{"id":358,"date":"2016-12-26T15:59:37","date_gmt":"2016-12-26T14:59:37","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=358"},"modified":"2016-12-26T15:59:37","modified_gmt":"2016-12-26T14:59:37","slug":"sorienter-en-politique-5-sorienter-au-regard-du-possible","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=358","title":{"rendered":"S&rsquo;orienter en politique. 5. S\u2019orienter au regard du possible"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>En pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019expos\u00e9, des questions pr\u00e9paratoires pour les participants :<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Comment peut-on savoir ce qu\u2019il est possible de r\u00e9aliser ?<br \/>\n\u2014 En g\u00e9n\u00e9ral (dans la vie individuelle et\/ou professionnelle) ?<br \/>\n\u2014 Dans la soci\u00e9t\u00e9 ?<br \/>\nNoter comment chacun proc\u00e8de effectivement quand il est confront\u00e9 \u00e0 ces questions (chercher des exemples).<br \/>\nEventuellement, se demander comment il faudrait proc\u00e9der pour mieux savoir ce qui est possible (dans l\u2019imm\u00e9diat et dans l\u2019histoire).<br \/>\nR\u00e9fl\u00e9chir aux difficult\u00e9s personnelles rencontr\u00e9es pour r\u00e9pondre \u00e0 ces questions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>PLAN<\/strong><br \/>\n\u2014 Analyse de la question<br \/>\n\u2014 Les deux facteurs du possible. D\u00e9terminisme et libert\u00e9<br \/>\nNotions : Possible, N\u00e9cessaire, Contingent, Hasard, D\u00e9terminisme absolu, Finalit\u00e9, Orientation<br \/>\n\u2014 Comment concilier d\u00e9terminisme et libert\u00e9 pour les hommes de s\u2019orienter ?<br \/>\n\u2014 La politique comme domaine d\u2019un possible humain<br \/>\n\u2014 Le subjectivisme en politique : ne poser que ce que \u201dl\u2019on veut\u201d<br \/>\n\u2014 La difficult\u00e9 de poser le possible en mati\u00e8re historique<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\nLa question pos\u00e9e aux participants pour ce troisi\u00e8me jour \u00e9tait : \u00ab Comment peut-on savoir ce qu\u2019il est possible de r\u00e9aliser \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Analyse de la question<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne va pas reprendre tous les termes da la question, mais s\u2019interroger sur les mots possible et r\u00e9aliser.<br \/>\nPossible est de m\u00eame racine latine que pouvoir (potere) : ce que l\u2019on peut, le contraire, c\u2019est \u00eatre impotent = celui qui ne peut pas. Possible est form\u00e9 d\u2019apr\u00e8s l\u2019adjectif possibilum (d\u2019apr\u00e8s l\u2019infinitif du verbe pouvoir : posse), le contraire, c\u2019est l\u2019impossible = ce qu\u2019on ne peut r\u00e9aliser, mais qu\u2019on peut \u00e0 la limite poser.<br \/>\nLe mot r\u00e9aliser maintenant. Il est de la m\u00eame famille que r\u00e9alit\u00e9. R\u00e9aliser, c\u2019est rendre le possible r\u00e9el.<br \/>\nLa question \u00ab savoir ce qu\u2019il est possible de r\u00e9aliser \u00bb rejoint d\u2019une certaine fa\u00e7on, et d\u2019une certaine fa\u00e7on seulement, la question de Kant : \u00ab que puis-je esp\u00e9rer \u00bb (1) ? avec pour compl\u00e9ment comment rendre r\u00e9el ce que je peux esp\u00e9rer.<br \/>\nDonc le possible c\u2019est ce que l\u2019on peut, qui dans certaines conditions peut co\u00efncider avec ce que l\u2019on veut, si ce que l\u2019on veut est dans les limites de ce qui est objectivement possible.<br \/>\nLe possible se pose en relation avec le n\u00e9cessaire, le d\u00e9termin\u00e9, mais aussi avec ce qui est possible par libert\u00e9. L\u2019orientation de l\u2019action, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui est possible par libert\u00e9. La question du possible n\u2019exclut pas ainsi la volont\u00e9 humaine, l\u2019orientation de la pratique dans une direction, vers un but.<br \/>\nCe que l\u2019un des participants a ainsi r\u00e9sum\u00e9 :<br \/>\n\u00ab Un possible peut se r\u00e9aliser socialement si des conditions (objectives) le permettent, et que ces m\u00eames conditions sont orient\u00e9es socialement et politiquement. \u00bb<br \/>\nLe rapport entre l\u2019orientation de l\u2019action par la volont\u00e9 humaine et le possible objectif dans la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est ce que Bodin exprimait ainsi :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\u00ab Bonheur : pouvoir ce que l\u2019on veut \u00bb.<br \/>\n\u00ab Grandeur : vouloir ce que l\u2019on peut \u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\nDe par sa libert\u00e9 et sa pratique, l\u2019homme ne peut vouloir que dans le domaine du possible. Mais si une partie du possible est d\u00e9j\u00e0, ne serait-ce qu\u2019en germe, dans la r\u00e9alit\u00e9 (qu\u2019on peut donc travailler \u00e0 la conna\u00eetre), une autre partie d\u00e9pend du possible par libert\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de la pratique des hommes.<br \/>\nLa question du possible se pose ainsi en relation avec ce qui d\u00e9termine ext\u00e9rieurement les actions humaines, mais aussi avec des orientations, des choix (qui peuvent aller ou non vers le bien et le juste). Donc la question du possible rejoint d\u2019une certaine fa\u00e7on celle de la connaissance de la r\u00e9alit\u00e9, mais aussi, d\u2019une certaine fa\u00e7on, le probl\u00e8me de la d\u00e9finition de ce qui est juste. Et il n\u2019est pas possible d\u2019esp\u00e9rer le bien, le bien commun, si on ne pose pas le postulat d\u2019une possible orientation des hommes, ou des peuples, vers le bien et de la soci\u00e9t\u00e9 vers le progr\u00e8s.<br \/>\nEn r\u00e9sum\u00e9, la question du possible conduit \u00e0 se pr\u00e9occuper \u00e0 la fois de ce qui concerne la connaissance de la r\u00e9alit\u00e9 (ce qui est possible objectivement), et des orientations que les hommes peuvent projeter (notamment historiquement, pour une classe sociale donn\u00e9e), c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ce qui ressort de la volont\u00e9 humaine.<br \/>\nDeux donn\u00e9es sont de la sorte \u00e0 consid\u00e9rer : ce qui est possible du point de vue des conditions objectives, et, ce qui est possible par libert\u00e9. Ce qui r\u00e9unit les questions des deux premiers jours, autour de la connaissance de la r\u00e9alit\u00e9, et de l\u2019orientation vers un bien commun.