{"id":407,"date":"2016-12-29T12:17:43","date_gmt":"2016-12-29T11:17:43","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=407"},"modified":"2017-02-24T20:30:49","modified_gmt":"2017-02-24T19:30:49","slug":"critique-de-la-raison-europeenne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=407","title":{"rendered":"Critique de la raison europ\u00e9enne"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/matrice-union-e1483024594553.gif\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-481  alignleft\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/matrice-union.gif\" width=\"119\" height=\"179\" \/><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bernard Peloille : <em>Critique de la raison europ\u00e9enne<\/em>. I \u2013<em> La matrice de l\u2019Union europ\u00e9enne, XVIIe-XVIIIe si\u00e8cles<\/em>, Paris, Fran\u00e7ois-Xavier de Guibert, 2006.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plupart des responsables politiques fran\u00e7ais acceptent \u201cl\u2019Union europ\u00e9enne\u201d comme allant de soi, se bornant \u00e0 en souhaiter une figure plut\u00f4t qu\u2019une autre, sans jamais interroger cette pr\u00e9tendue \u00ab union \u00bb dans son principe m\u00eame.<br \/>\nDans <em>La matrice de l\u2019Union europ\u00e9enne au XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles<\/em>, premier tome d\u2019une <em>Critique de la raison europ\u00e9enne<\/em>, Bernard Peloille livre, en perspective historique, une analyse qui, \u00e0 notre connaissance, n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 engag\u00e9e, celle de la formation de l\u2019id\u00e9e d\u2019 \u201cUnion europ\u00e9enne\u201d dans son principe m\u00eame, et les enjeux sociaux et politiques qu\u2019elle a pu recouvrir et recouvre. Remontant aux projets \u00e9labor\u00e9s d\u00e8s les XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles, il met au jour leur logique commune, d\u00e9gageant la \u201cmatrice\u201d de tous les projets d\u2019union europ\u00e9enne \u00e9labor\u00e9s depuis lors, \u00e9clairant par l\u00e0 les enjeux des discours europ\u00e9istes contemporains, mais aussi l\u2019impossibilit\u00e9 historique de la r\u00e9alisation d\u2019une v\u00e9ritable \u00ab union \u00bb.<br \/>\nDans tous les cas est \u00e0 l\u2019\u0153uvre une m\u00eame \u201cmatrice\u201d qui porte \u00e0 la d\u00e9constitution des formations historiques modernes, nation et \u00c9tat. Aujourd\u2019hui comme hier, cette conjuration du progr\u00e8s historique se pr\u00e9sente aussi comme une figure de la r\u00e9gression historique de classes qui imaginent pouvoir contraindre la soci\u00e9t\u00e9 moderne \u00e0 r\u00e9actualiser des formes propres aux relations f\u00e9odales, que le d\u00e9veloppement social a d\u00e9pass\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Contexte historique d\u2019\u00e9mergence des premiers projets d\u2019union europ\u00e9enne<\/strong><br \/>\nL\u2019id\u00e9e d\u2019union europ\u00e9enne se d\u00e9veloppe lors de la p\u00e9riode de formation du capitalisme moderne, et des formes nation et \u00c9tat modernes.<br \/>\nLes premiers projets d\u2019Union europ\u00e9enne, sont formalis\u00e9s en France au XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles, en particulier celui de l\u2019Abb\u00e9 de Saint-Pierre (ou Charles Ir\u00e9n\u00e9e de Castel), le plus \u00e9labor\u00e9, paru en 1713. De profondes modifications s\u2019op\u00e8rent alors dans le mode de production. En France, la formation du capitalisme, tout \u00e0 la fois socialisant et anarchique, va de pair avec la formation des formes nation et \u00c9tat, dans leur r\u00e9alisation moderne. Le capitalisme commence \u00e0 pr\u00e9valoir sur le r\u00e9gime marchand simple. Le rapport entre capital et travail tend \u00e0 devenir pr\u00e9\u00e9minent, et \u00e0 structurer, configurer la formation sociale, en tracer les bornes. Il permet la r\u00e9alisation de ce que le r\u00e9gime marchand simple ne pouvait r\u00e9aliser, le march\u00e9 int\u00e9rieur. La manufacture est alors la figure centrale pratique de ce processus qui demande que le capital puisse s\u2019accumuler sur une grande \u00e9chelle et enr\u00f4ler sur une grande \u00e9chelle la force de travail. L\u2019argent, jusque-l\u00e0 concentr\u00e9 dans les mains des grands n\u00e9gociants, doit interrompre son cycle purement commercial pour pouvoir se convertir en facteurs de production dans les manufactures.