{"id":527,"date":"2017-02-06T19:17:47","date_gmt":"2017-02-06T18:17:47","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=527"},"modified":"2017-02-06T19:17:47","modified_gmt":"2017-02-06T18:17:47","slug":"droit-au-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=527","title":{"rendered":"Droit au travail"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Contrairement \u00e0 ce que beaucoup de gens croient, la formulation d&rsquo;un \u00ab droit au travail \u00bb n&rsquo;est pas inscrite dans la Constitution. Par renvoi au pr\u00e9ambule de la constitution de 1946, il est seulement stipul\u00e9 que travailler est un devoir, et que chacun a le droit d&rsquo;obtenir un emploi : \u00ab Chacun a le devoir de travailler et le droit d&rsquo;obtenir un emploi. \u00bb<br \/>\nContrairement aux formulations de l&rsquo;article XVIII du projet de constitution de Robespierre (1), ce droit n&rsquo;implique aucune obligation pour la soci\u00e9t\u00e9. Il n&rsquo;y a pas de \u201cgarantie\u201d propos\u00e9e, comme c&rsquo;est le cas en mati\u00e8re d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des droits, de protection, d&rsquo;\u00e9gal acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;instruction, etc.<br \/>\nPourtant le \u00ab droit au travail \u00bb, qui n\u2019est pas inscrit dans un texte constitutionnel, est une tr\u00e8s ancienne revendication. Elle a constitu\u00e9 un objectif majeur au cours de la r\u00e9volution de 1848 en France, et il n&rsquo;est pas inutile de rappeler dans quel contexte cette revendication fut exprim\u00e9e, discut\u00e9e, et finalement rejet\u00e9e. Et, sans vouloir adopter un mode de raisonnement analogique, on peut sans doute, \u00e0 partir d&rsquo;une br\u00e8ve esquisse des faits et des enjeux de l&rsquo;\u00e9poque, appr\u00e9cier ce qui resurgit de notre dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle au c\u0153ur m\u00eame de l&rsquo;actuelle soci\u00e9t\u00e9, que d&rsquo;aucuns qualifient de \u201cpost-moderne\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Tenter de d\u00e9tourner le mouvement populaire en essor<\/strong><br \/>\nEn 1848, les ouvriers sont touch\u00e9s de plein fouet par la crise qui s\u00e9vit depuis les ann\u00e9es 1846-47. Cette crise, en partie de type moderne (\u00ab surproduction capitaliste\u201d) a touch\u00e9 tous les pays d&rsquo;Europe, elle s&rsquo;accompagne d&rsquo;un d\u00e9veloppement du capital sp\u00e9culatif et du marasme de la production. Les riches \u00ab resserrent leurs capitaux \u00bb dit-on alors. Le capital \u00ab ch\u00f4me \u00bb et les ouvriers doivent en cons\u00e9quence ch\u00f4mer eux aussi. Pour eux, les droits sociaux et politiques (droit d&rsquo;association, droit de gr\u00e8ve) sont \u00e0 peu pr\u00e8s inexistants, les entrepreneurs ont toute libert\u00e9 d&#8217;embaucher et de d\u00e9baucher, sans se plier \u00e0 la moindre r\u00e9glementation. Les conditions g\u00e9n\u00e9rales du travail se sont d\u00e9grad\u00e9es : augmentation de la dur\u00e9e et de l&rsquo;intensit\u00e9 du travail, compression des salaires, ins\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;emploi. Bref, c&rsquo;est un vrai r\u00e9gime \u201clib\u00e9ral\u201d de r\u00e9gulation spontan\u00e9e du march\u00e9 du travail, c&rsquo;est le r\u00e8gne d&rsquo;une vraie \u00ab libert\u00e9 du travail \u00bb, libre concurrence pour l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&#8217;emploi, libre soumission aux conditions impos\u00e9es par les entrepreneurs, libert\u00e9 de faire ch\u00f4mer ses bras s&rsquo;ils ne trouvent pas \u00e0 s&#8217;employer.