<br \/>\nLa question du possible est intimement li\u00e9e \u00e0 la politique, \u00e0 la fois comme connaissance, science, et comme pratique. Tout comme le travail de transformation de la nature, la politique, qui traite de la transformation de la soci\u00e9t\u00e9, rel\u00e8ve du pouvoir humain (de ce que les hommes peuvent). Et comme tout art humain, la politique comprend deux versants, th\u00e9orie et pratique : \u2014 la connaissance de la r\u00e9alit\u00e9 et du possible, c\u2019est-\u00e0-dire la th\u00e9orie politique, et, \u2014 la pratique, conduite en fonction de cette connaissance et d\u2019une orientation consciente. Il faut donc ici savoir s\u2019orienter sur les deux plans : celui de la connaissance de la r\u00e9alit\u00e9, et de savoir ce qu\u2019il est juste de viser. Et comme pour les questions pr\u00e9c\u00e9dentes, s\u2019orienter sur ces deux plans suppose que l\u2019on fasse usage de sa raison (sp\u00e9culative et morale pratique).<br \/>\nAvant d\u2019approfondir la question, on va proposer une synth\u00e8se des r\u00e9ponses qui ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es par les participants, et les probl\u00e8mes que l\u2019on peut soulever \u00e0 ce propos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les deux facteurs du possible. D\u00e9terminisme et libert\u00e9<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les r\u00e9ponses, deux aspects du possible ont \u00e9t\u00e9 abord\u00e9s : la question de la connaissance : \u00ab comment savoir ce qui est possible dans la r\u00e9alit\u00e9 objective, ind\u00e9pendante de nous \u00bb, et la question de l\u2019orientation : \u00ab comment viser ce qui est juste \u00bb.<br \/>\nA propos de la vie individuelle, ces deux aspects ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9s, mais pas toujours distingu\u00e9s :<br \/>\n\u2014 S\u2019agissant de la n\u00e9cessit\u00e9 de conna\u00eetre le possible dans son c\u00f4t\u00e9 objectif : sont mentionn\u00e9es \u00e0 peu pr\u00e8s des m\u00eames choses qu\u2019\u00e0 propos de la question concernant le processus de la connaissance : \u00ab n\u00e9cessit\u00e9 de conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb, de \u00ab voir la situation objective \u00bb, de \u00ab partir des conditions, de l\u2019existant \u00bb, mais aussi de \u00ab tenir compte des obstacles \u00bb, des \u00ab aspects non ma\u00eetrisables \u00bb, des \u00ab conditions de faisabilit\u00e9 \u00bb, etc.<br \/>\n\u2014 L\u2019autre aspect, ce qui d\u00e9pend de la volont\u00e9 et de la pratique humaine, ce qui est possible par libert\u00e9, a aussi \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9, avec la mention des buts vis\u00e9s : \u00ab se donner des objectifs \u00e0 r\u00e9aliser \u00bb, \u00ab avoir une id\u00e9e claire du but \u00e0 atteindre \u00bb, \u00ab servir un but \u00bb.<br \/>\nQuelques-uns pr\u00e9cisent qu\u2019il faut distinguer entre le possible et sa r\u00e9alisation, sans indiquer toutefois le maillon qui fait passer de la connaissance \u00e0 la r\u00e9alisation du but.<br \/>\n\u2014 Le possible et le r\u00e9alisable sont parfois distingu\u00e9s, mais il s\u2019agit en fait de notions voisines : le possible est par d\u00e9finition r\u00e9alisable, ce qui ne veut pas dire qu\u2019il soit r\u00e9alis\u00e9. Pour cela, il faut la volont\u00e9 et la pratique qui va avec.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a les trois \u00e9tapes :<br \/>\n\u2014 le possible en puissance<br \/>\n\u2014 le possible en acte (en train de se r\u00e9aliser)<br \/>\n\u2014 le possible r\u00e9alis\u00e9 (devenu r\u00e9alit\u00e9).<br \/>\n[A noter que dans le possible en acte, la pratique humaine (orient\u00e9e) joue un r\u00f4le d\u00e9cisif, au sens \u201cpragmatique\u201d comme au sens \u201dmoral\u201d. Mais le possible en acte peut ne pas \u00eatre men\u00e9 \u00e0 terme, le processus peut avorter et par cons\u00e9quent le possible en puissance n\u2019aboutit pas toujours \u00e0 une r\u00e9alisation.]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 A propos de ce qui est possible pour la soci\u00e9t\u00e9, la n\u00e9cessit\u00e9 de suivre des orientations, de s\u2019assigner des buts, ressort davantage, qu\u2019\u00e0 propos de la conduite individuelle. Toutefois, la distinction entre ce qui d\u00e9pend de la volont\u00e9 humaine et ce qui d\u00e9pend des conditions objectives (involontaires), n\u2019est pas toujours \u00e9tablie. Les deux aspects sont plus ou moins entrem\u00eal\u00e9s.<br \/>\n\u2014 Comme pour la question pos\u00e9e \u00e0 propos du premier chapitre, il est parl\u00e9 de la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab conna\u00eetre les d\u00e9terminations objectives \u00bb, les \u00ab conditions r\u00e9elles, sociales, \u00e9conomiques, politiques \u00bb, \u00ab faire l\u2019analyse concr\u00e8te \u00bb, etc. Une mention particuli\u00e8re est port\u00e9e \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab conna\u00eetre le contexte historique \u00bb, \u00ab l\u2019exp\u00e9rience historique \u00bb (\u00ab voir ce qui a \u00e9t\u00e9 possible dans l\u2019histoire \u00bb, \u00ab voir d\u2019o\u00f9 l\u2019on part \u00bb, \u00ab ce qui se d\u00e9veloppe \u00bb, mais aussi \u00ab voir les obstacles \u00bb, \u00ab ne pas surestimer les possibilit\u00e9s \u00bb).<br \/>\nComment faire lien entre ce qui est possible dans la r\u00e9alit\u00e9 objective, et, les vis\u00e9es, les buts, les souhaits, semble plus difficile \u00e0 envisager.<br \/>\nCertains insistent sur le fait que tout cela est plus facile \u00e0 dire qu\u2019\u00e0 faire : \u00ab c\u2019est difficile de conna\u00eetre la soci\u00e9t\u00e9, ses tendances, ses grandes inconnues \u00bb. Ce qui nous renvoie \u00e0 la premi\u00e8re question, et ses impasses : comment fait-on pour conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 ?<br \/>\n\u2014 La relation entre ce qui est possible et ce que l\u2019on veut, entre la connaissance et les orientations qu\u2019on pose, est souvent floue. Mais elle est parfois assez bien d\u00e9gag\u00e9e dans des phrases telles que : \u00ab il faut voir ce qui est possible et juste \u00bb pour l\u2019ensemble de la soci\u00e9t\u00e9. Ou \u00ab Un possible peut se r\u00e9aliser socialement si : des conditions (objectives) le permettent, et que ces m\u00eames conditions sont orient\u00e9es socialement et politiquement. \u00bb Ou encore : \u00ab il est difficile de voir ce qu\u2019on doit r\u00e9aliser \u00bb (la mention de ce qu\u2019on doit, le devoir, met en relation ce qui est possible objectivement et ce qui est possible par libert\u00e9).