation et de syst\u00e9matisation du mouvement involontaire de pr\u00e9tendues \u201clois naturelles\u201d de l\u2019\u00e9conomie. L\u2019\u00e9conomie pour lui est une science proprement humaine, elle ne rel\u00e8ve pas des \u00ab\u00a0sciences naturelles\u00a0\u00bb, ni d\u2019un mouvement involontaire, non soumis au principes et finalit\u00e9s qui gouvernent le monde humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au XVIIIe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, les plans physiques et \u201cmoraux\u201d qui se combinent dans l&rsquo;\u00eatre humain, et les sciences qui leur correspondaient, se trouvaient pos\u00e9s tout \u00e0 la fois dans leur sp\u00e9cificit\u00e9 et dans leurs relations. On distinguait, en fonction de ce m\u00eame principe, les sp\u00e9cificit\u00e9s et les rapports entre <em>sciences naturelles<\/em> (la science physique par exemple, en tant que soumise \u00e0 des lois, ind\u00e9pendantes de la volont\u00e9 humaine), et, les <em>sciences morales et politiques<\/em>, celles qui, sans exclure toute d\u00e9termination ext\u00e9rieure, concernaient les finalit\u00e9s, la pratique humaine (pens\u00e9e, volont\u00e9, action consciemment orient\u00e9e).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, cette distinction et ces sp\u00e9cificit\u00e9s tendront \u00e0 ne plus \u00eatre clairement pos\u00e9es dans les disciplines des sciences humaines et\/ou sociales. Ainsi, la plupart des \u00e9conomistes vont s\u2019efforcer de \u201cnaturaliser\u201d les lois de l\u2019\u00e9conomie, consid\u00e9rant que la \u201cscience\u201d de l\u2019\u00e9conomie ne se construit pas sur le mod\u00e8le des \u00ab\u00a0sciences morales et politiques\u00a0\u00bb (sciences proprement \u201chumaines\u201d), mais sur celui des \u201csciences de la nature\u201d, tenues d\u2019appliquer les m\u00eames principes et m\u00e9thodes que les sciences physiques, avec des \u201clois\u201d n\u00e9cessaires, ind\u00e9pendantes des r\u00e9gimes sociaux, presque ext\u00e9rieures \u00e0 la pratique humaine, et sur lesquelles les hommes ne peuvent avoir beaucoup de prise, si ce n\u2019est \u00e0 la marge.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Fran\u00e7ois Vidal, comme pour beaucoup de th\u00e9oriciens de l\u2019\u00e9conomie politique classique, l&rsquo;\u00e9conomie \u00e9tait con\u00e7ue comme la science des richesses socialement utiles, c\u2019est-\u00e0-dire celles qui se rapportent aux besoins des hommes r\u00e9unis en soci\u00e9t\u00e9s. M\u00eame si l\u2019on pouvait et l\u2019on devait y reconna\u00eetre l\u2019existence de \u201clois\u201d, la science de l\u2019\u00e9conomie, au sens d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9conomie politique\u00a0\u00bb, ne pouvait se concevoir de la m\u00eame fa\u00e7on que les sciences physiques. L\u2019\u00e9conomie politique \u00e9tait selon eux une science humaine d\u2019un type particulier, non s\u00e9par\u00e9e des finalit\u00e9s que s\u2019assignent les hommes r\u00e9unis en soci\u00e9t\u00e9, des principes moraux et de justice, de la poursuite d\u2019un bien commun (questions qui d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre se rapportent \u00e0 la morale, prise dans son sens le plus g\u00e9n\u00e9ral, la morale publique). Ce que souligne Fran\u00e7ois Vidal\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;erreur capitale des \u00e9conomistes, l&rsquo;erreur m\u00e8re et g\u00e9n\u00e9ratrice de toutes leurs erreurs [est] de toujours confondre l&rsquo;\u00e9conomie, science morale avant tout avec les sciences physiques.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au contraire, pour les \u00e9conomistes lib\u00e9raux de l\u2019\u00e9poque (et c\u2019est encore la cas aujourd\u2019hui), l&rsquo;\u00e9conomie se trouvait pos\u00e9e comme une science <em>\u00e0 part<\/em>, qu\u2019on doit par cons\u00e9quent \u201c<em>s\u00e9parer<\/em>\u201d de tout ce qui touche aux lois qui r\u00e9gissent le monde proprement humain, le droit naturel, la morale, la politique. Pour ces \u00e9conomistes, l\u2019\u00e9conomie certes demeurait bien une science de la richesse, mais de la richesse selon les finalit\u00e9s et lois qui r\u00e8glent la production et l\u2019\u00e9change dans leur forme marchande capitaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsque Vidal critique en 1846 ces \u00e9conomistes, ceux-ci consid\u00e8rent en effet que leur science est \u00ab\u00a0de pure observation\u00a0\u00bb, comme les sciences naturelles, qu\u2019il s\u2019agit de se contenter d\u2019observer les \u201clois\u201d de l\u2019\u00e9conomie qui s\u2019imposent \u00e0 leur \u00e9poque, les laisser \u00e0 leur mouvement involontaire, comme si ce mouvement relevait d\u2019une loi intemporelle de la nature. Ils ne se pr\u00e9occupent pas, comme le faisait Sismondi, et comme le fera plus tard Marx, de faire \u00e9tat du caract\u00e8re historiquement d\u00e9termin\u00e9 (non \u00e9ternel) de la domination de ces \u201clois\u201d et des contradictions structurelles qui leur sont propres, \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la base de l\u2019\u00e9conomie marchande capitaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La science \u00e9conomique lib\u00e9rale, qui ne fait que refl\u00e9ter en id\u00e9e les \u201clois\u201d du capitalisme, se r\u00e9v\u00e8le ainsi incapable de comprendre la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019organiser l\u2019\u00e9conomie sur une autre base et en fonction d\u2019autres finalit\u00e9s. En outre, elle ne peut pas d\u00e9velopper une v\u00e9ritable connaissance de ce qui sous-tend ces \u201clois\u201d, la connaissance de ce qui, fondamentalement, d\u00e9termine leurs effets destructeurs (notamment les crises capitalistes). (2)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Vidal, cette incapacit\u00e9 des \u00e9conomistes lib\u00e9raux \u00e0 analyser le mouvement r\u00e9el de l\u2019\u00e9conomie tient pour une part \u00e0 ce qu\u2019ils confondent les lois du monde physique et les lois \u00e9tablies par les hommes, et \u00e0 ce que cela implique du point de vue de la m\u00e9thode, identifi\u00e9e \u00e0 celle qui s\u2019applique dans les sciences physiques, ceci alors que \u00ab\u00a0<em>le monde moral diff\u00e8re essentiellement du monde physique<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Certes indique-t-il, comme l\u2019avait fait Necker avant lui, il existe des lois dans le monde physique comme dans le monde humain, mais\u00a0ces lois ne peuvent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es avec les m\u00eames crit\u00e8res.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">le mot loi a deux acceptions diff\u00e9rentes [&#8230;] il signifie tant\u00f4t les rapports n\u00e9cessaires qui d\u00e9rivent de la nature des choses [&#8230;] il d\u00e9signe alors particuli\u00e8rement les lois du monde physique et les lois naturelles\u00a0; et tant\u00f4t les r\u00e8gles \u00e9tablies par les hommes pour le gouvernement de leurs soci\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si toutes les lois \u00e9taient de m\u00eame principe que celles qui gouvernent la nature et le monde physique, les lois qui r\u00e9gissent le monde humain n&rsquo;auraient pas plus boug\u00e9 que la loi de la gravitation [sur la terre]. Il n&rsquo;y aurait aucune diff\u00e9rence entre les soci\u00e9t\u00e9s du pass\u00e9 et celles d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Vidal, il faut ainsi distinguer entre :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">les lois n\u00e9cessaires, g\u00e9n\u00e9rales, immuables, que nous ne pouvons modifier [&#8230;] et des faits contingents sur lesquels nous pouvons exercer une influence imm\u00e9diate et d\u00e9cisive\u00a0\u00bb [ce que l&rsquo;on pourrait nommer des] \u00ab\u00a0lois particuli\u00e8res, <em>que nous pouvons changer \u00e0 notre gr\u00e9, puisque ce sont des institutions humaines<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Or, les \u00e9conomistes lib\u00e9raux font comme si les lois actuelles de l&rsquo;\u00e9conomie [le salariat, la libre concurrence] \u00e9taient des lois naturelles sur lesquelles nous ne pourrions d&rsquo;aucune fa\u00e7on agir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Deux conceptions de la finalit\u00e9 de l\u2019\u00e9conomie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Vidal l\u2019\u00e9conomie, ou \u00e9conomie politique, doit d\u2019abord se poser comme \u00ab\u00a0science de l&rsquo;utile\u00a0\u00bb, de ce qui est socialement utile aux hommes. Elle doit en premier lieu \u00e9tudier les <em>besoins<\/em> <em>physiques<\/em> des hommes, chercher<em> les moyens d&rsquo;en assurer la compl\u00e8te satisfaction<\/em>, conform\u00e9ment aux \u00ab\u00a0<em>principes de l&rsquo;utilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et de la justice distributive<\/em>\u00a0\u00bb. Il d\u00e9finit par l\u00e0 les principes de base d\u2019une \u00e9conomie socialiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Centr\u00e9e sur les besoins physiques des hommes, l&rsquo;\u00e9conomie ainsi con\u00e7ue ne nie pas leurs besoins moraux et intellectuels. Il s\u2019agit seulement de consid\u00e9rer que la satisfaction des besoins physiques est la condition n\u00e9cessaire de tout d\u00e9veloppement intellectuel et moral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La satisfaction des besoins humains et sociaux est le but, la production, l&rsquo;\u00e9change et la r\u00e9partition sont les moyens. Ainsi, la science de l\u2019\u00e9conomie selon Vidal est, ou devrait \u00eatre, science du d\u00e9veloppement des richesses utiles, en vue de satisfaire les besoins sociaux. Cela implique bien