1967. A propos de la « Guerre des six jours ». De l’extrême droite à l’extrême gauche, une migration des argumentaires ?

 

Comme je voulais essayer de comprendre les enjeux des conflits entre Israël et les pays arabes, j’ai trouvé au hasard de ma documentation un numéro de la revue d’extrême droite, Défense de l’Occident (numéro 64 de juillet-août 1967) dont le titre a retenu mon attention « L’agression israélienne et ses conséquences ». Des auteurs rien moins que “progressistes”, tels Maurice Bardèche (Défense de l’Occident), François Duprat (Jeune Nation), Paul Rassinier (négationniste) (1), y développent un discours, qui, malgré leurs divergences, s’apparente sur plusieurs points à l’argumentation développée aujourd’hui aussi par des courants d’extrême gauche.  (2)

Si l’on lit aujourd’hui en effet le Communiqué de 1967 portant sur le « Rassemblement pour la libération de la Palestine », publié dans cette revue, on ne peut manquer d’être surpris des convergences avec certains mots d’ordres contemporains, émanant de l’extrême droite comme de l’extrême gauche, voire de groupements se réclamant du communisme. Je ne veux pas dire par là que tout ce que dit la droite extrême répond nécessairement à des objectifs fascistes ou fascisants, et ne peut être soutenu légitimement en fonction d’autres visées. Mais ce texte, reproduit ci-dessous, m’a tout de même incité à réfléchir sur les enjeux des prises de position qu’il m’est aussi arrivé de prendre, sans véritable recul.

rassemblement pour la libération de la palestine

Au moment où les agresseurs impérialistes d’Israël effectuent dans les territoires occupés leur “solution finale” du problème arabe, nous, patriotes Français, réaffirmons notre solidarité avec le peuple opprimé de Palestine, dans son héroïque résistance contre l’occupant sioniste.

Nous sommes sûrs que tôt ou tard, la Palestine sera libérée du joug des terroristes juifs de l’Irgoun Tzei Lumi, dont le chef parade actuellement à Jérusalem et ne cache pas sa volonté de créer le Plus Grand Israël.

Décidés à informer nos compatriotes du génocide en cours depuis 1948, nous demandons aux Français de défendre le Droit et la justice, de prendre contact avec nous pour lutter contre le lobby sioniste en France et pour diffuser toute information sur le combat livré par le peuple arabe contre l’envahisseur.

à bas les agresseurs impérialistes d’israël !

la liberté pour la palestine arabe

Pour tenter d’y voir un peu plus clair, tant sur la situation passée que sur la situation actuelle, je me suis efforcé de dégager les points de vue énoncés par cette revue d’extrême droite autour de deux thèmes : la question de la responsabilité de la guerre, celle de la détermination des “camps” en présence. Il m’a fallu aussi faire retour à quelques données chronologiques pour saisir dans quel contexte se situait la guerre dite des Six jours.

Le contexte de la Guerre des Six jours

La cause immédiate, généralement reconnue, de l’attaque israélienne qui commence le 5 juin 1967, est le blocus du Golfe d’Akaba par l’égypte. Le 23 mai 1967, Nasser annonce que le détroit de Tiran sera interdit aux navires israéliens et à ceux transportant du matériel stratégique à destination d’Israël. Le conseil de Sécurité de l’ONU est convoqué d’urgence. Nasser indiquera le 26 mai « nous savions que la fermeture d’Akaba pouvait signifier la guerre et pour cette raison nous avons préféré renforcer notre potentiel militaire, en attendant le moment opportun pour engager une action décisive. » (3)

Les autorités américaines assurent Israël de leur soutien, mais renoncent à s’engager à ouvrir le détroit de Tiran. Nasser de son côté déclare que « l’amitié américaine a toujours été recherchée par les Arabes ». Le 23 mai, l’URSS déclare soutenir Nasser. Le 29 et 30 mai, les dirigeants israéliens (Levi Eshkol et Abba Eban) déclarent qu’ils se donnent « un certain délai », si les puissances maritimes se concertent sur la réouverture du Golfe d’Akaba.