<br \/>\nLe changement qui s\u2019op\u00e8re dans les rapports de production entra\u00eene dans son mouvement toutes les classes de la soci\u00e9t\u00e9. Le capitalisme est un r\u00e9gime d\u2019anarchie et de concurrence, mais il conf\u00e8re en m\u00eame temps un caract\u00e8re social \u00e0 la production et aux forces de travail. Le d\u00e9veloppement des forces productives et du march\u00e9 donne les conditions d\u2019une lutte de classes globale au sein de la formation sociale, et entre en contradiction avec les pratiques improductives des rentiers, du clerg\u00e9, des magistrats, de la grande noblesse, de la grande propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re et des grands agrariens. Il se heurte aux int\u00e9r\u00eats particuliers en tout genre, notamment des grands n\u00e9gociants qui d\u00e9tournent l\u2019argent de la production nationale. Il s\u2019oppose aussi aux autonomies r\u00e9gionales, aux modes corporatistes, dont les droits contrecarrent le d\u00e9veloppement manufacturier et la formation du march\u00e9 int\u00e9rieur. En outre, ce d\u00e9veloppement capitaliste en France se heurte \u00e0 celui d\u2019autres puissances, l\u2019Angleterre, la Hollande. C\u2019est sur ce terreau que les projets d\u2019union europ\u00e9enne germent et se d\u00e9veloppent.<br \/>\nLe pouvoir royal et son administration voient dans le r\u00e9gime de production de la bourgeoisie ascendante un moyen de d\u00e9velopper la richesse du royaume et d\u2019assurer sa stabilit\u00e9 int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure. Il cherche \u00e0 le favoriser en \u0153uvrant \u00e0 ses conditions de r\u00e9alisation.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Il revient \u00e0 l\u2019\u00c9tat de r\u00e9gler les conditions du march\u00e9 int\u00e9rieur, c\u2019est-\u00e0-dire assurer l\u2019existence de tous les facteurs d\u2019existence mat\u00e9rielle de l\u2019ensemble de la formation sociale, nation, comme une totalit\u00e9 \u00e9conomique et spatiale coh\u00e9rente. \u00bb (p.\u200936)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">La politique d\u2019\u00c9tat ach\u00e8ve le processus de rupture avec les formes d\u2019organisation du r\u00e9gime f\u00e9odal. Le march\u00e9 int\u00e9rieur supposant le d\u00e9passement des particularismes et autonomies \u00e9conomiques, des m\u00e9tiers et corporations, l\u2019\u00c9tat les subordonne au d\u00e9veloppement capitaliste ou les brise. Une telle politique revient \u00e0 s\u2019opposer aux groupes sociaux qui perdent, avec leur base mat\u00e9rielle, leur supr\u00e9matie, et ne s\u2019y r\u00e9signent pas.<br \/>\nLe double caract\u00e8re (social et anarchique) du r\u00e9gime capitaliste requiert de l\u2019\u00c9tat un nouveau r\u00f4le. Dans la mesure o\u00f9, en tant que r\u00e9gime \u00e9conomique, le capitalisme ne produit pas spontan\u00e9ment de formes politiques g\u00e9n\u00e9rales, c\u2019est l\u2019\u00c9tat seul qui peut imposer \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la nation, la reconnaissance du caract\u00e8re social de la production, d\u00e9passement n\u00e9cessaire des rapports pr\u00e9-capitalistes, en m\u00eame temps qu\u2019il doit pallier le mouvement anarchique du mode de production capitaliste.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Ce seraient des raisons suffisantes pour justifier l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat, du moins d\u2019un \u00c9tat soutenant le d\u00e9veloppement du capitalisme, non seulement contre l\u2019ordre f\u00e9odal mais contre lui-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire contre le libre jeu anarchique de ses propres lois. \u00bb (p. 31)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00c9tat concourt \u00e0 ce d\u00e9veloppement en favorisant la concentration de l\u2019argent dans les mains des entrepreneurs capitalistes, par la protection juridique des moyens de production manufacturiers, par le contr\u00f4le des importations (protection des productions nationales), en assurant l\u2019approvisionnement en mati\u00e8res premi\u00e8res nationales ou ext\u00e9rieures, mais aussi par la mise \u00e0 disposition d\u2019une main d\u2019\u0153uvre concentr\u00e9e. Bien que \u00ab le progr\u00e8s historique [se fasse] alors dans une effroyable douleur du peuple \u00bb, l\u2019intervention de l\u2019\u00c9tat contribue \u00e0 faire reconna\u00eetre la production sociale et \u00e0 poser le principe du soutien de cette production.