entendu une transformation du fondement \u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9, transformation que la science des \u00e9conomistes lib\u00e9raux ne peut envisager. Pour eux, il s\u2019agit seulement de d\u00e9crire les lois \u00e9conomiques du r\u00e9gime existant. Celui-ci a pour objet premier non pas la satisfaction des besoins humains et l&rsquo;utilit\u00e9 sociale, mais la production de valeurs en vue de l\u2019\u00e9change pour des profits priv\u00e9s. Le principe de \u201cr\u00e9gulation\u201d par le <em>laisser faire<\/em>, la concurrence, se pr\u00e9sente comme intangible, immanent. Comment pourraient-ils sur cette base envisager une juste r\u00e9partition des richesses produites par le travail humain\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Du point de vue des sciences <em>de l&rsquo;homme<\/em>, comme des sciences des soci\u00e9t\u00e9s humaines, la science des \u00e9conomistes lib\u00e9raux est ainsi pour Vidal, une\u00a0 \u00ab\u00a0<em>science sans objet et sans but<\/em>\u00a0\u00bb. La mani\u00e8re de concevoir la science de l\u2019\u00e9conomie, comme une science de l&rsquo;homme et pour les hommes, et non comme science physique, vaut au contraire comme condamnation d\u2019un r\u00e9gime social tel que le capitalisme, qui visant d\u2019abord \u00ab\u00a0le gain\u00a0\u00bb, ne permet pas que les hommes d\u00e9veloppent par leur travail des richesses capables de satisfaire leurs besoins et ceux de la soci\u00e9t\u00e9 (3).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Contre l\u2019anarchie de la vie \u00e9conomique, l\u2019organisation sociale de la production <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans tous les modes de production, les moyens pour satisfaire les besoins physiques des hommes sont appel\u00e9s richesses. Il existe, dit Vidal, des richesses naturelles (gratuites), qui n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es par le travail des hommes (l&rsquo;air que l&rsquo;on respire par exemple), mais la plupart des richesses ont \u00e9t\u00e9 produites par le travail humain. La source principales de la richesse est donc le travail et l&rsquo;industrie des hommes : le travail de la terre, de l&rsquo;industrie, au moyen des instruments de production (qui eux aussi sont un produit de l&rsquo;industrie humaine.). Comme l\u2019avaient \u00e9tabli les grands th\u00e9oriciens de l\u2019\u00e9conomie avant lui, Fran\u00e7ois Vidal pose\u00a0que \u00ab\u00a0<em>le travail devient directement ou indirectement la source de toute richesse<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les richesses sont destin\u00e9es \u00e0 satisfaire en premier lieu des besoins physiques des hommes. Une partie des richesses produites est ainsi consomm\u00e9e directement, elle peut aussi \u00eatre utilis\u00e9e comme moyens pour produire de nouvelles richesses et renouveler et \u00e9tendre la production.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut donc qu&rsquo;il y ait une production incessante pour renouveler constamment la provision de richesses consommables (agriculture, industrie).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une r\u00e9partition \u00e9quitable suppose que les travailleurs puissent consommer les richesses qu\u2019ils ont produites : que chacun puisse \u00e9changer les produits de son travail contre les fruits d&rsquo;un autre travail, tout en r\u00e9servant une part pour la production de richesses futures et pour les besoins sociaux g\u00e9n\u00e9raux. Il faut donc \u00ab\u00a0<em>proportionner la production aux besoins g\u00e9n\u00e9raux<\/em>\u00a0\u00bb, trouver un principe d&rsquo;\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral entre production et consommation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on ne subordonnait plus l\u2019\u00e9conomie aux \u201clois\u201d qui livrent la production au libre jeu de la concurrence et des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s en lutte, un \u00e9quilibre pourrait \u00eatre \u00e9tabli entre production et consommation, la soci\u00e9t\u00e9 ne se trouverait plus p\u00e9riodiquement soumise aux crises. Un tel \u00e9quilibre toutefois ne peut r\u00e9sulter du <em>laisser faire<\/em>, du mouvement involontaire des \u201clois\u201d de l\u2019\u00e9conomie lib\u00e9rale.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est \u00e9vident que cet \u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral ne saurait s&rsquo;\u00e9tablir de lui-m\u00eame et par la seule force des choses.