{"id":262,"date":"2016-12-04T18:52:15","date_gmt":"2016-12-04T17:52:15","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=262"},"modified":"2016-12-04T18:52:15","modified_gmt":"2016-12-04T17:52:15","slug":"vii-les-apports-de-marx-a-la-conception-moderne-des-classes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=262","title":{"rendered":"VII. Les apports de Marx\u00a0\u00e0 la conception moderne des classes"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">En premier lieu, on essayera de d\u00e9gager quels fondements objectifs Marx donne aux classes. En second lieu on tentera d&rsquo;indiquer ce que ces fondements impliquent dans l&rsquo;ordre politique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marx ne nous donne pas, on le sait, un \u201cmanuel\u201d o\u00f9 il consignerait une th\u00e9orie sp\u00e9ciale des classes. Mais il a beaucoup de choses \u00e0 nous dire sur cette question. Ainsi, s&rsquo;il est vrai que le cinquante-deuxi\u00e8me et dernier chapitre du <em>Capital<\/em>, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les classes\u00a0\u00bb ne couvre qu&rsquo;une page, on peut pourtant trouver maints \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;une conception des classes tant chez le Marx \u201cjeune\u201d que chez le Marx de la maturit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Marx, jeune, aborde la question des classes au sein d&rsquo;une probl\u00e9matique de type philosophique (critique du Droit, de la Religion, de l&rsquo;Id\u00e9ologie allemande), et si l&rsquo;on peut penser que le Marx du<em> Capital<\/em>, aborde <em>in fine<\/em> la question des classes comme d\u00e9termin\u00e9e par l\u2019\u00e9conomie politique, il faut reconna\u00eetre qu&rsquo;il ne consid\u00e8re jamais les classes sans r\u00e9f\u00e9rence plus ou moins d\u00e9velopp\u00e9e et pertinente aux conditions objectives, mat\u00e9rielles notamment, de leur existence et de leur raison d&rsquo;\u00eatre, cela se comprend facilement si l&rsquo;on observe que toute sa r\u00e9flexion dite de \u201cjeunesse\u201d, de type philosophique, est une \u00e9tape dans la formation d&rsquo;une conception mat\u00e9rialiste historique du monde social. Au reste, la d\u00e9finition m\u00eame de l\u2019\u00e9conomie politique, telle qu&rsquo;elle est donn\u00e9e dans <em>Anti-D\u00fchring<\/em>, suppose les classes, des classes pas fondamentalement diff\u00e9rentes de celles qui apparaissent \u00e0 la fin du <em>Capital<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On aimerait, ici, sinon montrer, du moins rendre sensible, le fait que les r\u00e9flexions de Marx contiennent des \u00e9l\u00e9ments pour expliquer le \u201cpassage\u201d de l\u2019\u00e9conomie politique \u00e0 la politique, et que par cons\u00e9quent les \u201cmarxistes\u201d sont \u00e0 m\u00eame de penser ce passage. On verra plus loin que la <em>possibilit\u00e9<\/em> de ce passage est d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9e dans l&rsquo;<em>Annexe<\/em> \u00e0 la <em>Critique de la philosophie du droit<\/em>\u2026, dans <em>l&rsquo;Id\u00e9ologie allemande<\/em>, par exemple, mais d&rsquo;abord il faudra tenter de voir comment Marx \u201cfonde\u201d ce passage, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment nous permet de le penser, selon son esprit m\u00eame qui interdit de lui pr\u00eater l&rsquo;id\u00e9e que la politique r\u00e9sulte m\u00e9caniquement de l&rsquo;\u00e9conomie, en est un simple d\u00e9calque ou une s\u00e9cr\u00e9tion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Faut-il rappeler que Marx, contrairement \u00e0 une id\u00e9e re\u00e7ue, n&rsquo;est pas le premier penseur des classes\u00a0? Il le dit lui-m\u00eame\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0En ce qui me concerne, ce n&rsquo;est pas \u00e0 moi que revient le m\u00e9rite d&rsquo;avoir d\u00e9couvert ni l&rsquo;existence des classes dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne ni leur lutte entre elles. Longtemps avant moi, des historiens bourgeois avaient d\u00e9crit le d\u00e9ve\u00adloppement historique de cette lutte de classes et des \u00e9conomistes bourgeois en avaient exprim\u00e9 l&rsquo;anatomie \u00e9conomique.\u00a0\u00bb (<em>Lettre \u00e0 Weydemeyer<\/em>, 5\u00a0mars 1852)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est inutile de revenir ici sur les auteurs d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9s, les Physiocrates, ou encore un Necker dont on a dit qu&rsquo;il d\u00e9veloppait une pens\u00e9e puissante et f\u00e9conde sur ce sujet. On a d\u00e9j\u00e0 dit \u00e9galement que la repr\u00e9sentation des classes, dans leur principe, \u00e9tait bien ant\u00e9rieure au dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle, et aux auteurs r\u00e9put\u00e9s \u201cbourgeois\u201d. Les observations d&rsquo;Adalberon (1030) ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9es\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les uns prient, les autres combattent, les autres enfin travaillent\u00a0[\u2026] Les services rendus par l&rsquo;une sont la condition des \u0153uvres des deux autres.