<br \/>\nL\u2019\u00c9tat tend \u00e0 prendre un nouveau caract\u00e8re, apparaissant comme<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab le lieu superstructurel o\u00f9 devront se r\u00e9fracter l\u2019ensemble des conditions de la vie nationale, et qui doit en retour repr\u00e9senter \u00e0 la formations sociale les conditions m\u00eames de ses conditions d\u2019existence leurs cadres, leur projection, leur devenir \u00bb.<br \/>\n\u00ab Son r\u00f4le propre et sp\u00e9cial \u00bb est de repr\u00e9senter au capital<br \/>\n\u00ab ce qu\u2019il ne peut se repr\u00e9senter \u00e0 partir de ses conditions imm\u00e9diates : ses int\u00e9r\u00eats unifi\u00e9s d\u2019ensemble dans la formation sociale et les conditions de sa r\u00e9alisation historique \u00bb. (p. 38)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le d\u00e9veloppement capitaliste entra\u00eene dans son mouvement toutes les classes, ce qui porte \u00e0 faire passer les affaires publiques du ressort exclusif du monarque \u00e0 celui de toute la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019\u00c9tat peut se poser comme force concentr\u00e9e et organis\u00e9e des rapports sociaux, la figure d\u2019une volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale exprimant le d\u00e9veloppement historiquement progressif du capitalisme. Il est la forme politique de cette soci\u00e9t\u00e9. Il se socialise. Il n\u2019est plus l\u2019\u00c9tat du prince, mais l\u2019\u00c9tat que se donne la soci\u00e9t\u00e9, sous la figure de la monarchie absolue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019union europ\u00e9enne contre l\u2019affermissement de la souverainet\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et de la nation<\/strong><br \/>\nSous la figure de la monarchie absolue, la cat\u00e9gorie de souverainet\u00e9 trouve les conditions pour se r\u00e9aliser comme souverainet\u00e9 de la formation nationale. Comme \u00ab qualit\u00e9 et pratique nationale \u00bb, elle est \u00ab ce qui donne l\u2019\u00eatre et la forme \u00e0 l\u2019\u00c9tat \u00bb, et par l\u00e0 \u00ab l\u2019\u00eatre et la forme du corps politique \u00bb. Le corps politique n\u2019est pas en l\u2019occurrence un pur \u00eatre abstrait, une cr\u00e9ation ex-nihilo, et s\u2019il peut se former, c\u2019est sur l\u2019\u00eatre objectif qu\u2019est le corps social constitu\u00e9 par les classes du peuple. Les formations nation et \u00c9tat, produits du d\u00e9veloppement historique et reconnaissance des conditions du d\u00e9veloppement social, sont aussi le cadre n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation du peuple et \u00e0 la possibilit\u00e9 de l\u2019exercice de sa souverainet\u00e9. Leur n\u00e9gation contredit cette possibilit\u00e9.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Ainsi le peuple cr\u00e9e les conditions de la souverainet\u00e9, et la souverainet\u00e9 doit lui donner une \u00e2me \u00bb. (p. 40)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces caract\u00e8res de l\u2019\u00c9tat moderne ne sont pas pour autant pleinement reconnus par un \u00c9tat concret \u00ab qui s\u2019exonde du monde f\u00e9odal \u00bb. La repr\u00e9sentation du \u00ab nouveau \u00bb qu\u2019il donne sous la forme de la monarchie absolue est encore marqu\u00e9e d\u2019empreintes du monde f\u00e9odal, dont il s\u2019arrache. Cette repr\u00e9sentation participe pourtant \u00ab du progr\u00e8s historique d\u2019institution du peuple en corps politique et par cons\u00e9quent en souverain \u00bb. Les d\u00e9tracteurs du r\u00f4le nouveau que prend l\u2019\u00c9tat, et du principe m\u00eame de souverainet\u00e9, ne manquent pas pour autant de parer leur opposition fonci\u00e8re de vertus \u00ab d\u00e9mocratiques \u00bb, afin de dissimuler leurs vis\u00e9es r\u00e9gressives \u00e0 coups d\u2019arguments contre la \u00ab tyrannie \u00bb absolutiste.