{"id":351,"date":"2016-12-26T15:44:28","date_gmt":"2016-12-26T14:44:28","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=351"},"modified":"2016-12-26T15:47:35","modified_gmt":"2016-12-26T14:47:35","slug":"sorienter-en-politique-3-le-processus-de-la-connaissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=351","title":{"rendered":"S&rsquo;orienter en politique. 3. Le processus de la connaissance."},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le Sujet de la connaissance et l\u2019Objet \u00e0 conna\u00eetre<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On abordera dans un autre cours les cadres de pens\u00e9e et les m\u00e9thodes qui aident \u00e0 conna\u00eetre les donn\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9 historique, sociale et politique. Il est n\u00e9cessaire auparavant de s\u2019int\u00e9resser aux rapports plus g\u00e9n\u00e9raux qui s\u2019\u00e9tablissent au cours de tout processus de connaissance, entre les sujets qui cherchent \u00e0 conna\u00eetre, et les objets \u00e0 conna\u00eetre : les r\u00e9alit\u00e9s ext\u00e9rieures aux sujets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>PLAN<\/strong><br \/>\n\u2014 Premi\u00e8res Notions : Connaissance, Th\u00e9ories de la connaissance, Sujet de la connaissance, Objet de la connaissance ; Objectivit\u00e9, Subjectivit\u00e9, R\u00e9alit\u00e9.<br \/>\n\u2014 L\u2019action du Sujet de la connaissance vers l\u2019Objet \u00e0 conna\u00eetre<br \/>\nNotions : Raison, M\u00e9thode<br \/>\n\u2014 Le mouvement qui va de l\u2019Objet \u00e0 conna\u00eetre au Sujet de la connaissance<br \/>\nNotions : Mat\u00e9rialisme, Id\u00e9alisme<br \/>\n\u2014 Les diff\u00e9rents moments du processus de la connaissance<br \/>\nNotions : Donn\u00e9, Sensation, Perception, Conception, Exp\u00e9rience , Pratique, Th\u00e9orie<br \/>\n\u2014 Les deux p\u00f4les (ou sources) de la connaissance<br \/>\nNotions : Empirisme, rationalisme dogmatique<br \/>\n\u2014 Sch\u00e9ma r\u00e9capitulatif<br \/>\n\u2014 Conna\u00eetre pour s\u2019orienter. Quelques remarques \u00e0 propos des expos\u00e9s des participants<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Premi\u00e8res notions<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On va partir de la d\u00e9finition de quelques mots : <em>Connaissance. Th\u00e9orie de la connaissance. Sujet, Objet, R\u00e9alit\u00e9<\/em>. Les d\u00e9finitions sont donn\u00e9es pour faciliter la compr\u00e9hension des termes utilis\u00e9s. Mais par la suite, il peut \u00eatre utile de se constituer des fiches de notions (incluant les d\u00e9bats). Les d\u00e9finitions ici propos\u00e9es ne sont pas donn\u00e9es comme les seules possibles (il y a plusieurs acceptions pour une m\u00eame notion et de nombreux d\u00e9bats existent \u00e0 ce propos). Les d\u00e9finitions retenues visent seulement \u00e0 aider \u00e0 comprendre le sens des questions pos\u00e9es. D\u2019autres d\u00e9finitions peuvent \u00eatre propos\u00e9es dans les divers Vocabulaires philosophiques. Pour les diverses d\u00e9finitions, le Vocabulaire technique et critique de la philosophie, d\u2019Andr\u00e9 Lalande, notamment, fournit des \u00e9l\u00e9ments de discussion.<br \/>\nLes donn\u00e9es \u00e9tymologiques sont propos\u00e9es uniquement quand elles facilitent la compr\u00e9hension du sens d\u2019une notion. Les d\u00e9finitions sont donn\u00e9es pour faciliter la compr\u00e9hension des termes utilis\u00e9s. Par la suite, il peut \u00eatre utile de se constituer des fiches de notions (incluant les d\u00e9bats).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Conna\u00eetre, Connaissance<\/em> : Conna\u00eetre, c\u2019est avoir pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esprit un objet de pens\u00e9e, vrai ou r\u00e9el. Cela implique que l\u2019on ne confond pas l\u2019objet et la pens\u00e9e (pour laquelle cet objet est pr\u00e9sent).<br \/>\nDonc, conna\u00eetre est un acte de la pens\u00e9e qui pose clairement l\u2019objet en tant qu\u2019objet distinct du sujet (1). C\u2019est aussi un acte de la pens\u00e9e qui vise \u00e0 d\u00e9finir clairement la chose \u00e0 conna\u00eetre, ce qu\u2019elle est en elle-m\u00eame, m\u00eame si c\u2019est de fa\u00e7on partielle.<br \/>\nEnfin la connaissance est aussi le contenu des connaissances qui r\u00e9sultent de l\u2019acte de conna\u00eetre<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les th\u00e9ories de la connaissance concernent l\u2019\u00e9tude du rapport entre le sujet et l\u2019objet dans l\u2019acte de conna\u00eetre. Mais aussi comment la connaissance (humaine) est-elle possible ?<br \/>\nEt encore la question : Dans quelle mesure ce que les hommes se repr\u00e9sentent est-il conforme \u00e0 ce qui est dans les choses, dans la r\u00e9alit\u00e9. La valeur et les limites de la connaissance humaine.<br \/>\nEt, quelles sont les lois, moyens, m\u00e9thodes, outils, qui permettent de conna\u00eetre les choses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le <em>Sujet (de la connaissance)<\/em>, c\u2019est l\u2019\u00eatre qui conna\u00eet, consid\u00e9r\u00e9 non dans ses particularit\u00e9s individuelles (subjectivit\u00e9), mais en tant qu\u2019\u00eatre pensant, dans son caract\u00e8re universel, capable de poser un objet de connaissance, en tant qu\u2019unit\u00e9 des repr\u00e9sentations.<br \/>\nSi la conscience du sujet \u00e9tait un simple d\u00e9riv\u00e9 de l\u2019objet, on ne pourrait y trouver autre chose que ce qui se pr\u00e9sente imm\u00e9diatement dans les ph\u00e9nom\u00e8nes apparents, comme si les choses pouvaient se conna\u00eetre elles-m\u00eames et exposer directement la connaissance de leur structure profonde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Subjectivit\u00e9, subjectivisme<\/em> : Ce sont les conceptions, opinions, valables seulement pour un sujet ou des sujets particuliers. Dans la subjectivit\u00e9, il y a intervention d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments que la raison : des passions, des int\u00e9r\u00eats, des exp\u00e9riences particuli\u00e8res. Il existe aussi des subjectivit\u00e9s de groupes, de classes (qui peuvent avoir un point de vue particulier sur les choses en raison d\u2019\u00e9l\u00e9ments d\u2019exp\u00e9rience commune).<br \/>\nSubjectivisme : Doctrine qui ram\u00e8ne toute la pens\u00e9e \u00e0 la pens\u00e9e individuelle (ou \u00e0 celle d\u2019un groupe, d\u2019une classe).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Objet (pour la connaissance)<\/em> : Objet est ici pris au sens de chose. C\u2019est la chose qui se trouve plac\u00e9e devant nous (donc hors de nous). Ce que l\u2019on vise \u00e0 conna\u00eetre.<br \/>\nCe qui poss\u00e8de une existence en soi, ind\u00e9pendante de l\u2019id\u00e9e qu\u2019on peut en avoir.<br \/>\nCe qui nous est pr\u00e9sent\u00e9 ind\u00e9pendamment des d\u00e9sirs, opinions, de nature individuelle, subjective.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Objectif (au sens d\u2019objectivit\u00e9)<\/em> : est oppos\u00e9 \u00e0 subjectif, subjectivisme.<br \/>\nCe qui est valable pour tous les esprits et non seulement pour tel ou tel individu.