{"id":192,"date":"2016-11-26T19:18:07","date_gmt":"2016-11-26T18:18:07","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=192"},"modified":"2016-11-26T19:27:57","modified_gmt":"2016-11-26T18:27:57","slug":"vii-la-critique-des-fondements-de-leconomie-capitaliste-simonde-de-sismondi-1773-1842","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=192","title":{"rendered":"VII. La critique des fondements de l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste.  Simonde de Sismondi (1773-1842)"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Simonde de Sismondi<\/strong><strong> (1773-1842)<\/strong> (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1803, l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 Say publie son <em>Trait\u00e9 d&rsquo;\u00e9conomie politique<\/em>, Sismondi publie un premier ouvrage g\u00e9n\u00e9ral consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie : <em>La richesse commerciale<\/em>, qui traite en fait de la <em>production des richesses dans le r\u00e9gime marchand capitaliste<\/em>. Sismondi est alors en accord presque total avec la th\u00e9orie d&rsquo;Adam Smith telle qu&rsquo;elle est expos\u00e9e dans <em>La richesse des nations<\/em> (1776). Il s&rsquo;appuie aussi sur des \u00e9tudes personnelles sur la production agricole, industrielle, sur les pratiques de commerce, ayant lui-m\u00eame pratiqu\u00e9 et analys\u00e9 ces diverses activit\u00e9s, \u00e9tant tour \u00e0 tour employ\u00e9 dans une chambre de commerce, g\u00e9rant d&rsquo;une propri\u00e9t\u00e9 agricole en Toscane, imprimeur \u00e0 Lyon. Il sera par la suite professeur de philosophie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1816, une grande crise \u00e9conomique affecte l&rsquo;Europe et Sismondi, apr\u00e8s avoir effectu\u00e9 des recherches sur l&rsquo;histoire, la litt\u00e9rature, s&rsquo;int\u00e9resse de nouveau \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie. Comme il l&rsquo;indique, les \u00ab\u00a0convulsions de la richesse\u00a0\u00bb l&rsquo;ont conduit \u00e0 \u00ab\u00a0revoir ses raisonnements\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1819, Marx a un an, il publie ses <em>Nouveaux principes d&rsquo;\u00e9conomie politique,<\/em> <em>ou De la richesse dans ses rapports avec la population<\/em> (de fait, il traite du rapport entre l&rsquo;\u00e9conomie politique et les classes sociales. Dans cet ouvrage, il met en doute l\u2019existence d\u2019une relation harmonieuse entre d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9conomie marchande et recherche du bien commun. Son ouvrage est moins bien accueilli par le courant des lib\u00e9raux que ne l\u2019\u00e9tait le pr\u00e9c\u00e9dent. On tend \u00e0 le placer hors des sentiers de la \u201cscience\u201d, son influence diminue pour ce qui touche \u00e0 la science \u00e9conomique, sauf aupr\u00e8s des courants socialistes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marx s&rsquo;int\u00e9ressera aux travaux de Sismondi. Dans le <em>Manifeste<\/em> <em>communiste<\/em>, r\u00e9dig\u00e9 en 1847, pour partie avec Engels, il le pr\u00e9sente comme chef de file d\u2019un \u00ab\u00a0socialisme petit-bourgeois\u00a0\u00bb, critiquant le r\u00e9gime bourgeois et prenant parti pour les ouvriers. Cette caract\u00e9risation petite-bourgeoise ne nous apprend pas grand chose sur la th\u00e9orie de Sismondi. La suite de la citation \u00e9claire sans doute mieux sur le contenu de l&rsquo;\u0153uvre\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ce socialisme <em>analysa<\/em> avec beaucoup de sagacit\u00e9 les contradictions inh\u00e9rentes au r\u00e9gime de la production moderne. Il mit \u00e0 nu les hypocrites apologies des \u00e9conomistes. Il <em>d\u00e9montra<\/em> d&rsquo;une fa\u00e7on irr\u00e9futable les effets meurtriers du machinisme et de la division du travail, la concentration des capitaux et de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re, la surproduction, les crises, la fatale d\u00e9cadence des petits bourgeois et des paysans, la mis\u00e8re du prol\u00e9tariat, l&rsquo;anarchie dans la production, la criante disproportion dans la distribution des richesses, la guerre d&rsquo;extermination industrielle des nations entre elles etc.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout cela n&rsquo;est pas rien. D&rsquo;autant que Marx parle <em>d&rsquo;analyse<\/em> et de <em>d\u00e9monstration<\/em>, non de simple protestation morale. La suite est moins \u00e9logieuse. Elle concerne l&rsquo;approche \u00ab\u00a0petite bourgeoise\u00a0\u00bb. Le socialisme petit bourgeois, viserait, selon Marx et\/ou Engels, \u00e0 \u00ab\u00a0r\u00e9tablir les anciens moyens de production et d&rsquo;\u00e9change\u00a0\u00bb ou les \u00ab\u00a0faire entrer dans le cadre \u00e9troit de l&rsquo;ancien r\u00e9gime de propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. Bien que certains aspects de l&rsquo;\u0153uvre de Sismondi puissent sembler aller dans ce sens, son propos essentiel n&rsquo;est pas l\u00e0. Il vise principalement \u00e0 analyser les effets anarchiques des \u201clois\u201d et \u201cprincipes\u201d qui r\u00e8glent le mode de production capitaliste. Et, pas plus qu&rsquo;Adam Smith, il n&rsquo;est un th\u00e9oricien de l&rsquo;organisation sociale d\u2019Ancien R\u00e9gime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme l&rsquo;indiquera plus tard Rosa Luxembourg : \u00ab\u00a0Lui, le critique social, t\u00e9moigne de bien plus de compr\u00e9hension pour les cat\u00e9gories de l&rsquo;\u00e9conomie bourgeoise que les avocats passionn\u00e9s de celle-ci\u00a0\u00bb (du type de Say). Elle poursuit, \u00e9tablissant un parall\u00e8le entre Marx et Sismondi\u00a0: \u00ab\u00a0de m\u00eame Marx devait faire preuve d&rsquo;une clairvoyance beaucoup plus aigu\u00eb et jusque dans les d\u00e9tails, que tous les \u00e9conomistes bourgeois \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la <em>diff\u00e9rence sp\u00e9cifique du m\u00e9canisme \u00e9conomique capitaliste<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fait, lorsque Marx n&rsquo;est pas dans le registre de la pol\u00e9mique contre des courants socialistes incons\u00e9quents, il situe, au plan th\u00e9orique, Sismondi comme le \u00ab\u00a0dernier repr\u00e9sentant de l&rsquo;\u00e9conomie politique classique\u00a0\u00bb fran\u00e7aise (scientifique et non apolog\u00e9tique), \u00e9tablissant le parall\u00e8le entre un Sismondi pour la France et un Ricardo pour l&rsquo;Angleterre. Dans une lettre, il pr\u00e9sente Sismondi comme \u00ab\u00a0une source pour la th\u00e9orie de la marchandise\u00a0\u00bb. Dans <em>le