<br \/>\nLa formation des structures politiques qui accompagnent l\u2019\u00e9mergence du \u00ab nouveau\u2009\u00bb donnent lieu \u00e0 des th\u00e9orisations successives. Bernard Peloille met en relief le r\u00f4le de ces \u201ctr\u00e9sors\u201d de la pens\u00e9e politique. La capacit\u00e9 \u00e0 se projeter des conditions du monde pr\u00e9sent vers celles de l\u2019\u00e0 venir, telle que la posent nombre d\u2019auteurs, dont bien des noms \u00e9taient tomb\u00e9s aux oubliettes, donne \u00e0 voir toute la richesse des concepts en formation. Pour nos contemporains submerg\u00e9s par un oc\u00e9an de th\u00e8ses r\u00e9gressives, de st\u00e9r\u00e9otypes, de manifestations d\u2019une vie politique d\u00e9faite, cette \u00e9vocation ajoute \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat principal de cette partie de l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les projets d\u2019union europ\u00e9enne en appui \u00e0 la lutte des classes r\u00e9trogrades<\/strong><br \/>\nOn con\u00e7oit que les classes attach\u00e9es ou b\u00e9n\u00e9ficiant de l\u2019ordre f\u00e9odal, \u00e9vinc\u00e9es par l\u2019\u00e9mergence de nouvelles classes et rapports sociaux, hostiles aux id\u00e9es nouvelles et menac\u00e9es par ce nouveau r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat, ne se r\u00e9signent pas \u00e0 assister \u00e0 la perte de leur supr\u00e9matie, qui pr\u00e9lude \u00e0 leur extinction historique. Dans le cadre de cette lutte de classes, elles produisent des th\u00e8ses visant \u00e0 l\u00e9gitimer leur pratique sociale r\u00e9gressive.<br \/>\nSi l\u2019on pose la souverainet\u00e9 comme cl\u00e9 de vo\u00fbte de la formation du corps politique, qui en fait une forme aboutie, le postulat de base des projets d\u2019union europ\u00e9enne, qui promeut la n\u00e9gation des formations politiques modernes, se pr\u00e9sente comme un non-sens logique, non sens sur lequel sont b\u00e2tis, en construction invers\u00e9e, ces divers projets, et plus particuli\u00e8rement celui d\u2019Ir\u00e9n\u00e9e de Castel, abb\u00e9 de Saint-Pierre, qui s\u2019inscrit dans le cadre de ce combat. Celui-ci envisage en effet de priver de leur souverainet\u00e9 les formations nationales et \u00e9tatiques constitu\u00e9es, de les dissoudre dans une \u00ab union \u00bb qui pr\u00e9vaudrait sur elles. Pour ne pas effaroucher les candidats \u00e0 une telle \u00ab union \u00bb, il les r\u00e9pute cependant souverains.<br \/>\nBernard Peloille fait \u00e9tat de l\u2019argumentaire du projet qui r\u00e9duit \u00e0 n\u00e9ant cette pseudo reconnaissance des souverainet\u00e9s. L\u2019Union europ\u00e9enne projet\u00e9e retire en effet aux formations constitu\u00e9es le pouvoir de dire et casser la loi, de d\u00e9cider de la guerre et de la paix, marques essentielles de la souverainet\u00e9. Les formations nationales sont plac\u00e9es sous la tutelle de \u00ab l\u2019Union \u00bb, sous son contr\u00f4le administratif et financier, elle peut s\u2019ing\u00e9rer sans r\u00e9serve dans leur administration int\u00e9rieure, les priver de leurs biens, et m\u00eame de leurs sujets. L\u2019enr\u00f4lement dans l\u2019union est d\u00e9finitif, de sorte qu\u2019aucune formation ne peut s\u2019en retirer, sous peine de se voir contrainte par la force arm\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00ab L\u2019union europ\u00e9enne \u00bb comme logique de r\u00e9gression vers des formes f\u00e9odales et barbares<\/strong><br \/>\nEn privant les formations \u00e9tatiques constitu\u00e9es de leur souverainet\u00e9, l\u2019Union europ\u00e9enne prive le corps politique des nations de leur forme et de leur \u00e2me. Comme le met en \u00e9vidence l\u2019auteur, une \u00ab union \u00bb ne peut exister qu\u2019entre des \u00eatres singuliers, existant par eux-m\u00eames, form\u00e9s, et ce principe est vrai pour les nations et les \u00c9tats autant que pour les personnes en tant qu\u2019individus. En postulant la dissolution des nations et des \u00c9tats modernes historiquement form\u00e9s, \u00ab l\u2019union europ\u00e9enne \u00bb ne peut elle-m\u00eame avoir de forme, de v\u00e9ritable constitution. Elle ne peut par cons\u00e9quent \u00eatre une \u00ab union \u00bb, mais seulement un agr\u00e9gat, informe. Informe, car n\u2019\u00e9tant pas la formation politique d\u2019un corps social, ce qui ne se fait pas par d\u00e9cret, l\u2019\u00ab union europ\u00e9enne \u00bb ne peut pas \u00eatre \u00e0 proprement parler \u00ab souveraine \u00bb (1).