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">D\u2019o\u00f9 la \u00ab\u00a0<em>n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une organisation et d&rsquo;une direction<\/em>\u00a0\u00bb de l&rsquo;ensemble de la production sociale, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;une organisation et d&rsquo;une direction de l&rsquo;\u00e9conomie par la politique dans une soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e (ce que devrait \u00eatre une v\u00e9ritable <em>\u00e9conomie politique<\/em>). En posant la n\u00e9cessit\u00e9 de subordonner l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie \u00e0 une finalit\u00e9 sociale, c\u2019est-\u00e0-dire de transformer ce qu\u2019il nomme \u201c<em>le mode de production<\/em>\u201d, Fran\u00e7ois Vidal montre comment les contradictions destructrices du capitalisme peuvent \u00eatre surmont\u00e9es. Son souci de positionner l\u2019\u00e9conomie dans le champ d\u2019une \u00ab\u00a0science humaine\u00a0\u00bb des besoins sociaux d\u00e9bouche ainsi sur la n\u00e9cessit\u00e9 de transformer la base \u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9, d\u2019instaurer <em>un autre mode de production<\/em>, un r\u00e9gime vraiment <em>social<\/em> (socialiste) de production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0On ne peut violer les lois g\u00e9n\u00e9rales de l\u2019\u00e9conomie\u00a0\u00bb, mais \u00ab\u00a0on peut changer le mode de production\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Ne pas violer les lois g\u00e9n\u00e9rales de l\u2019\u00e9conomie des soci\u00e9t\u00e9s, mais changer de mode de production <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fran\u00e7ois Vidal ne conteste pas le fait qu\u2019il existe dans toutes les formations humaines des lois tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales de l&rsquo;\u00e9conomie qu\u2019il n\u2019est pas possible de violer. Celles-ci s&rsquo;imposaient dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 comme elles s&rsquo;imposent aujourd&rsquo;hui. On ne peut violer ces lois g\u00e9n\u00e9rales, dit-il, mais les \u00eatres humains peuvent instituer des lois particuli\u00e8res afin de changer le \u00ab\u00a0<em>mode de production<\/em>\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelles sont les lois g\u00e9n\u00e9rales de l&rsquo;\u00e9conomie que l&rsquo;on ne peut violer ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne peut pas consommer, r\u00e9partir, distribuer des richesses si celles-ci n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 produites\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne peut consommer sans moyens de consommation, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans production pr\u00e9alable.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est pourquoi il faut sans cesse renouveler la production, de fa\u00e7on simple ou \u00e9largie, car\u00a0: \u00ab\u00a0on ne peut consommer sans an\u00e9antir les richesses produites\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on ne peut contourner ces lois g\u00e9n\u00e9rales de la production, on peut modifier ce qui rel\u00e8ve des institutions humaines\u00a0: le r\u00e9gime \u00e9conomique, le mode de production et de r\u00e9partition.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous ne pouvons pas plus [que ne le pouvaient les Romains], produire [et reproduire] sans fonds de terre, sans capitaux, sans travail\u00a0; mais ce que nous pouvons tr\u00e8s bien modifier et ce que nous avons modifi\u00e9, ce sont les institutions humaines, c&rsquo;est le mode de production et le mode de r\u00e9partition, c&rsquo;est l&rsquo;organisation du travail, c&rsquo;est enfin tout le syst\u00e8me \u00e9conomique.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">En quoi consiste le changement \u00e0 op\u00e9rer dans le \u00ab\u00a0mode de production\u00a0\u00bb ?<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Concluons de tout ceci que, si l&rsquo;homme ne peut faire que la production ne soit pas la production, la consommation la consommation, il peut du moins, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une combinaison mieux entendue des forces et des activit\u00e9s augmenter le richesse g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci, en fonction d&rsquo;un but d&rsquo;utilit\u00e9 sociale et non de profit priv\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">En se conformant aux lois de la physique et de la m\u00e9canique, un m\u00e9canicien peut construire une machine tout \u00e0 fait diff\u00e9rente des machines connues. En se conformant aux lois g\u00e9n\u00e9rales de l&rsquo;\u00e9conomie, on peut de m\u00eame combiner [les \u00e9l\u00e9ments pour un autre r\u00e9gime \u00e9conomique]. Mais suffirait-il au m\u00e9canicien, pour inventer sa machine, d\u2019observer, de recueillir des faits, puis de laisser faire les forces naturelles\u00a0? Eh\u00a0! non, sans doute\u00a0: il faut encore qu\u2019il trouve le moyen d\u2019utiliser ces forces, qu\u2019il invente sa machine. \u2014 Il ne peut dira-t-on, aller contre les lois de l\u2019\u00e9lasticit\u00e9, de la pesanteur, de la dilatation, etc. \u2014 d\u2019accord\u00a0; mais il s\u2019agit de tirer parti de ces lois, et non de les violer\u00a0; et c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment en cela que consiste l\u2019art du m\u00e9canicien.