Capital<\/em>, si l&rsquo;on excepte une note, critique, Marx se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 Sismondi pour appuyer ou illustrer ses propres propos. Il envisageait dans ses textes sur les <em>Th\u00e9ories sur la plus-value<\/em>, de consacrer un chapitre critique sp\u00e9cial aux analyses de Sismondi, sur la concurrence et le cr\u00e9dit, chapitre qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais r\u00e9dig\u00e9. Il lui consacre cependant un passage, une fois de plus plut\u00f4t \u00e9logieux :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Sismondi a [la conviction] intime que la production capitaliste est en contradiction avec elle-m\u00eame\u00a0; que par ses formes et ses conditions elle pousse au d\u00e9veloppement effr\u00e9n\u00e9 de la force productive et de la richesse\u00a0[&#8230;] ; que les contradictions entre valeur d&rsquo;usage et valeur d&rsquo;\u00e9change, marchandise et argent, achat et vente, production et consommation, capital et travail salari\u00e9, etc., ne font que s&rsquo;accentuer \u00e0 mesure que la force productive se d\u00e9veloppe. Il [per\u00e7oit] notamment la contradiction fondamentale\u00a0: d&rsquo;une part le d\u00e9veloppement effr\u00e9n\u00e9 de la force productive et l&rsquo;accroissement de la richesse qui, form\u00e9e de marchandises, doit \u00eatre transform\u00e9e en argent, d&rsquo;autre part comme fondement, la limitation de la masse des producteurs aux subsistances n\u00e9cessaires. C&rsquo;est pourquoi les crises ne sont pas pour lui, comme pour Ricardo, de simples accidents, mais des explosions essentielles, des contradictions immanentes se produisant sur une grande \u00e9chelle et \u00e0 des p\u00e9riodes d\u00e9termin\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, poursuit Marx, pour pallier \u00e0 cet \u00e9tat de fait, Sismondi \u00ab\u00a0h\u00e9site constamment : faut-il que l&rsquo;\u00c9tat entrave les forces productives afin de les rendre ad\u00e9quates aux conditions de production\u00a0? Ou faut-il que l&rsquo;\u00c9tat entrave les conditions de production afin de les rendre ad\u00e9quate aux forces productives.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9alit\u00e9, Sismondi n&rsquo;h\u00e9site pas vraiment. Il pose que le mode capitaliste de production ne pourrait \u00e9viter les grandes crises destructrices, que si l&rsquo;on pouvait trouver (ou imposer) une certaine proportionnalit\u00e9 entre diff\u00e9rents facteurs contradictoires. Mais il n&rsquo;ignore pas que dans les conditions \u00ab\u00a0de l&rsquo;organisation actuelle\u00a0\u00bb, cela n&rsquo;est pas vraiment possible. Il pr\u00e9cise\u00a0: \u00ab\u00a0c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment sur <em>cette<\/em> organisation sociale que porte notre objection.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Marx, sans doute n&rsquo;a pas connaissance de cette remarque lorsqu&rsquo;il indique dans <em>Mis\u00e8re de la philosophie<\/em> :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Tous ceux qui, comme Sismondi, veulent retourner \u00e0 la juste proportion de la production, <em>tout en voulant<\/em> maintenir les bases actuelles de la soci\u00e9t\u00e9, sont r\u00e9actionnaires.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si Sismondi porte objection au mode d&rsquo;organisation capitaliste, et n&rsquo;est donc pas r\u00e9actionnaire \u00e0 cet \u00e9gard, il reconna\u00eet qu&rsquo;il ne parvient pas \u00e0 concevoir une autre forme d&rsquo;organisation sociale qui r\u00e9soudrait toutes les contradictions. Il estime qu&rsquo;il est d\u00e9j\u00e0 assez difficile d&rsquo;analyser l&rsquo;organisation actuelle (capitaliste) de la soci\u00e9t\u00e9, t\u00e2che que Marx ach\u00e8vera de mener \u00e0 bien, sans pouvoir (lui non plus) aborder pleinement la question de l&rsquo;organisation nouvelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sismondi : \u00ab\u00a0Ce qui reste \u00e0 faire est une question d&rsquo;une difficult\u00e9 infinie [&#8230;]. Nous voudrions pouvoir convaincre les \u00e9conomistes [&#8230;] que leur science suit d\u00e9sormais une fausse route. Mais nous n&rsquo;avons pas assez de confiance en nous pour indiquer quelle serait la v\u00e9ritable [voie \u00e0 suivre]\u00a0; c&rsquo;est un des plus grands efforts que nous puissions obtenir de notre esprit que de concevoir l&rsquo;organisation actuelle de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, chercher comme il l&rsquo;indique ailleurs \u00ab\u00a0le vice fondamental de cette organisation\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Quel serait l&rsquo;homme assez fort pour concevoir une organisation qui n&rsquo;existe pas encore, pour voir l&rsquo;avenir comme nous avons d\u00e9j\u00e0 tant de mal \u00e0 voir le pr\u00e9sent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans une lettre, il va jusqu&rsquo;\u00e0 indiquer qu&rsquo;il faut d&rsquo;abord ne pas d\u00e9tourner du vrai d\u00e9bat, la recherche de la cause des d\u00e9sordres, et qu&rsquo;il faut sans doute \u00ab\u00a0achever de d\u00e9molir avant de songer \u00e0 reconstruire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>***<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L&rsquo;objet de l&rsquo;\u00e9conomie politique selon Sismondi<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;objet de l&rsquo;\u00e9conomie politique ne se confond pas pour Sismondi avec la science des lois du capitalisme. Il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la qualification classique de l&rsquo;\u00e9conomie politique, valable pour diff\u00e9rents modes de production : une science centr\u00e9e sur la facette \u00e9conomique de l&rsquo;organisation d&rsquo;une Cit\u00e9 ou d&rsquo;une Nation. C&rsquo;est donc une sous partie de la politique ou science du gouvernement. Dans cette science, il distingue deux branches, \u00ab\u00a0la haute politique\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9conomie politique\u00a0\u00bb, qui visent un m\u00eame but : avantage commun, \u00e9l\u00e9vation de tous. La haute politique concerne la question des constitutions politiques qui permettent cette \u00e9l\u00e9vation g\u00e9n\u00e9rale (et non d&rsquo;une seule classe d&rsquo;hommes), le d\u00e9veloppement des besoins moraux des hommes (civilisation). Quant \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie politique, elle concerne l&rsquo;administration de la richesse nationale, et la satisfaction des besoins physiques de l&rsquo;homme par le d\u00e9veloppement de la richesse, et la capacit\u00e9 de pourvoir aux besoins du public.