<br \/>\nLa question est alors\u2009: \u00e0 quoi peut ressembler l\u2019\u00c9tat d\u2019un tel groupement, si on l\u2019examine au regard de l\u2019\u00c9tat moderne, que le projet d\u2019union europ\u00e9enne pr\u00e9tend dissoudre et remplacer. Dans un tel groupement fond\u00e9 sur l\u2019oppression de ses membres, oppression engendrant leur r\u00e9sistance, l\u2019autorit\u00e9 publique est n\u00e9cessairement conduite \u00e0 se poser comme une bureaucratie. En outre, si la r\u00e9bellion d\u2019un \u00c9tat voulant quitter l\u2019Union, doit \u00eatre, selon le projet de l\u2019Abb\u00e9, ch\u00e2ti\u00e9e par elle, la r\u00e9bellion peut au contraire \u00eatre encourag\u00e9e lorsqu\u2019il s\u2019agit de la s\u00e9cession d\u2019une partie de cet \u00c9tat, par exemple d\u2019une \u00ab Province \u00bb, par l\u00e0 m\u00eame ressuscit\u00e9e. Une formation politique qui reconna\u00eet en m\u00eame temps plusieurs r\u00e8gles, c\u2019est la cons\u00e9cration de l\u2019anarchie.<br \/>\nCette conception s\u2019oppose au principe de souverainet\u00e9, tel que le d\u00e9finissait d\u00e9j\u00e0 Bodin au XVIe si\u00e8cle, principe qui r\u00e9cuse que la soci\u00e9t\u00e9 soit soumise au principe des rapports de force spontan\u00e9s s\u2019imposant \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9, malgr\u00e9 elle. la conception qui d\u00e9nie le principe de souverainet\u00e9 des nations s\u2019oppose aussi au principe de l\u2019\u00c9tat politique moderne, qui, dans des conditions historiques donn\u00e9es, permet une repr\u00e9sentation des contradictions de la soci\u00e9t\u00e9, en vue de les surmonter ou les r\u00e9soudre, de fa\u00e7on civilis\u00e9e, afin de conserver cette soci\u00e9t\u00e9 dans des formes stables et r\u00e9gl\u00e9es.<br \/>\nB\u00e2ti sur le d\u00e9ni des formes politiques et du principe de souverainet\u00e9, le projet se r\u00e9v\u00e8le construction imaginaire et, mettant en \u00e9vidence cet effondrement logique, Bernard Peloille, en d\u00e9gage le principe r\u00e9gressif. Loin de r\u00e9gler les contradictions entre les protagonistes sociaux, \u00ab l\u2019informit\u00e9 \u00bb de l\u2019Union ne peut qu\u2019en \u00e9largir l\u2019\u00e9chelle. N\u2019ayant pas de forme propre, l\u2019Union n\u2019a pas de fronti\u00e8res rationnelles,<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab elle est l\u00e0 o\u00f9 elle dit qu\u2019elle veut et doit \u00eatre, vou\u00e9e \u00e0 l\u2019expansion permanente, elle est illimit\u00e9e \u00bb, \u00ab informe et illimit\u00e9e par nature et par destination, elle est donc en \u00e9tat de guerre permanent par nature et par destination \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sa seule limite est la rencontre d\u2019une puissance \u00e9gale ou sup\u00e9rieure.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Cet \u00e9tat de guerre permanent entre puissances est puissanciation de l\u2019\u00e9tat de guerre entre les hommes singuliers au sein des formations sociales. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019Abb\u00e9 de Saint-Pierre oppose aux formations nation et \u00c9tat une forme r\u00e9trogressive, f\u00e9d\u00e9rative imp\u00e9riale, fond\u00e9e sur les formes ante-nationales et ante-\u00e9tatiques, propres au monde f\u00e9odal et semi-barbare. Il en cherche le mod\u00e8le et le trouve logiquement dans l\u2019Empire germanique. Son Projet s\u2019inscrit dans un courant de pens\u00e9e plus g\u00e9n\u00e9ral d\u2019opposition \u00e0 ce que l\u2019on peut consid\u00e9rer d\u2019un point de vue historique comme progr\u00e8s.<br \/>\nLa n\u00e9gation de la souverainet\u00e9, de la nation et de l\u2019\u00c9tat modernes, sont l\u2019expression en id\u00e9e d\u2019une lutte de classe historique plus globale, celle de forces li\u00e9es au monde f\u00e9odal, en alliance parfois avec des fractions de la bourgeoisie qui sont en symbiose avec l\u2019ancien ordre social des choses. Les id\u00e9es des Saint Simon, Jurieu, F\u00e9nelon, Boulainvilliers, en sont des t\u00e9moignages. Ces auteurs l\u00e9gitiment leurs projets de d\u00e9constitution des formations politiques modernes, en faisant \u00e9tat des d\u00e9fauts propres \u00e0 la monarchie absolue, ce qui n\u2019est pas sans rappeler des proc\u00e9d\u00e9s contemporains. Ils peuvent aussi invoquer, tel Castel, un pr\u00e9tendu souci de \u00ab paix \u00bb europ\u00e9enne. A l\u2019arri\u00e8re plan des d\u00e9nonciations de la \u201ctyrannie\u201d de la monarchie absolue, \u00e0 travers la figure du monarque absolu est vis\u00e9 le principe m\u00eame de la souverainet\u00e9, de la formation d\u2019une unit\u00e9 nationale, et du nouveau r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat.