{"id":463,"date":"2016-12-29T15:30:43","date_gmt":"2016-12-29T14:30:43","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=463"},"modified":"2016-12-29T20:22:35","modified_gmt":"2016-12-29T19:22:35","slug":"1940-1941-la-politique-etrangere-sous-vichy-a-legard-de-lurss","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=463","title":{"rendered":"1940-1941. La politique \u00e9trang\u00e8re sous Vichy \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019URSS"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Georges-Henri Soutou, Emilia Robin Hivert (dir.), <em>L&rsquo;<\/em><em>URSS<\/em><em> et l\u2019Europe de <\/em><em>1941<\/em><em> \u00e0 <\/em><em>1957<\/em>, Paris, Presses de l&rsquo;universit\u00e9 Paris-Sorbonne, 2008.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux colloques d\u2019historiens ont eu lieu en 2002 et 2005 \u00e0 Moscou pour faire le point des recherches sur les rapports entre l\u2019URSS et les pays europ\u00e9ens. La contribution de Georges-Henri Soutou a port\u00e9 sur les relations entre Vichy et Moscou (1). Selon lui, avant l\u2019invasion de l\u2019URSS par l\u2019Allemagne nazie, des responsables de l\u2019administration de Vichy consid\u00e9raient Moscou comme une carte possible afin de maintenir leurs positions face \u00e0 Berlin et conserver \u00e0 la France son statut de puissance mondiale. Quelles conceptions ont pu alors s\u2019exprimer \u00e0 Vichy\u00a0? Quelles propositions le gouvernement de P\u00e9tain a-t-il tent\u00e9 de faire valoir\u00a0? Sur la base des donn\u00e9es pr\u00e9sent\u00e9es par G.-H.\u00a0Soutou et Emilia Robin, on s\u2019efforcera de r\u00e9pondre \u00e0 ces questions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La Seconde Guerre mondiale<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mont\u00e9e en puissance de l\u2019Allemagne nazie dans les ann\u00e9es trente, s\u2019est accompagn\u00e9e, tant \u00e0 l\u2019Ouest qu\u2019au Centre et \u00e0 l\u2019Est de l\u2019Europe, d\u2019une conqu\u00eate de territoires. Conjuguant n\u00e9gociations avec les pays voisins et coups de force, le r\u00e9gime en place entendait poursuivre ses men\u00e9es \u00e0 l\u2019Est, d\u2019abord les Pays baltes (Memel fut occup\u00e9e par les Allemands le 23 mars 1939), puis la Pologne attaqu\u00e9e le 1er\u00a0septembre 1939, sans d\u00e9claration de guerre. Le 3 septembre, \u00e0 la suite de la Grande-Bretagne la France d\u00e9clare la guerre \u00e0 l\u2019Allemagne, mais ni l\u2019une ni l\u2019autre ne vont honorer leurs engagements vis-\u00e0-vis de la Pologne. Pendant huit mois ces trois puissances vont se livrer \u00e0 \u201cla dr\u00f4le de guerre\u201d, faite d\u2019attentes, d\u2019op\u00e9rations lointaines, o\u00f9 l\u2019Allemagne garde l\u2019initiative. En avril 1940, les alli\u00e9s \u00e9chouent en Norv\u00e8ge \u00e0 Narvik dans leur tentative de couper \u00ab\u00a0<em>la route du fer<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019Axe. Auparavant lors du conflit entre la Finlande et l\u2019URSS (30 novembre 1939-12 mars 1940), la France avait soutenu la Finlande.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019offensive allemande \u00e0 l\u2019Ouest commence le 10 mai 1940, la d\u00e9faite fran\u00e7aise am\u00e8ne au pouvoir le gouvernement de Vichy pr\u00e9sid\u00e9 par Philippe P\u00e9tain le 17 juin. Selon G.H.\u00a0Soutou, une pr\u00e9occupation essentielle du nouveau gouvernement est de \u00ab\u00a0<em>maintenir l\u2019unit\u00e9 de la M\u00e9tropole et de l\u2019Afrique dans tous les cas de figure<\/em>\u00a0\u00bb (2). Pour certains, le partenariat avec l\u2019Allemagne, sans alignement total sur Berlin, est envisageable. Un courant minoritaire souhaite exercer une influence sur Berlin en prenant appui sur Londres et Moscou, afin de mieux n\u00e9gocier les conditions de la paix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les premiers se pensent en \u201cEurop\u00e9ens\u201d et souhaitant r\u00e9gler ensemble, avec l\u2019Allemagne, les affaires du continent, sans les Anglais et les Am\u00e9ricains. Ils accepteront plus tard la domination allemande. Avant juin 1941, ils sont dispos\u00e9s \u00e0 inclure l\u2019URSS dans leur projet europ\u00e9en afin d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 ses ressources. Apr\u00e8s 1941 ils inscriront la France dans une Europe anti bolch\u00e9vique excluant l\u2019URSS.