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans les nations civilis\u00e9es, celles o\u00f9 le gouvernement a un r\u00f4le \u00e0 jouer, l&rsquo;objectif qui doit \u00eatre vis\u00e9 est le bonheur des hommes r\u00e9unis en soci\u00e9t\u00e9, ce qui implique, non pas des jouissances pleinement \u00e9gales, mais une participation \u00e9quitable de toutes les classes au bien \u00eatre, \u00e0 l&rsquo;aisance. Selon lui, une nation n&rsquo;est pas civilis\u00e9e, mais asservie, si l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des uns correspond \u00e0 la d\u00e9gradation des autres. Il \u00e9tablit que par ses contradictions <em>l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste, d\u00e9veloppe cette opposition<\/em>, notamment en raison de la <em>s\u00e9paration entre les deux facteurs de la production<\/em> : la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production aux riches, et le travail qui les met en \u0153uvre, que fournissent les pauvres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9conomie politique, ou administration de la richesse nationale, n\u00e9cessite de bien conna\u00eetre les lois de l&rsquo;\u00e9conomie, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la science sp\u00e9cifique du d\u00e9veloppement de la richesse, les relations entre ses diff\u00e9rents moments (production, circulation, reproduction, mais aussi travail, capital, monnaie, imp\u00f4t, cr\u00e9dit, dette publique, etc.)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fonction de cette conception, Sismondi analyse les diverses conceptions de l&rsquo;\u00e9conomie qui se sont succ\u00e9d\u00e9 depuis le XVIIe si\u00e8cle, notamment ce qu&rsquo;il nomme le syst\u00e8me mercantile et celui des Physiocrates (qu&rsquo;il nomme \u00ab\u00a0syst\u00e8me agricole ou des \u00e9conomistes\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le syst\u00e8me mercantile, il distingue deux variantes\u00a0: le syst\u00e8me des ministres (type Colbert) et celui des marchands. Les deux sous-syst\u00e8mes se sont construits en interd\u00e9pendance, mais ils peuvent avoir eu des vis\u00e9es et des pratiques distinctes. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 (celui des ministres), ce qui est vis\u00e9 est le bien public de la nation, le r\u00e9tablissement des finances, la recherche des vraies sources de la prosp\u00e9rit\u00e9 nationale, la mise en \u0153uvre de grands travaux, la facilitation du d\u00e9veloppement de l&rsquo;activit\u00e9 industrieuse. De l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, le syst\u00e8me a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 \u00ab\u00a0par des marchands plus que par des citoyens\u00a0\u00bb qui visaient pouvaient viser le d\u00e9veloppement de fortunes particuli\u00e8res, ind\u00e9pendamment du bien de l&rsquo;\u00c9tat. Mais comme les marchands d\u00e9tenaient une capacit\u00e9 de capital sup\u00e9rieure \u00e0 celle des propri\u00e9taires fonciers et des manufacturiers, ils ont pu mettre en \u0153uvre de grandes forces de production, ce qui a \u00e9t\u00e9 b\u00e9n\u00e9fique pour la nation. Le probl\u00e8me est qu&rsquo;ils ont pos\u00e9 le commerce comme \u00e9tant la source essentielle de la richesse, et ont travaill\u00e9 \u00e0 ce que l&rsquo;\u00c9tat joue un r\u00f4le de protection de leur richesse marchande, qu&rsquo;ils assimilaient au profit de la nation (2). N\u00e9anmoins la conjugaison des deux principes a contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement de la richesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sismondi analyse aussi le syst\u00e8me des Physiocrates. Il tend \u00e0 approuver leur critique les aspects n\u00e9gatifs du syst\u00e8me pr\u00e9c\u00e9dent, \u00e9tablissant que la richesse effective n&rsquo;est pas \u00e9quivalente \u00e0 l&rsquo;abondance mon\u00e9taire. Toutefois le fondement de la critique du mercantilisme par les Physiocrates tient aussi au fait qu&rsquo;ils s&rsquo;insurgent contre l&rsquo;interventionnisme et le protectionnisme de l&rsquo;\u00c9tat, et contre ses r\u00e9glementations, r\u00e9clamant le libre jeu des int\u00e9r\u00eats personnels, comme le meilleur guide pour assurer le bien de tous. Ce que Sismondi r\u00e9prouve. Il se trouve davantage en accord avec la th\u00e9orie d&rsquo;Adam Smith, qui selon lui, d\u00e9passe les deux syst\u00e8mes pr\u00e9c\u00e9dents, bien qu\u2019ayant pour d\u00e9faut de poser lui aussi que le libre exercice des int\u00e9r\u00eats individuels aboutit spontan\u00e9ment au bien commun.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les jugements que Sismondi porte sur les diff\u00e9rentes \u00e9coles sont centr\u00e9s sur la contradiction qui se d\u00e9veloppe entre finalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9conomie politique, le d\u00e9veloppement de la richesse commune, et, la forme marchande de d\u00e9veloppement de cette richesse, centr\u00e9e sur les int\u00e9r\u00eats particuliers, telle qu\u2019elle accro\u00eet la richesse des riches, sur la base du d\u00e9pouillement des pauvres, source ultime de cette richesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>***<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La richesse de la soci\u00e9t\u00e9 de production marchande et le cycle de sa circulation<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On va se centrer sur la critique que Sismondi fait de la Loi des d\u00e9bouch\u00e9s de Say. Cette critique repose sur une analyse de l&rsquo;ensemble du proc\u00e8s de circulation de la richesse (3), ainsi que son fondement dans la production et le travail productif.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon Michel Lutfalla, la conception sismondienne du mouvement circulaire de la richesse est un maillon [th\u00e9orique] fondamental entre le Tableau de Quesnay et les sch\u00e9mas marxiens de la reproduction. Sismondi indique :<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La richesse nationale dans sa progression suit un mouvement circulaire, chaque effet devient cause \u00e0 sont tour, chaque pas est r\u00e9gl\u00e9 sur celui qui le pr\u00e9c\u00e8de et le dernier ram\u00e8ne le premier dans le m\u00eame ordre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans sa critique de la Loi des d\u00e9bouch\u00e9s de Say, qui pose l&rsquo;impossibilit\u00e9 des crises g\u00e9n\u00e9rales de surproduction, Sismondi prend appui sur son sch\u00e9ma de la circulation de la richesse dans la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste. Mais il cherche \u00e0 d\u00e9montrer que les erreurs de Say sont \u00e0 mettre en relation avec sa conception erron\u00e9e de la valeur. On va donc partir de l&rsquo;analyse de Sismondi sur cette question.