{"id":118,"date":"2016-11-26T11:40:47","date_gmt":"2016-11-26T10:40:47","guid":{"rendered":"http:\/\/lunipop.fr\/?p=118"},"modified":"2016-11-26T18:59:58","modified_gmt":"2016-11-26T17:59:58","slug":"formation-de-la-classe-bourgeoise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lunipop.fr\/?p=118","title":{"rendered":"I. La formation de la bourgeoisie au sein du mode f\u00e9odal"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify; padding-left: 60px;\">L\u2019expos\u00e9 suit de pr\u00e8s l\u2019ouvrage de R\u00e9gine Pernoud<em> Les origines de la bourgeoisie<\/em> (collection <em>Que sais-je<\/em><em>\u2009<\/em><em>?<\/em>, PUF, 1947.). Des lecteurs tr\u00e8s au fait du sujet peuvent critiquer ce choix exclusif, ou le d\u00e9coupage th\u00e9matique op\u00e9r\u00e9. Bien que de multiples travaux aient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s depuis la parution du livre de R\u00e9gine Pernoud, que des points de d\u00e9tail puissent \u00eatre contest\u00e9s, cet ouvrage n\u2019en constitue pas moins une base solide pour comprendre, dans ses grandes lignes, le processus de formation de la classe bourgeoise, plus sp\u00e9cialement en France. Pour une plus ample information, il est recommand\u00e9 de se r\u00e9f\u00e9rer directement au livre lui-m\u00eame, et dans la m\u00eame collection, et du m\u00eame auteur, <em>La bourgeoisie<\/em>, PUF, 1985. On peut aussi consulter, toujours de R\u00e9gine Pernoud, Histoire de la bourgeoisie en France, I \u2014 <em>Des origines aux temps modernes<\/em>, 1960, et, II \u2014<em>Aux temps modernes<\/em>, 1962.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon R\u00e9gine Pernoud, l\u2019importance du processus social que constitue l\u2019\u00e9mergence de la bourgeoisie, au sein d\u2019un monde marqu\u00e9 par des rapports de type f\u00e9odal, ne peut \u00eatre appr\u00e9ci\u00e9 que si l\u2019on a une id\u00e9e de ce mode d\u2019organisation, tel qu\u2019on le trouve plus ou moins stabilis\u00e9 en France d\u00e8s le IXe si\u00e8cle.<br \/>\nL\u2019organisation f\u00e9odale s\u2019est \u00e9labor\u00e9e selon R\u00e9gine Pernoud, comme une construction empirique et non en fonction de principes pos\u00e9s \u00e0 l\u2019avance. Elle s\u2019est form\u00e9e sous la pression des faits dans les conditions de la ruine de la soci\u00e9t\u00e9 antique, la chute de l\u2019empire romain d\u2019Occident, les invasions barbares.<br \/>\nAvec la destruction de l\u2019organisation unifi\u00e9e et relativement ordonn\u00e9e qui \u00e9tait celle du monde romain, les divers \u00e9l\u00e9ments du peuple, isol\u00e9s et sans appui, sont conduits \u00e0 rechercher la protection de ceux qui sont parvenus \u00e0 conserver l\u2019unique richesse qui vaut en p\u00e9riode d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 : la terre, mais aussi les moyens de la d\u00e9fendre et de se prot\u00e9ger. Seuls les propri\u00e9taires de grands domaines peuvent assurer ce minimum de s\u00e9curit\u00e9 pour les cat\u00e9gories populaires ce qui va de pair avec la pr\u00e9servation de leur domaine. Ceux qui ne poss\u00e8dent rien sont contraints \u201cen \u00e9change\u201d de cette protection d\u2019employer leurs forces de travail au b\u00e9n\u00e9fice des propri\u00e9taires de domaines.