<br \/>\nUne connaissance objective est en conformit\u00e9 avec la nature de l\u2019objet, ou dans une correspondance la plus exacte possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>R\u00e9alit\u00e9, r\u00e9el (de rem, chose)<\/em> : les mots choses et r\u00e9alit\u00e9 ont la m\u00eame racine. Le r\u00e9el, c\u2019est ce qui est (des choses, des faits, mais aussi des constructions humaines, telles que la r\u00e9publique ou \u201cchose\u201d publique, et m\u00eame des id\u00e9es, en tant qu\u2019elles ont une r\u00e9alit\u00e9 ind\u00e9pendante de la conscience qu\u2019on peut en avoir, \u00e0 un moment donn\u00e9).<br \/>\nDu point de vue de la connaissance, la r\u00e9alit\u00e9 c\u2019est ce qui constitue le mat\u00e9riau, les contenus de la connaissance, ce qu\u2019il y a \u00e0 conna\u00eetre pour les sujets.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\">Se poser la question \u00ab Comment fait-on pour conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 ? \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceux qui suivent ce cours se sont efforc\u00e9s, en fonction des connaissances dont ils disposent de r\u00e9pondre \u00e0 cette question.<br \/>\nOn notera ici les r\u00e9ponses qui ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es par un groupe de travail ayant particip\u00e9 \u00e0 une session de travail.<br \/>\nEn analysant les diverses r\u00e9ponses, on constate que c\u2019est surtout sur l\u2019aspect du comment faire que celles-ci ont \u00e9t\u00e9 centr\u00e9es. La centration sur le comment faire indique que les participants ont bien vu que c\u2019\u00e9tait toujours un Sujet qui \u00e9tait impliqu\u00e9 dans le processus de la connaissance et qu\u2019il devait jouer un r\u00f4le actif. Mais la question des moyens, du chemin \u00e0 suivre, pour conna\u00eetre en g\u00e9n\u00e9ral a \u00e9t\u00e9 abord\u00e9e par une s\u00e9rie de mots, plus que par la d\u00e9finition de proc\u00e9dures concr\u00e8tes.<br \/>\nOn va s\u2019int\u00e9resser d\u2019abord aux r\u00e9ponses qui supposent l\u2019action \u00e0 accomplir pour un Sujet s\u2019il veut conna\u00eetre un Objet, une r\u00e9alit\u00e9 donn\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019action du sujet qui veut conna\u00eetre vers l\u2019objet \u00e0 conna\u00eetre : S \u2013&gt; O.<\/strong><br \/>\n(Synth\u00e8se des r\u00e9ponses centr\u00e9es sur l\u2019action du sujet de la connaissance vers l\u2019objet \u00e0 conna\u00eetre)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beaucoup de choses ont \u00e9t\u00e9 dites par les participants sur ce que fait (ou devrait faire) S (le sujet de la connaissance), pour conna\u00eetre O (l\u2019objet \u00e0 conna\u00eetre).<br \/>\n\u2014 Plusieurs ont insist\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019entrer en contact avec la r\u00e9alit\u00e9. Sous diverses formes. Certains parlent de se confronter avec la r\u00e9alit\u00e9, ce qui sugg\u00e8re l\u2019id\u00e9e d\u2019exp\u00e9rience \u2013 directe ou indirecte \u2013 et aussi de lutte, d\u2019effort, l\u2019id\u00e9e que la connaissance d\u2019un chose ext\u00e9rieure ne se donne pas de fa\u00e7on \u00e9vidente \u00e0 partir d\u2019elle-m\u00eame.<br \/>\nIl a \u00e9t\u00e9 aussi parl\u00e9 d\u2019observer, d\u2019examiner, d\u00e9crire, faire des enqu\u00eates, recueillir, collecter des donn\u00e9es. Il y a l\u2019\u00e9bauche d\u2019une m\u00e9thode visant \u00e0 d\u00e9passer la simple mise en contact, au gr\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience.<br \/>\n\u2014 L\u2019id\u00e9e d\u2019analyser est aussi pr\u00e9sente, et pose bien le versant actif de la connaissance : \u00ab d\u00e9cortiquer \u00bb, et sur cette base classer, regrouper des donn\u00e9es, chercher des relations, des liaisons, des contradictions, etc. Il y a peut-\u00eatre l\u00e0 l\u2019id\u00e9e de synth\u00e9tiser les donn\u00e9es de l\u2019analyse, voire de chercher les d\u00e9terminations essentielles (les matrices) des choses de la r\u00e9alit\u00e9, pour les conceptualiser. Le r\u00f4le actif du sujet de la connaissance, de son activit\u00e9 rationnelle est ici signal\u00e9 (mais cela peut sembler se faire spontan\u00e9ment sans qu\u2019on mentionne le r\u00f4le de la raison, du raisonnement).<br \/>\nLe plus souvent il n\u2019est pas pr\u00e9cis\u00e9 en quoi consiste vraiment le travail d\u2019analyse et de synth\u00e8se, comment on proc\u00e8de (m\u00e9thode).<br \/>\n\u2014 Quelques-uns cependant se pr\u00e9occupent explicitement des outils, de la m\u00e9thode, de la d\u00e9marche \u00e0 mettre en \u0153uvre, c&rsquo;est-\u00e0-dire des moyens termes, des m\u00e9diations, qui permettent \u00e0 un sujet de faire le travail d\u2019analyse de l\u2019objet, pour le conna\u00eetre. Il est parl\u00e9 de plan d\u2019investigation, de construction, de formalisation, de v\u00e9rification, de th\u00e9orie, de cadres de pens\u00e9e, de savoirs accumul\u00e9s, etc. Des mots sont utilis\u00e9s, mais on ne sait pas toujours si cela correspond \u00e0 une id\u00e9e pr\u00e9cise de m\u00e9thode ou de proc\u00e9dure.<br \/>\nIl est extr\u00eamement rare que soit \u00e9voqu\u00e9e la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019appliquer des principes de la raison, de logique (formelle et\/ou dialectique), ou des processus pour parvenir \u00e0 penser les choses (induction, d\u00e9duction, etc.), d\u2019appliquer \u00e0 l\u2019objet \u00e0 conna\u00eetre des cat\u00e9gories de pens\u00e9e (causalit\u00e9, principe de non contradiction, etc.)<br \/>\n\u2014 Il est fait aussi mention de la r\u00e9flexion consciente, ce qui souligne ici encore le caract\u00e8re actif du sujet de la connaissance, mais sans pr\u00e9ciser en quoi consiste le travail de r\u00e9flexion consciente.<br \/>\n\u2014 Les difficult\u00e9s, les obstacles que l\u2019on rencontre dans le processus de connaissance sont rarement \u00e9voqu\u00e9s.<br \/>\nCe qui conduit \u00e0 interroger les notions de raison, m\u00e9thode. [Dans une autre \u00e9cole on abordera des notions qui touchent \u00e0 la logique (naturelle, formelle, dialectique), d\u2019induction, d\u00e9duction, analyse, synth\u00e8se, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Notions : Raison, M\u00e9thode<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Raison : C\u2019est une facult\u00e9 propre \u00e0 l\u2019homme qui d\u00e9passe, sans les nier, les donn\u00e9es des sens. C\u2019est la facult\u00e9 de juger, discerner, de poser des rapports, de combiner des notions, des propositions. L\u2019usage \u201craisonn\u00e9\u201d [m\u00e9thodique] de la raison est sp\u00e9cifique de l\u2019homme et le distingue de l\u2019animal.<br \/>\nDans le d\u00e9tail, c\u2019est la mise en \u0153uvre d\u2019un ensemble de principes logiques, de notions, de cat\u00e9gories.<br \/>\nLa raison, en tant que \u201clogique naturelle\u201d, propre au genre humain, est la m\u00eame pour tous les hommes, contrairement \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience, propre \u00e0 chaque individu. L\u2019usage de la raison est donc indispensable pour que les connaissances ne restent pas limit\u00e9es \u00e0 ce qui peut se constituer sur la base d\u2019exp\u00e9riences purement subjectives.<br \/>\nLa mise en \u0153uvre de cat\u00e9gories et proc\u00e9dures rationnelles, est un outil pour la connaissance, pour saisir la \u00ab raison des choses \u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire leurs d\u00e9terminations essentielles, \u201cmettre en forme\u201d, unifier les repr\u00e9sentations, parvenir \u00e0 les conceptualiser.