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Forme prise par le travail productif dans la production marchande<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Valeur, Plus-value, Opposition Capital\u00a0\/ travail<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On a vu que pour Say, la valeur des marchandises d\u00e9pendait de l&rsquo;utilit\u00e9, ou du d\u00e9sir d&rsquo;utilit\u00e9 chez les consommateurs, et non d&rsquo;une quantit\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e de travail. Pour Sismondi le travail produit \u00e0 la fois des choses utiles et des valeurs d&rsquo;\u00e9change. Si la production de choses utiles par le travail ne pr\u00e9sente aucun myst\u00e8re, l&rsquo;utilit\u00e9 ne peut permettre d&rsquo;appr\u00e9cier la valeur d&rsquo;\u00e9change sociale entre choses utiles. En devenant sociale, la valeur devient pour chaque individu abstraite\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La valeur s&rsquo;est d\u00e9tach\u00e9e de l&rsquo;objet consomm\u00e9 et semble une quantit\u00e9 m\u00e9taphysique que l&rsquo;un d\u00e9pense et l&rsquo;autre \u00e9change\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour faire comprendre ce myst\u00e8re, il va, dans un premier temps, s&rsquo;int\u00e9resser au travail en se centrant sur son seul r\u00f4le de producteur de choses utiles (ind\u00e9pendamment de la forme que prend le travail dans la production marchande).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Pour saisir ce que la forme marchande modifie par rapport \u00e0 la production des richesses en g\u00e9n\u00e9ral, Sismondi use dans ce but, d&rsquo;une fiction th\u00e9orique, celle de l&rsquo;homme isol\u00e9, une robinsonnade dirait Marx. Mais cette robinsonnade n&rsquo;a pas ici pour but de faire croire que le r\u00e9gime capitaliste n&rsquo;est qu&rsquo;un d\u00e9veloppement de l&rsquo;univers de Robinson Cruso\u00eb. Sismondi au contraire use de ce contre exemple pour essayer d&rsquo;expliquer pourquoi le libre d\u00e9ploiement de la production marchande capitaliste, tend \u00e0 se d\u00e9velopper de fa\u00e7on d\u00e9sordonn\u00e9e, anarchique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La fiction de l&rsquo;homme isol\u00e9 rend plus clair le probl\u00e8me. En effet, la succession des \u00e9changes dans le r\u00e9gime capitaliste, en d\u00e9pla\u00e7ant sans cesse la richesse, en en changeant sans cesse la forme), ont fait, ici encore, d&rsquo;un objet positif (la richesse en g\u00e9n\u00e9ral) \u00ab\u00a0un objet m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sismondi veut montrer que si des richesses utiles peuvent exister sans \u00e9change, elles ne peuvent pour la plupart exister sans la mise en \u0153uvre d&rsquo;un travail humain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Pour l&rsquo;homme isol\u00e9, le but de son travail est toujours pr\u00e9sent \u00e0 son esprit, il veut satisfaire ses besoins. Il existe ainsi un lien visible direct (sans d\u00e9tour) entre ses besoins et le travail fait pour les satisfaire. La richesse se pr\u00e9sente dans sa r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle utile, sans signe d&rsquo;\u00e9change (argent). De la sorte, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9cart entre le but que l&rsquo;on fixe \u00e0 la production et sa consommation, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une consommation imm\u00e9diate, ou que l&rsquo;on en r\u00e9serve une partie, pour une consommation ult\u00e9rieure, pour pouvoir reproduire les conditions de la production, d\u00e9passer les besoins imm\u00e9diats de subsistance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le travail, base de la production de la richesse, est imm\u00e9diatement destin\u00e9 \u00e0 une consommation ou \u00e0 servir \u00e0 une nouvelle production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Sismondi envisage ensuite la formation de la richesse de la soci\u00e9t\u00e9 quand on est entr\u00e9 dans un cycle de production et d&rsquo;\u00e9change social marchand.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0D\u00e8s que les hommes ne suppl\u00e9ent plus chacun \u00e0 leurs propres besoins et font d\u00e9pendre leur consommation des \u00e9changes et du commerce, ils doivent s&rsquo;attacher \u00e0 la valeur \u00e9changeable, \u00e0 la quantit\u00e9 de travail\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour le producteur, le but de la production se perd. Le travailleur ne peut plus suivre son travail jusqu&rsquo;au bout, jusqu&rsquo;au moment o\u00f9 ses fruits seront consomm\u00e9s. Il lui est plus difficile que l&rsquo;homme isol\u00e9, de juger du besoin auquel le fruit du travail doit pourvoir. On laisse \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 le soin de trouver l&#8217;emploi de la marchandise produite. Le but de la production change. La production ne peut plus se faire directement en vue de besoins utiles, qu&rsquo;on ne peut conna\u00eetre directement, mais en vue de la valeur \u00e9changeable qu&rsquo;on peut en tirer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Au d\u00e9but, l&rsquo;\u00e9change est occasionnel et se borne \u00e0 une forme de troc entre biens utiles, sans entrer dans le syst\u00e8me d&rsquo;ensemble du march\u00e9. Lorsque il y a, pour un individu, production surabondante d&rsquo;un objet utile (par rapport \u00e0 ses besoins), un \u00e9change peut \u00eatre produit, <em>sur la base de la peine et du temps qu&rsquo;a co\u00fbt\u00e9 la production de l&rsquo;objet<\/em>, compar\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9changeur \u00e0 la peine et au temps qu&rsquo;il aurait consacr\u00e9 pour le produire. Cet \u00e9change\u00a0 [de temps de travail \u00e9quivalents] n&rsquo;alt\u00e8re pas la nature des richesses, ce sont toujours des choses cr\u00e9\u00e9es par le travail. Le lien entre production et sa destination, une consommation, n&rsquo;est pas modifi\u00e9, m\u00eame s&rsquo;il y a une suite d&rsquo;\u00e9changes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0L&rsquo;introduction g\u00e9n\u00e9rale du commerce, de m\u00eame que l&rsquo;entr\u00e9e du travail dans le cycle de l&rsquo;\u00e9change marchand, ne modifient pas la source essentielle de la richesse, le travail, mais elles alt\u00e8rent son mode de progression. D&rsquo;une part la finalit\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie est modifi\u00e9e. <em>On produit non directement pour l&rsquo;utilit\u00e9, mais pour l&rsquo;\u00e9change marchand<\/em>. D&rsquo;autre part, les pouvoirs productifs du travail