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est qu\u2019en changeant de mode de production des richesses qu\u2019on peut changer le mode de r\u00e9partition, selon un principe \u00e9quitable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Fonder l\u2019organisation sociale de la production sur le principe d\u2019association des travailleurs<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour en finir avec l\u2019anarchie du r\u00e9gime \u00e9conomique et ses effets d\u00e9vastateurs, le probl\u00e8me ne peut \u00eatre r\u00e9solu qu\u2019en transformant \u00e0 la base ce r\u00e9gime \u00e9conomique de production, fond\u00e9 sur le laisser faire et la libre concurrence entre des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s qui ne peuvent \u00eatre spontan\u00e9ment \u201cconvergents\u201d, et ne sont donc pas susceptibles de concourir \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Loin de consid\u00e9rer les int\u00e9r\u00eats individuels comme des rayons, qui de tous les points de la circonf\u00e9rence, convergent n\u00e9cessairement vers un centre unique \u2013 l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, nous croyons, nous, au contraire, que tant qu\u2019on n\u2019aura pas cr\u00e9\u00e9 d\u2019abord ce centre, ce foyer, c\u2019est-\u00e0-dire tant qu\u2019on n\u2019aura pas r\u00e9alis\u00e9 la solidarit\u00e9, <em>chacun de ces int\u00e9r\u00eats se fera centre lui-m\u00eame<\/em>, et que tous rayonneront au hasard, se heurteront, se briseront les uns les autres. S\u2019en remettre aujourd\u2019hui, pour l\u2019harmonie sociale, au libre essor des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, des int\u00e9r\u00eats divergents, comme font les \u00e9conomistes de l\u2019\u00e9cole lib\u00e9rale, et supposer que l\u2019accord r\u00e9sultera de la libert\u00e9 de la lutte et de l\u2019exc\u00e8s de d\u00e9sordre, \u00e0 notre sens, c\u2019est compl\u00e8tement ridicule.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut dit Vidal, et l\u00e0 r\u00e9side toute la difficult\u00e9 trouver le moyen de rendre les int\u00e9r\u00eats convergents, \u00ab\u00a0trouver un moyen de rendre tous les int\u00e9r\u00eats solidaires, <em>d\u2019associer<\/em> les hommes\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u00e0 \u00ab\u00a0le probl\u00e8me fondamental de l\u2019\u00e9conomie politique.\u00a0\u00bb<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faudrait d\u2019abord que tous ces int\u00e9r\u00eats fussent convergents ; mais alors m\u00eame qu\u2019ils auraient \u00e9t\u00e9 rendus solidaires et que chacun viendrait aboutir au m\u00eame centre [l\u2019int\u00e9r\u00eat collectif], nous croyons qu\u2019il faudrait encore diriger toutes les activit\u00e9s et toutes les intelligences, <em>organiser l\u2019unit\u00e9 d\u2019action<\/em>, combiner toutes les forces, au lieu de s\u2019en remettre au hasard, \u00e0 l\u2019ignorance, au caprice des fantaisies individuelles, etc.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est qu\u2019en organisant sur le principe de l\u2019association l\u2019ensemble de la vie \u00e9conomique, production, \u00e9change, r\u00e9partition des richesses, qu\u2019un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral peut \u00eatre effectivement vis\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[L&rsquo;homme] peut, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un syst\u00e8me d&rsquo;organisation et d&rsquo;association, proportionner les produits aux besoins, et faire participer tout homme aux richesses produites\u00a0: il n&rsquo;y a rien d&rsquo;impossible. Les travailleurs ont \u00e9t\u00e9 esclaves, serfs, apprentis, compagnons, salari\u00e9s\u00a0; ils pourraient bien devenir un jour associ\u00e9s. L&rsquo;industrie [&#8230;] aujourd&rsquo;hui en pleine anarchie ; [sur la base de l\u2019association] pourrait bien \u00eatre un jour organis\u00e9e.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019organisation sociale de la production contre l\u2019anarchie de la libre lutte de tous contre tous ne contredit pas le principe de libert\u00e9, il donne tout au contraire les conditions d\u2019une \u00e9gale libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Et nous aussi nous voulons la libert\u00e9, la libert\u00e9 pour tous\u00a0! pour les faibles comme pour les forts ; mais nous ne prenons pas le mot pour la chose. Nous voulons une libert\u00e9 r\u00e9elle, stable, permanente, et non pas une libert\u00e9 purement nominale ; et nous disons qu\u2019aujourd\u2019hui cette v\u00e9ritable libert\u00e9 n\u2019existe pas pour tous, qu\u2019elle ne peut exister qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019\u00eatre efficacement garantie, plac\u00e9e hors de toute atteinte. C\u2019est donc au nom de la libert\u00e9 que nous invoquons l\u2019organisation.