A partir du 25 mai, des bâtiments américains font route vers le Moyen-Orient, tandis que des navires de guerre soviétiques franchissent les Dardanelles. Le 30 mai, le roi Hussein de Jordanie, jusqu’alors non hostile à l’égard d’Israël, conclut un pacte avec Nasser. Le 31, l’Irak envoie des troupes en Jordanie et le responsable de l’Organisation Palestinienne de Libération se réconcilie avec Hussein et proclame « qu’en cas de conflit, il n’y aura pas de survivant juif ». Ce même jour, Hussein forme un gouvernement de guerre.

Le 1er juin, Moshe Dayan devient ministre de la défense en Israël. Le 5 juin l’offensive israélienne commence.

Comme l’indique François Duprat dans le numéro spécial de Défense de l’Occident, « des facteurs rendaient aux yeux des observateurs avertis la guerre inévitable dans un temps très proche ». On ne savait pas toutefois qui attaquerait le premier. « Le déclenchement des opérations militaires se produisit plus tôt que prévu », « on s’attendait à une attaque israélienne un vendredi matin (jour de repos pour les musulmans) » ou à « une attaque arabe le samedi matin (jour du sabbath juif) ». L’attaque israélienne se produisit avant que la coalition des pays arabes impliqués ne soit fermement constituée sous l’impulsion de Nasser.

Jusqu’en 1967, l’égypte était restée en relations commerciales avec les deux Grands (USA et URSS). Depuis 1966 le département d’état américain faisait traîner les choses. Au début de 1967, l’égypte dans une situation difficile, cherche une issue extérieure à ses problèmes intérieurs. Le pays se trouve à court de devises, doit retarder ses achats extérieurs, les prix montent, l’industrie est ralentie, le mécontentement gronde. Le 30 mars 1967 des entretiens ont lieu avec Gromyko, qui sans donner carte blanche aux projets de Nasser, aurait manifesté une certaine compréhension. De son côté, la Syrie baasiste s’efforce de persuader Moscou qu’Israël procède à des concentrations de troupes près de sa frontière, tendant à le constituer en posture d’agresseur. Le thème d’un « complot américain » mondial est aussi soulevé par Nasser début mai. Ce thème est repris par la Syrie qui accuse Israël de jouer un rôle « dans un large complot dirigé et financé par la CIA dont le but est de renverser le régime progressiste de Damas ».

Dans la nuit du 15 au 16 mai, une division blindée égyptienne se met en marche vers le Sinaï et le 18 mai, Nasser demande au secrétaire de l’ONU de retirer les casques Bleus stationnés depuis 1956 aux frontières de l’égypte et d’Israël. Des unités palestiniennes les remplacent à Gaza. Après cette mobilisation sur le plan militaire et idéologique, le 23 mai c’est la fermeture d’Akaba.

Si l’on remontre un peu plus loin dans le temps, on doit mentionner aussi parmi les “causes” non immédiates de la guerre, les nombreux attentats palestiniens (notamment depuis la Jordanie), perpétrés contre l’état israélien, entraînant à chaque fois des représailles. François Duprat mentionne lui-même ceux de juin 1955 (par Fidâ’is Al Islam), ceux de novembre 1966 à Hebron (par le Fatah), il rappelle l’impact de la propagande egypto-syrienne auprès des réfugiés de Jordanie. Pierre Fontaine fait état du « harcèlement » d’Israël sur ses frontières, « en permanente insécurité ». [L’OLP, dont l’objectif est la reconquête du territoire israélien, a été créé en 1964, se constituant en état autonome dans l’état jordanien, qui forme une de ses bases avec la Syrie. Cette organisation a été reconnue par Moscou et Pékin. Ses combattants auraient en outre reçu une formation à la guérilla en Chine].

S’agissant du « harcèlement » et des « raids » ou « incursions terroristes », attribués notamment à El Fatah, l’argument de Paul Rassinier est un peu différent, il les impute à Israël, qui cherche ainsi à donner prétexte à ses représailles et à déclencher la haine contre les arabes : « Et si ces raids que l’état d’Israël met sur le compte “d’El Fatah” n’étaient, tout simplement, qu’exécutés sur son ordre par des provocateurs à sa solde, de manière à susciter des opérations de représailles et à déclencher dans la presse mondiale qui lui est acquise (en raison des participations que les banquiers juifs y possèdent) des campagnes démontrant qu’il n’y a pas d’entente possible avec les Arabes, et qu’il faut une bonne fois en finir avec eux ».