<br \/>\nSans \u00eatre toujours bien distingu\u00e9e du possible dans ses d\u00e9terminations objectives, la question des buts est tr\u00e8s pr\u00e9sente, et ram\u00e8ne \u00e0 l\u2019orientation de l\u2019action. Il est parl\u00e9 de \u00ab rendre la soci\u00e9t\u00e9 meilleure \u00bb, \u00ab faire pr\u00e9valoir le point vue social \u00bb, \u00ab les besoins sociaux \u00bb, \u00ab viser une propri\u00e9t\u00e9 sociale \u00bb, etc.<br \/>\nCertains encore signalent que le possible comme l\u2019orientation ne sont pas toujours faciles \u00e0 pr\u00e9ciser : \u00ab comment rendre visible le possible \u00bb, \u00ab difficile de voir le but g\u00e9n\u00e9ral \u00bb, et associant les deux, on se demande \u00ab comment former une volont\u00e9 commune \u00bb.<br \/>\nDes moyens sont envisag\u00e9s pour passer de la connaissance du possible \u00e0 sa r\u00e9alisation : l\u2019analyse, la th\u00e9orie, la strat\u00e9gie, la tactique, l\u2019organisation, des forces arm\u00e9es, etc. A noter qu\u2019\u00e0 propos des moyens de r\u00e9alisation du possible historique, rien n\u2019est dit sur l\u2019organisation politique, le programme, la ligne politique, l\u2019\u00e9ducation, la propagande, la diffusion, etc.<br \/>\nL\u2019usage de la raison pour mieux s\u2019orienter dans la connaissance de la r\u00e9alit\u00e9 mais aussi pour s\u2019orienter vers un but, n\u2019est pas non plus mentionn\u00e9.<br \/>\nAvant de continuer, on va voir d\u2019autres notions autour du rapport entre d\u00e9terminisme et libert\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Notions : Possible, n\u00e9cessaire, contingent, hasard, d\u00e9terminisme, finalit\u00e9, orientation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Le possible<\/em> : C\u2019est ce qui satisfait aux conditions g\u00e9n\u00e9rales qui s\u2019imposent dans la r\u00e9alit\u00e9 ; ou, ce qui n\u2019est pas en contradiction avec les lois, les d\u00e9terminations objectives, la n\u00e9cessit\u00e9.<br \/>\nOu encore, tout ce qui peut \u00eatre tent\u00e9 (le contraire de l\u2019impossible).<br \/>\nEnfin il est utile de rappeler les deux aspects du possible :<br \/>\n\u2014 le possible en fonction de d\u00e9terminations objectives (immanentes),<br \/>\n\u2014 le possible par libert\u00e9 humaine (pratique).<br \/>\nEt de distinguer entre :<br \/>\nLe possible en puissance : virtualit\u00e9, ce qui peut se produire ou \u00eatre produit, mais n\u2019est pas encore r\u00e9alis\u00e9,<br \/>\nLe possible en acte : le possible en train de s\u2019accomplir (2),<br \/>\nLe possible r\u00e9alis\u00e9 : le changement s\u2019est accompli.<br \/>\nCes trois moments sont ceux qui marquent la transformation de la r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nIl y a aussi la notion de moralement possible : ce qui n\u2019est pas contraire \u00e0 la loi morale, au bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>N\u00e9cessaire, N\u00e9cessit\u00e9<\/em> :<br \/>\nEst n\u00e9cessaire, selon la d\u00e9finition classique, ce qui ne peut pas \u00eatre autrement qu\u2019il n\u2019est. La n\u00e9cessit\u00e9 est aussi un encha\u00eenement de causes et d\u2019effets dans un syst\u00e8me d\u00e9termin\u00e9.<br \/>\nOu, plus simplement, les contraintes de la r\u00e9alit\u00e9 qui font qu\u2019on ne peut pas toujours faire ce qu\u2019on veut.<br \/>\nCela peut \u00eatre aussi ce qui est n\u00e9cessaire pour arriver \u00e0 un but, le rapport d\u2019un moyen \u00e0 une fin.<br \/>\nLa n\u00e9cessit\u00e9 morale : consiste, lorsqu\u2019il y a le choix entre plusieurs possibles, \u00e0 s\u2019orienter vers ce qui est juste, sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui est contingent : s\u2019oppose \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9, c\u2019est \u201cce qui peut \u00eatre ou ne pas \u00eatre tel qu\u2019il est\u201d. S\u2019agissant du futur, c\u2019est un futur qui a autant de chances de se r\u00e9aliser que de ne pas se r\u00e9aliser.<br \/>\nCe qui est contingent peut aussi \u00eatre compris comme une co\u00efncidence qui n\u2019est ni constante ni g\u00e9n\u00e9rale, qui n\u2019ob\u00e9it pas \u00e0 des lois objectives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Fatalisme, d\u00e9terminisme absolu : le d\u00e9terminisme absolu pose que tout est n\u00e9cessaire, que tous les encha\u00eenements de causes et d\u2019effets, tous les \u00e9v\u00e9nements sont li\u00e9s d\u2019avance. Il n\u2019y a aucune place pour ce qui est possible par la libert\u00e9, la volont\u00e9, la pratique, quoi qu\u2019on fasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>Hasard<\/em> : \u00e9voque l\u2019id\u00e9e de loterie, d\u2019un jeu de d\u00e9, ce qui est non voulu (sauf par des tricheurs). Ce qui est hors des d\u00e9terminismes connus, ind\u00e9termin\u00e9, ou la rencontre fortuite de s\u00e9ries de ph\u00e9nom\u00e8nes ind\u00e9pendants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La <em>Finalit\u00e9<\/em> : c\u2019est le fait de tendre \u00e0 un but, en tant qu\u2019elle est li\u00e9e \u00e0 l\u2019activit\u00e9 consciente de sujets projetant des objectifs d\u00e9termin\u00e9s.<br \/>\n(\u00e0 voir en relation avec les notions de volont\u00e9 et de pratique)<br \/>\nOn peut parler de finalit\u00e9 immanente, non consciemment pos\u00e9e par des sujets : celle qui r\u00e9sulterait du d\u00e9veloppement spontan\u00e9, involontaire, de la nature ou de la soci\u00e9t\u00e9, mais il vaut mieux utiliser finalit\u00e9 seulement pour l\u2019activit\u00e9 humaine volontaire et consciente.<br \/>\n<em>Orientation<\/em> : C\u2019est le choix (par libert\u00e9) d\u2019une direction et d\u2019un chemin en vue d\u2019un but, d\u2019une finalit\u00e9 pos\u00e9e.<br \/>\n[Voir l\u2019exemple d\u2019une ligne politique qui consiste \u00e0 dresser par la pens\u00e9e un chemin qui va du point de d\u00e9part \u2014 la situation concr\u00e8te \u2014 au but qu\u2019on s\u2019est fix\u00e9 (les perspectives), \u00e0 long terme (strat\u00e9gie) et \u00e0 court terme (tactique)].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comment concilier le d\u00e9terminisme et la libert\u00e9 pour les hommes de s\u2019orienter<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a postul\u00e9 que le possible se pr\u00e9sentait sous deux aspects : ce qui est objectivement possible dans la r\u00e9alit\u00e9, ce qui est possible par libert\u00e9, par la pratique humaine orient\u00e9e.