<br \/>\nDans une telle conjoncture sociale, la r\u00e9volution de 1848 se pr\u00e9sente au d\u00e9part comme la r\u00e9sultante de forces composites, provisoirement unies dans une hostilit\u00e9 \u00e0 la monarchie de Juillet. L&rsquo;objectif qui permet le regroupement des diff\u00e9rentes composantes est l&rsquo;instauration de la r\u00e9publique. Lors des journ\u00e9es insurrectionnelles de f\u00e9vrier, avec l&rsquo;importante mobilisation ouvri\u00e8re, il appara\u00eet toutefois vite que tous ne se font pas la m\u00eame id\u00e9e de la r\u00e9publique, et que commence \u00e0 s&rsquo;esquisser l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;instaurer une \u00ab R\u00e9publique sociale \u00bb.<br \/>\nSi l&rsquo;on excepte Albert et Louis Blanc, repr\u00e9sentants du courant socialiste, le gouvernement provisoire constitu\u00e9 apr\u00e8s l&rsquo;abdication de Louis-Philippe comporte pour l\u2019essentiel des r\u00e9publicains bourgeois, lib\u00e9raux, mod\u00e9r\u00e9s ou radicaux. Et l&rsquo;on peut vite apercevoir que le gouvernement r\u00e9publicain n&rsquo;abolit pas magiquement les effets destructeurs du mode de production capitaliste : exploitation du travail, crise, ch\u00f4mage. Comment ne pas alors comprendre que les ouvriers, partie prenante de la r\u00e9volution, continuent \u00e0 vouloir une r\u00e9publique qui mettrait en \u0153uvre la \u00ab r\u00e9forme sociale \u00bb, garantirait le \u00ab droit au travail \u00bb. C&rsquo;est bien pourquoi, ils poursuivent leur mouvement. Face aux manifestants, le gouvernement provisoire, se sent tenu de s&rsquo;engager \u00e0 \u00ab garantir l&rsquo;existence de l&rsquo;ouvrier par le travail \u00bb, ainsi que le stipule le d\u00e9cret des 25-29 f\u00e9vrier. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;une d\u00e9claration d&rsquo;intention, car aucune mesure pr\u00e9cise n&rsquo;est alors envisag\u00e9e. L&rsquo;agitation ne cessant pas, le gouvernement promet ensuite l&rsquo;ouverture d&rsquo;Ateliers nationaux, extension du principe des Ateliers de charit\u00e9. La conception de ces ateliers est \u00e0 l&rsquo;exact oppos\u00e9 de celle des Ateliers sociaux pr\u00e9conis\u00e9s par Louis Blanc, qui impliquaient une nouvelle organisation du travail, touchant aux bases du r\u00e9gime de production capitaliste. De plus les Ateliers nationaux ne peuvent en aucune fa\u00e7on r\u00e9soudre la question du ch\u00f4mage. Aucun plan de financement s\u00e9rieux n&rsquo;existe et les moyens mis en \u0153uvre ne peuvent suffire \u00e0 donner du travail \u00e0 tous ceux qui en r\u00e9clameraient. Il s&rsquo;agit d&rsquo;abord de parer au plus press\u00e9, calmer l&rsquo;agitation, soustraire les ouvriers aux \u201cpernicieuses\u201d influences socialistes, voire les embrigader comme masse de man\u0153uvre au service de courants lib\u00e9raux bourgeois, souvent \u201cmodernistes\u201d, mais f\u00e9rocement oppos\u00e9s \u00e0 toute forme de R\u00e9publique sociale.