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il s&rsquo;agit assur\u00e9ment de \u201cclasses\u201d anciennes, encore virtuelles, mais qui montrent le caract\u00e8re universel des soci\u00e9t\u00e9s de classes\u00a0: <em>les uns vivent du travail des autres<\/em>. Plus encore, avec Chr\u00e9tien de Troyes (douzi\u00e8me si\u00e8cle) les donn\u00e9es de \u201cl&rsquo;exploitation\u201d moderne\u00a0 sont d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9es :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0\u2026s&rsquo;enrichit de nos salaires<br \/>\ncelui pour qui nous travaillons.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et la contradiction ouverte qui s&rsquo;exprime notamment dans la gr\u00e8ve, attire l&rsquo;attention des juristes d\u00e9j\u00e0 au treizi\u00e8me si\u00e8cle. Beaumanoir \u00e9voque ainsi\u00a0le <em>taquehan<\/em> (gr\u00e8ve) :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Alliance qui est faite entre le commun profit quand les ouvriers promettent ou assurent ou conviennent qu&rsquo;ils ne travailleront plus \u00e0 si bas prix que devant, mais augmentent leur salaire de leur propre autorit\u00e9, s&rsquo;accordent pour ne pas travailler \u00e0 moins.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces rappels sommaires indiquent la v\u00e9rit\u00e9 du propos sus cit\u00e9 de Marx, et ils n&rsquo;amoindrissent en rien ses m\u00e9rites. Ce que Marx apporte est consid\u00e9rable\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ce que je fis de nouveau, ce fut\u00a0: 1\/ de d\u00e9montrer que l&rsquo;existence des classes n&rsquo;est li\u00e9e qu&rsquo;\u00e0 des phases de d\u00e9veloppement historique d\u00e9termin\u00e9 de la production, 2\/ que la lutte de classes conduit n\u00e9cessairement \u00e0 la dictature du prol\u00e9tariat, 3\/ que cette dictature elle-m\u00eame ne constitue que la transition \u00e0 l&rsquo;abolition de toutes les classes et \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 sans classes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce que Marx se donne en propre c&rsquo;est donc, d&rsquo;une part, d&rsquo;avoir pos\u00e9 que les classes sont des r\u00e9alit\u00e9s concr\u00e8tes nullement immanentes, mais historiques, li\u00e9es aux modes de production, r\u00e9alit\u00e9s humaines, et d&rsquo;autre part, d&rsquo;avoir montr\u00e9 leur \u201cdevenir\u201d. Il lie entre eux, en quelque sorte, les raisons et le but de la chose, c&rsquo;est important. Il suffit de penser qu&rsquo;alors la lutte de classe appara\u00eet \u201crationnelle\u201d, et que ceux qui sont en opposition, les classes en lutte, peuvent savoir o\u00f9 ils vont, pour sentir l&rsquo;un des int\u00e9r\u00eats des apports de Marx \u00e0 la conception des classes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand on lit le dernier chapitre du <em>Capital<\/em>, on constate qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;auteurs dont on a vu des repr\u00e9sentants, Marx discerne trois grandes classes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les propri\u00e9taires de la simple force de travail, les propri\u00e9taires du capital et les propri\u00e9taires fonciers dont les sources respectives de revenu sont le salaire, le profit et la rente fonci\u00e8re\u00a0; par cons\u00e9quent, les salari\u00e9s, les capitalistes et les propri\u00e9taires fonciers constituent les trois grandes classes de la soci\u00e9t\u00e9 moderne fond\u00e9e sur le syst\u00e8me de production capitaliste.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;une assertion. Marx note ensuite\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La question qui se pose tout d&rsquo;abord est la suivante\u00a0: qu&rsquo;est-ce qui constitue une classe\u00a0? La r\u00e9ponse d\u00e9coule tout naturellement de la r\u00e9ponse \u00e0 cette autre question\u00a0: qu&rsquo;est-ce qui fait que les ouvriers salari\u00e9s, les capitalistes et les propri\u00e9taires fonciers constituent les trois grandes classes de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et Marx se propose d&rsquo;y r\u00e9pondre (nous n&rsquo;avons que son brouillon qui correspond \u00e0 une logique de r\u00e9flexion en cours, non \u00e0 la logique d&rsquo;expos\u00e9 d&rsquo;une question int\u00e9gralement r\u00e9solue). Il observe d&rsquo;abord des v\u00e9rit\u00e9s \u201capparentes\u201d\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0\u00c0 premi\u00e8re vue, nous dit-il, c&rsquo;est l&rsquo;identit\u00e9 des revenus et des sources de revenus. Nous avons l\u00e0 trois groupes sociaux importants dont les membres, les individus qui les constituent, vivent respectivement du salaire, du profit, de la rente fonci\u00e8re, de la mise en valeur de leur force de travail, de leur capital et de leur propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais cela est insuffisant, Marx ajoute en effet\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Cependant, de ce point de vue, les m\u00e9decins et les fonctionnaires par exemple constitueraient, eux aussi, deux classes distinctes, car ils appartiennent \u00e0 deux groupes sociaux distincts, dont les membres tirent leurs revenus de la m\u00eame source [source unique pour chaque groupe bien entendu]. Cette distinction s&rsquo;appliquerait de m\u00eame \u00e0 l&rsquo;infinie vari\u00e9t\u00e9 d&rsquo;int\u00e9r\u00eats et de situations que provoque la division du travail social, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la classe ouvri\u00e8re, de la classe capitaliste, et des propri\u00e9taires fonciers, ces derniers par exemple \u00e9tant scind\u00e9s en viticulteurs, propri\u00e9taires de champs, de for\u00eats, de mines, de p\u00eacheries, etc.