vont \u00eatre d\u00e9velopp\u00e9s \u00e0 une \u00e9chelle tr\u00e8s large, la division du travail, puis le machinisme augmentent la productivit\u00e9 du travail et donc la <em>n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;\u00e9changer sur le march\u00e9 des quantit\u00e9s plus importantes<\/em>. Le probl\u00e8me se pose alors du rapport entre d\u00e9veloppement de la production des marchandises, et d\u00e9veloppement des revenus disponibles pour de la consommation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le probl\u00e8me n&rsquo;est pas aussi simple que dans l&rsquo;\u00e9quation de Say : les Produits s&rsquo;\u00e9changent contre des Produits<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0En effet, au cours de ce processus, <em>l&rsquo;\u00e9change s&rsquo;est \u00e9tendu au travail<\/em> et des difficult\u00e9s vont en r\u00e9sulter. L&rsquo;entr\u00e9e du travail dans l&rsquo;\u00e9change devient la base de l&rsquo;organisation sociale [capitaliste]. La richesse repose sur la s\u00e9paration de toute esp\u00e8ce de propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;avec toute esp\u00e8ce de travail, ce qui conduit au d\u00e9veloppement d&rsquo;une opposition entre la classe des \u00ab\u00a0propri\u00e9taires du travail accumul\u00e9\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0classe d&rsquo;hommes qui n&rsquo;ont que leur force vitale\u00a0\u00bb et offrent leur puissance de travail aux propri\u00e9taires, contre des offres de subsistances (salaire) (4).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La richesse (en tant que capital) acquiert la propri\u00e9t\u00e9 de se reproduire par le travail d&rsquo;autrui. Le travail est employ\u00e9 par le capital pour qu&rsquo;il donne un produit de plus grande valeur que ce qui est r\u00e9troc\u00e9d\u00e9 au travailleur.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Par son travail journalier, l&rsquo;ouvrier produit plus que sa d\u00e9pense journali\u00e8re\u00a0\u00bb, et c&rsquo;est \u00ab\u00a0le propri\u00e9taire de terres ou le capitaliste [qui] pr\u00e9l\u00e8ve la part la plus importante des fruits de son travail\u00a0\u00bb, ce qui se r\u00e9alise dans un \u00ab\u00a0surplus de produits\u00a0\u00bb, ou de valeur, une \u00ab\u00a0<em>mieux-value<\/em>\u00a0\u00bb.\u00a0 Le capital profite seul des pouvoirs productifs du travail, de sa \u00ab\u00a0puissance multipliante\u00a0\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">En fonction de cette r\u00e9partition des fruits du travail, la question se pose des revenus disponibles des diff\u00e9rentes classes pour absorber les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de marchandises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>***<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Rapports entre production, revenus, consommation des marchandises<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La consommation dans le capitalisme n&rsquo;est pas pour Sismondi une puissance sans bornes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour que tout fonctionne de fa\u00e7on ordonn\u00e9e et permette \u00e0 l&rsquo;ensemble du cycle (production, distribution, consommation) de reproduire les conditions de la production, il faudrait que la consommation puisse absorber l&rsquo;ensemble de la production.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le revenu national\u00a0 doit r\u00e9gler la d\u00e9pense nationale, celle-ci doit absorber dans le fonds de consommation la totalit\u00e9 de la production, la consommation absolue d\u00e9termine une reproduction \u00e9gale ou sup\u00e9rieure, et de la reproduction na\u00eet un nouveau revenu.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce m\u00e9canisme se r\u00e8gle dans la soci\u00e9t\u00e9 marchande par le commerce, et selon Sismondi, <em>le commerce, l&rsquo;\u00e9change marchand, rend plus difficile \u00e0 ma\u00eetriser le rapport entre production et consommation<\/em>, la capacit\u00e9 de vendre ou r\u00e9aliser la valeur des marchandises produites. Il pr\u00e9cise que le march\u00e9 ext\u00e9rieur ne permet pas de mieux ma\u00eetriser ce rapport. Du point de vue th\u00e9orique, le raisonnement se retrouverait le m\u00eame si l&rsquo;on consid\u00e9rait le genre humain formant \u00ab\u00a0un seul march\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sur la question de l&rsquo;ajustement entre production et consommation dans l&rsquo;ensemble d&rsquo;une nation, il distingue deux probl\u00e8mes, l&rsquo;un est mineur, l&rsquo;autre majeur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Le probl\u00e8me mineur, on l&rsquo;a vu, a trait \u00e0 la difficult\u00e9, au moment o\u00f9 l&rsquo;on produit, de conna\u00eetre la demande finale globale et celle des diff\u00e9rentes sortes de marchandises. Ce probl\u00e8me toutefois peut sembler pouvoir se r\u00e9soudre par des \u201c\u00e9tudes de march\u00e9\u201d, et en substituant une production \u00e0 une autre, comme l&rsquo;indique J. B Say. Sismondi r\u00e9plique qu&rsquo;on fait ainsi \u00ab\u00a0abstraction du temps et de l&rsquo;espace, comme le faisaient les m\u00e9taphysiciens allemands, [&#8230;] en faisant abstraction de tous les obstacles qui peuvent arr\u00eater cette consommation\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014\u00a0Ce qui est vrai pour le probl\u00e8me mineur est vrai aussi pour le probl\u00e8me majeur, qui touche \u00e0 la possibilit\u00e9 pour les diff\u00e9rentes classes de consommateurs de toujours pouvoir acheter la totalit\u00e9 de la production. En effet, le niveau auquel se reproduisent globalement les richesses, indique Sismondi, d\u00e9pend aussi de la fa\u00e7on dont elles se distribuent entre les classes. La capacit\u00e9 solvable de consommer n&rsquo;est pas la m\u00eame selon les classes d&rsquo;hommes. La production doit trouver son d\u00e9bouch\u00e9 et sa mesure dans les revenus que les diff\u00e9rentes classes peuvent consacrer \u00e0 la consommation, les diff\u00e9rents revenus \u00e9tant d\u00e9termin\u00e9s par la place que ces classes occupent au regard de la production [mais aussi en raison de la variation des conjonctures \u00e9conomiques].