<br \/>\nLa promesse d&rsquo;ouverture d&rsquo;Ateliers nationaux, la possibilit\u00e9 pour les jeunes ouvriers de s&rsquo;engager dans la garde mobile, ne suffit pas \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;effervescence. Ainsi, lors de la manifestation du 28 f\u00e9vrier, on note des mots d&rsquo;ordre tels que \u00ab organisation du travail \u00bb, \u00ab abolition de l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme \u00bb. Toujours sous la pression, le gouvernement fait une nouvelle proposition, la cr\u00e9ation d&rsquo;une \u00ab Commission de gouvernement pour les travailleurs \u00bb, ayant pour objectif de proposer un ensemble d&rsquo;articles pour une \u00ab constitution fond\u00e9e sur la l\u00e9gislation ouvri\u00e8re \u00bb. Cette commission, que l&rsquo;histoire retiendra sous la d\u00e9nomination de commission du Luxembourg, est pr\u00e9sid\u00e9e par Louis Blanc. L&rsquo;ouvrier Albert est vice-pr\u00e9sident. Elle comprendra 888 membres (environ trois quart d&rsquo;ouvriers et un quart de patrons, plus quelques personnalit\u00e9s socialistes).<br \/>\nRendant compte de l&rsquo;\u00e9tat provisoire des forces en pr\u00e9sence, le d\u00e9cret qui porte cr\u00e9ation de la commission, pose que la \u00ab r\u00e9volution faite par le peuple doit \u00eatre faite pour lui \u00bb, qu&rsquo;il convient de mettre fin aux \u00ab longues et iniques souffrances des travailleurs \u00bb, que la \u00ab question du travail \u00bb est ainsi d&rsquo;une importance supr\u00eame, et qu&rsquo;\u00e0 la France appartient le devoir \u00ab d&rsquo;\u00e9tudier ardemment et de r\u00e9soudre le probl\u00e8me pos\u00e9 aujourd&rsquo;hui chez toutes les nations industrielles de l&rsquo;Europe \u00bb, de garantir au peuple \u00ab sans le moindre retard \u00bb les \u00ab fruits l\u00e9gitimes de son travail \u00bb. Lors de la s\u00e9ance inaugurale, alors que de nombreux ouvriers sont pr\u00e9sents, le repr\u00e9sentant du gouvernement assure que leur pr\u00e9sence marque le fait que le peuple vient de \u00ab prendre mat\u00e9riellement la place de sa souverainet\u00e9 \u00bb.<br \/>\nOn sait bien s\u00fbr que la souverainet\u00e9 fut toute en effigie et temporaire, que la \u00ab Commission de gouvernement pour les travailleurs \u00bb, n&rsquo;avait aucun moyen \u00e0 sa disposition, ni budget, ni services, ni pouvoir l\u00e9gislatif et r\u00e9glementaire, aucun moyen de proposer des textes ayant force d&rsquo;obligation. C&rsquo;\u00e9tait tout au plus un organe consultatif, qui ne devait durer que pour autant que cette soupape consultative se r\u00e9v\u00e9l\u00e2t encore utile.<br \/>\nLa commission produisit des discours, prodigua des conseils au gouvernement, aux patrons, aux ouvriers. Elle proposa l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des salaires, le principe \u00ab de chacun selon ses capacit\u00e9s, \u00e0 chacun selon ses besoins \u00bb, le remplacement de la concurrence par l&rsquo;association, l&rsquo;\u00e9tatisation de la production, etc. Les discours se r\u00e9v\u00e9lant vite sans aucun effet l\u00e9gislatif ou pratique, Louis Blanc et Albert r\u00e9solurent de donner leur d\u00e9mission.