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et c&rsquo;est au milieu de cette observation qu&rsquo;Engels \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ici s&rsquo;interrompt le manuscrit<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9videmment on reste sur sa faim, mais Marx ne nous laisse pas sans h\u00e9ritage. On ne se propose pas d&rsquo;\u00e9crire ici ce chapitre cinquante-deux si vite interrompu (et que Marx n&rsquo;aurait certainement pas \u00e9crit comme il semblait le pr\u00e9voir, en simple chapitre du<em> Capital<\/em>), mais on peut dire deux choses assez simples. Premi\u00e8rement, il faut interroger la r\u00e9alit\u00e9 objective en de\u00e7\u00e0 de ses formes et manifestations imm\u00e9diates et ph\u00e9nom\u00e9nales, ainsi, les revenus des uns et des autres sont des \u201cindicateurs\u201d pas des \u201cexplicateurs\u201d, sinon tous les \u201csalari\u00e9s\u201d formeraient une seule classe. Deuxi\u00e8mement, \u00e9tant le dernier, ce cinquante-deuxi\u00e8me chapitre nous renvoie aux cinquante et un chapitres pr\u00e9c\u00e9dents. En d&rsquo;autres termes, nous sommes instamment convi\u00e9s \u00e0 rechercher les lin\u00e9aments des fondements des classes dans <em>le Capital<\/em>, dans une \u00e9tude d&rsquo;\u00e9conomie politique, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans l&rsquo;analyse des rapports objectifs de production et d&rsquo;\u00e9change, rapports des hommes entre eux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sugg\u00e9rons quelques pistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui a trait \u00e0 la question qui nous int\u00e9resse ici, <em>le Capital<\/em> nous dit, au moins\u00a0: \u2013\u00a0le capitalisme est un r\u00e9gime de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production, \u2013\u00a0c&rsquo;est un r\u00e9gime marchand en son plein d\u00e9veloppement, en ses formes ultimes, \u2013\u00a0le r\u00e9gime marchand en g\u00e9n\u00e9ral engendre par soi-m\u00eame le r\u00e9gime capitaliste, \u2013\u00a0de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre il y a la diff\u00e9rence entre l&rsquo;unit\u00e9 du producteur imm\u00e9diat et de ses moyens de production, et leur s\u00e9paration radicale, deux formes \u00e9galement de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production, mais fort diff\u00e9rentes socialement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En d&rsquo;autres termes, le capitalisme suppose la s\u00e9paration radicale g\u00e9n\u00e9rale, sociale du producteur imm\u00e9diat et des moyens de production. Il suppose donc une expropriation du producteur imm\u00e9diat, son \u201cen-dehors\u201d de la propri\u00e9t\u00e9. Sym\u00e9triquement il suppose une appropriation priv\u00e9e, par un groupe social, de ces moyens de production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi se fondent prol\u00e9taire et capitaliste comme groupes virtuels, car ils ne sont r\u00e9els qu&rsquo;en fonctionnant comme tels.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils ne peuvent fonctionner que sur leurs bases respectives\u00a0: ceux qui ne poss\u00e8dent pas de moyens de production ne peuvent vivre qu&rsquo;en mettant en mouvement les moyens de production poss\u00e9d\u00e9s en priv\u00e9 par d&rsquo;autres. Ceux-ci de leur c\u00f4t\u00e9 ne peuvent vivre en tant que propri\u00e9taire, conserver leur propri\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;en la faisant mettre en mouvement par les premiers. Pour ce faire les propri\u00e9taires des moyens de production ach\u00e8tent comme marchandise la disposition et les capacit\u00e9s \u00e0 travailler des non propri\u00e9taires de moyens de production. Ils font op\u00e9rer cette force de travail pour produire des marchandises. Et ils la font op\u00e9rer plus qu&rsquo;il n&rsquo;est n\u00e9cessaire \u00e0 la production des moyens de sa reproduction, elle rend un surplus, ils b\u00e9n\u00e9ficient en cela de vertus propres au travail humain en g\u00e9n\u00e9ral. Le possesseur des moyens de production qui a achet\u00e9 comme marchandise la force de travail du non possesseur de moyens de production, et l&rsquo;a pay\u00e9 \u00e0 sa valeur, selon la logique marchande normale, se trouve \u00eatre propri\u00e9taire du produit-marchandise rendu par le proc\u00e8s de production o\u00f9 ses moyens de production ont \u00e9t\u00e9 mis en mouvement par le non possesseur de moyens de production. Et ce produit-marchandise contient pr\u00e9cis\u00e9ment le \u201csurplus\u201d produit par le travailleur imm\u00e9diat, surplus que le propri\u00e9taire des moyens de production vendra sans avoir eu \u00e0 donner quoi que ce soit en \u00e9change. Ainsi, l&rsquo;appropriation des moyens de production en priv\u00e9 par un groupe social, permet-elle \u00e0 ce groupe l&rsquo;appropriation en priv\u00e9 de la totalit\u00e9 du produit social rendu avec lesdits moyens de production, dont l&rsquo;appropriation gratuite d&rsquo;une partie de ce produit, du surplus. Sym\u00e9triquement, le non possesseur de moyens de production qui est contraint pour vivre de vendre sa force au possesseur des moyens de production, est renvoy\u00e9 normalement, par le proc\u00e8s de production m\u00eame, \u00e0 son \u00e9tat prol\u00e9taire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Que Marx pardonne ces \u00e0-peu-pr\u00e8s et ces maladresses, on voulait seulement sugg\u00e9rer qu&rsquo;au fond, la