<br \/>\nL\u2019usage de la raison est indispensable dans le processus de la connaissance, en tant que la raison est une facult\u00e9 sup\u00e9rieure qui permet de faire la synth\u00e8se des repr\u00e9sentations de l\u2019entendement, qui lui-m\u00eame fait la synth\u00e8se des \u00e9l\u00e9ments sensibles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00e9thode : C\u2019est le chemin \u00e0 suivre pour parvenir \u00e0 un certain r\u00e9sultat, la poursuite d\u2019un effort pour atteindre un but. L\u2019id\u00e9e de chemin signifie que l\u2019on s\u2019engage dans une voie qu\u2019on trace de fa\u00e7on raisonn\u00e9e dans une direction donn\u00e9e, et non au petit bonheur.<br \/>\nOn suit une direction d\u00e9finissable (trac\u00e9e \u00e0 l\u2019avance) et r\u00e9guli\u00e8rement suivie dans une op\u00e9ration de connaissance.<br \/>\nC\u2019est aussi l\u2019ensemble de proc\u00e9dures qui ordonnent la marche de la pens\u00e9e, ou encore un programme r\u00e9glant d\u2019avance une suite d\u2019op\u00e9rations \u00e0 accomplir, et signalant les errements \u00e0 \u00e9viter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Reprise des r\u00e9ponses donn\u00e9es \u00e0 la question : \u00ab Comment fait-on pour conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 ? \u00bb<br \/>\nOn s\u2019int\u00e9resse maintenant aux r\u00e9ponses qui ne partent pas du sujet de la connaissance, mais de l\u2019objet \u00e0 conna\u00eetre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le mouvement qui va de l\u2019Objet \u00e0 conna\u00eetre au Sujet qui cherche \u00e0 conna\u00eetre : O \u2013&gt;\u00a0S<\/strong><br \/>\n(Synth\u00e8se des r\u00e9ponses centr\u00e9es qui vont de la chose \u00e0 conna\u00eetre au sujet de la connaissance)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il a \u00e9t\u00e9 bien compris que ce qu\u2019il y a \u00e0 conna\u00eetre c\u2019est la r\u00e9alit\u00e9, les choses, et non de se \u201ctriturer\u201d la cervelle \u00e0 vide, en imaginant que les contenus des choses y seraient directement inscrits, soit parce qu\u2019on estime qu\u2019on est le plus intelligent, le plus g\u00e9nial, ou qu\u2019on est directement inspir\u00e9 par Dieu.<br \/>\n\u2014 Plusieurs r\u00e9ponses ont insist\u00e9 sur le fait que la connaissance de l\u2019objet n\u2019est pas spontan\u00e9ment dans la t\u00eate du sujet (m\u00eame s\u2019il dispose de bonnes cat\u00e9gories de pens\u00e9e), qu\u2019il faut prendre comme point de d\u00e9part de la r\u00e9flexion un contenu, un objet. Cela est formul\u00e9 par des remarques telles que : \u00ab il faut \u00eatre objectif \u00bb. Ou encore \u00ab il faut \u00eatre mat\u00e9rialiste \u00bb. Ce qui peut vouloir dire, qu\u2019il faut chercher \u00e0 penser l\u2019objet en tant qu\u2019il existe ind\u00e9pendamment de notre conscience. Mais le sens des formules, \u00ab il faut \u00eatre objectif \u00bb ou \u00ab mat\u00e9rialiste \u00bb n\u2019est pas forc\u00e9ment clair pour tous.<br \/>\nDans le d\u00e9tail, il est indiqu\u00e9 : \u00ab il faut partir de l\u2019objet, des choses r\u00e9elles \u00bb. Ce qui peut \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9 ainsi : \u00ab Il faut partir de la r\u00e9alit\u00e9, et non de ce que l\u2019on per\u00e7oit ou de ce que l\u2019on ressent \u00bb (car cela impliquerait une certaine confusion entre sujet et objet de la connaissance). Ou : \u00ab il faut voir que la r\u00e9alit\u00e9 est d\u2019abord ind\u00e9pendante de nous, on ne peut donc la conna\u00eetre imm\u00e9diatement, sauf quelques apparences \u00bb. Ou encore : \u00ab il faut clairement distinguer la r\u00e9alit\u00e9 de notre pens\u00e9e, ce sont deux choses diff\u00e9rentes \u00bb, \u00ab chercher la v\u00e9rit\u00e9 de la chose \u00bb, la \u00ab logique de la chose \u00bb, se la re-pr\u00e9senter, au-del\u00e0 des perceptions imm\u00e9diates. Il faut travailler \u00e0 \u00ab chercher les d\u00e9terminations essentielles \u00bb des choses, c\u2019est-\u00e0-dire les conceptualiser.<br \/>\nLes limites de la connaissance sont abord\u00e9es, en insistant surtout sur les limites des connaissances individuelles par rapport au d\u00e9veloppement g\u00e9n\u00e9ral, historique des connaissances collectives. La question des limites g\u00e9n\u00e9rales de la connaissance humaine n\u2019est pas pos\u00e9e explicitement. On va essayer de les analyser. Les limites dans le processus de la connaissance d\u00e9coulent \u2014 d\u2019une part, du fait que la raison ne peut avoir, pr\u00e9-inscrites dans la pens\u00e9e, les choses qui sont ext\u00e9rieures \u00e0 elles, \u2014 et d\u2019autre part, du fait qu\u2019on n\u2019est pas non plus \u201cdans les chose en elles-m\u00eames\u201d, que les choses n\u2019ont pas la connaissance d\u2019elles-m\u00eames et ne peuvent par cons\u00e9quent nous transmettre magiquement cette connaissance.<br \/>\nAvant d\u2019aborder les r\u00e9ponses qui ne semblent prendre en compte que le point de d\u00e9part du processus de la connaissance (la r\u00e9alit\u00e9), on va s\u2019interroger sur les diff\u00e9rentes conceptions de la connaissance, en premier lieu la conception mat\u00e9rialiste, puis plus bri\u00e8vement la conception id\u00e9aliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Notions : Mat\u00e9rialisme, Id\u00e9alisme<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il existe deux grandes fa\u00e7ons de poser la notion de <em>mat\u00e9rialisme<\/em> : Soit par rapport \u00e0 la \u201cmati\u00e8re\u201d, au sens des physiciens, la mati\u00e8re \u00ab mat\u00e9rielle \u00bb, le mat\u00e9riau pourrait-on dire ; soit, par rapport \u00e0 la th\u00e9orie de la connaissance, qui a pour objet, comme on l\u2019a vu, le rapport entre pens\u00e9e et r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est cette deuxi\u00e8me conception du mat\u00e9rialisme qui est prise en compte dans le marxisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014Voyons d\u2019abord le premier sens de Mat\u00e9rialisme au sens de la composition des choses, des \u00eatres.<br \/>\nC\u2019est une conception, celle d\u2019Aristote notamment (2), selon laquelle la mati\u00e8re existe toujours dans des formes d\u00e9termin\u00e9es, et qui pose en corollaire qu\u2019il n\u2019existe pas de forme sans mati\u00e8re. Forme et mati\u00e8re \u00e9tant toujours combin\u00e9es dans les choses, les \u00eatres.<br \/>\nIci la mati\u00e8re est l\u2019\u00e9l\u00e9ment potentiel, ind\u00e9termin\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire n\u2019ayant pas de r\u00e9alit\u00e9 sans une forme donn\u00e9e (qui lui donne sa d\u00e9termination).<br \/>\nMati\u00e8re, materia en latin, veut dire bois. On va prendre cet exemple pour comprendre le rapport entre mati\u00e8re et forme dans les choses, les \u00eatres.<br \/>\nDans un arbre (concret) il y a toujours une \u201csubstance\u201d (du bois), et une forme sp\u00e9cifique, qui est celle de l\u2019arbre. Il n\u2019y a pas dans la r\u00e9alit\u00e9 de mati\u00e8re bois \u201cpure\u201d (informe). C\u2019est seulement dans la pens\u00e9e que l\u2019on peut s\u00e9parer la mati\u00e8re et la forme des choses. Dans la composition des choses en bois, il y a une substance bois ind\u00e9termin\u00e9e (informe), et diverses formes concr\u00e8tes pour ce mat\u00e9riau : la forme arbre, mais aussi la forme de choses construites, telles qu\u2019une une table, une chaise, un navire, etc. (Voir Pierre Aubenque, Forme et mati\u00e8re chez Aristote).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Le deuxi\u00e8me sens qui nous int\u00e9resse pour la question d\u2019aujourd\u2019hui c\u2019est le Mat\u00e9rialisme dans son rapport \u00e0 la th\u00e9orie de la connaissance.