{"id":141,"date":"2016-11-26T12:07:36","date_gmt":"2016-11-26T11:07:36","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=141"},"modified":"2016-11-26T19:40:12","modified_gmt":"2016-11-26T18:40:12","slug":"ii-bien-commun-ou-interet-general-comment-les-degager","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=141","title":{"rendered":"II \u2014 Bien commun ou int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Comment les d\u00e9gager ?"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">On voit qu\u2019il est utile de comprendre le sens de notions voisines de celles d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, celles de bien commun et de chose publique, ou bien public.<br \/>\n<strong>Bien commun<\/strong><br \/>\nLa notion de Bien est plus large que celle d\u2019int\u00e9r\u00eat, moins li\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e de profit, gain, imm\u00e9diat. Ce qui constitue un bien peut certes concerner les richesses, les possessions, mais d\u2019abord ce qui est bien, le bonheur, ce qui est favorable, juste, contre ce qui est mauvais, n\u00e9faste.<br \/>\nLa notion de commun ne signifie pas une simple addition d\u2019int\u00e9r\u00eats particuliers. Elle ne signifie pas non plus quelque chose qu\u2019on aurait ensemble de fa\u00e7on involontaire, ou par \u201cnature\u201d (ou qui reposerait sur une origine ou une race.<br \/>\nLe terme de commun est diff\u00e9rent de l\u2019id\u00e9e actuelle qu\u2019on se fait de la \u201ccommunaut\u00e9\u201d, au sens o\u00f9 ce que l\u2019on aurait en commun viendrait d\u2019une m\u00eame identit\u00e9, d\u2019une m\u00eame \u201corigine\u201d, du fait d\u2019\u00eatre \u201cles m\u00eames\u201d, par l\u2019ethnie, la culture, la religion. Dans la langue fran\u00e7aise, la notion de commun est li\u00e9e \u00e0 celle de r\u00e8gles construites en fonction de finalit\u00e9s (et non d\u2019origines). Le commun r\u00e9sulte d\u2019une association, d\u2019une participation volontaire en vue de buts communs. C\u2019est aussi la signification du mot commune, au sens de municipalit\u00e9 ; (co) (munia) signifie charges prises avec d\u2019autres. Le commun, la commune, regroupent ceux qui ont pris part conjointement \u00e0 des charges, participation souvent sur base d\u2019\u00e9galit\u00e9. Rappelons que le mot communisme vient aussi de commun. Donc, il est important de saisir ce que signifie vraiment le mot commun.<br \/>\nLe fait de participer \u00e0 quelque chose de commun n\u2019exclut pas de disposer de choses en propre. Le bien commun se pose d\u2019ailleurs en relation avec des biens propres, au sens de propri\u00e9t\u00e9, mais aussi de bien, au sens ce qui est bon.<br \/>\nLe bien propre c\u2019est ce qui est bon, favorable \u00e0 un particulier ou \u00e0 un groupe. Le bien commun, c\u2019est ce qui est bon, favorable pour un ensemble (Cit\u00e9, nation), ou ce qui appartient en commun \u00e0 un ensemble.<br \/>\nIl y a possibilit\u00e9 de faire ou non co\u00efncider les biens propres et le bien commun. On peut les faire co\u00efncider par la contribution des particuliers au bien commun, et, par la subordination des int\u00e9r\u00eats propres au bien commun.<br \/>\nOn peut aussi d\u00e9gager le bien commun sous la forme d\u2019un sch\u00e9ma \u201cd\u2019intersection\u201d posant ce qui est commun aux diff\u00e9rents associ\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 des oppositions d\u2019int\u00e9r\u00eats, il peut y avoir dans ce sch\u00e9ma, des int\u00e9r\u00eats communs momentan\u00e9s ou durables, entre diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de populations. Par exemple au cours de la Seconde guerre mondiale, on a pu poser un int\u00e9r\u00eat commun \u00e0 diff\u00e9rentes classes d\u2019une nation contre le fascisme ou contre l\u2019occupation. Sans omettre que, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il y ait eu des int\u00e9r\u00eats \u201ccommuns\u201d, imm\u00e9diats et partiels \u00e0 la politique de collaboration. M\u00eame chose pour l\u2019Europe : deux types d\u2019int\u00e9r\u00eats semi-communs peuvent exister, pour ou contre son principe de constitution. Ceci peut traverser les classes et les partis. Dans certains cas, en d\u00e9pit de l\u2019opposition de leurs int\u00e9r\u00eats, il peut m\u00eame y avoir des int\u00e9r\u00eats communs partiels entre patrons et ouvriers, par exemple pour sauver une entreprise contre la concurrence mondiale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Autre notion, celle de <strong>Chose publique<\/strong>, d\u2019o\u00f9 vient le mot R\u00e9publique (res publica : chose publique). La notion vient de Rome. Entre chose publique (res publica) et choses priv\u00e9es (res privata), il y a \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame rapport qu\u2019entre bien commun et biens propres.<br \/>\nL\u2019expression Chose publique ou R\u00e9publique : Res : chose : concerne de fa\u00e7on tr\u00e8s large, toute r\u00e9alit\u00e9, tout ce qui est objet d\u2019utilit\u00e9, de possession : les affaires, les forces, les connaissances.<br \/>\nLa notion de public : c\u2019est ce qui est en rapport avec le peuple, au sens d\u2019ensemble de la population, plut\u00f4t que comme classe particuli\u00e8re (ce n\u2019est pas la pl\u00e8be contre les patriciens).<br \/>\nLa chose publique, c\u2019est donc tout ce qui est d\u2019usage ou d\u2019utilit\u00e9 publique, qui sert \u00e0 l\u2019ensemble : les ponts, les routes, la d\u00e9fense, l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9, mais aussi les lois etc.<br \/>\nLe priv\u00e9 : c\u2019est ce qui est mis \u00e0 part, s\u00e9par\u00e9 du reste, bien priv\u00e9, loi priv\u00e9e (d\u2019o\u00f9 vient l\u2019id\u00e9e de privil\u00e8ge).<br \/>\nLe rapport entre int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s peut \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 celui qui oppose les int\u00e9r\u00eats particuliers. Mais on peut consid\u00e9rer que la notion d\u2019int\u00e9r\u00eat public ou d\u2019utilit\u00e9 publique est plus facile \u00e0 saisir que celle d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La relation entre priv\u00e9 et public peut cependant \u00eatre pos\u00e9e de fa\u00e7on juste, comme un rapport \u00e9quitable entre biens propres et bien commun.<br \/>\n* Le priv\u00e9 doit contribuer \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 publique et lui \u00eatre subordonn\u00e9.<br \/>\n* Le public peut aussi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme intersection possible entre divers int\u00e9r\u00eats.<br \/>\nLes notions : int\u00e9r\u00eat public, bien commun, int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, ne sont pas tout \u00e0 fait \u00e9quivalentes. A partir d\u2019une certaine \u00e9poque (g\u00e9n\u00e9ralisation de l\u2019\u00e9change marchand), c\u2019est la notion d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral qui tend \u00e0 s\u2019imposer. Car, face \u00e0 la concurrence des int\u00e9r\u00eats particuliers, poser un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou commun, se pr\u00e9sente comme une n\u00e9cessit\u00e9 pour tout ensemble politique s\u2019il veut se maintenir. La question est de savoir comment on pense pouvoir d\u00e9gager cet int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ? Et en vue de quoi ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Comment donc d\u00e9gager l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou le bien commun ?<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ne peut r\u00e9sulter d&rsquo;un ajustement de march\u00e9 tel qu\u2019il r\u00e9sulte du mouvement spontan\u00e9 des \u00e9changes marchands. Sur ce terrain ce sont les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s les plus puissants qui s\u2019imposent, un rapport de force, qui ne permettent pas de d\u00e9gager un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nPour d\u00e9gager un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, ou commun, tous les th\u00e9oriciens ont pos\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un cadre politique commun o\u00f9 l\u2019on puisse poser un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Pour cela, il faut qu\u2019il y ait un lieu politique commun : Cit\u00e9, royaume ou r\u00e9publique, qui puisse d\u00e9cider par lui-m\u00eame, qui soit ind\u00e9pendant, souverain.