classe des prol\u00e9taires et celle des capitalistes, sont d\u00e9termin\u00e9es par leurs rapports \u00e0 l&rsquo;appropriation du produit social, et par cons\u00e9quent, par leur rapport \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production, que le rapport entre ces deux grandes classes est un rapport d&rsquo;expropriation et d&rsquo;exploitation des premiers par les seconds. On peut d&rsquo;ailleurs en trouver une formulation simplifi\u00e9e dans d&rsquo;autres textes que <em>le Capital<\/em>, dans le <em>Manifeste<\/em> par exemple. Quant aux propri\u00e9taires fonciers, dans leur forme moderne, en r\u00e9gime capitaliste, leur seule fonction est de poss\u00e9der le sol, ils forment une grande classe particuli\u00e8re en ce sens qu&rsquo;ils pr\u00e9l\u00e8vent une partie du produit social en vertu de leur simple titre de propri\u00e9t\u00e9 du sol. Ce n&rsquo;est \u00e9videmment pas aux prol\u00e9taires qui n&rsquo;ont que le \u201cn\u00e9cessaire\u201d qu&rsquo;ils demandent cette partie du produit social, c&rsquo;est au capitaliste, agraire ou industriel, en \u00e9change de la mise \u00e0 disposition du sol pour leurs entreprises capitalistes, et ceux-ci servent une rente au propri\u00e9taire foncier en pr\u00e9levant sur les surplus qu&rsquo;ils se sont appropri\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On pourrait \u00e9voquer bien d&rsquo;autres cat\u00e9gories, les banquiers par exemple, qui sous forme \u201cd&rsquo;int\u00e9r\u00eat\u201d des sommes d&rsquo;argent pr\u00eat\u00e9es aux capitalistes (de la production), pr\u00e9l\u00e8vent une part des surplus rendus dans la production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ceci suffit pour repr\u00e9senter qu&rsquo;avec Marx, on peut comprendre que <em>la d\u00e9termination objective des classes se fait au regard de la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production, de l&rsquo;appropriation du produit social<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut donc toujours observer la position des groupes sociaux \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;appropriation du produit social\u00a0: appropriateur premier et direct comme les capitalistes, appropriateur r\u00e9trocessionnaire comme les propri\u00e9taires fonciers. Dans tous les cas, quelle que soit leur grandeur, les appropriateur sont propri\u00e9taires d&rsquo;un moyen de production, ou d&rsquo;une marchandise jouant comme telle, autre \u00e9videmment que la simple force de travail, et les propri\u00e9taires de telles marchandises moyens de production, ou susceptibles de l&rsquo;\u00eatre, sont en position de revendiquer une partie du produit social appropri\u00e9 d&rsquo;abord par le capitaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A cela il faudrait ajouter ces groupes situ\u00e9s dans l&rsquo;orbe de l&rsquo;appropriation, les fonctionnaires du capital ou de l&rsquo;\u00c9tat par exemple, qui sont r\u00e9trocessionnaires (des valeurs produites) en vertu de leur qualit\u00e9 d&rsquo;instrument n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;appropriation capitaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il appara\u00eet donc qu&rsquo;il y a un vis-\u00e0-vis de classes fondamental \u2013\u00a0au fond\u00a0\u2013, entre non propri\u00e9taire non appropriateur et appropriateur. Consid\u00e9r\u00e9e en son noyau rationnel, c&rsquo;est l&rsquo;opposition prol\u00e9taire\/capitaliste, consid\u00e9r\u00e9e concr\u00e8tement, dans sa g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, c&rsquo;est le vis-\u00e0-vis du prol\u00e9tariat et d&rsquo;un ensemble de classes, elles-m\u00eames diff\u00e9remment situ\u00e9es en raison de l&rsquo;appropriation, comme le dit Marx, il n&rsquo;y a pas face au prol\u00e9tariat un ensemble homog\u00e8ne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces \u00e9l\u00e9ments, succinctement rappel\u00e9s ici, sont plus puissants que ce que les meilleurs auteurs proposent aujourd\u2019hui en ce qui concerne la d\u00e9termination objective des classes. Ce serait \u00e0 soi seul un apport qualitatif important. Mais l&rsquo;apport de Marx n&rsquo;est pas ainsi \u00e9puis\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En effet, il l&rsquo;a dit\u00a0: les classes sont li\u00e9es aux modes de production, elles sont historiques. Et en regardant un peu l&rsquo;\u0153uvre de Marx, on ne peut manquer de voir qu&rsquo;il analyse <em>les modes de production comme des r\u00e9alit\u00e9s contradictoires<\/em>, que c&rsquo;est le jeu de leurs contradictions internes propres qui expliquent leur succession historique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, en France, l&rsquo;\u00e9mancipation du serf en producteur libre, et \u00e0 terme marchand, rendue n\u00e9cessaire par l&rsquo;appauvrissement progressif de la propri\u00e9t\u00e9 f\u00e9odale, et par le jeu du commerce cosmopolite, constitue le ferment le plus puissant de d\u00e9composition du mode de production f\u00e9odal, et un puissant ferment de d\u00e9veloppement de la production marchande et, au-del\u00e0, capitaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et pour rester dans le champ de la production capitaliste et des classes qui y correspondent, on ne peut, avec Marx, poser les classes prol\u00e9taire, capitaliste, etc., sans poser parall\u00e8lement les contradictions internes du mode de production capitaliste, et en particulier