La question de la responsabilité de la guerre

Si François Duprat se préoccupe du contexte général qui a conduit au déclenchement de la guerre, Maurice Bardèche juge que le statut d’agresseur ne peut revenir qu’à celui qui « le premier prend l’initiative des opérations militaires et transforme une situation de paix en situation de guerre », l’agressé étant alors le « camp arabe ». Selon cet auteur, Israël développe une thèse erronée, celle d’un casus belli résultant de « violences » (estimées purement « verbales »), et de la mise en place d’un blocus maritime : « le blocus du Golfe d’Akaba et du port d’Eilath », sont dans le pire des cas à considérer comme une « action unilatérale », n’empêchant que « 5% du commerce israélien ». Il ne s’agirait donc que d’un prétexte, servant à masquer une préméditation, uniquement imputée au camp israélien.

Il est cependant admis par Maurice Bardèche, que l’objectif fondamental des opérations militaires israéliennes touche à la sécurité de cet état, dont la propagande propose une « image complaisante », celle d’un « petit état courageux menacé, dans son existence même, par une meute d’adversaires haineux ». Il s’agirait en réalité d’un « état parasite puissamment soutenu par la finance juive internationale et intensivement surarmé ».

Si l’on lit bien les textes, la responsabilité de la guerre de 1967, mais aussi de tous les troubles dans le monde, ressortent de l’existence même d’Israël, en tant que base territoriale de la puissance juive. « Tous ceux qui croient qu’une des plus graves hypothèques qui pèsent sur le monde occidental est qu’il est un monde à direction juive, où la puissance juive ne tolère sous des noms divers que des exécutants qui lui soient intégralement dévoués, ne peuvent considérer Israël que comme une base territoriale qui rend des services puissants à l’internationale juive répandue dans le monde entier. »

Paul Rassinier est plus radical encore. La responsabilité du conflit incombe à Israël, en tant qu’entreprise colonialiste et impérialiste des Anglo-Américains. Comme hier l’Amérique de Roosevelt et le mouvement sioniste international avaient précipité l’Europe dans la guerre, « l’état artificiel » d’Israël a « transformé le Moyen-Orient en une poudrière ».

« Nous n’avons aucune raison de nous occuper de l’invulnérabilité de cette base », écrit Bardèche, ce qui revient à dire que la “disparition” de cet « état parasite », peut être envisagée. François Duprat évoque dans le même sens « l’état juif », « bâti sur une injustice et sur un véritable génocide », poursuivant « grâce au soutien inconditionnel de la juiverie internationale, sa “solution finale” du problème arabe ». « En droit comme en fait, Israël, oiseau de proie au Moyen-Orient, est une construction artificielle, vaine et mensongère, qui disparaîtra tôt ou tard ». à cet égard, Maurice Bardèche indique qu’Israël se trouve en situation précaire au sein d’un environnement hostile, que les états arabes battus refuseront toute négociation, il suggère à ceux-ci de frapper les premiers la prochaine fois, et incite à une « transplantation » des juifs dans une autre partie du monde.

« Assiégé dans une tête de pont surpeuplée au bord de la mer, entouré d’implacables haines, Israël est condamné à jouer à la roulette russe. Quatre fois, cinq fois, il trouvera peut-être la case vide du barillet. Mais il est à la merci d’une seule défaite et sa situation est alors tragique et irrémédiable ».

« Si nous voulons éviter le plus gigantesque pogrom de l’histoire, réfléchissons à cette question et invitons les Juifs à y réfléchir de leur côté. Les terres libres ne sont pas si rares dans le globe ».

La détermination des “camps” en présence. Vers une alliance Europe Pays arabes ?

à l’époque de la Guerre des Six jours, une partie de l’opinion en France, notamment au sein de la gauche non communiste, se rangeait plutôt du côté d’Israël, plusieurs des pays arabes liés à ce conflit étant alors qualifiés de “fascistes”. Une partie de l’extrême droite, notamment parmi les militants qui ne se remettaient pas de la perte de l’Algérie, développait cependant une position pro-israélienne et anti-arabe. Maurice Bardèche leur demande de surmonter leur « réaction sentimentale » et d’examiner les données de la situation.

Outre la perte de l’Algérie, le positionnement des partisans de l’extrême droite française se révélait alors difficile, dans la mesure où leur antipathie à l’égard d’Israël, de « l’internationale juive » et du « capitalisme international » les conduisaient à se trouver placés dans le même “camp” que leurs ennemis communistes. Malgré la répression qui frappait ces derniers dans nombre de pays arabes, l’URSS (mais aussi la Chine) soutenaient en effet le “camp” arabe.