<br \/>\nAucun th\u00e9oricien n\u2019imagine que l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral ou le bien commun puissent surgir tout pr\u00eat du mouvement spontan\u00e9 des int\u00e9r\u00eats en lutte, m\u00eame quand on suppose, comme les lib\u00e9raux, qu\u2019il existe une harmonie pr\u00e9-\u00e9tablie.<br \/>\nMais il y a deux fa\u00e7ons principales de poser le bien commun.<br \/>\n\u2014 Certains th\u00e9oriciens posent que dans l\u2019\u00e9tat de guerre de tous contre tous, c\u2019est par la coercition, la force, \u00e9ventuellement la ruse, qu\u2019on va contraindre les int\u00e9r\u00eats en lutte \u00e0 se soumettre \u00e0 un m\u00eame pouvoir, celui-ci en retour les prot\u00e8gerait contre les menaces de leur propre lutte et contre les menaces ext\u00e9rieures. C\u2019est un peu la solution pr\u00e9conis\u00e9e par Hobbes.<br \/>\n\u2014 D\u2019autres posent que c\u2019est en abolissant les fondements d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9gie par la loi des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, la loi de la jungle, qu\u2019on pourra d\u00e9gager un v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat commun. Par la mise en avant du bien public, d\u2019une loi publique, subordonnant les int\u00e9r\u00eats particuliers, et par une certaine \u00e9galisation des conditions. C\u2019est un peu la solution propos\u00e9e par Rousseau.<br \/>\nSur la base d\u2019un choix de citations, on va examiner comment diff\u00e9rents th\u00e9oriciens posent le probl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Citation 5 . Jean Bodin (1530-1596)<\/strong><br \/>\nLorsque Bodin s\u2019efforce de penser les conditions de l\u2019unit\u00e9 de la nation (\u00e0 l\u2019\u00e9poque le royaume), la diffusion des rapports marchands dans leur extension capitalistes est encore en veilleuse. Il per\u00e7oit cependant qu\u2019on ne peut laisser se d\u00e9ployer librement le jeu spontan\u00e9 des int\u00e9r\u00eats particuliers, si l\u2019on veut d\u00e9gager un bien commun et maintenir l\u2019unit\u00e9 du royaume. La possibilit\u00e9 d\u2019unir suppose que tous se situent dans un m\u00eame cadre commun, ce qu\u2019il nomme r\u00e9publique (au sens de res publica), ou gouvernement de ce qui est commun, avec puissance souveraine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\u00ab R\u00e9publique est droit gouvernement [&#8230;] de ce qui est commun, avec puissance souveraine. \u00bb<br \/>\n\u00ab La puissance souveraine fait union et liaison des familles, corps et coll\u00e8ges et de tous les particuliers en corps parfait de r\u00e9publique. \u00bb<br \/>\nPour Bodin, l\u2019instance politique doit travailler \u00e0 accorder les diff\u00e9rentes parties de la r\u00e9publique. La r\u00e9alisation de l\u2019accord se fait, en donnant priorit\u00e9 au bien public, \u00e0 des \u00ab lois publiques, des richesses, communes \u00e0 tous. \u00bb<br \/>\n\u00ab Ce n\u2019est pas r\u00e9publique s\u2019il n\u2019y a rien de public. \u00bb<br \/>\n\u00ab [Il faut] des lois publiques et communes qui touchent tous les sujets en g\u00e9n\u00e9ral. \u00bb<br \/>\nCela ne signifie pas qu\u2019il faille r\u00e9aliser \u201cl\u2019unisson\u201d, supprimer toute contradiction dans la r\u00e9publique.<br \/>\n\u00ab [Il y a besoin d\u2019accord entre les parties] mais pas d\u2019unisson. La conservation du monde d\u00e9pend de la contrari\u00e9t\u00e9 de ce qui est dans l\u2019univers. \u00bb<br \/>\nSans qu\u2019on vise \u00e0 l\u2019unisson, la chose publique ne peut cependant se maintenir, si le priv\u00e9 ne se trouve pas subordonn\u00e9 au public.