<br \/>\n\u00c0 la fin du Ve si\u00e8cle, sous l\u2019\u00e9gide du roi m\u00e9rovingien, Clovis, le pouvoir se reconstitue, puis s\u2019affaisse de nouveau. La reconqu\u00eate d\u2019une unit\u00e9 passag\u00e8re n\u2019a pas d\u00e9truit les petites unit\u00e9s domaniales, qui se sont plut\u00f4t renforc\u00e9es. En effet, les rois \u2014 ce sont alors en France les m\u00e9rovingiens \u2014 r\u00e9tribuent ceux qui remplissent pour eux diverses fonctions, en leur allouant des terres. Le nombre et l\u2019importance des grands propri\u00e9taires fonciers, les seuls \u00e0 d\u00e9tenir une puissance r\u00e9elle, s\u2019accro\u00eet. Avec les invasions germaniques et nordiques (Burgondes, Alamans, Wisigoths, Francs, etc.), un important transfert de population s\u2019\u00e9tait op\u00e9r\u00e9. Beaucoup de ces populations avaient des m\u0153urs et modes de conduite tr\u00e8s diff\u00e9rents de ceux de l\u2019ordre romain. Cet ordre toutefois n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 remis en cause en totalit\u00e9, notamment pour ce qui a trait aux \u00e9changes. Avec l\u2019invasion arabe, le mode ancien d\u2019organisation se trouve brutalement boulevers\u00e9. Apr\u00e8s avoir conquis l\u2019Empire perse, les arabes arrachent \u00e0 l\u2019Empire d\u2019Orient, la Syrie, l\u2019\u00c9gypte et l\u2019Afrique, avant d\u2019entreprendre leurs incursions sur le continent europ\u00e9en. Ces invasions conduisent \u00e0 un repli de ce continent sur lui-m\u00eame. D\u00e9sormais l\u2019art\u00e8re vitale de la vie \u00e9conomique, des \u00e9changes, ne se trouve plus ax\u00e9e autour de la M\u00e9diterran\u00e9e, mais autour du Rhin.<br \/>\nEn 732, Charles Martel, le maire du Palais, repousse les arabes \u00e0 la bataille de Poitiers, ce qui permet la consolidation du royaume de France. Avec cette victoire, la lign\u00e9e carolingienne, assise sur la grande propri\u00e9t\u00e9 terrienne, acc\u00e8de aux charges h\u00e9r\u00e9ditaires des maires du Palais, puis \u00e0 la royaut\u00e9. Maintenant qu\u2019il est priv\u00e9 du commerce et des importations de l\u2019Orient, le domaine carolingien se r\u00e9v\u00e8le suffisamment \u00e9tendu, et riche de ressources vari\u00e9es, pour pouvoir d\u00e9velopper son \u00e9conomie. Sous la domination carolingienne, plus particuli\u00e8rement avec Charlemagne, le domaine est r\u00e9organis\u00e9 en fonction de hi\u00e9rarchies qui sauvegardent une certaine coh\u00e9sion. Au lieu de combattre les puissances seigneuriales qui se sont consolid\u00e9es, une autorit\u00e9 imp\u00e9riale leur est impos\u00e9e, elle s\u2019exerce par une multitude d\u2019\u00e9chelons : de l\u2019empereur au suzerain, du suzerain au vassal, et ainsi de suite. L\u2019\u00e9bauche d\u2019une union administrative se superpose \u00e0 une tr\u00e8s relative unit\u00e9 au plan \u00e9conomique.<br \/>\nDans le mode f\u00e9odal d\u2019organisation, chacun est pourvu d\u2019une fonction d\u00e9termin\u00e9e, chacun se trouve \u201cfix\u00e9\u201d \u00e0 un \u201c\u00e9tat\u201d auquel il lui est difficile d\u2019\u00e9chapper. Un certain nombre d\u2019obligations et quelques droits, assign\u00e9s par la tradition et la coutume, sont attach\u00e9s \u00e0 chaque fonction ou \u201c\u00e9tat\u201d. Les trois ordres sociaux \u2014 les seigneurs, le clerg\u00e9, les paysans \u2014 ne se superposent pas \u00e0 la classification moderne des classes. Leurs relations reposent sur ce qui s\u2019apparente \u00e0 une division immuable des fonctions : le seigneur a pour t\u00e2che de gouverner et de prot\u00e9ger son domaine et la population de ce domaine, il doit le service de ses armes et parfois de son sang ; le clerg\u00e9 doit prier et instruire ; les paysans doivent assurer les n\u00e9cessit\u00e9s de la vie mat\u00e9rielle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>L\u2019incursion de la bourgeoisie dans l\u2019organisation f\u00e9odale. Marchands et bourgs marchands<\/strong><br \/>\nUne fois les invasions repouss\u00e9es, plusieurs pays europ\u00e9ens semblent trouver au cours de la deuxi\u00e8me partie du Xe si\u00e8cle leur point d\u2019\u00e9quilibre. Deux facteurs ont favoris\u00e9 le r\u00e9tablissement d\u2019une relative coh\u00e9sion : la restauration de l\u2019empire romain d\u2019Occident sous la dynastie des Ottonides, et s\u2019agissant de la France, la reprise du royaume de Charles le chauve par les Cap\u00e9tiens. Une atmosph\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 et de d\u00e9tente en est r\u00e9sult\u00e9e, favorisant la renaissance \u00e9conomique. On se met \u00e0 b\u00e2tir et d\u2019un domaine \u00e0 l\u2019autre on commence \u00e0 circuler et \u00e9changer.