Face à ce trouble, Maurice Bardèche prône de « nouvelles perspectives dans les relations internationales », fondant un type d’alliances souhaitables, qui permettrait de surmonter le dilemme : En “collaboration” avec les pays arabes, il forme le projet d’une « Europe indépendante » capable de refuser l’influence soviétique, tout en se dégageant de l’alignement sur les états-Unis.

« Nous n’avons jamais cessé de [le] répéter […] même pendant les phases les plus dramatiques de la guerre d’Algérie que le monde arabe était un collaborateur naturel de l’Europe et qu’il nous est impossible d’imaginer une Europe indépendante qui soit coupée par une hostilité définitive de tout le monde méditerranéen. »

« Ceux qui souhaitent que l’Europe soit un jour maîtresse de son destin […] doivent comprendre que nous n’avons pas à nous aligner inconditionnellement sur l’URSS. Il nous appartient au contraire d’inventer continuellement des solutions qui ne peuvent naître ni aux USA ni en URSS et qui peuvent ouvrir des perspectives nouvelles dans les rapports internationaux. »

C’est ainsi, selon Maurice Bardèche, un « devoir » de maintenir les liens avec le « monde musulman » et de « convaincre les états musulmans qu’il existe pour eux un autre avenir que d’être les états satellites de l’URSS ». L’alliance des pays arabes avec les soviétiques n’a pas selon lui de fondement, Nasser en effet « ne fait aucune concession au communisme » et « l’Islam propose une conception du monde qui est absolument irréductible au communisme ».

Quant aux Américains, qui pourraient commettre la « faute immense » d’abandonner le monde arabe à l’influence soviétique, « les états européens ne peuvent [leur] rendre de meilleur service qu’en maintenant pour leur compte une ouverture pour les pays arabes ».

L’alliance de “l’Europe” avec le « monde musulman » permettrait dans la foulée d’annuler le rôle dévolu à l’état d’Israël, qui vise au contrôle des « immenses sources de pétrole de l’Orient », au profit du « capitalisme international » (Israël n’est-il pas « soutenu par le capitalisme international dans tous les grands états du monde » ?). La localisation en Palestine d’un état juif [avec l’appui des anglo-américains et des soviétiques], ne s’est-elle opérée, outre les motifs religieux, pour des « raisons géostratégiques et économiques », le but étant de « former une série d’états secondaires arabes » pour le contrôle du pétrole.

Pour sa part, François Duprat retrace les données de ce qu’il nomme le « conflit judéo arabe », et insiste sur « la trahison soviétique » dans son soutien à l’égypte. Il condamne « la collusion évidente des anglo-américains avec Israël », désignant de la sorte les camps en présence au niveau des grandes puissances (le silence étant fait sur les ambitions propres des états européens). Au Moyen-Orient aussi, des “camps” sont repérés, d’un côté un regroupement non favorable à une emprise anglo-américaine, l’égypte de Nasser, la Syrie baasiste, le Liban où le peuple serait « de plus en plus nassérien », et l’Irak en passe « de prendre des mesures assez dures contre les compagnies anglo-saxonnes ». De l’autre, un regroupement plutôt favorable aux “anglo-américains”, l’Arabie et le Koweït et les émirats « qui entendent profiter malgré tout de l’argent américain », tout en envisageant de financer « une reconstruction du potentiel arabe ». Somme toute, selon Duprat, malgré la défaite, l’unité du monde arabe sort renforcée du conflit, Israël n’ayant pas atteint ses buts de guerre qui visaient à abattre le régime de Damas. à cet égard, il signale l’existence dans ce pays d’un « parti de style fasciste » (4), « le parti syrien national Baas » (conjointement à des partis de même “style”, en égypte, les Frères musulmans d’Hassan al Banna , au Liban « les phalanges libanaises »).