<br \/>\nToutefois, le v\u00e9ritable ressort du combat contre la \u201ctyrannie\u201d de la monarchie absolue, se fonde sur l\u2019opposition de groupes sociaux qui, perdant la pr\u00e9\u00e9minence, ne peuvent esp\u00e9rer la sauvegarder ou la faire revivre dans les formes modernes, souverainet\u00e9, nation et \u00c9tat qui se constituent. Derri\u00e8re l\u2019\u00e9loge des \u00ab assembl\u00e9es \u00bb contre l\u2019arbitraire, derri\u00e8re la peinture id\u00e9alis\u00e9e de temps anciens contre la mis\u00e8re actuelle du royaume, derri\u00e8re la critique des \u201cparvenus\u201d, c\u2019est le d\u00e9ni du r\u00f4le des producteurs et du d\u00e9veloppement des forces productives qui s\u2019exprime, le refus de la transformation des rapports sociaux, l\u2019opposition aux formes politiques qui en sont la reconnaissance, et battent en br\u00e8che les formes f\u00e9odales.<br \/>\nDans la lutte de classes globale intense qui se d\u00e9roule au cours de toute la p\u00e9riode historique, la d\u00e9fense des privil\u00e8ges de la noblesse et des groupes sociaux \u00e9vinc\u00e9s suscite ainsi au sein du monde moderne, la floraison de courants d\u2019id\u00e9es visant \u00e0 restaurer les rapports du monde f\u00e9odal et barbare. Il s\u2019agit de redonner vie \u00e0 des groupements ante-sociaux, communautaires, de d\u00e9pendance personnelle, sans m\u00e9diation, sans objectivation, redonner vie \u00e0 la supr\u00e9matie aristocratique ou militaire \u00ab dans laquelle les hommes d\u00e9pendent du ma\u00eetre, du chef, du seigneur, qui les poss\u00e8dent comme leur chose \u00bb.<br \/>\nUne fois pos\u00e9, le principe de r\u00e9gression est sans limites, il se prolonge jusqu\u2019aux formes les plus primitives de tribus, de clans, d\u2019ethnies. L\u2019apologie des formes barbares n\u2019est pas tir\u00e9e par leurs auteurs des conditions du d\u00e9veloppement de la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9elle, d\u2019une analyse du d\u00e9veloppement historique, mais \u00e9labor\u00e9e comme inverse des formes sociales et politiques en formation. Ne pouvant se justifier ni par l\u2019\u00e9tat r\u00e9el de la soci\u00e9t\u00e9, ni par des processus historiques pass\u00e9s ou \u00e0 venir, la r\u00e9gression doit trouver sa l\u00e9gitimation hors du monde de la soci\u00e9t\u00e9, dans le monde de la \u00ab nature naturelle \u00bb. C\u2019est un renversement par lequel le d\u00e9veloppement moderne et les formations r\u00e9sultant de l\u2019activit\u00e9 humaine, apparaissent comme une rupture et une r\u00e9gression par rapport \u00e0 un \u00e9tat ant\u00e9rieur, \u00e0 ce qui serait le cours naturel des choses. Cette forme \u00ab naturelle \u00bb, se pr\u00e9sente comme victime de la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab artificielle \u00bb, et se projette dans un imaginaire qui se construit en une inversion de tout ce qui est reproch\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Ainsi Boulainvilliers loue les Francs s\u00e9dentaris\u00e9s, \u00ab \u00e9gaux \u00bb et \u00ab propri\u00e9taires \u00bb.<br \/>\nQuel est le principe et la mesure de leur \u00e9galit\u00e9 et communaut\u00e9 de biens ? La force. Qu\u2019est-ce qui r\u00e8gle le partage ? La volont\u00e9 du chef, qui n\u2019a rien \u00e0 demander \u00e0 sa multitude.<br \/>\nLa communaut\u00e9 de biens ici \u00e9voqu\u00e9e repose en fait sur le pillage et la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9tendre sans cesse l\u2019espace communautaire, une telle extension ne pouvant par cons\u00e9quent avoir de bornes rationnelles. L\u2019exaltation de la communaut\u00e9 (des biens pill\u00e9s) n\u2019est autre que l\u2019apologie de la possession, d\u2019un en de\u00e7\u00e0 de la propri\u00e9t\u00e9, qui, l\u00e0 encore, s\u2019oppose \u00e0 la formation d\u2019un corps social, et d\u2019un corps politique.