<br \/>\nC\u2019est dans ce contexte qu\u2019une nouvelle cat\u00e9gorie sociale voit le jour : le marchand. Il circule d\u2019un lieu \u00e0 l\u2019autre, transporte ses marchandises, le plus souvent de pacotille, \u00e0 dos d\u2019homme ou \u00e0 dos de mulets, il les pr\u00e9sente devant ch\u00e2telains ou villageois. Dans un univers o\u00f9 l\u2019on appr\u00e9cie plus que tout la stabilit\u00e9 qu\u2019assure la propri\u00e9t\u00e9 de biens fonciers, ce statut d\u2019ambulant rel\u00e8ve d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9. Dans le monde o\u00f9 il s\u2019active, le marchand ne vit pas du produit de son travail, mais de l\u2019\u00e9change de biens qu\u2019il n\u2019a pas produit, son activit\u00e9 est li\u00e9e \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de vendre, de faire circuler les marchandises, de rechercher des gains en argent.<br \/>\nLorsqu\u2019ils ne peuvent circuler en raison des intemp\u00e9ries, les marchands se fixent dans des villes, de pr\u00e9f\u00e9rence celles qui sont situ\u00e9es au carrefour de routes ou aux d\u00e9bouch\u00e9s des fleuves. Des villes neuves, des bourgs, se cr\u00e9ent sous les citadelles, d\u2019autres s\u2019\u00e9rigent aux emplacements les mieux situ\u00e9s. De ces bourgs qu\u2019ils s\u2019empressent de fortifier pour assurer la s\u00e9curit\u00e9 de leur commerce, vient le nom de burgensis qu\u2019on donne aux marchands, mot attest\u00e9 dans une charte communale en l\u2019an 1007. Ce mot de bourgeois prendra par la suite un sens plus g\u00e9n\u00e9ral.<br \/>\nLa croissance urbaine se produit d\u2019abord en Italie. En France, en plus des villes maritimes (Marseille, Montpellier, Nantes etc.) ou fluviales (comme Paris ou Orl\u00e9ans), d\u2019autres se d\u00e9veloppent. Les marchands s\u2019y rencontrent. Des grandes foires voient le jour, notamment en Champagne. Le mode d\u2019existence de la soci\u00e9t\u00e9 en est transform\u00e9. Avec le commerce des marchandises se d\u00e9veloppe aussi le commerce des id\u00e9es. Les villes, surtout aux XIIe et XIIIe si\u00e8cles, connaissent une animation qu\u2019aucune cit\u00e9 antique n\u2019avait connue. Sur les march\u00e9s des villes se concentrent les mati\u00e8res premi\u00e8res et les d\u00e9bouch\u00e9s, attirant aussi des artisans. Aux petits m\u00e9tiers ruraux se substituent progressivement des activit\u00e9s industrieuses plus larges, premier pas vers la r\u00e9volution \u00e9conomique. Pour la paysannerie, des d\u00e9bouch\u00e9s nouveaux s\u2019ouvrent. Les paysans jusqu\u2019alors ne travaillaient que pour eux-m\u00eames, ou pour le seigneur la\u00efque ou eccl\u00e9siastique, la population des villes a d\u00e9sormais besoin d\u2019eux, ce qui entra\u00eene une extension des terres cultiv\u00e9es, \u00e0 tel point que l\u2019\u00e9tendue de ces terres atteint au XIIe, et surtout au XIIIe si\u00e8cle, une proportion in\u00e9gal\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<br \/>\nLe mouvement des \u00e9changes au Moyen \u00c2ge est aussi domin\u00e9 par le grand commerce. Les produits de l\u2019Inde ou de l\u2019Asie Mineure, transport\u00e9s par des caravanes jusqu\u2019aux ports ou aux cit\u00e9s commer\u00e7antes de Syrie, d\u2019\u00c9gypte, d\u2019Afrique du Nord sont propos\u00e9s sur les march\u00e9s europ\u00e9ens. Une circulation intense se d\u00e9ploie sur les routes et les fleuves.