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le courant minoritaire s\u2019en tient \u00e0 la politique ext\u00e9rieure traditionnelle, qui vise \u00e0 \u201cl\u2019\u00e9quilibre\u201d entre les nations et les puissances par un jeu d\u2019alliances et de relations bilat\u00e9rales. Ce courant consid\u00e8re tant Londres que Moscou comme incontournables et essentiels pour d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un troisi\u00e8me courant s\u2019exprime chez les militaires et services secrets fran\u00e7ais, ainsi que chez les diplomates d\u2019Europe centrale. Les repr\u00e9sentants de ce courant per\u00e7oivent tr\u00e8s t\u00f4t que \u00ab\u00a0<em>la Russie ne serait pas battue et ferait la preuve de sa puissance<\/em>\u00a0\u00bb. Selon eux, un conflit germano-sovi\u00e9tique se pr\u00e9sente comme in\u00e9luctable. Entre 1940 et 1942, Vichy a arr\u00eat\u00e9 plus de 2\u00a0000 espions nazis en France et en a ex\u00e9cut\u00e9 40, les espions am\u00e9ricains et sovi\u00e9tiques n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 poursuivis. D\u00e8s l\u2019automne 1940, le g\u00e9n\u00e9ral La Laurentie fait part aux sovi\u00e9tiques de l\u2019existence d\u2019indices laissant pr\u00e9sager une \u00e9ventuelle attaque du Reich contre l\u2019URSS. Les services secrets fran\u00e7ais connaissaient le 11 janvier 1941 la directive <em>Barbarossa<\/em> du 18 d\u00e9cembre 1940.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Premi\u00e8re p\u00e9riode des relations entre Vichy et Moscou (juin <\/strong><strong>1940<\/strong><strong>-f\u00e9vrier <\/strong><strong>1941<\/strong><strong>)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gouvernement de Vichy fait montre de r\u00e9ticence voire d\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Moscou. G.-H.\u2006Soutou \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Mais il semble bien que les autorit\u00e9s d\u00e9terminantes de Vichy n\u2019\u00e9taient pas sur la m\u00eame longueur d\u2019onde que Labonne ou Baudoin. Laval, vice-pr\u00e9sident du Conseil, \u00e9galement ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res apr\u00e8s Montoire jusqu\u2019\u00e0 son renvoi le 13 d\u00e9cembre 1940, suivait bien entendu une politique toute diff\u00e9rente. P\u00e9tain lui-m\u00eame para\u00eet \u00e0 cette \u00e9poque avoir \u00e9t\u00e9 fort r\u00e9ticent \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Moscou\u00a0: lorsque Bogomolov vint lui pr\u00e9senter ses lettres de cr\u00e9ance comme charg\u00e9 d\u2019affaires en octobre 1940, il essaya de lui faire dire qu\u2019il souhaitait \u201cl\u2019am\u00e9lioration\u201d des rapports franco-sovi\u00e9tiques\u00a0; le Mar\u00e9chal se contenta de dire qu\u2019il en souhaitait le \u201cmaintien\u201d.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La diplomatie fran\u00e7aise toutefois recherche un contrepoids face \u00e0 l\u2019Allemagne, elle pense que la France m\u00eame vaincue peut tirer son \u00e9pingle du jeu en s\u2019appuyant sur la Grande-Bretagne et l\u2019URSS. L\u2019ambassadeur de France \u00e0 Moscou (juin 1940-avril 1941), Eirik Labonne, avait d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9 V.\u2006\u2005Molotov le 15 juin 1940 afin \u00ab\u00a0<em>de conserver l\u2019\u00e9quilibre des forces en Europe que les d\u00e9faites des Alli\u00e9s menacent de rompre<\/em>\u00a0\u00bb, Vichy le laisse \u00e0 peu pr\u00e8s sans instructions.