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Changer le mode de production et le mode du pouvoir. Instaurer un \u00ab\u00a0pouvoir social\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pr\u00e9servant l\u2019\u00e9gale libert\u00e9 pour tous, la transformation de l\u2019\u00e9conomie (mode de production et r\u00e9partition) sur un principe d\u2019association sociale suppose toutefois l\u2019imposition d\u2019un <em>pouvoir social<\/em> qui en assure la p\u00e9rennit\u00e9. Il est du devoir du pouvoir politique de d\u00e9fendre les plus faibles que les puissants sont toujours \u00e0 m\u00eame de broyer. Le pouvoir n\u2019est pas aboli, il s\u2019agit d\u2019en transformer la nature, le mettre au service des plus faibles, du peuple.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pouvoir a pu \u00eatre jusqu\u2019ici un instrument de tyrannie\u00a0: il s\u2019agit aujourd\u2019hui de tirer parti de cet instrument au profit de la libert\u00e9, de faire un moyen de civilisation de cette autorit\u00e9 m\u00eame, qui, dans le pass\u00e9, a presque toujours \u00e9t\u00e9 un obstacle au progr\u00e8s des id\u00e9es et \u00e0 l\u2019affranchissement des nations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Oui nous pensons qu\u2019il faut organiser toute chose, m\u00eame la libert\u00e9, surtout la libert\u00e9\u00a0: parce que <em>rien ne va de soi-m\u00eame<\/em> d\u2019abord, parce que, dans l\u2019ordre \u00e9conomique pas plus que dans l\u2019ordre politique, il ne peut y avoir de libert\u00e9 r\u00e9elle, de libert\u00e9 pour tous, sans organisation, sans un <em>pouvoir social<\/em> partout et toujours pr\u00eat \u00e0 assurer \u00e0 chacun l\u2019exercice et la jouissance de ses droits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame que l\u2019organisation civile et politique peut seule garantir la libert\u00e9 civile et politique de tous et de chacun, de m\u00eame il ne peut y avoir de libert\u00e9 r\u00e9elle du travail qu\u2019\u00e0 la condition d\u2019une organisation quelconque du travail ou de l\u2019industrie. Et l\u2019organisation suppose une direction sup\u00e9rieure [\u2026] Il faut organiser le plus possible, c\u2019est-\u00e0-dire le mieux possible, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous et de chacun, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ordre et de la libert\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fran\u00e7ois Vidal combat sur un double front. Il lui paraissait indispensable de transformer tout \u00e0 la fois la base \u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9 et le contenu du pouvoir politique, ce qui revenait \u00e0 faire pr\u00e9valoir l\u2019int\u00e9r\u00eat commun, celui-ci, comme le concevait Rousseau, ne pouvant \u00eatre pos\u00e9 et d\u00e9fendu que par le peuple, le peuple organis\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">[Il s\u2019agit de] r\u00e9habiliter l\u2019id\u00e9e du pouvoir, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat du peuple, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019ordre et de la libert\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Fran\u00e7ois Vidal ne pr\u00e9sente pas ce nouveau mode, <em>social<\/em>, d\u2019organisation de la production et du pouvoir, comme une solution magique, de mise en place simpliste. Il se pr\u00e9occupe de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019envisager des phases transitoires successives, les conditions form\u00e9es dans une \u00e9tape rendant possibles les conditions d\u2019une \u00e9tape sup\u00e9rieure. Il tient aussi pleinement compte des int\u00e9r\u00eats sp\u00e9cifiques des diff\u00e9rentes classes et cat\u00e9gories sociales, de leurs possibilit\u00e9s objectives \u00e0 se trouver ou non int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 la transformation de l\u2019organisation sociale d\u2019ensemble. Vidal n\u2019est pas d\u2019ailleurs oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration de la condition des travailleurs dans le cadre du capitalisme, il en montre seulement les limites, le fait que les r\u00e9formes qui s\u2019effectuent dans ce cadre peuvent toujours \u00eatre remises en cause, et qu\u2019elles ne r\u00e9solvent pas les causes de \u00ab\u00a0l\u2019anarchie de la production\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l&rsquo;on admet que l\u2019art politique s&rsquo;applique aux hommes et non \u00e0 la mati\u00e8re inerte, force est de constater que des int\u00e9r\u00eats humains particuliers (de classe) sont en jeu et qu\u2019ils ne visent pas tous \u00e0 op\u00e9rer un changement dans \u00ab\u00a0le mode de