<br \/>\nOn peut mentionner d\u2019abord une conception faussement mat\u00e9rialiste, qui pose qu\u2019il n\u2019existerait qu\u2019une seule substance des choses, des \u00eatres, qui serait la mati\u00e8re \u201cmat\u00e9rielle\u201d, dont les id\u00e9es ne seraient qu\u2019une \u00e9manation. Ou encore qui imagine que les id\u00e9es se r\u00e9duisent \u00e0 leur base mat\u00e9rielle dans le cerveau, sous forme de \u00ab r\u00e9seaux pr\u00e9-c\u00e2bl\u00e9s \u00bb qui tiendraient lieu de pens\u00e9e. Ce qui est purement id\u00e9aliste.<br \/>\nLe v\u00e9ritable mat\u00e9rialisme, en mati\u00e8re de th\u00e9orie de la connaissance, est assez bien d\u00e9fini par L\u00e9nine dans son Introduction \u00e0 Mat\u00e9rialisme et empiriocriticisme.<br \/>\nLe mat\u00e9rialisme, dans son rapport \u00e0 la th\u00e9orie de la connaissance, pose l\u2019existence de deux plans (ou domaines) de la r\u00e9alit\u00e9 : les choses, la mati\u00e8re (au sens de tout ce qui est), et, les id\u00e9es, les repr\u00e9sentations que les hommes s\u2019en font.<br \/>\nLa mati\u00e8re ici n\u2019est pas limit\u00e9e \u00e0 la mati\u00e8re au sens physique (ou encore aux mat\u00e9riaux), c\u2019est ce qui existe, dans son ind\u00e9pendance, hors des repr\u00e9sentations que l\u2019on peut en avoir [y compris ce que l\u2019on pourrait nommer la \u201cmati\u00e8re sociale\u201d : les diverses d\u00e9terminations de la r\u00e9alit\u00e9 sociale, y compris les id\u00e9es qui y ont \u00e9t\u00e9 forg\u00e9es].<br \/>\nDans le cadre de la th\u00e9orie de la connaissance, la mati\u00e8re ne signifie pas ce que l\u2019on touche, qu\u2019on voit, ou seulement ce qui dispose d\u2019une substance qu\u2019on peut saisir par les sens. Le mot Mati\u00e8re, dans le cadre de la th\u00e9orie de la connaissance sert \u00e0 d\u00e9signer les choses, les diff\u00e9rents aspects de la r\u00e9alit\u00e9, le monde, en eux-m\u00eames, dans leur ext\u00e9riorit\u00e9 par rapport \u00e0 la conscience qu\u2019on peut en avoir.<br \/>\n\u2014 Le plan de la mati\u00e8re est pos\u00e9 comme premier (ce qui ne veut pas dire unique). Mais il y a aussi le plan des id\u00e9es en tant que repr\u00e9sentation des choses, des ph\u00e9nom\u00e8nes. Autrement dit, il faut que des choses, des r\u00e9alit\u00e9s existent d\u2019abord, pour qu\u2019on puisse les penser. On ne peut penser que ce qui est (ou peut \u00eatre).<br \/>\n\u2014 Le plan des id\u00e9es concerne le domaine des repr\u00e9sentations de diff\u00e9rentes sortes de r\u00e9alit\u00e9. Ces repr\u00e9sentations sont justes ou fausses, correspondent parfaitement ou non \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, ce sont des \u201creflets\u201d plus ou moins fid\u00e8les de ce qui est. Le mot reflet \u00e9tant \u00e0 prendre au sens de r\u00e9flexion de la mati\u00e8re dans la pens\u00e9e et non copie mentale jaillissant ou \u00e9manant directement des choses dans notre cerveau.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 <em>Id\u00e9alisme<\/em> : le mot est form\u00e9 d\u2019apr\u00e8s Id\u00e9e en grec idea : apparence, conception de l\u2019esprit, image, forme.<br \/>\nLa d\u00e9finition de l\u2019id\u00e9alisme est plus difficile encore \u00e0 donner que pour le mat\u00e9rialisme, car les deux sens : de quoi sont form\u00e9es les choses selon l\u2019id\u00e9alisme, et, qu\u2019est-ce que l\u2019id\u00e9alisme (selon la th\u00e9orie de la connaissance), peuvent \u00eatre encore davantage confondus que pour le mat\u00e9rialisme.<br \/>\nDans l\u2019id\u00e9alisme immat\u00e9rialiste (tel celui de Berkeley) : il y a n\u00e9gation de la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019existence des choses mat\u00e9rielles, en dehors de nous. La vraie r\u00e9alit\u00e9 serait dans les id\u00e9es par opposition aux choses mat\u00e9rielles. La r\u00e9alit\u00e9, changeante et pr\u00e9caire, ne serait qu\u2019une apparence.<br \/>\nUne autre forme plus g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019id\u00e9alisme, consiste \u00e0 poser que l\u2019id\u00e9e est premi\u00e8re, existant avant les choses et se r\u00e9alisant en elles. Il n\u2019y a pas ici n\u00e9gation de l\u2019existence de deux plans distincts (id\u00e9e des choses, et choses), ni, par cons\u00e9quent, n\u00e9gation de la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, mais on imagine que les id\u00e9es \u201cs\u2019incarnent\u201d dans les choses.<br \/>\nDu point de vue de la th\u00e9orie de la connaissance, l\u2019id\u00e9alisme consiste \u00e0 poser que les id\u00e9es des choses sont premi\u00e8res, et non des repr\u00e9sentations abstraites des choses elles-m\u00eames.<br \/>\nL\u2019Id\u00e9alisme subjectif : ram\u00e8ne pour sa part toute la pens\u00e9e \u00e0 une pens\u00e9e individuelle (ou de groupe, de classe).<br \/>\nC\u2019est peu diff\u00e9rent du subjectivisme ou solipsisme : (solus ipse, seulement moi-m\u00eame), qui pose comme une \u00e9vidence absolue les contenus de pens\u00e9e du sujet individuel (ou des subjectivit\u00e9s de groupe).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les diff\u00e9rents moments du processus de la connaissance<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on poursuit l\u2019analyse des r\u00e9ponses \u00e0 la question \u00ab Comment fait-on pour conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 ? \u00bb, on peut essayer de d\u00e9gager les diff\u00e9rents moments du processus g\u00e9n\u00e9ral de la connaissance, sur la base d\u2019une conception mat\u00e9rialiste.<br \/>\nPlusieurs r\u00e9ponses, on l\u2019a dit, insistent sur le fait que la connaissance de l\u2019objet a pour point de d\u00e9part la r\u00e9alit\u00e9. Mais certains ne font pas \u00e9tat du r\u00f4le actif du sujet de la connaissance \u00e0 partir de ce point de d\u00e9part. Tout se passe comme si la connaissance pouvait surgir directement des choses dans l\u2019esprit, par les sensations, l\u2019exp\u00e9rience, sans travail d\u2019\u00e9laboration sp\u00e9cifique de la pens\u00e9e, guid\u00e9e par la raison.<br \/>\nCertes, on part bien des choses \u00e0 conna\u00eetre, des informations qu\u2019elles pourraient donner par l\u2019interm\u00e9diaire des sens. Et c\u2019est un point important. Comme les partisans de la th\u00e9orie de la connaissance d\u2019Aristote l\u2019indiquaient : \u00ab il n\u2019y a rien dans l\u2019intelligence qui n\u2019ait d\u2019abord \u00e9t\u00e9 dans les sens \u00bb. Mais ce qui n\u2019est qu\u2019un point de d\u00e9part de la connaissance peut sembler d\u00e9boucher spontan\u00e9ment sur une v\u00e9ritable connaissance, une conceptualisation des choses. Ce que semble sugg\u00e9rer une expression chinoise que citait le dirigeant communiste Mao Zedong (ou Mao Ts\u00e9 Toung) \u2014 \u00e0 propos du passage de la sensation au concept \u2014 \u00ab Il suffit de froncer les sourcils et un stratag\u00e8me vient \u00e0 l\u2019esprit \u00bb.<br \/>\nBien qu\u2019elle ne refl\u00e8te probablement pas le fond de la pens\u00e9e de ce dirigeant, cette formule pose probl\u00e8me.<br \/>\nCar on peut, \u00e0 partir de cette formule, s\u2019imaginer que les sens nous donnent des informations, qui vont au cerveau d\u00e9j\u00e0 structur\u00e9es ou s\u2019y organisant d\u2019elles-m\u00eames en connaissance v\u00e9ritable, sans travail actif de la pens\u00e9e du sujet, orient\u00e9e par la raison.