cette contradiction fondamentale que reproduit pr\u00e9cis\u00e9ment le rapport de classe entre prol\u00e9taire et capitaliste, \u00e0 savoir la <em>contradiction entre le caract\u00e8re social des forces productives et la nature priv\u00e9e, capitaliste, de la propri\u00e9t\u00e9\u00a0 des moyens de production<\/em>. Cette contradiction est le \u201clieu\u201d, le point d\u2019appui du levier de transformation de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. Ce n&rsquo;est aussi bien que la forme dans le r\u00e9gime capitaliste du fait que toute soci\u00e9t\u00e9 gravite autour du rapport existant entre les forces productives et les rapports de production. G\u00e9n\u00e9ralement, dans l&rsquo;histoire, les soci\u00e9t\u00e9s se r\u00e9volutionnent en accordant leurs rapports de production sur leurs forces productives qui sont l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus mobile, changeant plus rapidement et spontan\u00e9ment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En l&rsquo;occurrence, pour Marx, cette contradiction du capitalisme doit se r\u00e9soudre, ou ne peut se r\u00e9soudre, qu&rsquo;en faisant correspondre les rapports de production fond\u00e9s sur la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production au ca\u00adract\u00e8re social des forces productives, c&rsquo;est-\u00e0-dire en \u201csocialisant\u201d les moyens de production, en abolissant la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais il est clair que c&rsquo;est la n\u00e9gation de ce qui fait le capitalisme\u00a0: la propri\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;appropriation priv\u00e9es, cela revient \u00e0 poser l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie du prol\u00e9tariat. Cela signifie que la contradiction fondamentale du r\u00e9gime capitaliste ne peut se r\u00e9soudre que par la g\u00e9n\u00e9ralisation sociale de l&rsquo;\u00e9tat prol\u00e9taire \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production et \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la production sociale. Autrement dit la socialisation achev\u00e9e et reconnue a pour pendant sym\u00e9trique et identique la non possession priv\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des moyens de production, ou l&rsquo;expropriation des propri\u00e9taires priv\u00e9s de moyens de production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est nullement l\u00e0, on le voit, une question morale ou de volont\u00e9, au sens de \u201cd\u00e9sir\u201d, propre au prol\u00e9tariat. Cela est pos\u00e9 par le r\u00e9gime social dans son ensemble lui-m\u00eame. Le prol\u00e9tariat n&rsquo;est lui-m\u00eame que la pr\u00e9figuration effective au sein de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste de cette abolition de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production. Comme le dit Marx dans le<em> Manifeste<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Les conditions d&rsquo;existence de la vieille soci\u00e9t\u00e9 [notamment la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production] sont d\u00e9j\u00e0 d\u00e9truites dans les conditions d&rsquo;existence du prol\u00e9tariat.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et le jeune Marx avait d\u00e9j\u00e0 observ\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0En annon\u00e7ant la dissolution de l&rsquo;ordre ant\u00e9rieur du monde, le prol\u00e9tariat ne fait qu&rsquo;\u00e9noncer le secret de sa propre existence, car il est la dissolution de fait de cet ordre. En r\u00e9clamant la n\u00e9gation de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, le prol\u00e9tariat ne fait qu&rsquo;\u00e9lever en principe de la soci\u00e9t\u00e9 ce que la soci\u00e9t\u00e9 a pos\u00e9 en principe pour lui, ce qu&rsquo;il personnifie.\u00a0\u00bb (<em>Annexe<\/em><em>, Critique de la philosophie du droit<\/em>)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut souligner que cette r\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 ne peut \u00eatre seulement abolition de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e capitaliste. Le prol\u00e9tariat n&rsquo;est pas seulement d\u00e9pourvu de \u201ccapital\u201d, il est d\u00e9pourvu de tout moyen de production objectif. En outre, La mise en accord des rapports sociaux et des forces productives sociales supposent que celles-ci demeurent sociales, donc que la disparition du mode de production capitaliste ne soit pas l&rsquo;\u00e9panouissement r\u00e9gressif de la petite production marchande. Partant, la r\u00e9solution de la contradiction fondamentale du capitalisme entre caract\u00e8re social des forces productives et nature priv\u00e9e de la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production, la g\u00e9n\u00e9ralisation de la non propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production, impliquent l&rsquo;abolition de \u00ab\u00a0tout mode d&rsquo;appropriation en vigueur jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours\u00a0\u00bb. (le <em>Manifeste<\/em>)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les classes, la structure de classe de la soci\u00e9t\u00e9 correspondent aux modes de productions. En chaque mode de production il y a une classe dominante, h\u00e9g\u00e9monique, c\u2019est-\u00e0-dire se posant comme \u00e9tant la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, et cette classe n&rsquo;est