<br \/>\nMais une question se pose : comment ce qui est objectivement possible, et contient donc une partie de n\u00e9cessit\u00e9, peut-il laisser la place \u00e0 la libert\u00e9 humaine, \u00e0 un choix entre orientations politiques ?<br \/>\nCeci ne peut \u00eatre compris que si l\u2019on saisit que tout processus se d\u00e9veloppe de fa\u00e7on contradictoire, que les choses pr\u00e9sentent toujours un double caract\u00e8re. Ce que le marxisme met bien en \u00e9vidence, ne serait-ce qu\u2019au travers de l\u2019analyse du processus contradictoire dans le capitalisme, entre caract\u00e8re social des forces productives, et caract\u00e8re priv\u00e9 des rapports de production, qui pose la n\u00e9cessit\u00e9 du passage \u00e0 un mode de production sup\u00e9rieur. Mais ce sont les hommes qui, sur la base de cette contradiction, s\u2019orientent dans un sens et non dans un autre et font leur propre histoire, dans des conditions donn\u00e9es.<br \/>\nAutre exemple d\u2019un processus contenant des \u00e9l\u00e9ments contradictoires, une m\u00eame situation, la crise g\u00e9n\u00e9rale du capitalisme peut frayer la voie aux conditions d\u2019instauration du fascisme, mais aussi \u00e0 une r\u00e9volution ou du moins \u00e0 un raffermissement des perspectives politiques pour le peuple. L\u2019orientation vers l\u2019une ou l\u2019autre issue d\u00e9pend pour partie de la pratique humaine, pour une autre des conditions g\u00e9n\u00e9rales au sein desquelles se d\u00e9roule la lutte.<br \/>\nM\u00eame chose pour le passage d\u2019un mode de production \u00e0 un autre. Le capitalisme porte \u00e0 la fois la tendance \u00e0 l\u2019anarchie de la production se heurtant avec des formes de production partiellement \u201csocialis\u00e9es\u201d. Les crises p\u00e9riodiques se d\u00e9ploient n\u00e9cessairement sur la base d\u2019une telle contradiction, dont d\u00e9coule l\u2019incapacit\u00e9 du capitalisme \u00e0 \u00eatre \u201cmoralis\u00e9\u201d, tant qu\u2019on reste dans le cadre de ce mode de production. Mais l\u2019existence d\u2019une telle contradiction \u201cstructurelle\u201d porte aussi la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9passer ces antagonismes destructeurs par l\u2019instauration d\u2019un r\u00e9gime socialiste. [Voir le Cours Les contradictions fondamentales du capitalisme].<br \/>\nPrenant en compte les processus contradictoires qui affectent la soci\u00e9t\u00e9, Rousseau met en \u00e9vidence l\u2019importance de l\u2019orientation choisie pour les r\u00e9soudre.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n\u00ab Si l\u2019opposition des int\u00e9r\u00eats particuliers a rendu n\u00e9cessaire l\u2019\u00e9tablissement des soci\u00e9t\u00e9s \u00bb [pour \u00e9viter la destruction r\u00e9ciproque], \u00ab c\u2019est d\u2019abord l\u2019accord de ces m\u00eames int\u00e9r\u00eats qui l\u2019a rendu possible. C\u2019est uniquement sur cet int\u00e9r\u00eat [orientation en fonction du facteur qui permet de s\u2019accorder] que la soci\u00e9t\u00e9 doit \u00eatre gouvern\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\nS\u2019appuyant sur Rousseau, Kant, prenant pour sa part en consid\u00e9ration l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un double caract\u00e8re de l\u2019\u00eatre humain, indique dans un sens voisin : Dans ses dispositions purement animales, l\u2019homme peut faire un mauvais usage de sa libert\u00e9 (libert\u00e9 de l\u2019\u00e9tat de nature) et a donc besoin d\u2019un ma\u00eetre. Mais l\u2019homme en tant qu\u2019\u00eatre intelligible, c\u2019est-\u00e0-dire capable de saisir son propre mouvement, peut cr\u00e9er des lois civiles pour le bien commun, limitant l\u2019arbitraire de \u201cl\u2019\u00e9tat de nature\u201d dans la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nLa question du possible, par rapport aux orientations contradictoires d\u2019un processus historique se pose aussi selon que l\u2019on consid\u00e8re une \u00e9chelle de temps plus ou moins longue. Ce qui para\u00eet \u201cle plus possible\u201d, si l\u2019on peut dire, et m\u00eame le plus avantageux pour beaucoup, en France en 1940, c\u2019est la politique de collaboration avec l\u2019ennemi. De Gaulle propose une autre orientation qui para\u00eet contraire aux donn\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9, bien que plus compatible avec une orientation vers le juste : l\u2019ind\u00e9pendance de la nation et aussi des conditions pour la libert\u00e9 des hommes. A terme, c\u2019est ce possible qui pouvait para\u00eetre impossible qui a pr\u00e9valu. Il d\u00e9coulait vraisemblablement d\u2019une analyse de la r\u00e9alit\u00e9 (ce qu\u2019\u00e9tait la formation de la nation, du peuple). Faute d\u2019orientation juste, on peut cependant imaginer que cela ait plus \u201cmal tourn\u00e9\u201d, au moins sur le moyen terme.<br \/>\nDu point de vue de la lutte des classes, la juste fa\u00e7on de poser la relation entre possible \u201cobjectif\u201d et possible par libert\u00e9, suppose, d\u2019une part, que l\u2019on consid\u00e8re la lutte \u00e0 partir du possible historique (\u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019histoire), que l\u2019on s\u2019en tienne fermement au postulat que sur le long terme, il y a possibilit\u00e9 de progr\u00e8s pour la soci\u00e9t\u00e9 et les sujets humains.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La politique comme domaine d\u2019un possible humain<\/strong><br \/>\n(au sens de possible par libert\u00e9, par la connaissance et la pratique)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour conna\u00eetre le possible, et travailler \u00e0 le r\u00e9aliser, il est ici aussi n\u00e9cessaire de lutter sur deux fronts : ni croire que tout est possible, ni croire que tout est d\u00e9termin\u00e9.<br \/>\nLa fa\u00e7on de concevoir le r\u00f4le de la politique (et ses limites) peut en effet osciller entre deux extr\u00eames : entre le tout est possible et le tout est fatalit\u00e9, entre volontarisme absolu, ne tenant nul compte des conditions de possibilit\u00e9, et d\u00e9terminisme absolu, de l\u2019ordre de la fatalit\u00e9. Ainsi, en 1936, certains courants d\u2019extr\u00eame gauche \u00e9taient partisans d\u2019un volontarisme absolu : ils proclamaient \u00ab tout est possible \u00bb, ou \u00ab des soviets partout \u00bb, alors que cela ne correspondait pas aux donn\u00e9es de la situation. Inversement, d\u2019autres, \u00e0 la veille de la R\u00e9volution d\u2019Octobre en Russie, affirmaient qu\u2019on ne pouvait envisager de progression vers le socialisme et que, compte tenu des conditions objectives, on devait en rester \u00e0 une r\u00e9volution bourgeoise.