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les revendications des bourgeois. Le mouvement communal<\/strong><br \/>\nL\u2019essor \u00e9conomique, le d\u00e9veloppement des \u00e9changes a entra\u00een\u00e9 la croissance de la population. Et parmi celle-ci, la bourgeoisie trouve \u00e0 se faire une place en tant que nouvelle classe sociale, distincte de l\u2019ordre f\u00e9odal. Dans la soci\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9vale, chaque \u00e9tat ou cat\u00e9gorie sociale \u00e9tait tenu \u00e0 des devoirs, certains jouissaient aussi de privil\u00e8ges inh\u00e9rents \u00e0 leur \u00e9tat, les bourgeois pr\u00e9tendent eux-aussi pouvoir en disposer. Ils veulent en premier lieu la libert\u00e9 de circulation, que, dans certaines limites, ils obtiendront. Comme le commerce exige la s\u00e9curit\u00e9, les bourgeois veulent aussi disposer de moyens propres pour se d\u00e9fendre, sans devoir recourir \u00e0 la protection des seigneurs. Ils revendiquent aussi le droit de construire des remparts, fortifier les villes. Le fait de r\u00e9sider en ville assurera \u00e0 tous les bourgeois (r\u00e9sidents des bourgs) les droits d\u2019abord obtenus dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des marchands. Enfin, les commer\u00e7ants, pour trancher leurs litiges, ont besoin de tribunaux qui connaissent les affaires du commerce, davantage que les cours de justice existantes (eccl\u00e9siastiques ou la\u00efques). Avec la cr\u00e9ation de ces tribunaux, de nouvelles cat\u00e9gories sociales se d\u00e9veloppent.<br \/>\nLe mouvement communal se forme sur la base de ces revendications. La plus grande diversit\u00e9 r\u00e8gne, ce sont les besoins et les int\u00e9r\u00eats locaux des bourgeois qui d\u00e9terminent l\u2019\u00e9volution des diff\u00e9rentes communes. L\u2019octroi de franchises pour la commune r\u00e9sulte le plus souvent de transactions \u00e0 l\u2019amiable visant \u00e0 limiter l\u2019autorit\u00e9 du seigneur (pour celui-ci cependant il n\u2019est pas sans int\u00e9r\u00eat de voir une ville ou un march\u00e9 se d\u00e9velopper sur son domaine). Dans les seigneuries la\u00efques, les recours \u00e0 la violence sont rares, ils sont plus nombreux dans les seigneuries eccl\u00e9siastiques ou les villes o\u00f9 r\u00e9side l\u2019\u00e9v\u00eaque, o\u00f9 se multiplient les causes de d\u00e9saccords.<br \/>\nEn France, la position de la royaut\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la bourgeoisie n\u2019est pas clairement d\u00e9finie. Les Cap\u00e9tiens directs n\u2019ont pas adopt\u00e9 une ligne de conduite uniforme. Les rois ne sont pas hostiles au principe des franchises communales, ils agissent \u00e0 peu pr\u00e8s comme les autres seigneurs, cherchant \u00e0 tirer parti d\u2019un mouvement dont ils ne peuvent sous-estimer l\u2019importance, ils ne s\u2019opposent \u00e0 ce mouvement que lorsqu\u2019ils estiment que leurs int\u00e9r\u00eats sont l\u00e9s\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Les conflits avec l\u2019\u00c9glise<\/strong><br \/>\nLes principes du christianisme impr\u00e8gnent alors profond\u00e9ment les diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de la population, y compris les bourgeois. Ces principes touchent \u00e0 l\u2019organisation de la cit\u00e9, mais aussi aux rapports \u00e9conomiques : \u00e9tablissement d\u2019un \u201cjuste prix\u201d pour les marchandises, subordination du r\u00e9gime du travail \u00e0 des prescriptions morales. Cet esprit anime les confr\u00e9ries, les associations de m\u00e9tiers, les associations hospitali\u00e8res, etc. L\u2019\u00e9glise intervient dans ces diff\u00e9rents domaines (ainsi, au milieu du XIIIe si\u00e8cle, elle \u00e9tend le repos hebdomadaire au samedi apr\u00e8s-midi et aux veilles de f\u00eates).