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0\u00c0 diff\u00e9rentes reprises Labonne essaya d\u2019amener les dirigeants sovi\u00e9tiques, toujours fort courtois et m\u00eame aimables \u00e0 son \u00e9gard, \u00e0 prendre position sur cette question d\u2019\u00e9quilibre europ\u00e9en. Mais les Sovi\u00e9tiques refusaient d\u2019engager la conversation avec lui sur ce point.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le minist\u00e8re fran\u00e7ais des Affaires \u00e9trang\u00e8res (Paul Baudouin, et Fran\u00e7ois Charles-Roux secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Quai d\u2019Orsay) ont partag\u00e9 cette orientation. Vichy insista aupr\u00e8s de Moscou pour recevoir un ambassadeur sovi\u00e9tique et non un simple charg\u00e9 d\u2019affaires. Moscou refusa d\u2019envoyer un ambassadeur en titre, mais nomma \u00e0 Vichy le 10 octobre 1940 un diplomate de rang plus important, Alexandre Efremovitch Bogomolov\u00a0(3).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En ao\u00fbt 1940, l\u2019URSS annexe les Pays baltes et Vichy n\u2019\u00e9l\u00e8ve pas de protestation, d\u00e8s le 25 ao\u00fbt les cl\u00e9s des l\u00e9gations baltes \u00e0 Paris sont rendues aux sovi\u00e9tiques dans les d\u00e9lais fix\u00e9s. Plus tard, le 1er\u00a0juin 1941, l\u2019or des Pays baltes est remis \u00e0 Moscou. Toutefois la diplomatie fran\u00e7aise, bien qu\u2019elle entretienne des contacts inspir\u00e9s par une vision \u00ab\u00a0<em>r\u00e9aliste<\/em>\u00a0\u00bb, et soucieuse de \u00ab\u00a0<em>l\u2019\u00e9quilibre<\/em>\u00a0\u00bb, ne peut pas ne pas \u00eatre affect\u00e9e par la rupture des relations diplomatiques franco-anglaises le 4 juillet 1940 et l\u2019entrevue Hitler\u00a0\u2014\u00a0Laval le 22 octobre \u00e0 Montoire, suivie le 24 de celle d\u2019Hitler et P\u00e9tain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Deuxi\u00e8me p\u00e9riode des relations entre Vichy et Moscou (mars <\/strong><strong>1941<\/strong><strong>-juin <\/strong><strong>1941<\/strong><strong>)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">E.\u2005Bogomolov nomm\u00e9 ambassadeur \u00e0 Vichy en mars 1941, fait des avances\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Nous voulons la paix et rester en dehors du conflit. Nous entretenons de bonnes relations avec l\u2019Allemagne et d\u00e9sirons \u00e9galement de bonnes relations avec la France.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">G.\u2011H.\u2005Soutou pr\u00e9cise\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0De toute \u00e9vidence Moscou souhaitait encourager la France \u00e0 r\u00e9sister aux pr\u00e9tentions allemandes, et Vichy [contr\u00f4lant l\u2019Empire] \u00e9tait \u00e0 ce moment-l\u00e0 le seul instrument utilisable. On verra d\u2019ailleurs qu\u2019au moment de l\u2019attaque allemande en juin, Moscou aurait souhait\u00e9 que Vichy ne romp\u00eet point ses relations avec l\u2019URSS.\u00a0\u00bb (4)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous pr\u00e9ciserons, \u00e0 notre tour, que G.\u2011H.\u2005Soutou accorde grand cr\u00e9dit \u00e0 Vichy sur la question de l\u2019Empire, qui cependant, depuis ao\u00fbt 1940, passe aux c\u00f4t\u00e9s de la France Libre. Le 24 d\u00e9cembre 1940, le gouvernement britannique a reconnu le Conseil de d\u00e9fense de l\u2019Empire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours est-il que\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0l\u2019avance de Bogomolov s\u2019inscrivait tr\u00e8s bien dans la nouvelle phase de la politique ext\u00e9rieure de Vichy, apr\u00e8s les h\u00e9sitations qui avaient suivi le renvoi de Laval (13 d\u00e9cembre 1940), et apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Darlan, le 9 f\u00e9vrier. D\u00e9sormais cette politique se placerait r\u00e9solument dans le cadre de \u201cl\u2019ordre europ\u00e9en nouveau\u201d dirig\u00e9 par Berlin, et on abandonnait l\u2019espoir d\u2019une entente implicite avec la Grande-Bretagne et l\u2019URSS contre Berlin pour r\u00e9\u00e9quilibrer l\u2019Europe, telle que l\u2019avait recommand\u00e9 Labonne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Vichy nomme G.