<br \/>\n\u00ab Il faut qu\u2019il y ait quelque chose de commun et de public. [Il faut] mettre en avant la conservation du bien public. La raison naturelle veut que le public soit pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 aux particuliers. \u00bb<br \/>\nMais cela ne suffit pas encore \u00e0 accorder durablement les diff\u00e9rentes parties de la r\u00e9publique. Il faut aussi la justice, la coercition, la force, par elles-m\u00eames ne produisent pas l\u2019unit\u00e9, elles nourrissent au contraire les divisions. Il faut d\u00e9velopper les conditions de la justice et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 pour fortifier l\u2019amiti\u00e9 entre les membres de la r\u00e9publique.<br \/>\n\u00ab Les semences de guerre civile viennent de l\u2019injustice. L\u2019injustice, arm\u00e9e de force, ruine les \u00c9tats. [A l\u2019inverse], la justice est le pilier ferme de la R\u00e9publique. \u00bb<br \/>\n\u00ab La v\u00e9ritable soci\u00e9t\u00e9 est fond\u00e9e sur le partage et l\u2019amiti\u00e9 en termes de droit. Les changements de r\u00e9publique adviennent pour richesse excessive des uns, pauvret\u00e9 extr\u00eame des autres. L\u2019\u00e9galit\u00e9 est m\u00e8re nourrice de la paix et de l\u2019amiti\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Citation 6. Hobbes (1588-1679)<\/strong><br \/>\nHobbes au contraire de Bodin, met au premier plan la force, la coercition, la crainte du ch\u00e2timent pour soumettre les int\u00e9r\u00eats particuliers, et ainsi garantir le r\u00e9gime social, prot\u00e9ger les particuliers eux-m\u00eames de la destruction engendr\u00e9e par leur concurrence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\u00ab [Compte tenu de l\u2019\u00e9tat naturel de guerre entre les hommes], il faut qu\u2019existe quelque pouvoir coercitif, pour contraindre \u00e9galement tous les hommes \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution de leur convention, par la terreur de quelque ch\u00e2timent plus grand que l\u2019avantage qu\u2019ils attendent de leur infraction \u00e0 la convention, et pour garantir la propri\u00e9t\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Citation 7. Bossuet (1627-1704).<\/strong><br \/>\nAu sein de la formation fran\u00e7aise, alors que les \u00e9changes marchands se sont d\u00e9velopp\u00e9s, Bossuet n\u2019est pas tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 de la position de Bodin. Sur la base des besoins mutuels, il pose la possibilit\u00e9 d\u2019unir les biens particuliers au bien commun par un pouvoir politique l\u00e9gitime. Le bien commun peut \u00eatre d\u00e9gag\u00e9 sur la base des besoins mutuels, par une association au sein de laquelle chaque particulier peut b\u00e9n\u00e9ficier de la force commune. Le principe d\u2019un contrat social est ici projet\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\u00ab Que chacun [&#8230;] trouve son bien [dans la soci\u00e9t\u00e9] et y demeure attach\u00e9 par cet int\u00e9r\u00eat. Que les hommes puissent s\u2019entre secourir et que l&rsquo;union soit ciment\u00e9e par les besoins mutuels. [Ainsi], sous un pouvoir l\u00e9gitime chaque particulier devient plus fort. Toutes les forces de la nature concourent en une. Ainsi un particulier est en repos contre l&rsquo;oppression et la violence. La raison en est que chacun est secouru. On y gagne puisqu&rsquo;on y retrouve toute la force de la nation r\u00e9unie ensemble pour nous secourir. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Citation 8. Rousseau (1712-1778).<\/strong><br \/>\nQuoique th\u00e9oricien de la souverainet\u00e9 du peuple, Rousseau n\u2019est pas \u00e9tranger \u00e0 cette m\u00eame ligne de pens\u00e9e. Il fait part du fait que deux tendances se combattent dans la soci\u00e9t\u00e9 : l\u2019opposition des int\u00e9r\u00eats, et, la n\u00e9cessit\u00e9 de leur accord pour \u00e9viter la destruction. On doit selon lui prendre appui sur la deuxi\u00e8me tendance pour \u00e9viter la destruction mutuelle, imposer un int\u00e9r\u00eat commun. Celui-ci se construit en se fondant sur les points par lesquels les int\u00e9r\u00eats particuliers s\u2019accordent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\u00ab Si l&rsquo;opposition des int\u00e9r\u00eats particuliers a rendu n\u00e9cessaire l&rsquo;\u00e9tablissement des soci\u00e9t\u00e9s, c&rsquo;est l&rsquo;accord de ces m\u00eames int\u00e9r\u00eats qu&rsquo;il a rendu possible. C&rsquo;est uniquement sur cet int\u00e9r\u00eat commun que la soci\u00e9t\u00e9 doit \u00eatre gouvern\u00e9e. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce qui \u00ab g\u00e9n\u00e9ralise la volont\u00e9 \u00bb n&rsquo;est pas le \u00ab nombre de voix \u00bb, mais \u00ab l&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun \u00bb qui unit, les diff\u00e9rents int\u00e9r\u00eats, \u00ab ce qu&rsquo;il y a de commun dans ces int\u00e9r\u00eats \u00bb, \u00ab les points par lesquels ils s&rsquo;accordent \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Citation 9. Rousseau.<\/strong><br \/>\nPour parvenir, \u00e0 partir d\u2019indivis particuliers, \u00e0 d\u00e9gager un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, ceux-ci doivent se d\u00e9terminer d\u2019abord comme citoyens. Le citoyen, comme l\u2019indiquait d\u00e9j\u00e0 Bodin, n\u2019est pas celui qui se prononce sur la base de son int\u00e9r\u00eat particulier, mais sur la base de ce qui est bon pour la r\u00e9publique, pour l\u2019int\u00e9r\u00eat public. Interroger la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale ne revient pas ainsi \u00e0 interroger les volont\u00e9s particuli\u00e8res, \u00e0 \u00ab demander \u00e0 chacun ce qu\u2019est son int\u00e9r\u00eat particulier, mais ce qu&rsquo;il estime bon pour l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public \u00bb. La d\u00e9termination de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale est pour chaque individu un \u00ab acte de l\u2019entendement \u00bb, qui \u00ab raisonne dans le silence des passions \u00bb.<br \/>\n\u00ab Nous ne commen\u00e7ons \u00e0 devenir des hommes qu&rsquo;apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 citoyens. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Citation 10. Rousseau.<\/strong><br \/>\nRousseau per\u00e7oit cependant la difficult\u00e9 qu\u2019il y a \u00e0 s\u00e9parer dans l\u2019homme le particulier et le citoyen, \u00e0 conna\u00eetre ce qu\u2019est la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, la discerner de la volont\u00e9 particuli\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\u00ab Mais \u00ab comment chaque individu peut-il faire agir son entendement, voir la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, si l&rsquo;art de g\u00e9n\u00e9raliser est un des plus difficiles et tardifs de l&rsquo;entendement humain, et si pour bien suivre la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, il faut la conna\u00eetre et surtout la bien distinguer de la volont\u00e9 particuli\u00e8re. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il convient pour r\u00e9soudre cette difficult\u00e9 de travailler \u00e0 \u201c\u00e9clairer\u201d le peuple, lui donner \u00e0 voir le contenu de la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, en se d\u00e9fiant des s\u00e9ductions des volont\u00e9s particuli\u00e8res, en se haussant au-dessus des vues partielles et imm\u00e9diates.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\u00ab De lui-m\u00eame, le peuple veut toujours le bien, mais de lui-m\u00eame il ne le voit pas toujours. La volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale est toujours droite, mais le jugement qui la guide n&rsquo;est pas toujours \u00e9clair\u00e9. Il faut lui faire voir les objets tels qu&rsquo;ils sont[\u2026], lui montrer le bon chemin qu&rsquo;elle cherche, la garantir des s\u00e9ductions des volont\u00e9s particuli\u00e8res, rapprocher \u00e0 ses yeux les lieux et les temps, balancer l&rsquo;attrait des avantages pr\u00e9sents et sensibles, par le danger des maux \u00e9loign\u00e9s et cach\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Citation 11. Siey\u00e8s (1748-1836).