<br \/>\nPlus g\u00e9n\u00e9ralement, l\u2019\u00c9glise consid\u00e8re que l\u2019\u00e9conomie doit respecter certains principes, et en tout premier lieu la subordination de la production aux besoins des hommes.<br \/>\nLes mesures de r\u00e9glementation de l\u2019\u00e9conomie urbaine par l\u2019\u00c9glise sont souvent contest\u00e9es. Le motif principal des conflits avec l\u2019\u00c9glise touchent aux vis\u00e9es que poursuivent les bourgeois commer\u00e7ants : la recherche du gain, une telle recherche ne s\u2019accorde pas spontan\u00e9ment avec la norme d\u2019une \u00e9conomie centr\u00e9e sur la satisfaction des besoins. Au sein des communes, des luttes plus ou moins violentes, ne cessent de se manifester \u00e0 ce sujet entre l\u2019\u00c9glise et la bourgeoisie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>La coupure avec le peuple<\/strong><br \/>\nAu cours de son processus d\u2019expansion, la bourgeoisie entre aussi en contradiction avec le peuple. Si, au d\u00e9but de la formation des communes, les d\u00e9saccords sont peu apparents, des conflits ne tardent pas \u00e0 \u00e9clater, ils prennent un caract\u00e8re grave d\u00e8s le milieu du XIIIe si\u00e8cle. Tr\u00e8s vite, la classe bourgeoise proprement dite s\u2019est form\u00e9e autour de gros commer\u00e7ants, qui se sont coup\u00e9s du monde du travail et d\u00e9tach\u00e9s des conditions de vie du peuple, au contraire des petits entrepreneurs et artisans.<br \/>\nDans les villes de Flandre qui sont devenues, gr\u00e2ce aux importations des laines d\u2019Angleterre, les capitales europ\u00e9ennes de la draperie, l\u2019industrie se trouve d\u00e8s le XIIe si\u00e8cle aux mains de quelques gros marchands qui ach\u00e8tent la mati\u00e8re premi\u00e8re, la distribuent aux tisserands, pour ensuite vendre et tirer profit des produits manufactur\u00e9s. Avec l\u2019accroissement de leur fortune, ils peuvent acqu\u00e9rir des terres, des maisons, et s\u2019approprier l\u2019administration de la cit\u00e9 et de la justice. Les communes sont le th\u00e9\u00e2tre de v\u00e9ritables luttes sociales : les riches bourgeois forment une caste, qui exerce le pouvoir \u00e0 peu pr\u00e8s sans contr\u00f4le, ils s\u2019arrogent les premi\u00e8res places, dans l\u2019\u00e9chevinage, dans les confr\u00e9ries et associations de travail. Les petits artisans pour pouvoir se d\u00e9fendre forment \u00e0 leur tour des coalitions, qui ne tardent pas \u00e0 \u00eatre prohib\u00e9es.<br \/>\nAu cours de sa lutte contre la bourgeoisie, le peuple a pu trouver des alli\u00e9s aupr\u00e8s de la noblesse et du clerg\u00e9. Aux Pays-Bas notamment, o\u00f9 les conflits sont aigus, les nobles et les ordres religieux soutiennent le parti populaire contre les organisations bourgeoises, partout o\u00f9 ils en ont l\u2019occasion, pour de bonnes ou mauvaises raisons.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">(Contribution Soci\u00e9t\u00e9 Populaire d&rsquo;\u00c9ducation)<\/p>\n ","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019expos\u00e9 suit de pr\u00e8s l\u2019ouvrage de R\u00e9gine Pernoud Les origines de la bourgeoisie (collection Que sais-je\u2009?, PUF, 1947.). Des lecteurs tr\u00e8s au fait du sujet peuvent critiquer ce choix exclusif, ou le d\u00e9coupage th\u00e9matique op\u00e9r\u00e9. 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