\u2005Bergery (1892-1974) ambassadeur \u00e0 Moscou, o\u00f9 il arrive le 26 avril 1941, avec des instructions pr\u00e9cises. Il d\u00e9fend une collaboration europ\u00e9enne incluant l\u2019URSS et excluant l\u2019h\u00e9g\u00e9monie d\u2019un \u00c9tat. L\u2019Europe a besoin des mati\u00e8res premi\u00e8res russes pour son avenir. En mai 1941, Staline d\u00e9clare devant les \u00e9l\u00e8ves des acad\u00e9mies militaires que l\u2019Allemagne va se lancer dans une guerre de conqu\u00eate et Bogomolov rappel\u00e9 \u00e0 Moscou rencontre \u00e0 la mi-mai Bergery pour l\u2019informer\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u2019ordre europ\u00e9en nouveau voulu par le Reich \u00e9tait un ordre o\u00f9 les Allemands seraient des industriels dominateurs [&#8230;]. \u00c0 ce genre d\u2019ordre nouveau, l\u2019URSS n\u2019accepte pas de participer\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais au fond, selon G.-H.\u2005Soutou, Bergery et P\u00e9tain, promoteurs d\u2019une Europe continentale maintenant un certain \u00e9quilibre entre puissances, se trouvent en concurrence avec Fran\u00e7ois Darlan (1881-1942), ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res qui rejette cet \u201c\u00e9quilibre europ\u00e9en\u201d et affirme que la solution du probl\u00e8me est \u00e0 Berlin. D\u00e9j\u00e0, le 19 f\u00e9vrier 1941, il \u00e9crivait que la France devait mener son action \u00ab\u00a0<em>dans le cadre europ\u00e9en \u00e0 pr\u00e9dominance allemande<\/em>\u00a0\u00bb. Il s\u2019\u00e9tait rendu \u00e0 Berchtesgarden le 11 et 12 mai 1941 pour rencontrer Hitler et Ribbentrop, en revenant convaincu qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019autre politique que la collaboration afin<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0d\u2019assurer \u00e0 la France une place honorable dans une Europe dont la r\u00e9organisation s\u2019av\u00e9rera n\u00e9cessaire quelle que soit l\u2019issue du conflit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Darlan proposait un ordre europ\u00e9en excluant l\u2019URSS, rendu possible apr\u00e8s son invasion, sa d\u00e9faite et la fin du communisme [avec pour pr\u00e9supposition l\u2019opinion selon laquelle les \u00c9tats-Unis n\u2019entreraient pas dans la guerre]. (5)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s le 22 juin 1941, Bergery et P\u00e9tain souhaitent maintenir des relations avec Moscou. Darlan man\u0153uvre pour obtenir la rupture\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Il s\u2019entendit pour cela avec Abetz, qui lui fournit des documents trouv\u00e9s par les Allemands dans les locaux de l\u2019ambassade sovi\u00e9tique \u00e0 Paris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le conseil des ministres d\u00e9cide la rupture avec Moscou le 28 juin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toujours selon Soutou, P\u00e9tain aurait souhait\u00e9 que les Allemands sortent \u00ab\u00a0<em>plus us\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb de la guerre que les Russes, et qu\u2019ainsi les deux doctrines seraient affaiblies.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le bolchevisme est, pour l\u2019Europe, le danger le plus grave. Nous ne sommes donc pas fond\u00e9s, nous, Europ\u00e9ens, \u00e0 regretter les coups qui lui sont port\u00e9s aujourd\u2019hui. Le r\u00e8gne du nazisme n\u2019est pas, non plus, \u00e0 d\u00e9sirer, car il imposerait aux peuples soumis \u00e0 son emprise des contraintes lourdes \u00e0 supporter.