<br \/>\nOn peut aussi imaginer que l\u2019exp\u00e9rience fournirait directement la connaissance, sans \u00e9laboration pens\u00e9e, sans m\u00e9thode.<br \/>\nCertains imaginent lever la difficult\u00e9 en parlant de \u201cva-et-vient\u201d entre exp\u00e9rience et connaissance, th\u00e9orie et pratique, sans \u00e9tablir par quel travail propre de la pens\u00e9e se construit la connaissance des choses, la th\u00e9orie. Et surtout sans voir clairement en quoi consiste le moment propre de la th\u00e9orie dans ce va-et-vient.<br \/>\nOn peut aussi penser que la connaissance n\u2019est utile que quand elle sert directement l\u2019action, la pratique, qu\u2019il ne faudrait pas viser la connaissance pour elle-m\u00eame. Ce qui peut conduire \u00e0 des impasses, notamment en mati\u00e8re politique, car on ne voit que ce qui sert imm\u00e9diatement l\u2019action, et non en quoi elle est ou non possible.<br \/>\nCe qui conduit \u00e0 s\u2019interroger sur de nouvelles notions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Notions : donn\u00e9, sensation, perception, conception, pratique, th\u00e9orie, exp\u00e9rience.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plusieurs ont parl\u00e9 de donn\u00e9es, de la n\u00e9cessit\u00e9 de \u00ab recueillir des donn\u00e9es \u00bb.<br \/>\n\u2014 Le <em>donn\u00e9<\/em> comporte l\u2019id\u00e9e d\u2019un don du sort, qui est pr\u00e9cis\u00e9ment donn\u00e9 sans qu\u2019on n\u2019ait \u00e0 intervenir. Le donn\u00e9 c\u2019est ce qui est imm\u00e9diatement pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la conscience (au sens passif) avant que la pens\u00e9e n\u2019en fasse une \u00e9laboration construite (3).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En relation avec le donn\u00e9, il y a la sensation. La sensation, ce que l\u2019on sent, est une donn\u00e9e brute des sens en r\u00e9action \u00e0 un stimulus. Ou, ce qui se donne imm\u00e9diatement par les sens, sans \u00e9laboration par la pens\u00e9e.<br \/>\nExemple : la simple vision et le toucher d\u2019une montre ne permet pas de savoir ce qu\u2019est une montre pour quelqu\u2019un qui n\u2019en a jamais vu et n\u2019en conna\u00eet pas l\u2019usage.<br \/>\nOn voit que la sensation, dans son caract\u00e8re brut, est presque impossible \u00e0 saisir dans sa puret\u00e9, car elle est presque toujours int\u00e9gr\u00e9e dans une perception.<br \/>\nA noter que la distinction entre le stimulus et la sensation n\u2019est pas toujours nette pour la conscience (par exemple on peut dire \u00ab \u00e7a me pique \u00bb, en m\u00e9langeant le stimulus et la sensation qu\u2019il d\u00e9clenche).<br \/>\nLes sens ne trompent pas, ils transmettent bien une r\u00e9action spontan\u00e9e \u00e0 un stimulus. Mais l\u2019interpr\u00e9tation des donn\u00e9es par le cerveau ou la conscience, peut \u00eatre source d\u2019erreurs, en mettant en relation des donn\u00e9es qui ne sont pas syst\u00e9matiquement li\u00e9es dans la r\u00e9alit\u00e9 (contingentes ou fruit du hasard). C\u2019est ce que signifie l\u2019expression \u00ab chat \u00e9chaud\u00e9 craint l\u2019au froide \u00bb. Le chat n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9 par ses sens : l\u2019eau qui l\u2019a \u00e9bouillant\u00e9 \u00e9tait bien chaude, mais son cerveau a \u00e9tabli une relation entre eau et chaleur, qui est fortuite, occasionnelle, dans la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Sensualisme<\/em> : Doctrine selon laquelle toute connaissance vient des sens et d\u2019eux seuls.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Perception, percevoir<\/em> : Il y a l\u2019id\u00e9e de saisir enti\u00e8rement les donn\u00e9es d\u2019une chose. La perception est une organisation des sensations par la pens\u00e9e, en les interpr\u00e9tant, ou les compl\u00e9tant, par des images, des souvenirs, des connaissances, des cadres de pens\u00e9e, etc.<br \/>\nLa distinction sujet \/objet est ici claire.<br \/>\nIl y a intervention de cadres perceptifs de mise en relation, se fondant sur des rapports plus stables. Si l\u2019on reprend l\u2019exemple de la montre, on fait intervenir des cadres perceptifs d\u00e9j\u00e0 construits de ce que c\u2019est qu\u2019une montre, sa forme, son usage, qui guide l\u2019interpr\u00e9tation des sensations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Conception, Concevoir<\/em> : Il y a l\u2019id\u00e9e de contenir en soi l\u2019id\u00e9e compl\u00e8te (unifi\u00e9e) d\u2019une chose. Concevoir est une op\u00e9ration de la pens\u00e9e consistant \u00e0 construire le concept d\u2019une chose, dans ses d\u00e9terminations essentielles, ses rapports internes, son unit\u00e9.<br \/>\nLe travail de conceptualisation est le r\u00e9sultat de processus d\u2019abstraction, car les d\u00e9terminations essentielles qui forment les choses ne se pr\u00e9sentent pas directement, imm\u00e9diatement, dans les choses elles-m\u00eames, et ne peuvent en g\u00e9n\u00e9ral pas \u00eatre saisies par les sens, ni m\u00eame par la simple perception.<br \/>\nDiff\u00e9rence entre concept et id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale d\u2019une chose : On emploie parfois indiff\u00e9remment les mots concept et id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. L\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale se limite \u00e0 percevoir le g\u00e9n\u00e9ral dans le particulier (par exemple voir qu\u2019un peuplier, un sapin, un pommier, rentrent dans le genre, l\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale d\u2019arbre). L\u2019id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale ne donne pas comme le concept, les d\u00e9terminations essentielles de ce qui constitue, forme un arbre, au-del\u00e0 de la diversit\u00e9 des apparences. Il vaut mieux r\u00e9server le mot concept \u00e0 ce qui r\u00e9sulte du travail de conceptualisation qui donne les d\u00e9terminations essentielles d\u2019une chose.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Exp\u00e9rience<\/em> : Id\u00e9e d\u2019\u00e9prouver, risquer.<br \/>\nDu point de vue du sujet, c\u2019est l\u2019exercice de facult\u00e9s dans une relation \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Toutefois le contenu de l\u2019exp\u00e9rience provient de l\u2019ext\u00e9rieur par l\u2019interm\u00e9diaire des sens.<br \/>\nLes facult\u00e9s requises dans l\u2019exp\u00e9rience ne sont pas sp\u00e9cifiques du genre humain, certains animaux peuvent d\u00e9velopper des connaissances primaires sur la base de leur exp\u00e9rience. Dans l\u2019exp\u00e9rience humaine, comme dans la perception, se m\u00ealent toujours des \u00e9l\u00e9ments de connaissance.<br \/>\nL\u2019exp\u00e9rience peut se borner \u00e0 \u00e9prouver quelque chose, comme ph\u00e9nom\u00e8ne transitoire, elle peut aussi \u00e9largir le champ de notre connaissance de la r\u00e9alit\u00e9, mais ces \u00e9l\u00e9ments de connaissance sont limit\u00e9s aux ph\u00e9nom\u00e8nes qui ont \u00e9t\u00e9 mis en contact avec un individu donn\u00e9.<br \/>\nA la diff\u00e9rence de la raison et de ses r\u00e8gles, l\u2019exp\u00e9rience est propre \u00e0 chaque individu et peut \u00eatre diff\u00e9rente d\u2019un individu \u00e0 l\u2019autre. Par cons\u00e9quent, les \u00e9l\u00e9ments de connaissance qu\u2019elle permet de d\u00e9velopper ne peuvent porter que sur le particulier et non sur le g\u00e9n\u00e9ral. Des \u00e9l\u00e9ments d\u2019exp\u00e9rience peuvent cependant \u00eatre communs, en mati\u00e8re sociale, pour les individus d\u2019une m\u00eame nation, d\u2019une m\u00eame classe. L\u2019exp\u00e9rience n\u2019en reste pas moins particuli\u00e8re et non g\u00e9n\u00e9rale.