jamais autre que le groupe qui incarne la pr\u00e9valence d&rsquo;un mode de production, dans la mesure \u00e9videmment o\u00f9 ce mode de production implique l&rsquo;existence de classes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re partie de l\u2019observation des id\u00e9es de Marx a montr\u00e9 qu&rsquo;au mode de production capitaliste correspondaient deux grandes classes\u00a0: bourgeoisie ou capitaliste et prol\u00e9taire, ou encore propri\u00e9taire des moyens de production sociale, appropriateur, et, non propri\u00e9taire des moyens de production, expropri\u00e9, non-appropriateur. On a sugg\u00e9r\u00e9 que pour autant Marx ne m\u00e9connaissait pas l&rsquo;existence d&rsquo;autres classes, mais qu&rsquo;en derni\u00e8re analyse, ces autres classes \u00e9taient tiraill\u00e9es entre les deux grandes classes, p\u00f4les typiques en quelque sorte du mode de production capitaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c9tant entendu que le mode de production capitaliste est, par excellence, en son plein d\u00e9veloppement, le mode de la propri\u00e9t\u00e9 et de l&rsquo;appropriation priv\u00e9es, par une classe, celle des propri\u00e9taires des moyens de production, on a ce r\u00e9sultat\u00a0: \u2013\u00a0qu&rsquo;une classe en particulier, les capitalistes, se pr\u00e9sente comme figure de toute la soci\u00e9t\u00e9, parce que ses conditions d&rsquo;existence caract\u00e9ris\u00e9es par la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production sociale, s&rsquo;imposent comme celles de toute la soci\u00e9t\u00e9, \u2013\u00a0qu&rsquo;une autre classe, le prol\u00e9tariat, est l&rsquo;attestation vivante et permanente du fait que si les conditions d&rsquo;existence de la classe singuli\u00e8re qu&rsquo;est la bourgeoisie capitaliste font bien les siennes, font bien de lui la classe prol\u00e9taire, il ne vit nullement de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production, les conditions d&rsquo;existence de la soci\u00e9t\u00e9 lui sont contingentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une premi\u00e8re question peut se poser\u00a0: la classe des capitalistes \u201cr\u00eave-t-elle\u201d lorsqu&rsquo;elle pose sa situation comme celle de toute la soci\u00e9t\u00e9\u00a0? Oui et non.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vrai que sa situation, sa position est h\u00e9g\u00e9monique (ne serait-ce que parce qu&rsquo;elle poss\u00e8de les principaux moyens d&rsquo;existence), qu&rsquo;elle r\u00e8gle l&rsquo;ordre social et donne sa figure \u00e0 toute la soci\u00e9t\u00e9, y compris donc celle de l&rsquo;autre grande classe, le prol\u00e9tariat. Mais il est vrai aussi que cette autre grande classe doit avoir des conditions propres d&rsquo;existence concr\u00e8te in\u00adverses de celles de la bourgeoisie capitaliste, et que toutes les autres classes n&rsquo;ont pas plus en propre les conditions d&rsquo;existence propres de la bourgeoisie capitaliste. Par cons\u00e9quent cette classe bourgeoise capitaliste ne \u201cr\u00eave\u201d pas, en ce sens qu&rsquo;elle repr\u00e9sente bien ce qui configure toute la soci\u00e9t\u00e9 et les autres classes m\u00eames, mais elle \u201cr\u00eave\u201d en affirmant sa situation singuli\u00e8re comme universelle. Au surplus, cette classe ne r\u00eave pas en ce sens, on l&rsquo;a vu, que le mode de production auquel elle correspond engendre effectivement les conditions de la production sociale, universelle, du producteur social, universel, etc. Mais il y aurait r\u00eaverie, de sa part et de la part d&rsquo;autres classes, d\u00e8s lors que cette r\u00e9alit\u00e9 \u201csociale\u201d serait id\u00e9alement soustraite du cadre particulier qu&rsquo;est ce qui caract\u00e9rise le mode de production capitaliste\u00a0: la propri\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;appropriation priv\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une deuxi\u00e8me question peut se poser.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les affaires de l&rsquo;existence de la classe dominante, capitaliste, ne sont pas celles de toute la soci\u00e9t\u00e9, de toutes les autres classes, sont particu\u00adli\u00e8res, les siennes en propre, cela implique-t-il que les affaires, ou les conditions d&rsquo;existence des autres classes, et en premier lieu de la classe prol\u00e9taire, sont, elles, celles de toute la soci\u00e9t\u00e9, universelles\u00a0? Oui et non.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La classe prol\u00e9taire est le n\u00e9gatif de la soci\u00e9t\u00e9 civile existante. Elle est la non propri\u00e9t\u00e9, la non appropriation dans une soci\u00e9t\u00e9 de propri\u00e9t\u00e9 et d&rsquo;appropriation. La classe prol\u00e9taire est m\u00eame \u201cexclue\u201d de cette soci\u00e9t\u00e9, elle est la classe qui n&rsquo;a pas de situation, pas d&rsquo;\u00e9tat social positif dans la soci\u00e9t\u00e9. Sa situation son \u00e9tat social sont tout \u201cn\u00e9gatifs\u201d, ils sont pr\u00e9cis\u00e9ment de ne pas en avoir. Le prol\u00e9tariat est la figure de la dissolu\u00adtion de tout \u00e9tat social, la figure n\u00e9gative de toutes conditions d&rsquo;existence, en tant que classe il n&rsquo;a pas de moyens d&rsquo;existence. Il suffit de regarder la situation actuelle des classes prol\u00e9tariennes pour admettre que ce n&rsquo;est pas l\u00e0 rh\u00e9torique philosophique, images abstraites ou caricaturales. Ceci