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Prot\u00e9ger le r\u00e9gime social : Comment la bourgeoisie pratique la lutte de classe<\/strong><br \/>\nPendant que se r\u00e9unissait ce \u00ab Parlement du travail \u00bb, les conflits modernes entre ouvriers et capital ne s&rsquo;apaisaient pas, des jonctions s&rsquo;\u00e9tablissaient entre ouvriers, entre ouvriers et ch\u00f4meurs, les revendications tendaient \u00e0 trouver une forme d&rsquo;expression politique g\u00e9n\u00e9rale. Des cris, des p\u00e9titions r\u00e9clamaient \u00ab l&rsquo;organisation du travail par l&rsquo;association \u00bb, \u00ab l&rsquo;abolition de l&rsquo;exploitation de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme \u00bb, ou proclamaient \u00ab Vive la R\u00e9publique sociale \u00bb. Les Ateliers nationaux, qui n&rsquo;\u00e9taient pas rattach\u00e9s \u00e0 la commission du Luxembourg, avaient commenc\u00e9 \u00e0 fonctionner, regroupant dans diverses villes de France, jusqu&rsquo;\u00e0 110 000 travailleurs, surtout occup\u00e9s \u00e0 des travaux de terrassement. On ne put bient\u00f4t les employer qu&rsquo;un jour sur quatre, tandis que des bruits couraient quant \u00e0 la possible fermeture des Ateliers.<br \/>\nL&rsquo;entr\u00e9e en lice des ouvriers sur la sc\u00e8ne politique \u00e9lectorale se produisit dans le m\u00eame temps. Le gouvernement voulait que les \u00e9lections aient lieu le plus vite possible, pour emp\u00eacher les progr\u00e8s de la prise de conscience ouvri\u00e8re sur des objectifs g\u00e9n\u00e9raux, pour contrecarrer les pas en avant de l&rsquo;organisation socialiste et tenter de capter les votes des ruraux avant qu&rsquo;ils ne basculent vers le p\u00f4le prol\u00e9tarien. Les socialistes au contraire souhaitaient retarder ces \u00e9lections pour \u00e9tendre l&rsquo;organisation politique en province. Les \u00e9lections eurent lieu le 23 avril 1848, conform\u00e9ment aux v\u0153ux du gouvernement et des forces qu&rsquo;ils repr\u00e9sentaient, l&rsquo;Assembl\u00e9e qui en sortit \u00e9tait domin\u00e9e par les conservateurs et les lib\u00e9raux.<br \/>\nNon seulement les espoirs d&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;une R\u00e9publique sociale, issue du vote, \u00e9taient d\u00e9mentis, mais de plus on craignait la fermeture de ce pis-aller que repr\u00e9sentaient les Ateliers nationaux. Quand furent connus les r\u00e9sultats des \u00e9lections, cette peur fut \u00e0 l&rsquo;origine de la manifestation ouvri\u00e8re de Rouen, pr\u00e9figurant l&rsquo;insurrection de juin. Au cours de cette manifestation, la troupe d\u00e9fit les barricades, dix ouvriers furent tu\u00e9s. L&rsquo;illusion de la \u201cfraternit\u00e9\u201d, qui avait marqu\u00e9 les premi\u00e8res journ\u00e9es de la r\u00e9volution, tombait. Le r\u00e9gime r\u00e9publicain, sous direction de la bourgeoisie, n&rsquo;avait pas modifi\u00e9 la situation sociale et il massacrait les travailleurs. Les contradictions sociales modernes pouvaient se lire dans l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. La r\u00e9action contre le socialisme, commen\u00e7a \u00e0 passer de la mani\u00e8re douce \u00e0 la mani\u00e8re forte. Et l&rsquo;on put solennellement proclamer le 4 mai \u00ab la r\u00e9publique du vote \u00bb, comme r\u00e9pudiation d&rsquo;une \u00ab r\u00e9publique des barricades \u00bb, la \u00ab R\u00e9publique sociale \u00bb. Victimes d&rsquo;une provocation, des manifestants socialistes envahirent le 15 mai l&rsquo;Assembl\u00e9e, r\u00e9clamant sa dissolution et la proclamation d&rsquo;un nouveau gouvernement provisoire. Ceux qui se trouvaient du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;ordre l\u00e9gal purent alors d\u00e9capiter le mouvement socialiste, en arr\u00eatant ses dirigeants. (Aux \u00e9lections partielles de juin 1848, les votes socialistes n&rsquo;en progress\u00e8rent pas moins).