<br \/>\nA la diff\u00e9rence de la pratique, l\u2019exp\u00e9rience n\u2019est pas n\u00e9cessairement associ\u00e9e \u00e0 une action, \u00e0 un acte pour faire, transformer.<br \/>\nDe plus, l\u2019exp\u00e9rience n\u2019est pas forc\u00e9ment intentionnelle, contrairement \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation et \u00e0 la pratique, qui posent des objectifs et des moyens pour conna\u00eetre les d\u00e9terminations des choses (aller au del\u00e0 des apparences).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">[A propos de l\u2019exp\u00e9rience, il faut noter qu\u2019il y a dans l\u2019expos\u00e9 une difficult\u00e9 (qu\u2019on ne r\u00e9soudra pas), dans la mesure o\u00f9 l\u2019on traite \u00e0 la fois, sans les distinguer clairement, du processus individuel de la connaissance et du processus g\u00e9n\u00e9ral. Si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse au processus g\u00e9n\u00e9ral de la connaissance, en consid\u00e9rant le sujet abstrait, universel de la connaissance, l\u2019exp\u00e9rience est \u00e0 consid\u00e9rer comme premi\u00e8re phase indispensable de ce processus, phase qui permet la mise en contact avec les objets \u00e0 conna\u00eetre. L\u2019exp\u00e9rience (directe ou indirecte) est ici pos\u00e9e dans son r\u00f4le, sa fonction, universelles, dans le processus g\u00e9n\u00e9ral de la connaissance. Ce qui ne signifie pas qu\u2019elle donne en tant que telle, une connaissance compl\u00e8te des choses (la phase de l\u2019\u00e9laboration pens\u00e9e est-elle aussi indispensable). Dans sa fonction universelle, l\u2019exp\u00e9rience peut cependant \u00eatre pos\u00e9e aussi comme un lieu de v\u00e9rification des connaissances, o\u00f9 peut se r\u00e9aliser un accord entre les hommes (pourvus qu\u2019ils soient sains d\u2019esprit !).]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em>Pratique<\/em> : (du grec <em>praktikon<\/em> : id\u00e9e de faire). La pratique est l\u2019exercice d\u2019une activit\u00e9 volontaire (au sens d\u2019intentionnelle), visant \u00e0 la transformation de ce qui nous entoure. C\u2019est donc une activit\u00e9 en fonction d\u2019un objectif, pr\u00e9alablement pos\u00e9 (en id\u00e9e), en fonction de connaissances (et de l\u2019usage de la raison), posant des moyens pour atteindre l\u2019objectif d\u00e9sign\u00e9. L\u2019exemple en est le travail humain, tel que le th\u00e9orise Marx dans le <em>Capital<\/em>.<br \/>\nLa pratique n\u2019est donc pas une simple confrontation spontan\u00e9e, non r\u00e9fl\u00e9chie, avec des donn\u00e9es imm\u00e9diates de la r\u00e9alit\u00e9. Un praticien est un homme qui appuie son action sur une connaissance \u00e9labor\u00e9e, des donn\u00e9es th\u00e9oriques, des objectifs d\u00e9termin\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Th\u00e9orie Le mot est en relation avec la racine grecque theatrom (th\u00e9\u00e2tre). Il ne s\u2019agit pas ici de transformer, mais de contempler, regarder, dresser un tableau synth\u00e9tique des choses, donnant les moyens le cas \u00e9ch\u00e9ant de guider l\u2019action.<br \/>\nLa th\u00e9orie se positionne dans le registre de la conception. C\u2019est une construction sp\u00e9culative de l\u2019esprit, \u00e9tablissant des relations, rattachant des cons\u00e9quences \u00e0 des principes, une conception m\u00e9thodique, syst\u00e9matique, visant \u00e0 la connaissance profonde des choses, ou une large synth\u00e8se se proposant d\u2019expliquer un grande nombre de ph\u00e9nom\u00e8nes.<br \/>\nA noter que toutes les connaissances ne sont pas d\u2019ordre th\u00e9orique.<\/p>\n<p><strong>On va reprendre le fil de l\u2019expos\u00e9 en s\u2019int\u00e9ressant aux deux p\u00f4les dans le processus de la connaissance.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Les deux p\u00f4les dans le processus de la connaissance<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a vu, au travers des r\u00e9ponses donn\u00e9es par les participants, que le processus de la connaissance r\u00e9clamait un Sujet actif, et qu\u2019il devait tenir compte de deux sources, ou plut\u00f4t deux p\u00f4les, pour \u00e9laborer des connaissances : les donn\u00e9es des choses \u00e0 conna\u00eetre (les contenus), et, le travail de la pens\u00e9e avec usage de la raison, raisonnements (la mise en forme des id\u00e9es sur les choses).<br \/>\nBien que dans les r\u00e9ponses aux questions, on se soit centr\u00e9 sur le comment, plus que sur cette question des deux p\u00f4les dans le processus de la connaissance, personne ne semble imaginer que la pens\u00e9e, ou la raison, poss\u00e8dent toutes faites la connaissance du contenu des choses, qu\u2019il y aurait un savoir inn\u00e9. Il peut cependant arriver que l\u2019on fasse comme si tout devait se trouver d\u00e9j\u00e0 dans notre cerveau, sans travail de la pens\u00e9e, que ce serait un signe de notre intelligence, et que celle-ci serait inn\u00e9e. Inversement certains peuvent penser que si l\u2019on ne sait pas, ou qu\u2019on se trompe, c\u2019est qu\u2019on est stupide.<br \/>\nDans tous les cas, on n\u00e9glige : soit le point de d\u00e9part de la connaissance, soit le fait que la connaissance r\u00e9sulte d\u2019une \u00e9laboration, d\u2019un travail sp\u00e9cifique, de la pens\u00e9e, guid\u00e9e par la raison, avec des m\u00e9thodes, des outils. Il y a diff\u00e9rentes fa\u00e7ons d\u2019\u00e9vacuer la n\u00e9cessit\u00e9 de ce travail pour progresser dans la connaissance : soit on pense que la mati\u00e8re agit sur nos sens et que l\u2019id\u00e9e va jaillir d\u2019elle-m\u00eame, soit on pense que le ciel, Dieu, nous r\u00e9v\u00e8lent directement dans le cerveau les id\u00e9es des choses, ou encore que l\u2019on est tellement g\u00e9nial qu\u2019on a l\u2019id\u00e9e des choses en nous-m\u00eames.<br \/>\nSi l\u2019on reprend maintenant l\u2019ensemble des r\u00e9ponses \u00e0 la question : \u00ab comment fait-on pour conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 \u00bb, on voit que les deux points de d\u00e9part, de nature et de r\u00f4le diff\u00e9rents, ont bien \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s : le sujet de la connaissance, et, la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 conna\u00eetre, Ils se pr\u00e9sentent tous deux comme n\u00e9cessaires dans le processus de la connaissance. Mais sans toujours voir la relation entre les deux et le r\u00f4le diff\u00e9rent des deux p\u00f4les.<br \/>\nLe point de d\u00e9part est dans la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 conna\u00eetre, dans l\u2019Objet, car c\u2019est l\u00e0 que se trouve le contenu sur lequel la pens\u00e9e peut s\u2019exercer. C\u2019est un p\u00f4le passif, mais indispensable. Les sensations, l\u2019exp\u00e9rience, permettent d\u2019entrer en contact avec les choses \u00e0 conna\u00eetre, directement ou indirectement, pour un individu donn\u00e9 ou pour l\u2019homme en g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nLe p\u00f4le actif n\u2019en reste pas moins du c\u00f4t\u00e9 du Sujet de la connaissance. Ce qui veut dire que la connaissance est toujours connaissance humaine. Si l\u2019on excepte Dieu, il n\u2019y a pas \u00e0 proprement parler d\u2019autre connaissances que les connaissances humaines (la r\u00e9alit\u00e9, les choses ne se pensent pas elles-m\u00eames). Enfin, il faut comprendre que pour que le sujet puisse penser les choses, il a besoin de faire agir sa raison, il a besoin de m\u00e9thode, d\u2019outils, pour appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9, les d\u00e9terminations essentielles des choses que les apparences ne r\u00e9v\u00e8lent pas.