Les points de vue de Pierre Fontaine et Paul Rassinier sont un peu différents, bien qu’il s’agisse ici aussi de contester l’existence d’Israël. Pierre Fontaine, tout en soulignant l’intérêt européen pour le pétrole arabe, s’oppose à l’analyse de Maurice Bardèche. Il estime que la question du sionisme n’est qu’un prétexte, masquant un affrontement entre les soviétiques et les anglo-saxons, prélude à une troisième guerre mondiale. Il fait état d’un « plan islamique soviéto-arabe » incluant l’Algérie (l’utilisation du terme « colonialisme » à propos d’Israël en étant un indice). Selon Pierre Fontaine « les abandons français en Afrique du Nord » ont donné à Nasser confiance dans la force offensive du monde arabe, ce qui a donné les conditions de la guerre. Les Français ne devraient pas se déterminer dans ce conflit, qui contribue à affirmer la puissance arabe.

Paul Rassinier, qui dénonce la politique de l’état d’Israël et attribue à cet état des actes « plus horribles » que ceux imputés à Hitler, parle lui aussi de « troisième guerre mondiale pour le pétrole », mais dans une perspective différente de celle de Pierre Fontaine. Se rapportant à une formulation de Clausewitz, selon laquelle la guerre, continuation de la politique, éclate lorsqu’il n’y a plus de compromis possible, il estime que dans le cas du Moyen-Orient, comme dans celui des deux guerres mondiales, la confrontation entre puissances « pour le pétrole » ne peut connaître aucun compromis. S’il perçoit qu’un affrontement se joue au Moyen-Orient entre Russes et Américains (avec l’Europe en pointillés), il signale dans le même temps les « compensations mutuelles » qui se jouent entre ces deux puissances en Europe même et à son détriment (il fait aussi état des liens entre les USA et l’URSS qui peuvent aussi se nouer dans le Sud-Est Asiatique, pour contenir la puissance chinoise).

NOTES

(1) Maurice Bardèche (1909-1999), beau-frère de Robert Brasillach, est un théoricien du néo-fascisme français. Il fonde en 1952 Défense de l’Occident. Il a publié des pamphlets antisémites dès 1948, dans lesquels il blanchit les collaborateurs et dénie aux Alliés le droit de juger les nazis pour leurs crimes, accusant les juifs d’être responsables du déclenchement de la guerre.

François Duprat (1940-1978) a participé au groupe d’extrême droite Jeune Nation (après avoir selon lui milité dans un mouvement trotskyste). Il crée en 1967 le Rassemblement pour la Libération de la Palestine, l’association France-Palestine, ainsi que les Cahiers Européens. Il entre au Front National en 1974, où il participe à la tendance « nationaliste révolutionnaire ». En 1978, il est assassiné dans des conditions mystérieuses. Selon Nicolas Lebourg, il aurait été un spécialiste du recyclage des propagandes fascistes et gauchistes.

Paul Rassinier (1906-1967) a été membre du Parti communiste, dont il est exclu en 1932, puis du Parti socialiste, de 1934 à 1951. Il milite ensuite à la Fédération Anarchiste. Il fut pacifiste et munichois, mais pendant la guerre fut déporté à Buchenwald. Il semble qu’il ait toujours manifesté des opinions antisémites, mais c’est après la guerre qu’il développe des thèses négationnistes. Il a aussi mis en accusation les communistes des camps de concentration jugés plus responsables que les SS. Il dénonce le “complot juif international” et assimile les actes d’Israël aux menées  du nazisme. Il a aussi joué un rôle de pont entre l’extrême droite et l’ultra gauche.

Références : Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Pierre Vidal-Naquet, les Inrockuptibles, 3 mars 1999 ; Nicolas Lebourg « Idéologie négationniste, propagandes antiaméricaines, anti-immigration, anti-juive », Domitia, octobre 2001.

(2) Sur les passerelles entre thèmes de l’extrême droite à l’ultra-gauche, voir la thèse de Nicolas Lebourg, Les nationalismes révolutionnaires en mouvements : Idéologies, propagandes et influences France, 19622002, Université de Perpignan, 2005.

(3) Les données chronologiques ont été établies notamment à partir de « Israël et pays arabes dans le Moyen-Orient depuis 1948 » les Cahiers d’Histoire, octobre-novembre 1967.

(4) Signalons, que pour Maurice Bardèche, le fascisme, positivement connoté, consiste à « mettre la force à la disposition d’une certaine culture et d’une certaine conception de l’homme et de la vie, qui s’oppose fondamentalement au mercantilisme, à la spéculation, au monde de la malhonnêteté et de l’argent » [Aujourd’hui, certains courants à gauche ne définissent-ils pas ainsi leurs orientations ?]

 

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