<br \/>\nDans la promotion de la r\u00e9trogression, le germanique Herder est plus syst\u00e9matique.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Des forces humaines vivantes sont le ressort de l\u2019histoire humaine et comme l\u2019homme tire son origine d\u2019une lign\u00e9e, sa complexion, son \u00e9ducation et sa fa\u00e7on de penser sont par l\u00e0 m\u00eame g\u00e9n\u00e9tiques. \u00bb<br \/>\n\u00ab La sant\u00e9 et la dur\u00e9e d\u2019un \u00c9tat ne repose pas sur l\u2019apog\u00e9e de sa civilisation, mais sur le sage et heureux \u00e9quilibre de ses forces organiques agissantes. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque \u00e9poque historique ant\u00e9rieure portant le p\u00e9ch\u00e9 d\u2019avoir conduit \u00e0 la suivante, jusqu\u2019aux formes sociales et politiques modernes, Herder semble rechercher le \u00ab point de r\u00e9gression ind\u00e9passable \u00bb, \u00ab l\u2019homme vrai \u00bb qu\u2019il identifie express\u00e9ment \u00e0 la figure du barbare, sp\u00e9cialement du Germain, tribal et pratiquement sauvage, qu\u2019il l\u00e9gitime comme figure inverse de l\u2019institution de l\u2019homme citoyen.<br \/>\nEt ce qui d\u00e9termine l\u2019homme citoyen, ce qui lui revient en propre, hors du mouvement involontaire de la \u00ab nature \u00bb, indique l\u2019auteur de la Matrice de l\u2019Union, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00ab sa propre production et ses rapports sociaux \u00bb. \u00ab L\u2019homme vrai \u00bb de Herder \u00e0 l\u2019inverse est \u00ab d\u00e9termin\u00e9 par ce qui n\u2019est pas proprement humain, par son \u00e9tat naturel \u00bb. Autrement dit, il est ind\u00e9termin\u00e9 en tant qu\u2019homme, oppos\u00e9 \u00e0 \u00ab l\u2019homme construit, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019homme d\u00e9termin\u00e9, instruit, institu\u00e9 \u00bb.<br \/>\n\u00ab La force qui pense et qui agit en moi est par nature aussi \u00e9ternelle que celle qui maintient assembl\u00e9s les soleils et les \u00e9toiles \u00bb \u00e9crit Herder.<br \/>\n\u00ab L\u2019homme vrai \u00bb de Herder est m\u00fb par un destin, il est le jouet d\u2019une force immanente, un \u00ab \u00e7a \u00bb qui \u00ab pense et agit \u00bb en lui. Il n\u2019est donc pas responsable de ses actes. Il est \u00ab libre \u00bb, comme le sanglier dans la for\u00eat, d\u00e9termin\u00e9 par son biotope. Il ne transforme pas les conditions mat\u00e9rielles d\u2019existence que lui donne le milieu naturel. Il ne d\u00e9veloppe pas les forces productives, il confisque celles des autres : cette \u00ab libert\u00e9 \u00bb n\u2019est que pillage et asservissement d\u2019autrui. C\u2019est le d\u00e9veloppement de la force, et non de la construction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9e, qui est l\u2019objet du discours de Herder. Son \u00ab homme vrai \u00bb n\u2019est pas libre, la libert\u00e9 \u00e9tant tout \u00e0 la fois \u00ab l\u2019acceptation volontaire de la n\u00e9cessit\u00e9 de la d\u00e9termination ext\u00e9rieure \u00e0 soi-m\u00eame \u00bb, et sur cette base la possibilit\u00e9 pour les hommes d\u2019agir sur ce qui d\u00e9pend de l\u2019homme, qui suppose intellection, conscience, pratique humaine se r\u00e9alisant entre libert\u00e9 et n\u00e9cessit\u00e9.<br \/>\nLa conception de la d\u00e9terminit\u00e9 \u00ab naturelle \u00bb des hommes et des groupements humains, telle que la pose Herder, transpos\u00e9e dans les conditions de l\u2019\u00e9poque moderne, conduit \u00e0 figurer l\u2019oxymoron d\u2019un \u00c9tat non politique. Pour l\u2019homme libre \u00ab naturel \u00bb et \u00ab vrai \u00bb, la force vitale des rapports naturels, la force organique, pr\u00e9vaut sur la figure de l\u2019\u00c9tat, produit de rapports humains construits, cette force vitale pr\u00e9vaut aussi sur toute forme humainement construite. En revanche, une telle conception ne s\u2019oppose pas \u00e0 \u00ab l\u2019appareillage \u00bb des \u00c9tats, aux institutions bureaucratiques et de contrainte, de force arm\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans son introduction, qui pr\u00e9sente l\u2019ensemble des trois livres de sa Critique de