<\/strong><br \/>\nAu premier abord, Siey\u00e8s semble se positionner au sein du m\u00eame cadre th\u00e9orique que Rousseau. Il \u00e9voque comme lui le contrat social. Mais, \u00e0 l\u2019instar des th\u00e9oriciens lib\u00e9raux, il fait comme si les int\u00e9r\u00eats particuliers reli\u00e9s par l\u2019\u00e9change marchand, aboutissaient d\u2019eux-m\u00eames en se confrontant \u00e0 d\u00e9finir un int\u00e9r\u00eat vraiment g\u00e9n\u00e9ral : \u00ab alliance si utile de mon int\u00e9r\u00eat particulier et de l\u2019int\u00e9r\u00eat commun \u00bb. L\u2019univers de l\u2019\u00e9change marchand produirait l\u2019harmonie spontan\u00e9e des diff\u00e9rents int\u00e9r\u00eats particuliers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\u00ab Tous les rapports de citoyen \u00e0 citoyen sont des rapports libres. L&rsquo;un donne son temps ou sa marchandise, l&rsquo;autre rend en \u00e9change son argent, il n&rsquo;y a point de subordination mais un \u00e9change continuel. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9change serait toujours avantageux pour tous les \u00e9changistes, qu\u2019ils soient riches ou pauvres, ouvriers ou bourgeois. La volont\u00e9 commune se d\u00e9gagerait spontan\u00e9ment et porterait \u00e0 la satisfaction des diff\u00e9rents int\u00e9r\u00eats, fussent-ils oppos\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\u00ab Les volont\u00e9s individuelles [des \u00e9changistes] sont les seuls \u00e9l\u00e9ments de la volont\u00e9 commune. \u00bb<br \/>\n\u00ab Chaque particulier se propose des fins particuli\u00e8res. Il se dit : \u00e0 l&rsquo;abri de la s\u00e9curit\u00e9 commune, je pourrais me livrer tranquillement des projets personnels, alliance si utile de mon int\u00e9r\u00eat particulier et de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Citation 12. Siey\u00e8s.<\/strong><br \/>\nSiey\u00e8s n\u2019ignore pas cependant que des int\u00e9r\u00eats contradictoires se d\u00e9veloppent dans la soci\u00e9t\u00e9. Il per\u00e7oit qu\u2019au-del\u00e0 de l\u2019opposition entre des int\u00e9r\u00eats particuliers individuels, se d\u00e9ploient des int\u00e9r\u00eats collectifs de classe. Il faut prendre garde, selon lui, \u00e0 ceux qui voudraient exprimer ces int\u00e9r\u00eats oppos\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\u00ab Une soci\u00e9t\u00e9 ne peut avoir qu&rsquo;un int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Il serait impossible d\u2019\u00e9tablir l\u2019ordre, si on pr\u00e9tendait marcher \u00e0 plusieurs int\u00e9r\u00eats oppos\u00e9s. [En cons\u00e9quence] Plus t\u00f4t ou plus tard, il faudra que toutes les classes se renferment dans les bornes du contrat social. \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour imposer l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, il faut donc que seuls les gouvernants soient habilit\u00e9s \u00e0 le d\u00e9finir. Seul, le corps gouvernant \u00ab qui sait \u00bb l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, doit imposer une \u00ab harmonie \u00bb (pourtant cens\u00e9e s\u2019imposer d\u2019elle-m\u00eame par l\u2019\u00e9change). En cons\u00e9quence, seuls les gouvernants ont le droit d\u2019\u00eatre organis\u00e9s, ce droit doit \u00eatre enlev\u00e9 au peuple qui ne peut savoir ce qu\u2019est l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\">\u00ab Les repr\u00e9sentants sont bien plus capables [que les membres du peuple] de conna\u00eetre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et d&rsquo;interpr\u00e9ter \u00e0 cet \u00e9gard leur propre volont\u00e9. [\u2026] Les lumi\u00e8res de la morale publique doivent para\u00eetre d&rsquo;abord chez les hommes bien mieux plac\u00e9s pour saisir les rapports sociaux. \u00bb<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On voit qu\u2019il est utile de comprendre le sens de notions voisines de celles d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, celles de bien commun et de chose publique, ou bien public. 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