production\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0mode de pouvoir\u00a0\u00bb. Vidal per\u00e7oit que le changement du \u00ab\u00a0<em>mode de production et de r\u00e9partition<\/em>\u00a0\u00bb ne peut se r\u00e9aliser sans que ceux qui produisent les richesses sociales ne s\u2019associent pour le faire advenir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Parmi les innombrables cat\u00e9gories d\u2019int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s pr\u00e9sents dans la soci\u00e9t\u00e9, il n\u2019ignore pas non plus que certaines classes se r\u00e9v\u00e8leront sourdes et hostiles \u00e0 cette transformation de l\u2019organisation sociale. Il \u00e9bauchera en 1848, dans un deuxi\u00e8me livre, <em>Le droit au travail. Projets, voies et moyens de r\u00e9forme sociale<\/em>, de possibles voies de passage pour que les cat\u00e9gories sociales subalternes entr\u00e9es dans la voie du capitalisme (paysans, artisans, petits entrepreneurs), trouvent int\u00e9r\u00eat \u00e0 se tourner vers le projet social (socialiste) qui r\u00e9pond \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats \u00e0 moyen terme, en les d\u00e9livrant des effets de la concurrence, des crises de surproduction, de l\u2019incertitude du lendemain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien qu\u2019il ne con\u00e7oive pas clairement comment les travailleurs associ\u00e9s pourraient dans ce but prendre en main la direction de la soci\u00e9t\u00e9, il d\u00e9veloppe, avant Marx et les marxistes, les principes d\u2019une \u00e9conomie socialiste et l&rsquo;id\u00e9e d\u2019une organisation sociale d\u2019ensemble de la production (planification) capable de satisfaire les besoins sociaux, pos\u00e9s en tant que finalit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">F.E.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>NOTES<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1) Fran\u00e7ois Vidal, <em>De la r\u00e9partition des richesses ou de la justice distributive en \u00e9conomie sociale<\/em>, 1846, r\u00e9\u00e9dition <em>Cahiers pour l\u2019analyse concr\u00e8te<\/em>, n\u00b0 70-71, Uz\u00e8s, \u00e9ditions Inclinaison, 2012. Fran\u00e7ois Vidal, <em>Vivre en travaillant, projet, voies et moyens de r\u00e9formes sociales<\/em>, 1848, r\u00e9\u00e9dition Centre de sociologie historique, 1997.<br \/>\n(2) A l\u2019occasion de la survenue d\u2019une nouvelle crise g\u00e9n\u00e9rale du r\u00e9gime capitaliste, telle qu\u2019elle s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e depuis 2008 \u2014 du m\u00eame type que celle de 1929 \u2014, on a pu constater, une nouvelle fois, que la science des \u201c\u00e9conomistes\u201d \u00e9tait incapable d\u2019en saisir la nature, les causes et le d\u00e9veloppement.<br \/>\n(3) L\u2019humanit\u00e9 connaissait des crises dues \u00e0 l\u2019insuffisance de la production. Le capitalisme, lui, cr\u00e9e cette absurdit\u00e9, la crise due \u00e0 la \u201csurproduction\u201d, la surabondance de produits. La crise g\u00e9n\u00e9rale du capitalisme qui se donne \u00e0 voir \u00e0 partir de 2008 n\u2019est qu\u2019une nouvelle manifestation, \u00e0 une \u00e9chelle toujours plus large, de cette absurdit\u00e9.<br \/>\nUne premi\u00e8re grande crise moderne de surproduction se manifeste au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle, prenant son point de d\u00e9part dans le pays capitaliste alors le plus d\u00e9velopp\u00e9, l\u2019Angleterre. Cette crise met \u00e0 mal l\u2019id\u00e9ologie d\u2019une harmonie pr\u00e9-\u00e9tablie du mode marchand capitaliste et la th\u00e9orie lib\u00e9rale du <em>laisser faire laisser passer<\/em>. A la suite de cette premi\u00e8re crise de type moderne, encore li\u00e9e \u00e0 des crises de type ancien, le syst\u00e8me capitaliste, va se trouver plong\u00e9 au rythme des d\u00e9cennies dans de nouvelles crises de \u201csurproduction\u201d, plus ou moins profondes. Parmi les plus g\u00e9n\u00e9rales, on peut citer celles qui surviennent au cours des ann\u00e9es 1847-48, en 1870, en 1898, en 1905-1908. Des th\u00e9oriciens du socialisme, mais aussi des \u00e9conomistes qui n\u2019adh\u00e8rent pas \u00e0 cette perspective, mettent tr\u00e8s t\u00f4t en \u00e9vidence leur caract\u00e8re cyclique, qu\u2019ils posent en relation plus ou moins \u00e9troite avec la \u201clogique\u201d capitaliste. En 1848-49, l\u2019\u00e9conomiste Adolphe Blanqui, fr\u00e8re d\u2019Auguste, et non socialiste,\u00a0 \u00e9crit :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u200aD\u00e9j\u00e0 l\u2019Europe s\u2019\u00e9tait accoutum\u00e9e \u00e0 assister tous les cinq ans, sur un point ou sur un autre, \u00e0 des liquidations d\u00e9sastreuses qui d\u00e9truisent des capitaux p\u00e9niblement accumul\u00e9s, et qui infligeaient aux \u00e9carts de la production des ch\u00e2timents p\u00e9riodiques [\u2026] L\u2019app\u00e2t trompeur [de] b\u00e9n\u00e9fice a fait cro\u00eetre sans cesse le nombre des usines qui se nuisent par leur concurrence m\u00eame, et qui, plus tard demandaient au salaire [aux ouvriers] les sacrifices devenus n\u00e9cessaires pour assurer quelque profit au capital. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but du xxe\u00a0si\u00e8cle, le capitalisme en est arriv\u00e9, comme l\u2019indique L\u00e9nine, \u00e0 son \u201cstade ultime\u201d de d\u00e9veloppement, l\u2019imp\u00e9rialisme, stade au cours duquel les antagonismes qui minent ce r\u00e9gime de production sont exacerb\u00e9s. [Voir la notion <em>Imp\u00e9rialisme<\/em>.] Les crises vont devenir plus importantes et plus larges, affectant progressivement l\u2019ensemble du monde. La crise de 1929 donne une id\u00e9e de la gravit\u00e9 de ces grandes crises. Aux \u00c9tats-Unis, la production d\u2019acier retombe au niveau de 1909, celle du charbon baisse de 80%. Dans l\u2019industrie de transformation, l\u2019emploi ouvrier diminue de pr\u00e8s de 40%, deux millions de fermiers se retrouvent ruin\u00e9s, leurs fermes vendues pour dettes. Le ch\u00f4mage est alors terrible. En Grande-Bretagne, 72 hauts fourneaux sont d\u00e9truits, la production de fonte descend au niveau de 1857\u00a0! En Allemagne, la production industrielle diminue de 40% faisant 6 millions de ch\u00f4meurs. Au Br\u00e9sil, 22 millions de sacs de caf\u00e9 sont br\u00fbl\u00e9s dans les locomotives. En France, les effets de la crise s\u2019imposent avec retard, mais elle ne peut y \u00e9chapper, entra\u00eenant le ch\u00f4mage, politique de d\u00e9flation et baisse des revenus. Les mesures de destruction de produits et de moyens de production, le d\u00e9veloppement d\u2019un ch\u00f4mage massif et d\u2019une exploitation renforc\u00e9e des travailleurs, ne font que pr\u00e9parer une crise plus forte, celle de 1936-1938. Lors de la derni\u00e8re manifestation de la crise g\u00e9n\u00e9rale du capitalisme de m\u00eame gravit\u00e9 que celle de 1929, certains sp\u00e9cialistes, incapables d\u2019en saisir les raisons profondes, se sont au d\u00e9but focalis\u00e9s sur sa vitrine boursi\u00e8re et financi\u00e8re (d\u00e9sordre imput\u00e9 au probl\u00e8me des \u201c<em>subprimes<\/em>\u201d). Ils ont pu aussi imputer aux seuls \u00c9tats-Unis la responsabilit\u00e9 (culpabilit\u00e9) de cette crise, plus tard \u00e0 la \u201cmondialisation\u201d, ou encore d\u00e9noncer \u201cl\u2019immoralit\u00e9\u201d du capital financier, etc. Ce qui, il faut en convenir, ne permet pas de saisir les d\u00e9terminations essentielles du mouvement anarchique du capital, qui est loin de se limiter au capital financier. Certains \u00e9conomistes, finalement assez rares, ont fait \u00e9tat des mouvements erratiques du capital dans la dur\u00e9e, de cycles altern\u00e9s d\u2019expansion et de r\u00e9gression, \u00ab\u00a0d\u2019encombrement des march\u00e9s\u00a0\u00bb,\u00a0 ou de probl\u00e8mes de la \u201cdemande\u201d, mais sans rendre compte du pourquoi de ces mouvements.<br \/>\n(3) Ces besoins eux-m\u00eames, indiquent Vidal, varient selon les temps, les circonstances, les phases de civilisation, le d\u00e9veloppement des forces de la production.<br \/>\n(4) \u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a ni dignit\u00e9, ni moralit\u00e9, ni ind\u00e9pendance, possibles, pour l&rsquo;homme qui n&rsquo;a pas d&rsquo;existence garantie, qui n&rsquo;est pas assur\u00e9 de pouvoir toujours gagner par son travail de quoi suffire aux besoins de la vie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">F.E.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fran\u00e7ois Vidal, fait partie d\u2019un ensemble de socialistes fran\u00e7ais non utopiques du premier XIXe si\u00e8cle. Il a particip\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volution de 1848, membre, avec Louis Blanc, Pecqueur et Albert de la Commission du Luxembourg, dont il assurait le secr\u00e9tariat. Deux ans auparavant Il avait d\u00e9velopp\u00e9 dans De la r\u00e9partition des richesses (1846), un projet [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[8],"tags":[259,258,20],"class_list":["post-568","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cours","tag-anarchie-de-la-production","tag-francois-vidal","tag-socialisme-francais"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/568","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=568"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/568\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":569,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/568\/revisions\/569"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=568"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=568"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=568"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}