<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La distribution\u00a0 des parts de la richesse produite par le travail donne l&rsquo;essentiel au capital, et le minimum de subsistance au travail. Il peut y avoir des hiatus entre les marchandises produites et les capacit\u00e9s de consommation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Pour que le cycle se reproduise sans \u00e0 coups, par une reproduction \u00e9gale ou sup\u00e9rieure, il faudrait que la production de tous puisse \u00eatre [en toutes circonstances] consomm\u00e9e par tous. Cela n&rsquo;est pas th\u00e9oriquement impossible, mais se heurte au mode concret (anarchique) du d\u00e9veloppement de la production capitaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>***<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>La capacit\u00e9 de consommer et sa relation avec les diff\u00e9rents types de revenus<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sismondi consid\u00e8re la place faite aux diff\u00e9rentes classes, au regard des revenus dont elles peuvent disposer pour consommer. L&rsquo;opposition sociale entre classes a des incidences sur les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de revenus, et donc sur la capacit\u00e9 des diff\u00e9rentes classes de consommer les marchandises produites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La distinction entre le travail et le capital devenant la base du d\u00e9veloppement de la richesse, l&rsquo;opposition, on l&rsquo;a vu, se d\u00e9veloppe entre ceux qui travaillent et produisent, et ceux qui les font travailler. Les travailleurs sont soumis au capital et d\u00e9pendent de lui pour leur revenu (salaire) qu&rsquo;ils cherchent \u00e0 \u00e9changer contre leur puissance de travail. Quand ils parviennent \u00e0 trouver \u00e0 vendre leur force de travail, leur revenu ne repr\u00e9sente que l&rsquo;\u00e9quivalent de ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 assurer l&rsquo;entretien de leur vie et de leur puissance de travailler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sismondi distingue sur cette base trois cat\u00e9gories de revenus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">+ <em>Le revenu de la terre<\/em> (ou rente fonci\u00e8re) (5). Ce revenu peut \u00eatre consomm\u00e9 (pour acheter des marchandises), sans qu&rsquo;il soit n\u00e9cessaire d&rsquo;en conserver une partie pour la reproduction des conditions de production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">+ <em>Le revenu du capital<\/em> repr\u00e9sente la valeur dont la production achev\u00e9e surpasse les avances faites : salaires, mati\u00e8res premi\u00e8res, amortissement du capital fixe. Ce que Sismondi peut nommer profit. Le profit retir\u00e9 peut \u00eatre divis\u00e9 en deux parties : une partie doit retourner pour la reproduction de la production (\u00e9gale ou sup\u00e9rieure), une partie peut \u00eatre d\u00e9pens\u00e9e pour consommer, mais sans d\u00e9tourner la partie du capital n\u00e9cessaire \u00e0 la reproduction (et donc \u00e0 salarier un nouveau travail). Si le riche (le capital) consacrait tout le profit \u00e0 sa consommation, la production ne pourrait \u00eatre\u00a0 continu\u00e9e, et pour les ouvriers, il n&rsquo;y aurait plus de revenu (de salaire) puisque le capital ne ferait plus agir leur puissance de travail dans une nouvelle production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il faut qu&rsquo;une partie du profit tir\u00e9 du travail ne soit pas consomm\u00e9e, pour pouvoir \u00eatre \u00e9chang\u00e9e contre une richesse future que le travail pourra produire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">+ <em>Le revenu de l&rsquo;ouvrier<\/em> est le salaire, qui ne repr\u00e9sente pas la quantit\u00e9 totale du produit du travail, mais seulement ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 la reproduction de la puissance de travail. Il est enti\u00e8rement consomm\u00e9 pour reproduire la vie et la puissance de travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En outre, obtenir un revenu pour les ouvriers n&rsquo;est qu&rsquo;une potentialit\u00e9. Pour que leur puissance de travail produise un revenu, un salaire, elle doit trouver \u00e0 se \u201cr\u00e9aliser\u201d (c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00eatre \u201cachet\u00e9e\u201d pour faire fructifier le capital). En p\u00e9riode de crise, de ch\u00f4mage, cette cat\u00e9gorie de revenu peut donc faire d\u00e9faut pour la consommation des marchandises (et la r\u00e9alisation de la valeur \u2014 dont la plus value\u00a0\u2014 qui y est incorpor\u00e9e).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>***<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><em>Les diff\u00e9rents secteurs de la production<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9quilibre entre la production et la consommation ne se r\u00e9alise pas magiquement, comme dans le mod\u00e8le de Say. Certes, les trois cat\u00e9gories de revenus \u201cmarchent\u201d \u00e0 la consommation en vue de satisfaire des besoins, mais une part in\u00e9gale peut y \u00eatre consacr\u00e9e selon que l&rsquo;on est riche ou pauvre, les hommes \u00e9tant contraints de proportionner leur consommation \u00e0 leur revenu. Ce ne sont pas les m\u00eames hommes qui travaillent et ceux qui peuvent d\u00e9velopper toutes leurs jouissances en consommant les richesses. Les besoins solvables de ceux qui travaillent sont limit\u00e9s de sorte qu&rsquo;il peut manquer des acheteurs pour les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de marchandises produites.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de revenus ne servent pas en effet \u00e0 consommer (acheter) les m\u00eames marchandises. Plusieurs secteurs de production de marchandises correspondent \u00e0 la consommation de diff\u00e9rentes classes. Sismondi \u00e9voque explicitement deux grandes cat\u00e9gories : les marchandises n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;entretien de la vie, les marchandises de luxe, ces deux cat\u00e9gories sont consomm\u00e9es de fa\u00e7on improductive (ne retournent pas \u00e0 la production).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre cat\u00e9gorie est pr\u00e9sente dans l&rsquo;analyse de Sismondi, le secteur des marchandises destin\u00e9 \u00e0 une <em>consommation reproductive<\/em>, pour la reproduction des conditions de production (\u00e9gale ou sup\u00e9rieure) : capital fixe et son amortissement (b\u00e2timents machines), mais aussi mati\u00e8res premi\u00e8res, mais ce secteur n&rsquo;est pas int\u00e9gr\u00e9 de fa\u00e7on explicite dans une relation avec son analyse du rapport production\/consommation en fonction des diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de revenus.]