<br \/>\nDans ce climat, marquant une inversion partielle de l&rsquo;initiative des forces sociales en pr\u00e9sence, les Ateliers nationaux, au d\u00e9part con\u00e7us comme moyen de neutraliser l&rsquo;agitation, devenus un \u00e9norme regroupement de forces (qui pouvait \u00eatre contamin\u00e9 par la contagion socialiste), devenaient encombrants et dangereux. On chercha \u00e0 les dissoudre, et \u00e0 utiliser leur dissolution pour en finir avec le socialisme. La fermeture des Ateliers nationaux \u00e9tait v\u00e9ritablement une incitation \u00e0 l&rsquo;\u00e9meute, \u00e0 la guerre civile. Le 20 juin, le renvoi des ouvriers est vot\u00e9, puis un arr\u00eat\u00e9 provocateur ordonne \u00e0 ceux-ci de s&rsquo;enr\u00f4ler dans l&rsquo;arm\u00e9e ou de se tenir pr\u00eats \u00e0 partir effectuer des travaux en province.<br \/>\nL&rsquo;effet escompt\u00e9 fut atteint. La dissolution des Ateliers nationaux d\u00e9clencha l&rsquo;insurrection des 22-26 juin 1848, on pr\u00e9senta celle-ci comme acte de brigandage et de sauvagerie, tout en laissant le mouvement s&rsquo;\u00e9tendre, pour pouvoir l&rsquo;\u00e9craser plus compl\u00e8tement. Cavaignac fut charg\u00e9 d&rsquo;an\u00e9antir les forces insurg\u00e9es. Les repr\u00e9sailles, la violence, furent \u00e0 la mesure de l&rsquo;objectif et de la peur subie : massacres et r\u00e9pression \u00e0 grande \u00e9chelle (assassinats sans jugement, arrestations \u2013 15 000 \u2013, condamnations \u00e0 mort, aux travaux forc\u00e9s, emprisonnements, d\u00e9portations \u2013 4 000 \u2013, touchant les \u201cmeneurs\u201d, les dirigeants socialistes et communistes, atteintes \u00e0 la libert\u00e9 de la presse et \u00e0 la libert\u00e9 d&rsquo;association).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les le\u00e7ons de la lutte du c\u00f4t\u00e9 ouvrier<\/strong><br \/>\nSi le mouvement ouvrier ne capitula pas, il fut momentan\u00e9ment d\u00e9fait. Les ouvriers \u00e9taient musel\u00e9s ou en plein d\u00e9sarroi. Mais, en m\u00eame temps des conditions \u00e9taient r\u00e9unies pour une prise de conscience du caract\u00e8re tout \u00e0 la fois \u00e2pre et g\u00e9n\u00e9ral de la lutte des classes en cours. Les ouvriers apprirent qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de vraie fraternit\u00e9 entre classes aux int\u00e9r\u00eats oppos\u00e9s. Ils apprirent que l&rsquo;on cherche \u00e0 les abattre d\u00e8s qu&rsquo;on a cess\u00e9 d&rsquo;avoir besoin de leur concours, d\u00e8s qu&rsquo;on n&rsquo;a plus peur d&rsquo;eux, et parce qu&rsquo;on a eu peur.<br \/>\nIls ont pu aussi percevoir les limites inh\u00e9rentes aux formes d&rsquo;organisation partielles, focalis\u00e9es sur des projets utopiques rivaux, alors qu&rsquo;en face, la classe oppos\u00e9e, sait, en cas de n\u00e9cessit\u00e9, par-del\u00e0 ses divergences, faire front sur l&rsquo;essentiel : le maintien de son r\u00e9gime social, l&rsquo;\u00e9crasement des r\u00e9voltes, sans coh\u00e9sion suffisante, qui le mettent en cause.