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 14 juillet 1941, Vichy cherche \u00e0 obtenir en \u00e9change de son alignement sur l\u2019Axe quelques avantages, mais Berlin rejette ces avances. D\u00e8s lors, l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais de Philippe P\u00e9tain \u00e9carte Moscou comme partenaire sans toutefois lui d\u00e9clarer la guerre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">*<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, le courant minoritaire pr\u00f4n\u00e9 par certains diplomates fran\u00e7ais n\u2019a pu maintenir les tentatives de faire pr\u00e9valoir une ligne d\u2019appui sur Moscou qu\u2019au cours de la conjoncture pr\u00e9c\u00e9dant l\u2019attaque allemande contre l\u2019URSS, alors que les partisans de la collaboration totale avec Berlin ne tenaient pas les leviers dans le gouvernement de Vichy. G.-H.\u2005Soutou estime cependant<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0que Vichy, en d\u00e9pit de ses erreurs, avait mieux compris que la plupart de ses successeurs imm\u00e9diats la place que tenait l\u2019id\u00e9ologie dans la perception du monde et la politique staliniennes, ainsi que l\u2019\u00e9troitesse des liens entre le PCF et Moscou.\u00a0\u00bb (6)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce dernier propos s\u2019adresse aux gaullistes et \u00e0 ceux qui ne se rallient pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0<em>identit\u00e9 sp\u00e9cifique de l\u2019Europe<\/em>\u00a0\u00bb, et qui visaient<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0une entente franco-sovi\u00e9tique pour emp\u00eacher la formation d\u2019une Europe int\u00e9gr\u00e9e, le d\u00e9veloppement de l\u2019atlantisme, une entente germano-am\u00e9ricaine.\u00a0\u00bb(7)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans la lign\u00e9e de son p\u00e8re Jean-Marie Soutou (1912-2003), G.-H.\u2005Soutou se pr\u00e9sente pour sa part comme un partisan de cette Europe int\u00e9gr\u00e9e. (8)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>NOTES<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1) Georges-Henri Soutou, Emilia Robin Hivert (dir.), L<em>\u2019<\/em><em>URSS<\/em><em> et l\u2019Europe de <\/em><em>1941<\/em><em> \u00e0 <\/em><em>1957<\/em>, Presses de l\u2019Universit\u00e9 Paris-Sorbonne, 2008.<br \/>\n(2) Chapitre iv. \u00ab\u00a0Vichy et la place de l\u2019URSS dans le syst\u00e8me europ\u00e9en, G.-H.\u2005Soutou, <em>opus cit\u00e9<\/em>, p.\u00a065.<br \/>\n(3) Alexandre Efremovitch Bogomolov (1900-1969). M.\u2005Bogomolov n\u2019aura le rang d\u2019ambassadeur aupr\u00e8s de Vichy qu\u2019en mars 1941. Il a repr\u00e9sent\u00e9 l\u2019URSS pendant dix ans, \u00e0 Vichy, \u00e0 Londres, \u00e0 Paris de 1940 \u00e0 1950.<br \/>\n(4) Chapitre iv, p.\u00a079.<br \/>\n(5) Il reste frappant que Vichy ne paraisse pas penser alors en termes de conflit mondial, le gouvernement de Philippe P\u00e9tain semble en effet pr\u00e9juger du fait que les \u00c9tats-Unis sont et seront en dehors de la guerre, alors qu\u2019ils apportent d\u00e9j\u00e0 une aide importante \u00e0 la Grande-Bretagne.<br \/>\n(6) Chapitre iv, p. 104.<br \/>\n(7) <em>Opus cit\u00e9<\/em>, p. 447.<br \/>\n(8) La commune natale de Jean-Marie Soutou, Bruges, dans les Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques lui a rendu hommage en 2003. \u00ab\u00a0<em>Partisan de l\u2019entente franco-allemande, europ\u00e9en convaincu. J.-M.<\/em><em>\u2005<\/em><em>Soutou ne cachait pas sa m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de la politique gaulliste.<\/em>\u00a0\u00bb Voir aussi, Georges-Henri Soutou, <em>Jean-Marie Soutou, Un diplomate engag\u00e9<\/em><em>\u2005<\/em><em>\u2013<\/em><em>\u2005<\/em><em>m\u00e9moires <\/em><em>1939-1979<\/em>, \u00c9ditions de Fallois, 2011.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Georges-Henri Soutou, Emilia Robin Hivert (dir.), L&rsquo;URSS et l\u2019Europe de 1941 \u00e0 1957, Paris, Presses de l&rsquo;universit\u00e9 Paris-Sorbonne, 2008. Deux colloques d\u2019historiens ont eu lieu en 2002 et 2005 \u00e0 Moscou pour faire le point des recherches sur les rapports entre l\u2019URSS et les pays europ\u00e9ens. 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