<br \/>\nLa phrase de Bodin, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, a pour m\u00e9rite de bien poser tout \u00e0 la fois le champ d\u2019action de la politique, et ses limites. La grandeur de la politique consiste \u00e0 admettre la limitation du possible par libert\u00e9 (ce que l\u2019on peut), par rapport aux conditions existantes (la n\u00e9cessit\u00e9), que cela soit ou non compatible avec ce que l\u2019on d\u00e9sire, le bonheur (ce que l\u2019on veut). En mati\u00e8re d\u2019art politique, comme pour tout art humain, la d\u00e9limitation du possible ne revient ainsi ni \u00e0 nier le r\u00f4le et l\u2019efficacit\u00e9 propre de la volont\u00e9 et de la pratique humaine, ni l&rsquo;existence de n\u00e9cessit\u00e9s ind\u00e9pendantes de celles-ci.<br \/>\nSi l\u2019on consid\u00e8re maintenant la lutte entre classes, on constate qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral, il y a des d\u00e9calages entre ce qui rel\u00e8ve du d\u00e9sirable \u2014 ce que l\u2019on veut (3), et ce qui rel\u00e8ve du possible (ce que l\u2019on peut).<br \/>\nLe possible en politique, comme dans le travail humain, ne peut \u00eatre vis\u00e9 et r\u00e9alis\u00e9 que dans la mesure o\u00f9 il tient pleinement compte du n\u00e9cessaire, en d\u00e9veloppant la capacit\u00e9 de le conna\u00eetre, et par l\u00e0 de ma\u00eetriser la pratique. Pour que le pouvoir humain puisse en mati\u00e8re politique r\u00e9aliser les objectifs qu\u2019il s\u2019est assign\u00e9, il lui faut agir en \u201cconnaissance de cause\u201d, disposer d\u2019une \u201cscience\u201d de son objet. C\u2019est ce qu\u2019indique la formule de Bossuet : \u00ab Que vos yeux pr\u00e9c\u00e8dent vos pas \u00bb. Formule qui indique \u00e0 la fois que l\u2019on s\u2019oriente par \u201cle voir\u201d, la vision, en fonction de la situation o\u00f9 l\u2019on se trouve, et, de la direction qu\u2019on veut suivre (4). Comme le dit la formule populaire, il faut voir au-del\u00e0 \u00ab du bout de son nez \u00bb.<br \/>\nLe champ de la politique, comme celui de l&rsquo;art humain en g\u00e9n\u00e9ral, peut ainsi \u00eatre d\u00e9fini non comme \u00e9chappant \u00e0 tout d\u00e9terminisme, mais comme ce qui rel\u00e8ve de ce qui est dans la d\u00e9pendance des hommes, par opposition au destin. Si la science du politique doit s\u2019int\u00e9resser au \u00ab n\u00e9cessaire \u00bb comme au possible, le champ propre de l\u2019action politique se situe toujours dans le registre du possible.<br \/>\nSelon Aristote, les causes des \u00e9v\u00e9nements rel\u00e8vent pour une part de la nature, de la n\u00e9cessit\u00e9, ou du hasard, elles rel\u00e8vent pour une autre des vis\u00e9es de l&rsquo;esprit humain, de la volont\u00e9 et de la pratique des hommes. En mati\u00e8re politique, par d\u00e9finition, le choix ne peut viser que ce qui d\u00e9pend du pouvoir humain (sans sous-estimation, ni surestimation de ce qui est possible par libert\u00e9, par pratique).<br \/>\nLe plus ancien d\u00e9bat de la philosophie entre mat\u00e9rialisme et id\u00e9alisme, se trouve ici impliqu\u00e9. On revient ainsi \u00e0 la question pos\u00e9e au d\u00e9but de ce cours.<br \/>\nDu point de vue du processus de la connaissance, s\u2019agit-il de penser l\u2019objet, l\u2019univers social et politique, comme d\u00e9pendant seulement des souhaits que l\u2019on peut formuler, ou de le poser d&rsquo;abord dans son ind\u00e9pendance. [Ce qui ne veut pas dire qu\u2019on n\u2019int\u00e8gre pas dans l\u2019analyse de la r\u00e9alit\u00e9 ce que la pratique humaine y a apport\u00e9. Dans le cours des processus historiques, les hommes ont en effet model\u00e9 la \u00ab r\u00e9alit\u00e9 \u00bb sociale, par l\u2019art humain, en y incluant l\u2019art politique. De ce fait, des r\u00e9alit\u00e9s pr\u00e9alablement projet\u00e9es en id\u00e9e s\u2019y trouvent concr\u00e8tement int\u00e9gr\u00e9es.]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La volont\u00e9 politique n\u2019en doit pas moins demeurer dans le champ du possible et non de l\u2019impossible, comme le proclame un auteur comme Alain Badiou. Elle se pose comme volont\u00e9 consciente de ses buts et des conditions de son action, et non comme volont\u00e9 instinctuelle, reposant sur des d\u00e9sirs, sans relation avec la r\u00e9alit\u00e9. La politique, activit\u00e9 consciente, ne consiste pas en un simple rapport de forces, notion qui ressort de la physique et non de la politique. La politique comprise seulement comme rapport de forces, ne fait que refl\u00e9ter le jeu des int\u00e9r\u00eats particuliers, tels qu\u2019ils sont livr\u00e9s \u00e0 eux-m\u00eames dans le capitalisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le subjectivisme politique : ne poser que ce que l\u2019on veut (ou ce qui vous est avantageux)<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fa\u00e7on de concevoir le rapport entre donn\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9 (contexte historique et social), moyens disponibles ou \u00e0 forger, et orientations, se r\u00e9v\u00e8le d\u00e9terminante. On peut consid\u00e9rer deux tendances essentielles, selon que l\u2019on se fonde sur l\u2019analyse de l\u2019objet lui-m\u00eame, sur le r\u00e9alisable, ou selon que l\u2019on se fonde sur le seul principe de \u201cl\u2019attrait\u201d, ou du \u201cd\u00e9sirable\u201d (5).<br \/>\nEn mati\u00e8re d\u2019appr\u00e9hension des ph\u00e9nom\u00e8nes politiques et sociaux, cette claire distinction entre les souhaits subjectifs et la r\u00e9alit\u00e9 n\u2019est plus gu\u00e8re pos\u00e9e par les organisations politiques, si l\u2019on consulte les principaux discours et programmes. Les projets sont le plus souvent orient\u00e9s par rapport \u00e0 ce que l\u2019on d\u00e9sire ou que l\u2019on fait miroiter aux \u00e9lecteurs, ind\u00e9pendamment de toute analyse objective de la r\u00e9alit\u00e9. Ce pilotage par le seul d\u00e9sirable \u00e9tait pr\u00e9sent aussi dans les orientations fascistes.