aussi bien indique \u00e9galement que le prol\u00e9tariat est la figure n\u00e9gative non seulement de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste mais aussi de la vie priv\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, cette figure de n\u00e9gatif de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, elle-m\u00eame, est li\u00e9e, tout comme celle de la classe bourgeoise, au mode de production capitaliste. La classe prol\u00e9taire est en effet la force de travail centrale et typique de ce mode de production. Par l\u00e0, le prol\u00e9tariat expose l&rsquo;affirmation de la soci\u00e9t\u00e9 sous l&rsquo;angle de la production de ses conditions d&rsquo;existence. Il expose sa figure positive, celle o\u00f9 il appara\u00eet comme producteur effectif, central, des conditions d&rsquo;existence de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut observer ici que le prol\u00e9tariat est cette figure positive, celle du producteur, dans l&rsquo;absence m\u00eame o\u00f9 il est de situation positive, d&rsquo;\u00e9tat social positif qui lui soit propre, puisque son \u00e9tat dans la soci\u00e9t\u00e9 est d&rsquo;\u00eatre la figure en creux de la soci\u00e9t\u00e9, le n\u00e9gatif de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. On peut donc dire que le prol\u00e9tariat est \u2013\u00a0en tant qu&rsquo;il est le producteur\u00a0\u2013 la figure positive de la soci\u00e9t\u00e9, pas pour lui-m\u00eame, c&rsquo;est-\u00e0-dire pas comme figure de sa r\u00e9alisation singuli\u00e8re, il l&rsquo;est en quelque sorte \u201cgratuitement\u201d.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le prol\u00e9tariat est r\u00e9ellement la figure en n\u00e9gatif de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, qui pr\u00e9suppose et produit elle-m\u00eame son caract\u00e8re social, g\u00e9n\u00e9ral, producteur universel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00catre le n\u00e9gatif d&rsquo;une non r\u00e9alit\u00e9 c&rsquo;est \u00eatre la r\u00e9alit\u00e9 positive de cette non r\u00e9alit\u00e9. Si le prol\u00e9tariat est la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise en n\u00e9gatif, il est aussi le n\u00e9gatif de sa valeur universelle, mais si cet universel est une \u201cillusion\u201d, soi-m\u00eame un n\u00e9gatif, le prol\u00e9tariat est sa figure positive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Plus il est l&rsquo;\u00eatre m\u00eame de l&rsquo;expropriation, plus il est le creux de la propri\u00e9t\u00e9, plus il est positivement toute la soci\u00e9t\u00e9, ou, plus sa situation est effectivement pr\u00e8s d&rsquo;\u00eatre effectivement celle de toute la soci\u00e9t\u00e9, d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;universalit\u00e9 de cette soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi, si cette classe prol\u00e9taire pose son h\u00e9g\u00e9monie, comme les autres classes dominantes avant elle, elle pose bien sa situation comme celle de toute la soci\u00e9t\u00e9 existante, mais comme \u00e9tant la dissolution de cette soci\u00e9t\u00e9, dissolution dont elle est l&rsquo;incarnation m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le prol\u00e9tariat ne peut pas poser son h\u00e9g\u00e9monie, ou la dissolution de toute la soci\u00e9t\u00e9 existante, pour se satisfaire lui-m\u00eame puisqu&rsquo;il n&rsquo;a et n&rsquo;est rien pour lui-m\u00eame. Il ne peut poser son h\u00e9g\u00e9monie que directement pour toute la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le prol\u00e9tariat ne pose pas une singularit\u00e9 positive qu&rsquo;il n&rsquo;a pas comme \u00e9tant la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9, mais il pose la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 de la d\u00e9possession comme \u00e9tant la vraie figure universelle de la soci\u00e9t\u00e9, universel qui n&rsquo;est plus \u201cl&rsquo;illusoire\u201d universel de la singularit\u00e9 d&rsquo;une classe \u00e9rig\u00e9e en figure de toute la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire, la classe prol\u00e9taire cesse donc de pr\u00e9supposer ou de donner sa situation, ses affaires propres, comme \u00e9tant celles de toute la soci\u00e9t\u00e9 puisque sa situation est r\u00e9ellement celle de la soci\u00e9t\u00e9, puisqu&rsquo;en dissolvant ou en abolissant tout l&rsquo;ordre ant\u00e9rieur, elle fait appara\u00eetre l&rsquo;universel r\u00e9el de la soci\u00e9t\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire une soci\u00e9t\u00e9 sans propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a vu que la politique ne pouvait exister sans ses conditions mat\u00e9rielles, et sans volont\u00e9 de repr\u00e9senter les affaires communes de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On ne reviendra pas ici sur le fait que dans les formations d&rsquo;\u00e9tats [<em>\u00e9tat\u00a0<\/em>: ici au sens des ordres et statuts de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Ancien r\u00e9gime], la politique ne peut venir que comme une chose ext\u00e9rieure aux \u00eatres r\u00e9els, en quoi d&rsquo;ailleurs elle peut exprimer directement une g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 \u00e0 laquelle aucun \u00e9tat en particulier ne peut pr\u00e9tendre, qu\u2019aucun \u00e9tat particulier ne pense m\u00eame repr\u00e9senter. Il suffit de rappeler que la politique comme instance o\u00f9 se projette la soci\u00e9t\u00e9, et