la raison europ\u00e9enne, Bernard Peloille nous donne \u00e0 voir l\u2019enjeu des projets d\u2019union europ\u00e9enne, comme expression de l\u2019incapacit\u00e9 des r\u00e9gimes anciens \u00e0 produire leur propre d\u00e9passement. Les groupes sociaux, ou les puissances, dont la supr\u00e9matie ou l\u2019existence n\u2019ont pu s\u2019\u00e9manciper de leur gangue f\u00e9odale, se cabrent devant le progr\u00e8s historique, n\u2019esp\u00e9rant une issue qu\u2019en coulant le monde moderne dans des formes historiquement archa\u00efques. Une cl\u00e9 est ainsi donn\u00e9e pour comprendre les enjeux contemporains de la \u201cconstruction\u201d d\u2019une pseudo \u00ab union \u00bb europ\u00e9enne, en tant qu\u2019elle ne peut \u00eatre que la n\u00e9gation des formes politiques modernes\u2009: souverainet\u00e9, nation, \u00c9tat. Cette \u201cconstruction\u201d va de pair avec les tentatives de faire r\u00e9gresser les peuples vers des Empires pr\u00e9-moyenn\u00e2geux, des formes communautaires, tribales.<br \/>\nCe qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9tat de projets au XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles, se pose comme tentative de r\u00e9alisation pratique deux si\u00e8cles plus tard. Parce que la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, une fois \u00e9puis\u00e9 son \u00e9lan r\u00e9volutionnaire, d\u00e9faille \u00e0 assurer l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, et ne peut, lorsque ses antagonismes se manifestent, accomplir l\u2019\u00c9tat moderne autrement que contre la soci\u00e9t\u00e9. Ce \u00ab d\u00e9faut cach\u00e9 \u00bb de l\u2019\u00c9tat bourgeois, pour reprendre la formulation de Marx, permet sans doute de rendre compte du fait que le projet d\u2019Union europ\u00e9enne de Castel n\u2019appara\u00eet pas comme un corps d\u2019id\u00e9es propres \u00e0 des si\u00e8cles r\u00e9volus, mais bien comme la \u00ab matrice \u00bb de projets et de pratiques singuli\u00e8rement contemporains (2).<br \/>\nOn attend avec impatience les deux Livres suivants de l\u2019ouvrage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>NOTE<\/strong><br \/>\n(1)\u2002On peut seulement envisager qu\u2019en raison de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 de d\u00e9veloppement entre puissances agr\u00e9g\u00e9es, se d\u00e9gage une puissance h\u00e9g\u00e9moniste, captant \u00e0 son profit la \u00ab souverainet\u00e9 \u00bb des autres, ou plut\u00f4t leur d\u00e9faut de souverainet\u00e9. Pour autant cette puissance ne saurait \u00eatre vraiment souveraine, puisque lui fait d\u00e9faut la formation historique d\u2019un corps politique propre.<br \/>\n(2)\u2002A noter que pour les divers projets, comme les tentatives de r\u00e9alisation, le caract\u00e8re r\u00e9gressif se r\u00e9v\u00e8le proportionnel \u00e0 l\u2019immaturit\u00e9, la faiblesse, la d\u00e9sinstitution des formes nation et \u00c9tat auxquelles ils s\u2019opposent.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bernard Peloille : Critique de la raison europ\u00e9enne. I \u2013 La matrice de l\u2019Union europ\u00e9enne, XVIIe-XVIIIe si\u00e8cles, Paris, Fran\u00e7ois-Xavier de Guibert, 2006. La plupart des responsables politiques fran\u00e7ais acceptent \u201cl\u2019Union europ\u00e9enne\u201d comme allant de soi, se bornant \u00e0 en souhaiter une figure plut\u00f4t qu\u2019une autre, sans jamais interroger cette pr\u00e9tendue \u00ab union \u00bb dans son [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[143],"tags":[158,145],"class_list":["post-407","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recensions","tag-abbe-de-saint-pierre","tag-europe"],"jetpack_featured_media_url":"","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/407","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=407"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/407\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":719,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/407\/revisions\/719"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=407"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=407"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lunipop.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=407"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}