<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Le revenu tir\u00e9 des salaires est consacr\u00e9 tout entier \u00e0 la consommation des <em>marchandises n\u00e9cessaires \u00e0 la reproduction de la puissance de travail<\/em>. Compte tenu de la limitation de cette cat\u00e9gorie de revenu, ce secteur de production n&rsquo;est pas extensible \u00e0 l&rsquo;infini. De plus, d\u00e8s qu&rsquo;il y a ch\u00f4mage, la masse globale de ce revenu diminue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2014 Le <em>secteur des produits de luxe<\/em>, destin\u00e9 aux riches, ne conna\u00eet pas la m\u00eame limitation, il a une certaine \u00e9lasticit\u00e9 (\u00e0 proportion du pourcentage de \u201criches\u201d dans la soci\u00e9t\u00e9).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Toutefois, on l&rsquo;a dit, si le revenu tir\u00e9 du profit\u00a0 du capital est tout entier consacr\u00e9 \u00e0 la consommation, il ne reste plus rien pour maintenir les conditions d&rsquo;une reproduction simple ou \u00e9largie de la production. Et donc plus rien pour employer \u00e0 nouveau le travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Inversement si la production des marchandises de luxe n&rsquo;est pas suffisamment achet\u00e9e, la valeur contenue dans ces marchandises ne se r\u00e9alise pas, et le capital qui s&rsquo;est investi dans ce secteur ne peut reproduire les conditions de la production.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour r\u00e9sumer le dilemme\u00a0: si le capitaliste entame ses capitaux pour trop consommer, il d\u00e9truit ses moyens de reproduction, mais aussi sa consommation future. Mais s&rsquo;il ne trouve pas sur le march\u00e9 de consommateurs pour ses produits, la reproduction est aussi arr\u00eat\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>***<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les crises de surproduction<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il ne suffit pas, on le voit, d&rsquo;un coup de baguette magique pour que les diff\u00e9rentes productions s&rsquo;ajustent aux diff\u00e9rentes consommations. Les fonds des diff\u00e9rents revenus n&rsquo;\u00e9voluent pas au m\u00eame rythme, en relation avec les diff\u00e9rents secteurs et branches (sans compter les variations conjoncturelles li\u00e9es au mouvement des capitaux). Chacun des diff\u00e9rents rapports entre production et consommation, capital et travail, revenus disponibles et marchandises, peut \u00eatre troubl\u00e9, isol\u00e9ment ou globalement. Ce qui ouvre la voie \u00e0 la possibilit\u00e9 de crises de surproduction, segmentaires (6) ou g\u00e9n\u00e9rales. Il n&rsquo;y a plus d&rsquo;acheteurs, le march\u00e9 est engorg\u00e9, le capital ch\u00f4me, les ouvriers doivent ch\u00f4mer aussi. Alors, \u00ab\u00a0la nation se ruine au sein de l&rsquo;abondance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette possibilit\u00e9 se r\u00e9alise dans les conditions de la production capitaliste, en relation avec le d\u00e9veloppement contradictoire de divers facteurs. D&rsquo;abord, on l&rsquo;a vu, sur la base de la contradiction dans la r\u00e9partition des fruits du travail. Mais aussi, pourrait-on dire, en raison de la finalit\u00e9 poursuivie par ce mode de production, qui ne vise pas directement la satisfaction des besoins humains. Le but que Sismondi assigne \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie politique n&rsquo;est pas celui que poursuit la production capitaliste, subordonn\u00e9e aux besoins d&rsquo;extension du capital, sa fructification par le travail. Comme l&rsquo;indique encore Sismondi, les crises de surproduction ne seraient \u00e9vitables que si \u00ab\u00a0la consommation d&rsquo;une nation\u00a0\u00bb \u00e9taient <em>proportionn\u00e9e<\/em> au d\u00e9veloppement de \u00ab\u00a0la prosp\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;une nation\u00a0\u00bb, ou si la consommation du monde \u00e9tait proportionn\u00e9e au d\u00e9veloppement de la prosp\u00e9rit\u00e9 universelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais si le capital, les capitalistes, veulent produire, c&rsquo;est pour r\u00e9aliser plus de profit tir\u00e9 de l&rsquo;usage du travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et comme, dans ce r\u00e9gime \u00ab\u00a0chacun n&rsquo;observe que son int\u00e9r\u00eat particulier, la production est pouss\u00e9e dans toutes les branches [l&rsquo;int\u00e9r\u00eat] de chacun lui para\u00eet \u00eatre de produire toujours davantage et en donnant le moins possible au salaire\u00a0\u00bb. Chaque capital entre en concurrence avec d&rsquo;autres capitaux. Cette concurrence suscite un \u00ab\u00a0z\u00e8le aveugle\u00a0\u00bb, et, pour gagner contre les concurrents, chacun se trouve dans la n\u00e9cessit\u00e9 de se mettre au niveau des \u00ab\u00a0combinaisons productives les plus r\u00e9centes\u00a0\u00bb (perfectionnement des machines, progr\u00e8s technique), afin de produire \u00e0 moindre co\u00fbt. <em>L&rsquo;\u00e9chelle de la production se d\u00e9veloppe de fa\u00e7on d\u00e9mesur\u00e9e<\/em> par rapport aux possibilit\u00e9s de la consommation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque producteur, n&rsquo;a aucun autre moyen d&rsquo;\u00e9tendre ses d\u00e9bouch\u00e9s que dans la lutte contre ses concurrents. Il leur dispute une quantit\u00e9 donn\u00e9e de revenu, c&rsquo;est-\u00e0-dire de part de march\u00e9, ou consommation (solvable), n\u00e9cessaire au renouvellement de son capital. Plus il r\u00e9ussit \u00e0 en garder, moins il en reste pour les autres.\u00a0 Ces processus conduisent \u00e0 <em>l&rsquo;\u00e9viction de concurrents et d&rsquo;une partie de la classe travailleuse<\/em>. Comme celle-ci ne parvient plus \u00e0 r\u00e9aliser sa puissance de travail, c&rsquo;est-\u00e0-dire la vendre, elle est rejet\u00e9e hors du travail, ce qui entra\u00eene sa paup\u00e9risation, et en cons\u00e9quence la baisse des revenus disponibles pour la consommation des marchandises produites. Le march\u00e9 se resserre, la crise d&rsquo;engorgement s&rsquo;aggrave. On entre dans une spirale, o\u00f9 \u00e0 un exc\u00e8s succ\u00e8de la perte de travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le ph\u00e9nom\u00e8ne du <em>cr\u00e9dit<\/em>, aussi bien \u00e0 la consommation, que pour la production, dans la mesure o\u00f9 il n&rsquo;est pas gag\u00e9 sur des revenus ou profits futurs, aggrave le ph\u00e9nom\u00e8ne, en retardant son apparition, tout en d\u00e9cuplant sa force explosive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La recherche de d\u00e9bouch\u00e9s sur le march\u00e9 mondial ne r\u00e9sout pas le probl\u00e8me. Ce march\u00e9 est lui aussi born\u00e9, en proie \u00e0 la m\u00eame lutte, qui prend alors un caract\u00e8re universel. Chaque producteur marchand a en vue l&rsquo;univers qu&rsquo;il ne peut conna\u00eetre et cet univers se resserre toujours plus devant lui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>***<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>D\u00e9veloppement proportionnel et id\u00e9e de planification de la production<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Sismondi ne pense pas que le progr\u00e8s de la production (et m\u00eame du machinisme) aillent n\u00e9cessairement dans le sens de \u00ab\u00a0la ruine au sein de l&rsquo;abondance\u00a0\u00bb. Mais, il constate que compte tenu du mode d&rsquo;organisation capitaliste, il ne peut en \u00eatre qu&rsquo;ainsi. Toutefois, il n&rsquo;exclut pas que le cercle de la production puisse s&rsquo;\u00e9tendre en spirale, \u00e0 condition que des proportions soient respect\u00e9es entre les diff\u00e9rentes productions et consommations (improductives et reproductives), qu&rsquo;il y ait une croissance r\u00e9guli\u00e8re et proportionn\u00e9e.