les classes, proc\u00e8dent du m\u00eame mouvement historique. Cela revient \u00e0 dire que la d\u00e9limitation ou la d\u00e9finition du bien commun public, de la soci\u00e9t\u00e9, qui est au centre de la politique, n&rsquo;est pas un proc\u00e8s anhistorique, dans la pens\u00e9e pure, mais une question \u00e9minemment concr\u00e8te, pratique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si c&rsquo;est bien sur la dissolution des formations d&rsquo;\u00e9tats, et avec la formation des classes, que peut appara\u00eetre la politique comme produit de la soci\u00e9t\u00e9, si partant ce qui en existe cesse d&rsquo;\u00eatre un \u201cfantasme\u201d ext\u00e9rieur, il devient du m\u00eame coup cette \u201cillusion\u201d dont parle Marx, illusion due au fait qu&rsquo;une classe singuli\u00e8re pose sa singularit\u00e9 comme g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9, comme Tout des affaires communes, de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et il doit en \u00eatre ainsi tant que les classes promues par le d\u00e9veloppement historique de la soci\u00e9t\u00e9 ne sont pas r\u00e9ellement l&rsquo;universel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qu&rsquo;on a dit pr\u00e9c\u00e9demment permet de dire maintenant que le prol\u00e9tariat, en tant qu&rsquo;il op\u00e8re comme tel et non de fa\u00e7on entrav\u00e9e ou subordonn\u00e9e, est la premi\u00e8re classe \u00e0 pouvoir poser la politique conform\u00e9ment \u00e0 ce qu&rsquo;elle est, \u00e0 la r\u00e9aliser, sans \u201cillusion\u201d, et \u201cdirectement\u201d pour la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la dissolution des formations d&rsquo;\u00e9tats, le d\u00e9veloppement de la production marchande, ont permis que les hommes apparaissent dans la soci\u00e9t\u00e9 comme simples individus, c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;abord par la subordination aux choses, \u00e0 la marchandise, dans une r\u00e9ification, qui trouve son ach\u00e8ve\u00adment dans le capitalisme. Mais l\u00e0, la classe prol\u00e9taire est tout ensemble absolument soumise aux choses et d\u00e9j\u00e0 virtuellement lib\u00e9r\u00e9e de la r\u00e9ification. En effet, en apparaissant comme la figure en n\u00e9gatif de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste, le prol\u00e9taire appara\u00eet bien aussi comme \u201csimple individu\u201d, non pas au travers d&rsquo;une \u201cchose\u201d mais au travers de lui-m\u00eame, car la seule marchandise, la seule \u201cchose\u201d o\u00f9 il se pose pratiquement dans ce monde des marchandises, c&rsquo;est sa force de travail, c&rsquo;est-\u00e0-dire quelque chose d&rsquo;ins\u00e9parable de son \u00eatre subjectif. Le prol\u00e9tariat se pr\u00e9sente donc comme la classe qui pour la premi\u00e8re fois peut poser directement les rapports sociaux comme rapports des hommes entre eux, sans m\u00e9diation des choses (son h\u00e9g\u00e9monie est la suppression de la marchandise), l&rsquo;affaire de tous, d&rsquo;un tous r\u00e9el et non illusoire, comme affaire de chacun. Partant c&rsquo;est la classe qui pose historiquement la politique comme instance o\u00f9 des hommes, existant directement et comme tels les uns pour les autres, disent l&rsquo;universalit\u00e9 effective de la soci\u00e9t\u00e9, directement pour la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est clair que cela suppose que la classe prol\u00e9taire r\u00e9alise effectivement sa \u00ab\u00a0figure n\u00e9gative de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise\u00a0\u00bb, ou, ce qui est la m\u00eame chose, sa figure positive de producteur social, et la r\u00e9alise jusqu&rsquo;au bout, c&rsquo;est-\u00e0-dire dissolve tout l&rsquo;ordre de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des moyens de production, et tout ce qu&rsquo;il entra\u00eene, et donc supprime, ce faisant, les autres classes, en tant que classes \u00e9videmment.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Contrairement \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation des autres classes, de la bourgeoisie notamment, parce qu&rsquo;elle est la figure de l&rsquo;au-del\u00e0, de l&rsquo;envers, radicaux du mode de production existant, l&rsquo;\u00e9mancipation de la classe prol\u00e9taire ne se focalise pas, ne se cantonne pas dans son \u00e9mancipation politique, ou dans la transformation politique de la soci\u00e9t\u00e9, elle les fonde sur le renversement du mode de production et d&rsquo;\u00e9change.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><br \/>\nAdalb\u00e9ron, <em>Po\u00e8me \u00e0 Robert le Pieux<\/em>.<br \/>\nBeaumanoir, <em>Coutumes de Beauvaisis<\/em>, d\u2019apr\u00e8s Coornaert, <em>Les corporations en France avant <\/em><em>1789<\/em>.<br \/>\nMarx, <em>le Capital<\/em>, <em>Manifeste<\/em> <em>du parti communiste<\/em>, <em>Annexe<\/em> \u2013 <em>Critique<\/em> <em>de la philosophie du<\/em> <em>droit<\/em>, <em>l\u2019Id\u00e9ologie<\/em> <em>allemande<\/em>.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En premier lieu, on essayera de d\u00e9gager quels fondements objectifs Marx donne aux classes. En second lieu on tentera d&rsquo;indiquer ce que ces fondements impliquent dans l&rsquo;ordre politique. Marx ne nous donne pas, on le sait, un \u201cmanuel\u201d o\u00f9 il consignerait une th\u00e9orie sp\u00e9ciale des classes. 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