<br \/>\nAdolf Hitler, ne posait la volont\u00e9 politique que par rapport au d\u00e9sir de r\u00e9tablir la puissance germanique, affirmer un empire mondial, sans analyse des conditions de possibilit\u00e9 \u00e0 long terme. Comme dans la locution allemande : <em>Das Wunsch ist Vater des Gedankens<\/em>, le d\u00e9sir \u00e9tait pour lui \u00ab le p\u00e8re de sa pens\u00e9e \u00bb.<br \/>\nIl arrive malheureusement que des marxistes pensent eux aussi en solipsistes. Ils peuvent ainsi imaginer que l&rsquo;institution du socialisme ou la formation d\u2019un Parti, se r\u00e9alisent du seul fait qu\u2019on en d\u00e9sire la r\u00e9alisation, ind\u00e9pendamment des conditions du monde r\u00e9el.<br \/>\nLe probl\u00e8me n\u2019est pas dans la volont\u00e9 politique, mais dans la reconnaissance de son champ d\u2019action propre, celui du possible et ses limites. Ne pas penser qu\u2019on peut tout par la politique, hors du champ du possible, ou comme le disait Marx, ne pas \u00ab donner un exc\u00e8s d\u2019importance \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9ment politique \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fa\u00e7on d\u2019affirmer une volont\u00e9 politique, selon qu\u2019elle se d\u00e9termine en fonction du seul d\u00e9sirable ou par rapport au possible, ne ressort pas d\u2019un pur d\u00e9bat th\u00e9orique, elle a des incidences pratiques. (Il faut toutefois pr\u00e9ciser que la majorit\u00e9 des conceptions politiques, ne se positionnent jamais de fa\u00e7on pure, du c\u00f4t\u00e9 du d\u00e9sirable, il y a toujours une part de d\u00e9sirable m\u00eal\u00e9e au principe de r\u00e9alit\u00e9).<br \/>\nLa question de la r\u00e9alisation de vis\u00e9es politiques, qui ne seraient orient\u00e9es que par le d\u00e9sirable, importe tout particuli\u00e8rement quand on parle de r\u00e9volution.<br \/>\nAucune r\u00e9volution en effet ne peut \u00eatre pos\u00e9e seulement \u00e0 partir du souhaitable, du d\u00e9sirable, hors de toute condition de r\u00e9alisation. On ne peut parler de processus vraiment r\u00e9volutionnaire que si une telle transformation est objectivement et historiquement possible. Marx parle d\u2019un processus d\u2019accouchement de ce qui est d\u00e9j\u00e0 en gestation.<br \/>\nMais une r\u00e9volution effective ne peut pas non plus se r\u00e9aliser hors d\u2019une orientation d\u00e9pendant de la libert\u00e9 et de la pratique humaine, et donc aussi tendant \u00e0 quelque chose qui s\u2019apparente \u00e0 un bien, un \u201cjuste en soi\u201d, d\u00e9pendant d\u2019un choix libre. [On analysera dans un autre cours ce que l\u2019on pourrait nommer \u00ab l\u2019objectivisme fataliste en politique \u00bb, un objectivisme qui pose un possible se d\u00e9veloppant de fa\u00e7on immanente, sans que les \u00eatres humains puissent poser de finalit\u00e9. (6)].<br \/>\nDans la dur\u00e9e historique, qui se juge en termes d\u2019\u00e9poques, de si\u00e8cles, aucune transformation r\u00e9volutionnaire effective n\u2019a pu s\u2019actualiser sur une base seulement subjective (ni purement \u201cobjective\u201d d\u2019ailleurs), quel que soit le degr\u00e9 de violence exerc\u00e9. Il n\u2019en reste pas moins un probl\u00e8me, celui de la difficult\u00e9 o\u00f9 l\u2019on se trouve lorsqu\u2019il s\u2019agit en mati\u00e8re historique de d\u00e9limiter le possible. Une question pr\u00e9alable se pose : dispose-t-on d\u2019une analyse de ce qui est possible : de ce qui d\u00e9pend de la pratique humaine et de ce qui n\u2019en d\u00e9pend pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La difficult\u00e9 de poser le possible en mati\u00e8re historique<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors des deux premiers expos\u00e9s, on s\u2019est plusieurs fois arr\u00eat\u00e9 avant d\u2019analyser de nouvelles difficult\u00e9s. Une nouvelle difficult\u00e9 se pr\u00e9sente ici, et l\u2019on va une nouvelle fois l\u2019\u00e9luder, du moins en partie., Cette difficult\u00e9 touche \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation du possible historique.<br \/>\nSi la question du lien entre th\u00e9orie (connaissance) et orientation, pratique politique est correctement pos\u00e9e, il ne devrait pas y avoir, du moins en th\u00e9orie, d&rsquo;exc\u00e8s de volontarisme, ou cet \u00ab exc\u00e8s d&rsquo;importance accord\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment politique \u00bb que d\u00e9plorait Marx \u00e0 propos de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. En la mati\u00e8re toutefois, on doit consid\u00e9rer que la science du possible en mati\u00e8re historique est, sur certains aspects, encore balbutiante (quand elle ne dispose pas de cadres th\u00e9oriques pour le poser, mais aussi lorsqu\u2019elle n\u2019int\u00e8gre pas le possible par libert\u00e9).<br \/>\nA court terme, un \u00e9chec ou un revers dans la r\u00e9alisation des vis\u00e9es projet\u00e9es peut signaler une impossibilit\u00e9 absolue de le r\u00e9aliser, ou un d\u00e9faut dans le d\u00e9veloppement de conditions favorables (par exemple 1848 ou la Commune). Ou encore l\u2019usage de moyens inadapt\u00e9s. Mais \u00ab l&rsquo;exc\u00e8s d&rsquo;importance accord\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment politique \u00bb ne peut pas \u00eatre \u00e9valu\u00e9 dans le temps court, mais seulement dans la dur\u00e9e historique. Ce qui se r\u00e9v\u00e8le difficile \u00e0 r\u00e9aliser dans un moment de l\u2019histoire ne signifie pas toujours que c\u2019est impossible, pour peu que l\u2019on reste attentif aux conditions objectives, qu\u2019on s\u2019efforce de les analyser dans la dur\u00e9e, qu\u2019on tire des enseignements des difficult\u00e9s, des obstacles, qui dans un temps donn\u00e9, s&rsquo;opposent \u00e0 son actualisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par d\u00e9finition, le possible historique ne peut \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9 qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019histoire. Des th\u00e9orisations qui ont pu para\u00eetre s&rsquo;actualiser momentan\u00e9ment, par exemple celles des r\u00e9gimes fascistes, \u00e9taient sans doute moins en phase avec le possible historique que celles d\u2019un Bodin, d\u2019un Rousseau, et m\u00eame d\u2019un Robespierre, en d\u00e9pit de la non r\u00e9alisation de leurs vis\u00e9es dans le temps imm\u00e9diat.