<br \/>\n[Pour avoir une id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la M\u00e9thode qu\u2019applique Marx, on peut se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 \u00ab La m\u00e9thode de l\u2019\u00e9conomie politique \u00bb, dans son Introduction \u00e0 la critique de l\u2019\u00e9conomie politique (1857) (4)].<br \/>\nDonc, premier \u00e9cueil, penser que les sens, l\u2019exp\u00e9rience, donnent directement la connaissance. C\u2019est la doctrine empiriste. Mais il existe un \u00e9cueil contraire, penser que l\u2019usage de la raison suffit pour conna\u00eetre les choses. Bien que dans les r\u00e9ponses aux questions, cela n\u2019apparaisse pas en tant que tel, on abordera ainsi le probl\u00e8me des doctrines qui imaginent que la raison poss\u00e8de en elle toutes les donn\u00e9es de la connaissance, sans avoir besoin de sa confrontation aux choses, et qui imaginent que les sens nous trompent n\u00e9cessairement. A propos de ces doctrines qui r\u00e9cusent le point de d\u00e9part des connaissances, on parlera moins d\u2019id\u00e9alisme que de rationalisme dogmatique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Premier \u00e9cueil, l\u2019Empirisme : C\u2019est une conception de la connaissance qui nie l\u2019existence de principes de connaissance distincts de l\u2019exp\u00e9rience, ou qui n\u2019admet pas que la pens\u00e9e, la raison, aient des lois propres, diff\u00e9rant de celles de choses connues. En cons\u00e9quence, on fait reposer la connaissance sur l\u2019exp\u00e9rience seule.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Deuxi\u00e8me \u00e9cueil, le Rationalisme (dogmatique) qui imagine que toute connaissance certaine vient de principes irr\u00e9cusables, \u00e9vidents, de la raison, dont elle est la cons\u00e9quence n\u00e9cessaire, et que la connaissance vient de ces principes rationnels, et d\u2019eux seuls. Et, qu\u2019en cons\u00e9quence, les sens, mais aussi dans une certaine mesure l\u2019exp\u00e9rience, ne peuvent que nous entra\u00eener dans l\u2019erreur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour que le processus de la connaissance puisse se d\u00e9velopper, il faut donc lutter sur deux fronts :<br \/>\n\u2014 Ne pas penser que toutes les connaissances viennent d\u00e9j\u00e0 construites dans la pens\u00e9e par les sens, l\u2019exp\u00e9rience. Ou encore imaginer qu\u2019on peut d\u00e9velopper des connaissances sans respecter les r\u00e8gles du raisonnement. Ou chercher dans les profondeurs secr\u00e8tes une v\u00e9rit\u00e9 des choses qui serait directement r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. Sans qu\u2019il y ait besoin de cadres, de formes, de raisonnements pour penser le contenu des choses.<br \/>\n\u2014 Ne pas penser qu\u2019on a la connaissance des choses d\u00e9j\u00e0 \u201cpr\u00e9-form\u00e9e\u201d dans la t\u00eate, ou que l\u2019usage de la raison suffit pour conna\u00eetre les choses de la r\u00e9alit\u00e9. Confondre les id\u00e9es et l\u2019ordre r\u00e9el des choses. Imaginer qu\u2019il est possible de faire d\u00e9river \u00e0 l\u2019infini un concept \u00e0 partir d\u2019autres concepts, uniquement par d\u00e9duction, sans contenu nouveau tir\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience.<br \/>\nL\u2019usage de la raison est indispensable pour conna\u00eetre, mais on doit voir ses limites, elle ne donne que les cadres, que les formes de la connaissance, et a besoin de contenus \u00e0 penser. Les contenus des concepts ne peuvent \u00eatre tir\u00e9s que de l\u2019exp\u00e9rience, gr\u00e2ce \u00e0 la facult\u00e9 de penser qui permet de transformer une repr\u00e9sentation sensible en un objet de connaissance.<br \/>\nSi les intuitions sensibles, sans cadre pour les penser, sont aveugles, la raison pure, sp\u00e9culative, sans contenu, est vide.<br \/>\nLes donn\u00e9es des sens, ce qui appara\u00eet au sujet, sont la cause initiale du processus de la connaissance. Mais la sensibilit\u00e9 ne livre des contenus que sous forme d\u2019un magma confus.<br \/>\nIl faut que la raison (et ses r\u00e8gles) donne des cadres de pens\u00e9e universels pour penser le contenu des choses. Le sujet de la connaissance peut alors se rapporter \u00e0 la chose \u00e0 conna\u00eetre, dans sa logique propre, hors des impressions imm\u00e9diates donn\u00e9es dans les sensations. Les concepts sont des produits de l\u2019intellect qui correspondent \u00e0 la logique interne des choses, et non pas aux sensations que suscitent ces choses en nous.<br \/>\nIl faut donc consid\u00e9rer les deux p\u00f4les dans le processus de la connaissance, qui rel\u00e8vent de principes distincts : la sensibilit\u00e9, et, la raison. Consid\u00e9r\u00e9es isol\u00e9ment ces deux sources ne permettent pas le d\u00e9veloppement du processus. C\u2019est le sujet de la connaissance qui effectue la mise en relation entre des contenus et les cadres qui permettent de les penser.<br \/>\nTr\u00e8s souvent en politique, on oscille d\u2019un p\u00f4le \u00e0 l\u2019autre, sans se pr\u00e9occuper de conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 et son devenir possible, et sans se pr\u00e9occuper de disposer d\u2019une m\u00e9thode pour d\u00e9gager les donn\u00e9es essentielles (historiques et sociales) de cette r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>SCHEMA RECAPITULATIF<\/strong><br \/>\nLe r\u00f4le de la pens\u00e9e pour mettre en relation les deux \u201csources\u201d de la connaissance<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-326 size-full\" src=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/2016-12-24-16.18.37-2.jpg\" width=\"2865\" height=\"1993\" srcset=\"https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/2016-12-24-16.18.37-2.jpg 2865w, https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/2016-12-24-16.18.37-2-300x209.jpg 300w, https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/2016-12-24-16.18.37-2-768x534.jpg 768w, https:\/\/lunipop.fr\/wp-content\/uploads\/2016\/12\/2016-12-24-16.18.37-2-1024x712.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 2865px) 100vw, 2865px\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>S\u2019orienter dans la pens\u00e9e<\/strong><br \/>\nComment s\u2019op\u00e8re pr\u00e9cis\u00e9ment la mise en relation entre les deux p\u00f4les dans le processus de la connaissance. C\u2019est une nouvelle question, assez complexe, et il faudrait une autre \u00e9cole pour l\u2019aborder. On s\u2019arr\u00eatera au seuil de cette nouvelle difficult\u00e9.<br \/>\nRetenons pour l\u2019instant que le processus s\u2019effectue en g\u00e9n\u00e9ral plus ou moins bien, sans qu\u2019on en ait pos\u00e9 consciemment tous les termes. La pens\u00e9e, ou l\u2019entendement, est le lieu o\u00f9 s\u2019op\u00e8re la synth\u00e8se, dans la mesure o\u00f9 la pens\u00e9e s\u2019oriente par la raison, le raisonnement. Qu\u2019est-ce en effet que s\u2019orienter dans la pens\u00e9e : c\u2019est faire usage de la raison.