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Libert\u00e9 des lois du mode de production capitaliste contre le droit au travail<\/strong><br \/>\nDans le contexte d&rsquo;un tel affaiblissement du mouvement populaire, les travaux produits par la commission du Luxembourg (qui devaient participer de l&rsquo;\u00e9laboration constitutionnelle) ne furent pas pris en compte par l&rsquo;Assembl\u00e9e. Celle-ci avait d&rsquo;ailleurs cr\u00e9\u00e9 au pr\u00e9alable, en mai, une autre commission, restreinte, qui pr\u00e9parait en secret le projet de constitution (commission de constitution, dite \u00ab commission Cornemin \u00bb, du nom de son Pr\u00e9sident). Cette autre commission (qui comportait des r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s et quelques socialistes), avait abord\u00e9 la question du \u00ab droit au travail \u00bb. Victor Consid\u00e9rant, repr\u00e9sentant des socialistes fouri\u00e9ristes, en \u00e9tait partisan, afin d&rsquo;instaurer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des droits bourgeois, un \u00ab droit des ouvriers \u00bb. Cela n&rsquo;impliquait pas que la soci\u00e9t\u00e9, dans la personne de l&rsquo;\u00c9tat, doive garantir \u00e0 chacun un emploi, le droit au travail devait simplement \u00eatre reconnu, en tant que corollaire du droit de propri\u00e9t\u00e9, m\u00eame si son application ne pouvait \u00eatre que progressive. En revanche, pour les bourgeois conservateurs et lib\u00e9raux, il n&rsquo;y avait pas lieu de reconna\u00eetre un tel droit. Le travail \u00e9tant d&rsquo;abord \u00ab un devoir \u00bb, il convenait de r\u00e9server toutes les garanties \u00e0 la \u00ab libert\u00e9 du travail \u00bb. Un compromis \u00e9tait ressorti des discussions. Il s&rsquo;agissait de concilier l&rsquo;id\u00e9e lib\u00e9rale de non entrave au libre march\u00e9 du travail, la proclamation d&rsquo;une \u00ab \u00e9galit\u00e9 des rapports entre le patron et l&rsquo;ouvrier \u00bb, avec le droit pour \u00ab tout homme de vivre en travaillant \u00bb et le devoir social de \u00ab fournir un travail aux hommes valides qui ne peuvent s&rsquo;en procurer autrement \u00bb.<br \/>\nApr\u00e8s la d\u00e9faite ouvri\u00e8re, le projet de constitution fut discut\u00e9 par les bureaux de l&rsquo;Assembl\u00e9e, puis par l&rsquo;Assembl\u00e9e. Il semble alors que la simple mention d&rsquo;un \u00ab droit au travail \u00bb se soit pr\u00e9sent\u00e9e comme subversive. Promettre du travail aux hommes valides, l&rsquo;assistance aux autres, n&rsquo;est-ce pas encourager la fain\u00e9antise, d\u00e9truire l&rsquo;esprit de pr\u00e9voyance, conduire la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la destruction ! Le droit au travail, indique-t-on est \u00ab un vestige du Luxembourg \u00bb et l&rsquo;on n&rsquo;a plus vraiment besoin d&rsquo;une commission du Luxembourg. Le droit au travail, c&rsquo;est la reconnaissance de l&rsquo;absurde syst\u00e8me socialiste de Louis Blanc, le principe d&rsquo;une \u00ab organisation \u00e9tatique de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, plus encore un v\u00e9ritable \u00ab appel \u00e0 la guerre civile \u00bb. On pratique aussi l&rsquo;art du sophisme : L&rsquo;expression \u00ab droit au travail \u00bb est r\u00e9put\u00e9e \u00ab vide de sens \u00bb, puisque \u00ab le droit de travailler existe depuis 178 \u00bb, il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 prohib\u00e9, donc inutile de le proclamer. De deux choses l&rsquo;une, ou bien l&rsquo;expression n&rsquo;engage \u00e0 rien et elle n&rsquo;a pas d&rsquo;utilit\u00e9, ou bien elle oblige le gouvernement \u00e0 la r\u00e9aliser et c&rsquo;est une impossibilit\u00e9 qui ne peut \u00eatre inscrite dans la Constitution. Au plan juridique, pr\u00e9cise Thiers, un tel droit est une h\u00e9r\u00e9sie, puisque il est une \u00ab obligation imparfaite \u00bb qui ne peut \u00eatre prise en charge par la soci\u00e9t\u00e9. Celle-ci ne peut fournir du travail \u00e0 des millions d&rsquo;ouvriers, mais seulement en organiser \u00e0 une petite \u00e9chelle.