<br \/>\nEt le fait que le capitalisme se soit r\u00e9instaur\u00e9 dans l\u2019ex Union Sovi\u00e9tique ne signifie pas que le socialisme soit historiquement impossible. Les classes exploiteuses s\u2019appuient sur les difficult\u00e9s de r\u00e9alisation de l\u2019\u00e9dification socialiste, afin que les peuples soient incit\u00e9s \u00e0 penser que le socialisme est impossible. Elles s\u2019appuient aussi sur ces difficult\u00e9s pour dire que les buts \u00e9taient mauvais en eux-m\u00eames, injustes, y compris la vis\u00e9e par le peuple d\u2019un bien pour la soci\u00e9t\u00e9, jug\u00e9e n\u00e9faste, voire criminelle. Les projets de transformation des bases de la soci\u00e9t\u00e9 au XVIIIe si\u00e8cle, pouvaient de la m\u00eame fa\u00e7on \u00eatre pos\u00e9es comme impossibles et n\u00e9fastes, par tous ceux qui voulaient maintenir l\u2019Ancien r\u00e9gime.<br \/>\nVingt-sept ans avant la R\u00e9volution, Rousseau \u00e9crit : \u00ab Nous approchons de l\u2019\u00e9tat de crise et du si\u00e8cle des r\u00e9volutions \u00bb (7).<br \/>\nBien qu\u2019il n\u2019ait pas connu la R\u00e9volution, Rousseau en anticipait la possibilit\u00e9 sur la base d\u2019une compr\u00e9hension des contradictions sociales de son temps. Il posait pour les r\u00e9soudre la n\u00e9cessit\u00e9 et la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9volution, conf\u00e9rant au peuple un r\u00f4le historique. A cet effet, il \u00e9tablissait les conditions de son institution en peuple politique. Ce qui pouvait passer pour un simple \u201cd\u00e9sir\u201d subjectif, plus ou moins utopique : confier la direction de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 un tel peuple, s\u2019\u00e9tait d\u2019une certaine fa\u00e7on \u00e9labor\u00e9 comme th\u00e9orisation du possible. On peut certes aujourd\u2019hui estimer cette th\u00e9orisation sommaire, elle n\u2019en tra\u00e7ait pas moins de grandes tendances historiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre, dans une formation particuli\u00e8re et une \u00e9poque donn\u00e9e.<br \/>\nDeux si\u00e8cles plus t\u00f4t, Bodin ordonnait lui aussi sa th\u00e9orie de la souverainet\u00e9, au regard d\u2019un possible historique, pr\u00e9c\u00e9dant par la pens\u00e9e son actualisation, alors qu\u2019il n\u2019en existait que des potentialit\u00e9s dans la formation historique de la France, domin\u00e9e par les antagonismes. Par la th\u00e9orie, il mettait au jour les conditions de possibilit\u00e9 d&rsquo;une unit\u00e9 proprement politique de la nation, alors que cette finalit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas vraiment \u201cvisible\u201d dans la conjoncture du temps, o\u00f9 semblaient dominer les facteurs de division et de dissolution.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C\u2019est \u00e0 cette question du possible historique en Russie, d\u2019une difficult\u00e9 extr\u00eame que L\u00e9nine s\u2019est trouv\u00e9 confront\u00e9 plus de vingt ans avant la r\u00e9volution sovi\u00e9tique. \u00ab Que viser \u00bb, \u00ab que faire ? \u00bb, \u00ab comment faire ? \u00bb, dans une formation sociale historiquement \u201cen retard\u201d, telle que l\u2019Empire russe, telles \u00e9taient les questions qu\u2019il se posait. Dans le cas russe, le d\u00e9veloppement \u00e9conomique, comme les institutions politiques, \u00e9taient arri\u00e9r\u00e9es.<br \/>\nBien avant 1917, l\u2019analyse de la transformation de la base \u00e9conomique, et par cons\u00e9quent de la structure des classes qui d\u00e9pendait de cette base, permettait cependant de poser les conditions de possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9volution, du moins dans la partie la plus \u201ccivilis\u00e9e\u201d de l\u2019Empire russe. C\u2019est ce que L\u00e9nine a expos\u00e9, notamment dans Le d\u00e9veloppement du capitalisme en Russie. Au plan de la connaissance, et pour mener l\u2019analyse, il lui avait \u00e9t\u00e9 possible de prendre appui sur ce qui constitue l\u2019apport th\u00e9orique essentiel de Marx : l\u2019analyse du mode de production capitaliste, et de ses contradictions. M\u00eame si l\u2019analyse du possible historique ne d\u00e9coulait pas m\u00e9caniquement de cette th\u00e9orie, celle-ci pouvait servir de guide, de \u00ab cordeau \u00bb pour projeter les potentialit\u00e9s r\u00e9volutionnaires contenues dans l\u2019\u00e9volution de la base \u00e9conomique et le mouvement des classes qui y correspondait en Russie. Poser les conditions de la transformation des institutions politiques se r\u00e9v\u00e9lait plus ardu, pour deux raisons distinctes, d\u2019ordre pratique et d\u2019ordre th\u00e9orique.<br \/>\nOn ne d\u00e9veloppera pas dans ce cours la nature de ces difficult\u00e9s d\u2019ordre politique, qui seront analys\u00e9es dans un Cours sur le processus r\u00e9volutionnaire dans l\u2019Empire russe, du XIXe si\u00e8cle au XXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fait que la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9volution socialiste en Russie ait pu se trouver pos\u00e9e en d\u00e9pit de l\u2019\u00e9tat d\u2019arri\u00e9ration politique (et pour partie \u00e9conomique) du pays, signifie-t-il qu\u2019un dirigeant tel que L\u00e9nine ait \u00e9t\u00e9 un \u201csubjectiviste\u201d en politique, qu\u2019il ne se soit bas\u00e9 que sur le d\u00e9sirable, qu\u2019il ait pratiqu\u00e9 un volontarisme aveugle. Nullement. Sur la base de la th\u00e9orie de Marx, les d\u00e9terminations \u00e9conomiques essentielles d\u2019un possible historique, avaient \u00e9t\u00e9 analys\u00e9es, de m\u00eame que les potentialit\u00e9s que rec\u00e9laient ces d\u00e9terminations pour la disposition des forces de classes (8). Parmi les conditions d\u00e9favorables, on peut mentionner tout ce qui touche au processus d\u2019institution politique du peuple. Il n\u2019\u00e9tait pas possible, par magie, par pure volont\u00e9, de les surmonter, en quelques jours ou ann\u00e9es. La formation d\u2019un peuple politique r\u00e9sulte en effet d\u2019un processus de longue dur\u00e9e, qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 men\u00e9 pleinement \u00e0 bien en Russie au cours des si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents.<br \/>\nLa r\u00e9alisation du possible n\u2019est pas automatique, il ne suffit pas d\u2019attendre que toutes les conditions soient pr\u00e9sentes. Lorsque les donn\u00e9es essentielles du possible sont pr\u00e9sentes, c\u2019est par la pratique (ce qui est possible par libert\u00e9, orientation) qu\u2019on peut lutter pour les r\u00e9aliser. Si l\u2019on attend que toutes les conditions soient favorables, aucune transformation sociale ne serait possible. Et, malgr\u00e9 l\u2019absence de certaines conditions politiques, \u201cl\u2019exc\u00e8s de volontarisme\u201d imput\u00e9 au processus r\u00e9volutionnaire russe (comme au processus r\u00e9volutionnaire fran\u00e7ais), a permis de transformer non seulement la soci\u00e9t\u00e9 russe, mais toute une partie du monde. Il en avait \u00e9t\u00e9 de m\u00eame pour la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<br \/>\n***<br \/>\nPour terminer, un point encore : l\u2019exigence de mise au jour de ce qui est possible et juste, peut sembler centrale lors des p\u00e9riodes de transformation sociale profonde, et secondaire lors des p\u00e9riodes de relative stabilisation d\u2019un ordre social, et plus encore de r\u00e9gression, o\u00f9 tout se pr\u00e9sente comme impossible. Toutefois, il n\u2019existe jamais de r\u00e9gressions irr\u00e9versibles dans l\u2019histoire. Et les questions : que peut-on faire ? (l\u2019analyse du possible), que viser (l\u2019orientation historique), \u00ab comment faire ? \u00bb (comment passer de la situation actuelle au but vis\u00e9), se posent avec plus d\u2019acuit\u00e9 encore lors de ces p\u00e9riodes de r\u00e9gression historique (9).<br \/>\nQuant \u00e0 la question \u00ab que puis-je esp\u00e9rer ? \u00bb, bien que ne relevant pas de la th\u00e9orie \u201cmarxiste\u201d, elle est plus importante que jamais au cours de ces p\u00e9riodes. Une telle question \u00e9tait vitale sous la domination fasciste. Elle \u00e9tait vitale pour l\u2019avenir, alors que la r\u00e9action commen\u00e7ait \u00e0 se d\u00e9velopper dans le cours de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. C\u2019est dans un tel moment que Robespierre, comme Kant, pouvaient poser le postulat d\u2019une possible progression vers le progr\u00e8s dans la marche historique de l\u2019humanit\u00e9, et d\u2019une marche de la volont\u00e9 humaine parvenant \u00e0 se diriger vers le juste (10).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>NOTES<\/strong><br \/>\n(1) Pour Kant la r\u00e9ponse \u00e0 cette question se posait dans le domaine de la religion qu\u2019il comprenait \u00ab dans les limites de la raison \u00bb.<br \/>\n(2) Rappeler ici encore que le possible en acte peut ne pas aller jusqu\u2019\u00e0 l\u2019accomplissement (une r\u00e9volution avort\u00e9e par exemple).<br \/>\n(3) Le d\u00e9calage entre ce que l\u2019on veut (volont\u00e9) et ce que l\u2019on peut (pouvoir), est d\u2019autant plus grand lorsque la volont\u00e9 est prise soit dans le sens d\u2019un pur d\u00e9sirable, soit comprise dans un sens non conforme \u00e0 sa forme d\u00e9velopp\u00e9e (voir d\u00e9finition de volont\u00e9 dans l\u2019expos\u00e9 pr\u00e9c\u00e9dent).<br \/>\n(4) Cette formule (ou maxime pour guider l\u2019action) pose \u00e0 sa fa\u00e7on quelles sont les fonctions et t\u00e2ches essentielles de l\u2019organisation politique (analyse de la r\u00e9alit\u00e9 et orientation) sans lesquelles il ne peut y avoir organisation pratique des forces vers un but commun.<br \/>\n(5) La projection de l\u2019action, en fonction du seul d\u00e9sirable joue un r\u00f4le par rapport au d\u00e9veloppement du fanatisme, et au degr\u00e9 de violence exerc\u00e9 sur la r\u00e9alit\u00e9, plus sp\u00e9cialement une \u00ab violence exterminatrice \u00bb, telle que la requ\u00e9rait Hitler pour faire aboutir \u201cl\u2019Id\u00e9e\u201d nazie.<br \/>\n(6) C\u2019\u00e9tait la position d\u2019un marxiste tel que Bernstein, position qui se constitue en ne prenant en compte que les donn\u00e9es imm\u00e9diates de la situation, et aboutit \u00e0 une politique opportuniste (ou de capitulation historique).<br \/>\n(7) <em>\u00c9mile,<\/em> Livre III, \u00a7 LIII. Sans doute Rousseau avait pens\u00e9 cela avant 1762, et sans doute aussi jusqu\u2019\u00e0 sa mort. En 1763, Labatte, pr\u00eatre de Saint-Eustache, peut-\u00eatre lecteur Rousseau disait : \u00ab La crise est violente et la r\u00e9volution ne peut \u00eatre que tr\u00e8s prochaine \u00bb.<br \/>\n(8) Il serait int\u00e9ressant de comparer \u00e0 cet \u00e9gard les analyses qui pr\u00e9 existaient au processus r\u00e9volutionnaire en Chine : quand et sur quel fondement th\u00e9orique ont \u00e9t\u00e9 analys\u00e9es les grandes transformations de la base \u00e9conomique, et la disposition des forces de classes qui en r\u00e9sulte (ainsi que les caract\u00e8res de la situation internationale), la part du possible \u201cobjectif\u201d et de la volont\u00e9 purement subjective, etc. dans la r\u00e9volution chinoise (dans sa th\u00e9orisation et sa pratique).<br \/>\n(9) Notamment pour tout ce qui touche \u00e0 l\u2019analyse des classes, et des \u201csubjectivit\u00e9s de classes\u201d, leur potentialit\u00e9 r\u00e9volutionnaire ou non, et, dans un \u201cvieux\u201d pays capitaliste, leur propension, ou non, \u00e0 vouloir reconduire l\u2019alliance qu\u2019elles avaient historiquement conclu avec la bourgeoisie, etc.<br \/>\n(10) A noter \u00e0 cet \u00e9gard que le peuple, lorsqu\u2019une orientation \u2014 possible et juste \u2014 s\u2019expose au niveau de la soci\u00e9t\u00e9, est susceptible de se mobiliser davantage en fonction de ce qu\u2019il juge bon, juste, que sur la base d\u2019une analyse purement th\u00e9orique des contradictions de la soci\u00e9t\u00e9. Ce qui ne signifie pas que le peuple, au contraire d\u2019autres cat\u00e9gories sociales, n\u00e9glige pour autant la question du possible.<br \/>\nOn parle ici du peuple \u201cinstitu\u00e9\u201d, non d\u2019un peuple encore \u00e0 l\u2019\u00e9tat de multitude, ou y \u00e9tant retourn\u00e9. Dans ce cas, il est plus facile de mobiliser sur la base de ce que certains sociologues ont nomm\u00e9 la logique du \u201cressentiment\u201c, logique qui ne s\u2019oriente ni en fonction du possible, ni en fonction du juste, mais en fonction de subjectivit\u00e9s port\u00e9es \u00e0 la \u201cvengeance\u201d irrationnelle, au fanatisme.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019expos\u00e9, des questions pr\u00e9paratoires pour les participants : \u2014 Comment peut-on savoir ce qu\u2019il est possible de r\u00e9aliser ? \u2014 En g\u00e9n\u00e9ral (dans la vie individuelle et\/ou professionnelle) ? \u2014 Dans la soci\u00e9t\u00e9 ? 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