<br \/>\nQuand on emploie des mots tels que quoi, pourquoi, or, donc, par cons\u00e9quent, pareil, contraire, principal, subordonn\u00e9, etc., on mobilise le raisonnement. Le probl\u00e8me est qu\u2019on le fait sans vraiment r\u00e9fl\u00e9chir, et qu\u2019on ne v\u00e9rifie pas toujours la logique des encha\u00eenements de la pens\u00e9e, sa coh\u00e9rence.<br \/>\nOn peut imaginer que \u201cpenser \u201d se r\u00e9duit \u00e0 encha\u00eener les id\u00e9es qui viennent dans la t\u00eate, et non \u00e0 faire usage d\u2019un raisonnement suivi, sur des contenus d\u00e9termin\u00e9s. Il arrive alors que, comme pour une intervention orale non pr\u00e9par\u00e9e, la pens\u00e9e tourne en rond, ou qu\u2019elle oublie m\u00eame l\u2019objet qu\u2019elle \u00e9tait cens\u00e9e \u00e9clairer. Le travail directement sur ordinateur, quand on n\u2019a pas fait de plan et de brouillons d\u2019abord, n\u2019arrange pas toujours les choses.<br \/>\nA propos des brouillons, un point m\u00e9rite d\u2019\u00eatre signal\u00e9. Quand on essaie de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 un contenu, le fait en quelque sorte de poser de premi\u00e8res notations sur un papier, nous permet de bien distinguer entre le sujet de la connaissance et l\u2019objet \u00e0 conna\u00eetre, puisqu\u2019on a, en quelque sorte, pos\u00e9 cet objet devant nous. Dans le brouillon, cet objet, comme la r\u00e9alit\u00e9, se pr\u00e9sente alors comme ext\u00e9rieur \u00e0 nous, dans son aspect encore chaotique, ensemble de donn\u00e9es confuses. On peut alors, en l\u2019examinant comme un objet ext\u00e9rieur, mieux faire agir sa pens\u00e9e, mobiliser le raisonnement pour \u00e9valuer la coh\u00e9rence du propos, comme si l\u2019on \u00e9tudiait le texte de quelqu\u2019un d\u2019autre, en essayant de voir sa coh\u00e9rence, les manques logiques, etc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quelques remarques apr\u00e8s les expos\u00e9s des participants<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lors de la premi\u00e8re journ\u00e9e de l\u2019\u00e9cole, il \u00e9tait demand\u00e9 aux participants d\u2019essayer de synth\u00e9tiser ce qu\u2019ils avaient retenu de l\u2019ensemble de l\u2019expos\u00e9.<br \/>\nTous les expos\u00e9s ont mis en avant un ou plusieurs points essentiels. Ils ont aussi fait ressortir certains probl\u00e8mes, li\u00e9s \u00e0 des difficult\u00e9s de compr\u00e9hension ou \u00e0 des manques, des apories de l\u2019expos\u00e9 lui-m\u00eame.<br \/>\nLe plan a ainsi pu pr\u00eater \u00e0 confusion, dans la mesure o\u00f9 des sous-parties, centr\u00e9es sur les diff\u00e9rents aspects des r\u00e9ponses donn\u00e9es aux questions, pouvaient faire penser qu\u2019il y avait deux \u201cprotagonistes\u201d (quasi sujets) dans le processus de la connaissance (le Sujet et l\u2019Objet).<br \/>\nCe qui pouvait conduire \u00e0 ne pas voir qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un seul sujet qui \u00e9labore la connaissance, en tenant compte des deux \u201cp\u00f4les\u201d et de leurs positionnements respectifs : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 mat\u00e9riau primaire de la connaissance, et, de l\u2019autre, mise en forme pens\u00e9e de ce mat\u00e9riau. (L\u2019objet \u00e0 conna\u00eetre ne peut \u00eatre un Sujet au sens actif du terme.)<br \/>\nLe Sujet de la connaissance est central dans le processus.<br \/>\nIl n\u2019y a pas de nuage tout \u00e9labor\u00e9 de la connaissance descendu du ciel. Il n\u2019y a pas de brouillard de la connaissance venant de la terre (ou de la mati\u00e8re), qui monte en nous, tout \u00e9labor\u00e9.<br \/>\nLa connaissance s\u2019\u00e9labore, et pour qu\u2019il y ait \u00e9laboration, il faut un Sujet qui ait la facult\u00e9 de conna\u00eetre. Donc il faut :<br \/>\n\u2014 un sujet de la connaissance, en tant qu\u2019\u00eatre capable de raison<br \/>\n\u2014 un sujet qui \u00e9labore, donc actif<br \/>\n\u2014 un sujet qui pose bien ce qu\u2019est la connaissance, donc qui distingue entre sujet de la connaissance et objet \u00e0 conna\u00eetre (la chose \u00e0 conna\u00eetre reste devant lui, non en lui)<br \/>\n\u2014 que ce sujet soit mat\u00e9rialiste ou id\u00e9aliste (*), l\u2019important est qu\u2019il maintienne toujours claire la distinction sujet-objet,<br \/>\n\u2014 ensuite, pour l\u2019ensemble du processus, voir le sch\u00e9ma provisoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(*) La question du mat\u00e9rialisme et de l\u2019id\u00e9alisme par rapport \u00e0 la possibilit\u00e9 de conna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 est parfois tranch\u00e9e de fa\u00e7on trop cat\u00e9gorique. La question premi\u00e8re est de bien distinguer sujet et objet de la connaissance. C\u2019est vrai pour le mat\u00e9rialiste \u00e0 condition qu\u2019il ne croie pas que la mati\u00e8re pense en lui. C\u2019est vrai pour l\u2019id\u00e9aliste, m\u00eame s\u2019il imagine que la pens\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9existe \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Prenons un id\u00e9aliste qui pense que Dieu a d\u2019abord eu l\u2019id\u00e9e des choses, des lois de la nature, et qu\u2019il a ensuite \u201cr\u00e9alis\u00e9\u201d ses id\u00e9es dans l\u2019Univers. Cela emp\u00eache-t-il un tel id\u00e9aliste de chercher \u00e0 conna\u00eetre les lois de la nature, m\u00eame s\u2019il imagine que ce sont des lois divines ? Le processus de la connaissance en revanche ne peut pas s\u2019\u00e9laborer correctement, si l\u2019on pense en subjectiviste, ou solipsiste, si l\u2019on ne fait pas la distinction entre sujet de la connaissance et objet \u00e0 conna\u00eetre, qu\u2019on pense que le \u201cressenti\u201d suffit \u00e0 faire une connaissance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>NOTES<\/strong><br \/>\n(1) Conna\u00eetre peut \u00eatre mis en relation avec le terme notion (m\u00eame racine en latin), si l\u2019on saisit bien la distinction entre sujet de la connaissance et objet de la connaissance (notion de quelque chose).<br \/>\n(2) Pr\u00e9cisons qu\u2019Aristote est \u00e9galement mat\u00e9rialiste pour ce qui touche \u00e0 la th\u00e9orie de la connaissance (apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 plus ou moins id\u00e9aliste \u00e0 l\u2019\u00e9cole platonicienne).<br \/>\n(3) En ce sens, il n\u2019y a pas, \u00e0 proprement parler, de \u00ab donn\u00e9es de l\u2019exp\u00e9rience \u00bb ou de \u00ab donn\u00e9es de la pratique \u00bb, (exp\u00e9rience et pratique \u00e9tant toujours pour partie construites). Mais l\u2019exp\u00e9rience et la pratique, en mettant en relation avec les choses, permettent de \u00ab recevoir \u00bb, voire \u00ab recueillir \u00bb volontairement des donn\u00e9es.<br \/>\n(4) Comment on passe d\u2019un \u00ab concret r\u00e9el \u00bb (repr\u00e9sentation chaotique, syncr\u00e9tique du tout) \u00e0 un \u00ab concret pens\u00e9 \u00bb (reproduction en pens\u00e9e, au moyen de ses d\u00e9terminations abstraites), au moyen d\u2019une d\u00e9marche, m\u00e9thode (qui r\u00e9duit la pl\u00e9nitude chaotique de la repr\u00e9sentation \u00e0 une d\u00e9termination abstraite, reproduire le concret par voie de la pens\u00e9e par ses d\u00e9terminations abstraites).<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Sujet de la connaissance et l\u2019Objet \u00e0 conna\u00eetre On abordera dans un autre cours les cadres de pens\u00e9e et les m\u00e9thodes qui aident \u00e0 conna\u00eetre les donn\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9 historique, sociale et politique. 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