<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0La richesse nationale continue de s&rsquo;accro\u00eetre, et l&rsquo;\u00c9tat \u00e0 prosp\u00e9rer, si une consommation prompte et enti\u00e8re d\u00e9termine toujours une reproduction sup\u00e9rieure, et si les autres parties de la richesse qui sont en rapport les unes avec les autres, suivent de mouvement d&rsquo;un pas \u00e9gal, et continuent de s&rsquo;accro\u00eetre d&rsquo;une mani\u00e8re graduelle\u00a0: mais d\u00e8s que la proportion entre elles est rompue, l&rsquo;\u00c9tat d\u00e9p\u00e9rit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Ainsi, dans l&rsquo;\u00e9conomie politique, tout s&rsquo;encha\u00eene, et l&rsquo;on tourne constamment dans un cercle, parce que l&rsquo;effet devient cause \u00e0 son tour. Cependant tout y est progressif, pourvu que chaque mouvement y soit proportionn\u00e9 avec les autres ; mais tout s&rsquo;arr\u00eate, tout r\u00e9trograde d\u00e8s qu&rsquo;un seul des mouvements qui devaient se combiner est d\u00e9sordonn\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il lui semble que la production anarchique, d\u00e9sordonn\u00e9e, ne peut permettre de maintenir ce mouvement proportionn\u00e9. Il faudrait, indique-t-il, une organisation nationale \u00ab\u00a0<em>o\u00f9 le travail soit toujours employ\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Le bonheur national tient\u00a0 la demande de travail, mais une demande r\u00e9guli\u00e8re et perp\u00e9tuelle.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il sugg\u00e8re qu&rsquo;il faudrait pour cela r\u00e9unir ce qui a \u00e9t\u00e9 s\u00e9par\u00e9 : la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de travail et ceux qui les mettent en \u0153uvre, les travailleurs. Mais se d\u00e9clare incapable d&rsquo;imaginer une forme de propri\u00e9t\u00e9, tourn\u00e9e vers l&rsquo;avenir et non vers le pass\u00e9, qui permettrait une telle r\u00e9union.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans l&rsquo;imm\u00e9diat, sans viser une transformation d&rsquo;ensemble du r\u00e9gime capitaliste, Sismondi incite \u00e0 ne plus compter sur \u00ab\u00a0les illusions du march\u00e9 ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb et plut\u00f4t de \u00ab\u00a0proportionner les productions de son peuple avec les besoins de son peuple\u00a0\u00bb, ce qui limiterait l&rsquo;anarchie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">NOTES<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(1) Simonde de Sismondi, <em>Nouveaux principes d\u2019\u00e9conomie politique, ou, de la Richesse dans ses rapports avec la population<\/em>, Delaunay, Paris, 1819. Voir aussi Michel Lutfalla, \u00ab\u00a0Sismondi \u2013 Critique de la loi des d\u00e9bouch\u00e9s\u00a0\u00bb, <em>Revue \u00e9conomique<\/em>, vol. 18, n\u00b0 4, 1967 et Rosa Luxembourg, \u00ab\u00a0La th\u00e9orie de la reproduction d\u2019apr\u00e8s Sismondi\u00a0\u00bb, in <em>L\u2019accumulation du Capital<\/em>, (1913), tome I, r\u00e9\u00e9dition, Fran\u00e7ois Maspero, 1967.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(2) Sismondi revient sur l&rsquo;importance accord\u00e9e par le syst\u00e8me mercantile aux m\u00e9taux pr\u00e9cieux et pose, que, face \u00e0 l&rsquo;alternative, mines ou commerce, la France du commerce a permis de tirer le processus de production de la richesse. Vendre plus et des produits manufactur\u00e9s \u00e0 valeur ajout\u00e9e, permettait une balance de compte positive, qui pouvait \u00eatre sold\u00e9e en argent. La politique, en favorisant le commerce d&rsquo;exportation et l&rsquo;enr\u00e9gimentement de l&rsquo;industrie nationale, encourageant des manufactures, prot\u00e9geant les mati\u00e8res premi\u00e8res, a permis le d\u00e9veloppement de la richesse, dont l&rsquo;argent \u00e9tait le signe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(3) On ne prend pas en compte dans cet expos\u00e9 la partie importante que Sismondi consacre \u00e0 la richesse agricole dans le cycle g\u00e9n\u00e9ral production, distribution, reproduction.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(4) S&rsquo;agissant de l&rsquo;opposition entre classes, et de ses effets sur l&rsquo;organisation sociale d&rsquo;ensemble, Sismondi pr\u00e9cise qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas \u00ab\u00a0un effet de la nature\u00a0\u00bb, ou de lois naturelles, mais \u00ab\u00a0de l&rsquo;organisation que nous avons donn\u00e9e \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 humaine\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(5) Ind\u00e9pendamment du travail et des moyens de travail qui y sont investis<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">(6) Pour les crises segmentaires, si l&rsquo;on imagine pouvoir substituer la production de l&rsquo;une par la production d&rsquo;une autre, il faut bien voir que si la production de la premi\u00e8re est multipli\u00e9e par 4, tandis que la demande de cette production n&rsquo;est multipli\u00e9e que par 2, la\u00a0 branche qui s&rsquo;y substitue doit avoir une production qui se multiplie par 2 et sa possibilit\u00e9 de consommation par 4. De plus le probl\u00e8me d&rsquo;adaptation du capital fixe comme des qualifications du travail ne peuvent se r\u00e9aliser de fa\u00e7on imm\u00e9diate.<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Simonde de Sismondi (1773-1842) (1) En 1803, l&rsquo;ann\u00e9e o\u00f9 Say publie son Trait\u00e9 d&rsquo;\u00e9conomie politique, Sismondi publie un premier ouvrage g\u00e9n\u00e9ral consacr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie : La richesse commerciale, qui traite en fait de la production des richesses dans le r\u00e9gime marchand capitaliste. 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