<br \/>\nLes rares d\u00e9fenseurs du \u00ab droit au travail \u00bb ne pourront obtenir que celui-ci soit seulement inscrit dans la Constitution. Aucune r\u00e9f\u00e9rence n&rsquo;y sera faite dans le texte vot\u00e9 le 4 novembre 1848. Ce qui sera affirm\u00e9, ce sera la garantie de \u00ab la libert\u00e9 du travail et de l&rsquo;industrie \u00bb. Dans la lutte qui oppose le capital au travail, la formule marque bien qui des deux l&rsquo;a emport\u00e9 sur le terrain et dans la lettre constitutionnelle. Le travail n&rsquo;est plus en \u00e9tat d&rsquo;imposer, ne serait-ce que dans des mots, ses int\u00e9r\u00eats sociaux. La libert\u00e9 du capital l&#8217;emporte sur les droits des travailleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le droit au travail, remise en cause g\u00e9n\u00e9rale du r\u00e9gime social<\/strong><br \/>\nComme le pr\u00e9cise le pr\u00e9sident de la commission, Cornemin, le refus d&rsquo;inscrire le droit au travail constitue bien un d\u00e9ni des clauses fondamentales du Contrat social. Les l\u00e9gislateurs, comme l&rsquo;indique un orateur, ont voulu refuser \u00ab une devise \u00e0 l&rsquo;insurrection \u00bb, le \u00ab droit au travail \u00bb est \u00ab un cri de guerre civile \u00bb, un \u00ab compl\u00e9ment du drapeau rouge \u00bb.<br \/>\nLa formulation droit au travail ne sera inscrite dans aucune des Constitutions suivantes. Car en effet, comme le disait Fran\u00e7ois Vidal (2) [Voir le Cours : \u00ab La Contradiction fondamentale du capitalisme \u00bb] :<br \/>\n\u00ab Le droit au travail, qu&rsquo;on le sache ou qu&rsquo;on l&rsquo;ignore, implique n\u00e9cessairement l&rsquo;organisation du travail, et l&rsquo;organisation du travail implique la transformation \u00e9conomique de la soci\u00e9t\u00e9. Le principe est pos\u00e9, les cons\u00e9quences sont in\u00e9vitables. \u00bb<br \/>\nImpliquant un mode d&rsquo;organisation de la production et des \u00e9changes qui le rende effectif, touchant \u00e0 l&rsquo;essence du r\u00e9gime social, la revendication du \u00ab droit au travail \u00bb porte condamnation du r\u00e9gime capitaliste. Il n&rsquo;a pu ainsi en toute coh\u00e9rence \u00eatre garanti par un texte constitutionnel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>NOTES<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1) \u00ab La soci\u00e9t\u00e9 est oblig\u00e9e de pourvoir \u00e0 la subsistance de tous ses membres, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d&rsquo;exister \u00e0 ceux qui sont hors d&rsquo;\u00e9tat de travailler \u00bb. Robespierre, Projet de d\u00e9claration des droits de l&rsquo;homme et du citoyen, article11, Discours \u00e0 la Convention, 24 avril 1793.<br \/>\n(2) Fran\u00e7ois Vidal, Vivre en travaillant ! Projets, voies et moyens de r\u00e9formes sociales (1848), Centre de Sociologie Historique, 1997.<code><\/code><\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contrairement \u00e0 ce que beaucoup de gens croient, la formulation d&rsquo;un \u00ab droit au travail \u00bb n&rsquo;est pas inscrite dans la Constitution. 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